‹ Les forces à régler;Chapitre 54 sur 75 · XI. — Le remède est surtout moral · texte numérisé non relu

XI. — Le remède est surtout moral

Ici, nous sommes à la source même de l'anarchie présente. « Aucune société ne peut durer, a dit A. Comte, si les inférieurs ne respectent pas leurs supérieurs. Rien ne confirme mieux une telle loi que la dégradation actuelle, où, faute d'amour, chacun n'obéit qu'à la force, quoique l'orgueil révolutionnaire déplore la prétendue servilité de nos ancêtres, qui savaient aimer leurs chefs. »

Ce ne sont pas les lois écrites, ni la violence des foules qui peuvent imposer aux faibles la vénération pour les forts et à ceuxci le dévouement pour ceux-là. Là où il n'y

a plus que le jeu des forces brutales, il y a exploitation et tyrannie.

Après avoir été instauré pour contrôler les dépenses royales et empêcher de folles dissipations, le parlementarisme n'a été maintenu que pour refréner, par des moyens matériels, les excès de l'argent ou du nombre. Mais ce n'est qu'un piteux expédient.

J. de Maistre disait : « Je voudrais me mettre entre les rois et les peuples, pour dire aux peuples : « Les abus valent mieux que les révolutions » ; et aux rois : «. Les abus amènent les révolutions ». Bossuet avait déjà constaté que ce qu'on veut faire faible à faire du mal et à opprimer devient impuissant à faire le bien et à protéger. Abolir l'autorité politique, c'est évidemment en finir avec ses abus, mais c'est aussi risquer tous les désastres de l'anarchie.

« Toutes les complications sociales inspirées par la défiance, dira A. Comte, n'aboutissent réellement qu'à l'irresponsabilité. Confiance entière et pleine responsabilité,

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tel est le double caractère du régime positif. Le digne organe d'une fonction quelconque devient toujours le meilleur juge de son successeur, dont il doit toutefois soumettre la désignation à son propre supérieur. »

On ne supplée point le cerveau et le cœur, Tâme, le spirituel par un mécanisme.

Dans ses Notes^ Fontanes rapporte que Bonaparte lui dit un jour : « Fontanes, savez-vous ce que j'admire le plus dans le monde ?... C'est l'impuissance de la force pour organiser quelque chose. Il n'y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l'esprit. J'entends par l'esprit les institutions s civiles et religieuses... A la longue, le sabre est toujours battu par l'esprit. »

N'était la menace toujours présente de l'étranger prêt à envahir un sol qui n'est plus assez défendu, l'erreur serait grande de ceux qui rapportent tout à la question politique. « Le législateur, a dit J. de Maistre, ne peut se faire obéir, ni par la force, ni par le raisonnement, w

On finira bien par le reconnaître, « l'immense problème de l'ordre » n'est pas essentiellement politique. Notre anarchie temporelle est surtout une conséquence de notre désarroi moral.

Certes, comme l'a dit Leverdays, « on ne connaît pas un dissolvant plus fort et plus actif » que le parlementarisme et le système électif ; néanmoins, c'est peut-être ce qui convient le mieux à notre anarchie, et c'est pourquoi on s'y tient instinctivement, contre toute raison.

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