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l'avenir. Ces grandes individualités, qui émergent de la foule et la dominent de haut, sont précisément les organes du progrès que le fonds commun s’assimile plus ou moins bien, plus ou moins vite, et dont, à titre d’intermédiaire plutôt passif, il transmet les résultats à de nouveaux initiateurs. Les progrès continués par les découvertes du génie, et ceux qu'il inaugure nous montrent l'aristocratie intellectuelle comme inhérente à la nature des choses. Dépourvue de ses grands hommes, l’humanité ne se différencierait surtout du règne animal que par une ‘moralité élémentaire, parfois rudimentaire ou même à caractères peu appréciables. Ajoutez-y le langage, des données religieuses d'ordre équivoque ou inférieur, et vous serez en présence de races d'hommes atteignant, au plus, les premières ébauches de la civilisation.
L'individualité, principe d'initiative et de conquête sur l'inconnu, tel est le don sans prix qui caractérise l'humanité et n'existe point en dehors d’elle, en constituant, par ses intuitions profondes ét les développements imprévus qui en émanent, l’inappréciable valeur. Et, néanmoins, combien petite est la place qu'on lui attribue de nos jours, et que, par une étrange aberration, inspirée par les doctrines égalitaires, on tend à restreindre de plus en plus, de manière à l’annihiler! Par contraste on glorifie l'espèce, ou la société, ou la cité, on la porte aux nues bien qu'elle n’ait été que le mécanisme de transmission des progrès qui lui
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ont été inculqués antérieurement. D'ailleurs, dans cette masse qui constitue l’espèce ou Ja société, ce n’estmême que le petit nombre de gens éclairés, méconnu du grand, qui l’ignore ou ne le comprend point, c’est le fruit d’une véritable sélection qui a entretenu le feu sacré, et l’a vraiment transmis à ceux qui devaient lui donner un éclat plus vif, une splendeur nouvelle. Ainsi le génie n'est point une résultante de l'espèce ou d’une société particulière qui serait sa nourrice ou son éducatrice, et. qui n’est que la base sur laquelle son pied repose. Si l'individualité puissante conserve l'empreinte de son milieu, c'est par ses moindres côtés.
«Je remarquerai, dit M. Renouvier, que les
avantages et les progrès sociaux se réalisent dans
les individus et par eux, que sans eux l'espèce n'est rien » (1). — Aumanum paucis vivit genus, paroles dont il faudrait altérer le sens, comme le propose M. Bourdeau, et leur faire signifier que lJ’humanité vit, non pour le petit nombre, mais par cette élite qui représente la dignité et l’éminence du genre humain.
Tel est le rôle de l'individualité, c'est elle qui
est la cheville ouvrière dans l'espèce humaine.
Cela posé, tous ceux qui voudront bien lui accor- E 1 , , Q . .
der le premier rang et l’hégémonie qui lui appar-
tiennent, de par la nature des choses, seront bien
contraints d'abandonner l'hypothèse d’une morale
(1) Essais de critique générale, 4° essai, p. 17.