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III. — Le congiaire

Mais le procédé le plus commode, c'est encore de faire payer l'État. Le budget n'est plus qu'accessoirement d'administration. Il s'agit surtout de contenter le plus grand nombre d'électeurs. On multiplie les places. Taine a noté que l'extension monstrueuse du fonctionnarisme et partant de la dette publique date du jacobinisme triomphant.

Quand les gouvernants dépendent des gouvernés, ils n'obtiennent et ne tiennent le pouvoir qu'en l'exerçant à contresens. Entendons, en ne gouvernant pas, en profitant et en faisant profiter, en promettant toujours de concéder et en concédant de plus en plus aux désirs momentanés et particuliers des électeurs contre les besoins et les aspirations permanents et généraux de la nation.

A la Chambre, quelques semaines avant la

déclaration de guerre, M. Ribot, en faisant allusion aux difficultés extérieures, souleva ces protestations que le Journal officiel a relevées :

« — Quelles difficultés? cria-t-on à gauche. Il n'y en a pas.

« — On ne peut prononcer de telles paroles à la tribune, dit le général Pédoya.

« — Ne jouez pas de la panique, criait M. Marcel Sembat.Ceux qui prétendent défendre la France lui rendent un bien mauvais service en semant de pareilles inquiétudes. »

On comprend que des vues aussi claires qualifiaient tout particulièrement M. Pédoya pour être président de la Commission de l'armée pendant la guerre et M. Marcel Sembat pour être ministre de la Défense nationale.

Au vrai, plus encore qu'en 1870, la guerre était annoncée. Tanger date de 1905, et Agadir de 1911. C'est pour avoir du foin électoral que beaucoup de parlementeurs faisaient les bêtes. De toutes manières, depuis trois ans, nos ministres avaient été avertis. A tout le

130 LE NOMBRE ET l'OPINION PUBLIQUE

moins, par le rapport officiel et secret allemand dont le gouvernement eut communication en mars 1913; par M. Jules Cambon qui, en mai 1913, prévint son ministre que l'Allemagne attaquera brusquement dès qu'elle jugera le moment propice et que ce moment est proche ; par les propos que l'empereur Guillaume et de Moltke tinrent au roi Albert, en novembre 1913, et qu'une amicale indiscrétion nous firent connaître aussitôt.

Rien n'y fit. Nos députés restèrent tout occupés de leurs réélections et de renverser le ministère, et les ministres de défendre leurs portefeuilles et de «faire » les élections.

Dans rHumanilé du 6 avril 1915, on pouvait lire :

« La France a-t-elle besoin d'être sauvée ?

« Et de quel péril ?

« Du péril dont les hommes noirs la nienacent par leur propagande tortueuse et souterraine.

« Nous n'en connaissons pas d'autres !... »

Nos ministres ressortissent d'un système

OÙ la manipulation des élections a beaucoup plus d'importance que l'organisation de la défense nationale.

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