V. — Confusion du temporel et du spirituel
Si le suffrage universel n'a pas encore complètement désagrégé la société française, c'est qu'il n'est et ne peut être universel, qu'il n'est et ne peut être exactement représentatif; qu'en définitive, la comptabilité est toujours truquée.
On peut compter les électeurs, heureusement on ne compte pas des espèces disparates, des volontés qui se contredisent. On n'additionne pas deux baudets, trois serins; et un crapaud.
De par la ipagie de leur mathématique, les proportionnalistes nous assurent que « la
majorité gouvernera, les minorités contrôleront ». Une masse ne saurait gouverner vraiment, et puisque, avec le système électif, il faut entendre par gouverner le spolia vicloribiis^ profiter, mieux vaut que ce soit une minorité aussi réduite que possible qui s'attable, même si elle a les robustes appétits de la bande radicale-socialiste.
Ce que le nombre peut souhaiter de mieux, c'est d'être gouverné au lieu d'être exploité. Qu'il contrôle, voire qu'il consacre et qu'il sanctionne, — soit; mais encore faut-il qu'il soit éclairé, organisé^ dirigé.
Or le système électif aggravé par le parlementarisme exige que le nombre soit égaré, abêti, dissocié, livré à tous les instincts dissolvants, réduit à l'impuissance. Le politicien, le journaliste, le pédagogue s'y emploient de toutes manières.
Un des vices de ce système, c'est qu'il amène nécessairement, et de plus en plus, la confusion du temporel et du spirituel, en asservissant celui-ci à celui-là, ce qui est la
pire servitude, le jacobinisme, — celui de la gueule, qui est le radicalisme, celui du ventre, qui est le socialisme, et celui de la poigne, qui est le césarisme. Ainsi, au sujet de l'enseignement, Napoléon pensait que « toute entreprise privée, par cela seul qu'elle existe et florit, est un groupe plus ou moins indépendant et dissident ».
« L'élection étendue à tout nous donne le gouvernement par les masses, écrira Balzac, le seul qui ne soit pas responsable et dont la tyrannie est sans bornes parce qu'elle s'appelle la loi. »
Sans bornes, — pas même l'instinct animal de la conservation physique.
« Un peuple a toujours le droit de changer ses lois, a dit J.-J. Rousseau, même les meilleures. Car s'il veut se faire du mal à luimême, qu'est-ce qui a le droit de l'en empêcher ? »
C'est de la folie ; mais logique. La pire. Elle est incurable.