IX. — L'ÉtatIsme
Déjà, comme le rapportait M. de Harlay à la Supérieure de Port-Royal, Louis XIV ne voulait pas de ralliement, « un corps sans tète w étant « toujours dangereux dans un Etat » ; et Napoléon, après les saturnales révolutionnaires, institua la centralisation administrative dont la France se meurt.
Le journal le Temps fait l'apologie de l'unité administrative « pour tous les citoyens et toutes les régions )>. Il préconise en fait le régime de la torpeur sociale, de l'effervescence politique, c'est-à-dire de la tyrannie jacobine par la discorde nationale. Quand
/2 LE N03IBRE ET L OPIMON PUBLIQUE
toute coopération pour une action positive est interdite, les citoyens manifestent leur indépendance dans une guerre civile permanente pour une vaine agitation politique.
Il n'y a plus que l'individu en face de l'État. L'individu empêche l'État d'assurer le concours et l'État supprime l'indépendance de l'individu. Le gouvernement tend à devenir tout l'État, et l'État n'est plus que le gouvernement.
Coquille disait « qu'il n'est pas sage d'intervertir les rôles et de faire gouverner l'Etat par les particuliers, et les particuliers par l'État».
Mais s'il n'y a que l'individu, tout le social se décompose, et donc l'individualité même qui en est une floraison. La continuité plus encore que la solidarité est rompue. Tout est remis en question à chaque décès. La famille, la patrie même se dissolvent. Il ne reste que ce qui ne peut être, ce qui passe, le monde n'est plus qu'une fantasmagorie.
« Le plus grand bonheur que la société
puisse procurer à Thomme, a dit de Donald, est de le défendre contre les illusions de sa cupidité, les écarts de son imagination et l'inconstance de ses goûts. » Et Edmond Burke : « Un gouvernement est un effort de la sagesse humaine pour subvenir aux besoins humains. »
La famille a été dispersée, non seulement par les mesures directes comme la pulvérisation des patrimoines, le divorce etc., mais encore, en contre-coup, par tout ce que TÉtat entreprenait pour suppléer la famille affaiblie : éducation de Tenfant, soins aux malades et infirmes, secours aux malheureux, retraite aux vieillards, etc. Mais, par là, le mal s'aggravait. Un organe s'atrophie et dépérit quand il ne s'exerce plus.
Le gouvernement, qui parvient de moins en moins à remplir ses fonctions politiques essentielles, veut tout faire. Et plus il embrasse, plus mal il étreint.
Néanmoins, il tend à tout absorber. Ce n'est pas par excès de force, comme on pour-
74 LE NOMBRE ET l'OPIiNION PUBLIQUE
rait croire. Au contraire. C'est parce qu'il est devenu impuissant à dominer les conflits d'intérêts particuliers, à régler les activités. Evidemment, un cimetière est plus facile à gouverner.
La guerre aura précipité cette régression qui a pour terme le bolchevisme.
m L'ADMINISTRATION