‹ Les forces à régler;Chapitre 55 sur 75 · I. — L'anarchie n'a que deux moyens · texte numérisé non relu

I. — L'anarchie n'a que deux moyens

corrompre ou terroriser.

L'influence spirituelle du catholicisme n'étant plus suffisante et celle du positivisme ne l'étant pas encore, il fallait briser les volontés indisciplinées ou les corrompfe. La corruption apparut ainsi comme un moindre mal. Et c'est tout le régime actuel, si l'on peut dire que l'universelle confusion soit un régime.

On sait ce que signifie l'élection. Ce n'est pas parce qu'il représente une majorité quelconque qu'un parti détient le pouvoir ; c'est parce qu'il commande aux préfets et dispose

de l'intimidation administrative, des sportules et des places.

« En somme, écrit M. Francis Delaisi, la représentation nationale en France est aujourd'hui à trois degrés. Chaque député influent représente : P ses électeurs ; 2° son comité ; 3"* de puissants intérêts privés. 11 s'attache les premiers par des professions de foi et des phrases sonores ; les seconds par de menues faveurs administratives ; les derniers par l'appât des grosses affaires. »

Aux États-Unis, on ne fait pas de grandes phrases, et le système électif y apparaît franchement ce qu'il est, tout ce qu'il peut être. Après l'avant-dernière élection présidentielle, on pouvait lire dans le Temps :

« M. Woodrow Wilson, président élu, qui est parti pour quelques semaines en excursion aux Bermudes, semble surtout fuir les solliciteurs de fonctions publiques. Les démocrates, éloignés de la présidence depuis seize ans, sont âpres à la curée des emplois qui suit toujours l'accession d'un nouveau

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parti à la présidence, en vertu de cet axiome de la politique américaine : Aux vainqueurs, les dépouilles.

« Tous les fonctionnaires républicains devant être remplacés par des démocrates, il y a pour 30 millions de francs d'emplois publics à distribuer ; le président est littéralement submergé de sollicitations, et son premier devoir, avant toute autre question, même d'intérêt public, est de donner satisfaction aux partisans qui l'ont aidé par leur action personnelle ou leurs dollars à parvenir à la présidence. »

La corruption est partout. « Aucune loi, a dit M. G. Picot, aucune mesure n'est plus considérée en elle-même, mais dans ses rapports avec le succès ou l'échec de la candidature. Que veulent les électeurs ? Que désirent-ils ? Quel effet produira tel article, tel amendement voté ou rejeté ? La question qui se pose n'est pas : quel est l'intérêt général de la France ? Que veut le bien de l'État ? Qu'exigent sa force, sa prospérité, son indé-

pendance ? Nullement. Il s'agit de la volonté des électeurs de la région, des exigences locales, et comme, malheureusement, ceux qui s'occupent des élections sont les plus agités, il s'agit au fond de satisfaire les passions des politiciens qui remplissent les comités de chef-lieu de canton. »

C'est un bourgeois qui parle, et il ne déplore que la part qui est faite au nombre. Un révolutionnaire dénoncera, avec plus de force " encore, la part qui est faite à l'argent. Voici, par exemple, l'extrait d'un rapport de la Société des Tréfileries du Havre, publié par la Revue de la Bourse et de la Banque, « La guerre n'a pas ralenti le travail pour la Société. Bien loin de là. Au surplus, la présence de M. Etienne * au Conseil d'administration assure toujours aux Tréfileries des commandes pour l'armée. »

La corruption va des hommes d'affaires aux élus et aux journaux, des élus et des journaux aux électeurs et au public. Elle

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