‹ Les forces à régler;Chapitre 24 sur 75 · VIII. - Pléthore légale · texte numérisé non relu

VIII. - Pléthore légale

Depuis la Révolution, il' a été fabriqué 250.000 lois, décrets et ordonnances. On en doit 10.500 au premier Empire, 35.000 à la Restauration, 37.000 à Louis-Philippe, 12.400 *à l'éphémère République deuxième, 45.500 au second Empire, enfin 100.000 à la troisième République,

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Cette surabondance de lois, l'accroissement monstrueux du budget tiennent au système même. Pour gagner des électeurs, il faut toujours satisfaire des intérêts personnels immédiats au détriment des intérêts sociaux plus lointains.

On centralise donc, on tend à absorber tous les services sociaux pour créer des places. Comme dans la Grèce démagogique, on s'en prend aux possessions, — ce qui ne veut pas dire à l'argent qui n'est que pour l'argent.

C'est le chemin détourné qui mène au communisme, indiqué par Montesquieu comme condition essentielle de la démocratie élective.

a L'élément coutumier, a dit J. Coquille, est entièrement effacé de la législation française, qui reste impérative, autocratique. La loi est alors la volonté du législateur. Nos vieilles coutumes étaient dans le cœur du peuple... Les lois écrites sur le papier ne sont écrites que là. il s'agit moins de réfor-

mer les lois d'une société chrétienne que de les conserver. Le temps comble les lacunes, jette dans l'oubli ce qui doit périr et développe ce qui est destiné à vivre. Les mœurs et l'esprit public, qui ne sont jamais suppléés par la loi, suppléent à la loi. »

Aussi, moins il est solide, plus l'État veut être tout. Et il devient tout, en effet, là où il n'y a plus rien. Sa furie destructive n'a pas d'autre cause.

Avec l'anarchie morale qui s'affirme dès le xv^ siècle, nous voyons nos rois chercher à réduire les républiques françaises dont ils étaient les protecteurs naturels et parfois les fondateurs. C'est ainsi que Richelieu porte de rudes coups aux libertés. Puis, c'est Louis XIV qui ne veut pas qu'il y ait dans l'État « des pelotons à part » et qui édifie Versailles.

Le lit du jacobinisme est fait. Napoléon s'y installera.

Et voici ce qu'en pouvait dire Taine : « Toutes les masses du gros œuvre Code

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civil, université, concordat, administration préfectorale et centralisée, tous les détails de l'aménagement et de la distribution, concourent à un effet d'ensemble, qui est l'omnipotence de l'État, l'omniprésence du gouvernement, l'abolition de l'initiative locale et privée, la suppression de l'association volontaire et libre, la dispersion graduelle des petits groupes spontanés, l'interdiction préventive des longues œuvres héréditaires, l'extinction des sentiments par lesquels l'individu vit au delà de lui-même, dans le passé et dans l'avenir. On n'a jamais fait une plus belle caserne, plus symétrique et plus décorative d'aspect, plus satisfaisante pour la raison superficielle, plus acceptable pour le bon sens vulgaire, plus commode pour l'égoïsme borné, mieux tenue et plus propre, mieux arrangée pour discipliner les parties moyennes et basses de la nature humaine, pour étioler ou gâter les parties hautes de la nature humaine. Dans cette caserne philosophique, nous vivons depuis quatre-vingts ans. »

Et Renan : « La coiTuption administrative n'était pas le vol organisé, comme cela s'est vu à Naples, en Espagne, c'était l'incurie, la paresse, un laisser-aller universel, une complète indifférence pour la chose publique. Toute fonction était devenue une sinécure, un droit à une rente pour ne rien faire. Avec cela, tout le monde était inattaquable. Grâce à une loi sur la diffamation qui a l'air d'avoir été faite pour protéger les moins honorables des citoyens, grâce surtout à l'universel discrédit où la presse tomba par sa vénalité, une prime énorme était assurée à la médiocrité et à la malhonnêteté. Celui qui hasardait quelque critique devenait vite un être à part et bientôt un homme dangereux. On ne le persécutait pas, cela était bien inutile. Tout se perdait dans une mollesse générale, dans un manque complet d'attention et de précision. Quelques hommes d'esprit et de cœur, qui donnaient d'utiles conseils, étaient impuissants. L'impertinence vaniteuse de l'administration officielle, persuadée que l'Europe

l'admirait et l'enviait, rendait toute observation inutile et toute réforme impossible. »

Ce tableau de l'administration publique d'avant 1870 n'est-il pas aussi celui d'avant 1914? Nous étions retombés dans les mêmes veuleries, nous suivions les mêmes errements. Nous n'avions donc rien retenu de la rude leçon de la défaite ! Tout se paie, — et très cher l'apathie morale, les actions déréglées et les faux raisonnements.

En 1790, Mirabeau écrivait au roi: « L'idée de ne former qu'une classe de citoyens aurait plu à Richelieu : cette surface égale facilite l'exercice du pouvoir. Plusieurs règnes d'un gouvernement absolu n'auraient pas fait autant que cette seule année de révolution pour l'autorité royale. »

En effet, la contrainte est des plus faciles à exercer sur une masse confuse. Aussi, les jacobins n'allaient pas tarder à abuser de ce qui était si facile. 11 n'y eut pas de « section » qui ne s'octroyât plus de pouvoir que n'en

eût jamais le plus puissant autocrate. Ce fut la Terreur.

La tendance naturelle des hommes et des chefs d'État est d'ainsi « faciliter l'exercice du pouvoir ». Pour résister à ces vicieuses tendances du temporel, il faut des organisations.

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