‹ Les forces à régler;Chapitre 39 sur 75 · Voir L'Argent et la Richesse. (Grasset éd · texte numérisé non relu

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« Pour quelles raisons les sociétés de crédit se sont-elles refusées généralement à prendre en main la défense des intérêts généraux de leur immense clientèle ?

« Ces raisons ne sont pas nombreuses. Une seule ne suffit-elle pas pour tout expliquer ? L'esprit d'indépendance leur fait défaut.

« Elles se sont habituées peu à peu à subordonner leurs droits et leurs devoirs aux exigences des pouvoirs publics. Dans une certaine mesure et dans des circonstances déterminées, elles se considèrent comme de grandes administrations de fonctionnaires dont elles ne négligent pas, d'ailleurs, de réclamer les avantages et les privilèges.

« Elles ont été parfois et en quelque sorte le prolongement de l'administration fiscale. Certaines n'ont-elles pas collaboré à nombre de lois et règlements de cette nature, pendant que nous nous épuisions, dans l'intérêt de leur clientèle, à y faire échec ?

« Aussi prétendent-elles avoir une part, pour les membres de leur comité de direc-

tion et de leur haut personnel, dans les promotions honorifiques faites par le gouvernement.

« Ces candidatures sont assurément incompatibles avec tout esprit d'indépendance.

Elles obligent aux transactions et aux faiblesses ; elles ouvrent la porte toute grande aux convoitises de la politique, appui indispensable pour l'obtention de ces faveurs.

« Les sociétés de crédit ont beaucoup souffert de ces échanges de services, et nous avons la conviction que les gens désintéressés, qui sont la majorité dans leurs conseils d'administration, souhaitent qu'il soit mis un terme, au plus tôt, à ces sortes de marchandages, inaugurés depuis de nombreuses années entre leur société et certains partis politiques. Ces marchandages ont été d'ailleurs encouragés, à moins qu'ils n'aient été suggérés par des intermédiaires qui n'ont pas uniquement eu pour but d'apaiser des conflits ou de préserver des crédits.

« Le mélange de la politique avec la finance

n'a rien produit de bien reluisant pour l'une ou pour l'autre. Au contraire, l'histoire de ces dernières années en a démontré tous les inconvénients. C'est une erreur de croire que la présence de certaines personnalités politiques dans leurs conseils illustre les sociétés de capitaux et ajoute à leur crédit. C'est le contraire, qui, généralement, est la vérité. Les affaires ne gagnent rien au contact de la politique ; elles en meurent bien souvent.

« Les sociétés qui, par des complicités d'origines étrangères, s'étaient un moment laissé pénétrer et dominer par des influences parlementaires, se sont peu à peu ressaisies sous la menace du discrédit et ont rejeté de leur sein les germes de décomposition qui y avaient été introduits.

« C'est une leçon qui devra porter ses fruits. Elle doit encourager les sociétés de capitaux à refuser l'entrée, dans leurs conseils d'administration, de tout élément non qualifié de , provenance politique. *

« Autres temps, autres mœurs. Autrefois,

LE PARLEMENT 'l2o

les hommes d'affaires^ les banquiers de haute marque allaient au Parlement et y apportaient, dans la discussion des problèmes économiques et financiers, les résultats de leur expérience. Aujourd'hui, les hommes d'affaires et de finance n'entrent plus au Parlement. Ce sont des parlementaires qui convoitent de siéger dans les conseils d'administration des sociétés auxquelles certains se contentent d'apporter, avec des influences suspectes, la vanité de leurs connaissances pratiques.

« Puis, après les parlementaires, se présentent de hauts fonctionnaires de l'administration à pourvoir de retraites.

a Tel ministre ou telle personnalité politique en vue a-t-il un haut fonctionnaire ou un grand électeur à caser pour reconnaître ses services ? La société de capitaux est sous la main ; c'est elle qui sera mise à contribution. La politique soUicite-t-elle jamais d'une entreprise privée de pareils sacrifices ? Non, les chefs de maisons particulières ont trop

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le souci de leur indépendance et de leurs intérêts pour s'adjoindre des non-valeurs, quelque honorables qu'elles soient.

« Au surplus, les sociétés de capitaux, et surtout les sociétés de crédit, ne sont pas exposées seulement aux sollicitations de la politique en faveur des personnes. La question des subsides est pour elles non moins obsédante et coûteuse. Combien cher leur fait-on payer la moindre autorisation nécessaire, notamment l'obtention de la cote officielle pour un emprunt d'État étranger ? Le prétexte? Des élections à alimenter, des fonds secrets à compléter.

« Et à chaque émission de quelque importance, tel politicien n'a-t-il pas des obligations à remplir, des frais à engager, des œuvres à doter ? Cette rallonge à la publicité commerciale a été imaginée, avons-nous dit, autant par des intermédiaires intéressés que par les bénéficiaires eux-mêmes de ces subsides.

« Le rançonnement des sociétés de crédit

par la politique est intolérable. Il s'explique dans une certaine mesure, sans se justifier, par l'illusion d'une grosse fortune qui n'est, en somme, que la centralisation en quelques caisses et la réunion d'épargnes multiples.

« Les sociétés de crédit seraient les premières — nous en sommes convaincu — à applaudir à la suppression complète de ce pillage de leurs caisses.

« Chacun chez soi. Le rôle de représentant du peuple est assez beau en soi. Il doit suffire à celui qui l'ambitionne et l'assume. Son prestige moral souffre de la convoitise de satisfactions matérielles. Le député, lé sénateur sont des mandataires ; ils ne doivent pas être des commerçants, nous voulons dire des trafiquants de leur mandat.

« Personne n'oblige à se faire élire député celui qui se reconnaît des besoins matériels dépassant le montant de l'indemnité parlementaire. Dans tous, les cas, ce n'est pas pour faire ses affaires, mais pour gérer celles

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du pays, que les électeurs l'ont envoyé à la Chambre ou au Sénat. »

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