‹ Les forces à régler;Chapitre 22 sur 75 · VI. — Les jacobins · texte numérisé non relu

VI. — Les jacobins

Nous voyons les jacobins à L'œuvre. Si ceux d'aujourd'hui ont moins d'audace, ils ont par contre plus d'appétits, et leur nombre s'est accru beaucoup, ce qui doit faire plaisir à M. Charles Benoist, sinon comme contribuable du moins comme proportionnaliste. Taine a dépeint ceux de la Révolution, Maurice Barrés a projeté « leurs figures » d'hier. L'âme n'a pas changé.

« Hier, dit Taine, le jacobin exagérait les droits des gouvernés jusqu'à supprimer tous ceux des gouvernants; demain, il va exagérer les droits des gouvernants jusqu'à supprimer tous ceux des gouvernés. A l'entendre, le peuple est l'unique souverain, et il traitera le peuple en esclave. A l'entendre, le gouvernement n'est qu'un valet, et il donne au gouvernement les prérogatives d'un sultan. Tout à l'heure, il dénonçait le moindre exercice de l'autorité publique comme un crime ; à pré-

6i^ LE NOMBRE ET L^OPIMON PUBLIQUE

sent, il va punir comme un crime la moindre résistance à Tautorité publique. »

Le conventionnel Carnot ne jurait, paraîtil, que par « l'évangile de la gendarmerie ». Ces gens-là ne croyaient qu'à la force brute.

Quand il ne guillotine pas, le jacobin légifère. 11 se croit tout permis puisqu'il a la loi pour lui, — celle qu'il a confectionnée dans ses clubs ou dans ses loges.

« Dans l'Europe chrétienne et féodale, a écrit M. J. Coquille, la loi c'était la coutume, autorité vivante traditionnelle, dont le respect se confondait avec Tamour que nous portons à nos parents, car les vieillards, les pères sont les organes de la coutume. Leur témoignage fait loi pour la constater et pour l'appliquer. Le respect des lois est le respect des aïeux. L'homme peut abroger les lois qu'il fait ; celles qu'il n'a pas faites, il ne peut que les violer. Le droit écrit varie perpétuellement, le régime des lois et ordonnances mène à Tinstabilité, car la tentation de les changer est trop forte pour que le législateur n'y suc-

combe pas. La coutume est la loi vivante et non décrétée d'un peuple, et comme elle est l'œuvre de tous, elle ne peut être abrogée que par tous ; née de l'usage, elle périt par le nonusage... Par la coutume transmise de génération en génération, rhomme est son propre législateur, il ne subit que sa propre loi.»

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