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III. — Mortelle surenchère

Aux élections législatives de 1914, alors que la guerre était imminente, tous les candidats socialistes promirent la réduction des dépenses militaires, comme ils eussent promis la lune s'ils avaient cru y gagner quelques voix.

Voici quelques extraits du manifeste que le Parti socialiste (Section française de Tlnternationale ouvrière), se conformant aux décisions prises au Congrès d'Amiens, publia alors sous forme d'affiche pour conférer à ses candidats l'investiture du parti.

« L'œuvre de guerre et de mort. — L'armée, la marine, les conquêtes coloniales absorbent la plus grosse part des revenus de la France ; à mesure que grossit le budget,

s'amplifie le chiffre et la proportion des dépenses de guerre et de mort.

« En 1910: 1.330 millions sur 4.185 ; soit 32 Vo.

« En 1914 : 2.000 millions sur 5.320 ; soit 38 Vo.

« Sans compter les millions et milliards absorbés « hors budget » par les armements nouveaux, les forts, les lignes stratégiques, les cuirassés, etc. (près de 800 millions rien qu'en 1911).

« Depuis quarante-quatre ans, les gouvernements bourgeois ont jeté dans la gueule du monstre militaire : 60 milliards, douze fois l'indemnité de guerre de 1870 !

« L'augmentation totale du budget, en quatre ans, a été de 1.135 millions, dont 139 millions seulement pour les travailleurs, soit à peine 12 7o ; tandis que la guerre et la mort ont absorbé 50 7o de cette augmentation.

« La course a l'abîme. — : Dans leur course à l'abîme, les gouvernants ne sont

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pas poussés par la démagogie socialiste. Ils sont entraînés, emportés dans un tourbillon de surenchère chauvine, déchaîné par les exploiteurs du sentiment national et patriote : grands financiers, grands patrons, gros fournisseurs qui, derrière le spectre de la guerre, poussent leurs scandaleux trafics.

(( Ce que veut le parti socialiste. — Le <' Parti socialiste » veut la Paix dans le monde, comme il veut l'ordre et l'intelligence dans le budget.

« Le (( Parti socialiste » veut la fin des monstrueux gaspillages qui, sous prétexte d'ajouter à la défense nationale, gorgent d'or nos exploiteurs et mettent en péril la paix européenne et la prospérité de la France.

« Citoyens, contre le gaspillage ! Contre le déficit ! Pour la Paix î Vous voterez pour le Parti socialiste.

« Les socialistes allemands luttent contre LA GUERRE ET LE MILITARISME. — La

presse et les politiciens bourgeois ne cessent^ de répéter que les socialistes français, en lut-

tant contre la folie des armements, en ayant foi dans l'internationalisme de leurs frères, les travailleurs allemands, jouent un rôle de dupes ou de complices. Les socialistes allemands seraient des « patriotards » forcenés, voire des militaristes et des chauvins !

« Ce sont là d'impudents mensonges, auxquels il suffit d'opposer seulement des faits incontestables, dont beaucoup appartiennent à l'histoire.

« En 1870-71. — En 1870, lorsqu'éclata l'abominable guerre, les socialistes n'étaient en Allemagne qu'une poignée : ils firent néanmoins leur devoir d'internationalistes héroïquement !...

« Ni un sou NI UN HOMME POUR LE MILI- TARISME. » — « Depuis quarante-trois ans que ces terribles événements se sont produits, l'attitude de nos frères d'Allemagne n'a pas dévié d'un pouce.

« Inébranlablement fidèles à leur fière devise, ils n'ont pas cessé de voter comme un seul homme contre le budget de la guerre et

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de la marine, contre tous les armements, contre les crédits coloniaux.

« Décidés, comme nous, à défendre l'indépendance nationale de leur pays, s'il était menacé d'une agression — c'est le sens littéral des paroles de Bebel au Reichstag, que la presse bourgeoise déforme toujours avec la plus insigne mauvaise foi — les socialistes allemands, comme nous, mènent Une lutte infatigable contre le militarisme insatiable, contre la guerre dévastatrice, pour l'entente réciproque, la paix durable entre la France et TAUemagne. »

« Voilà ce que répètent leurs 90 journaux quotidiens, tirant à 1 .700.000 numéros, ce que proclament leurs 111 députés (sur 397), ce que pensent et que crient un million de socialistes organisés, 2 millions de coopérateurs, 3 millions de syndiqués, 4 millions d'électeurs socialistes d'Allemagne. »

Par voie d'affiche, le candidat socialiste Pierre Brizon proclamait :

« Et d'abord,

« A bas les trois ans î

« A bas cette loi de ruine (de ruine pour le budget, pour les réformes sociales, pour Tagriculture) ; à bas cette loi de suicide national qui tue nos enfants dans les casernes au profit des fabricants de canons et pour le service des riches !

« A bas le militarisme qui nous écrase !

« On peut défendre la France sans la ruiner.

« Les milices : un homme, un fusil, ça ne coûterait pas cher et nous défendrait très bien.

« D'ailleurs, la France n'est pas menacée : si les riches et les fabricants de canons font dire le contraire par leurs journaux payés, leurs journaux menteurs, c'est que l'armée les protège contre vous, vos misères et votre socialisme grandissant ! etc., etc.. »

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