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IV. — Les serviteurs de l'ennemi

Le 15 juillet 1914 encore, au Congrès socialiste, M. Albert Thomas préconisait « la grève générale préventive » pour faire avorter la mobilisation générale. La veille même de cette mobilisation, M. Jaurès adjurait M. Viviani de dénoncer notre alliance avec la Russie, de nous déshonorer en la laissant écraser et d'accepter ainsi, pour nous et pour l'Humanité, l'effroyable suprématie teutonne. Avec la délégation des parlementaires socialistes, il obtint seulement de faciliter l'invasion en faisant donner l'ordre à nos troupes de céder huit kilomètres de terrain '.

1. Extrait du rapport du secrétaire de la Conférence nationale du Parti socialiste « sur l'attitude du Parti en présence de la guerre », publié dans l'Humanité du 9 février 1915 :

« Notre camarade Jaurès, depuis son retour de Bruxelles, s'était employé avec nos autres amis socialistes au Parlement à peser de toute son autorité... auprès du gouvernement pour aiguiller ce dernier dans des voies résolument pacifistes...

« ... Nous savions que le Luxembourg était envahi par les forces allemandes.

« Nous savions que, sur la demande expresse de nos parlementaires, le gouvernement avait donné ordre à ses troupes de se retirer à huit kilomètres en arrière des frontières... »

Ce fut un grand appoint pour l'Allemagne.

Dans la Revue Wirlchaflzeitung der Zentralmaechle du 7 décembre, un métallurgiste, le D'' Reichert, le reconnaissait encore en décembre 1917 :

« Si nous ne possédions Briey, nous aurions été depuis longtemps vaincus, car nous n'aurions pu produire en suffisance le fer et l'acier Thomas ; nous n'aurions pu approvisionner, comme il le fallait, notre armée, notre marine, les armées de nos alliés. 11 est facile de se représenter ce qui serait alors advenu des puissances centrales. Si nos ennemis nous avaient chassés de Lorraine, nous n'aurions pu produire que le quart de la fonte que nous fabriquions en temps de paix, ni nous, ni nos alliés n'aurions pu vivre dans ces conditions. Briey nous a sauvé la vie » {Briey unser leben gesichert hal).

De même, le conseiller des finances, Haux, qui écrivait dans la Koelnische Zeilung du 15 janvier 1918 :

« L'Allemagne ne doit qu'à l'ignorance de

ses ennemis, sur ces questions du fer et du charbon, d'avoir pu continuer sans aucune gêne sa fabrication industrielle. Ses grands bassins miniers sont exposés aux coups de l'ennemi. L'avance française d'août 1914 aurait pu aisément menacer le bassin de la Sarre. Les mines de Lorraine sont à la frontière même ; les Français en auraient pu anéantir aisément, dès les premiers jours, toutes les superstructures avec des pièces à longue portée et en paralyser l'activité... De même, les gisements de charbon de la Haute- Silésie sont le long de la frontière russo-polonaise, l'avance russe de 1914 les a mis en péril... Si nos ennemis avaient su, au début de la guerre, qu'ils pouvaient paralyser toute notre activité industrielle, c'en était fait de nous ! » Enfin, dans leur manifeste, les six grandes associations industrielles de l'Allemagne ont avoué également que, sans la conquête du bassin de Briey, au début de la guerre, la lutte n'aurait pu être continuée, faute de fer nécessaire aux munitions.

Les politiciens socialistes français ont donc bien servi l'Allemagne, et le pacifisme, une fois de plus, n'a eu d'autre résultat que de prolonger la guerre en la faisant plus atroce.

Dès l'armistice, ils se sont employés avep un zèle redoublé à saboter la victoire. C'est la France, la paix du monde et la civilisation qui en supporteront les conséquences pendant un siècle.

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