‹ Les forces à régler;Chapitre 57 sur 75 · II. — La presse vénale · texte numérisé non relu

II. — La presse vénale

L'argent dispose de la presse. Par la littérature de ses amuseurs, la presse abêtit ; par les excitations et les sophismes de ses pamphlétaires, démagogues de gauche ou de droite, elle énerve et affole ; par la menace, la réclame outrancière qui se paie ou le silence qui s'achète, par le chantage sous toutes ses formes, elle corrompt et trahit.

« Fabrique de fausse monnaie et cathèdre d'iniquité », disait déjà Proudhon du journal politique. Et depuis un demi-siècle, ce journal a fait du chemin.

Quelques menus faits le montreront assez.

A propos d'un procès qui venait de se plaider devant la cinquième chambre du tribunal civil, le Courrier du Parlement fournissait ces éclaircissements :

« M. D., directeur de /a ..., avait fait saisie-arrêt sur une somme de 30.000 francs d'honoraires réclamés à la compagnie du Thon-Hoat par M. L., rédacteur aux .... H prétendait que 16.000 francs lui étaient dûs pour rémunération des services rendus par lui à la Compagnie.

« Il résulte des faits de la cause que la Compagnie, constituée pour l'exploitation des allumettes en Indo-Chine, après avoir échoué dans ses prétentions, avait eu recours aux bons offices de M. L..., lequel, à son tour, s'assura la protection de M. D... Il s'engageait à partager avec lui les 30.000 francs d'honoraires qui lui étaient assurés en cas de réussite. Le 12 juin 1908, l'autorisation était accordée. Mais la Société, qui avait mené, dans les colonnes de /a..., une campagne con-

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tre le monopole, changea ses batteries et sollicita le monopole pour elle-même.

« M. L... ne fut pas rétribué de ses peines et assigna la Société devant le tribunal de commerce. M. D... prit ses précautions, et c'est la demande en mainlevée de saisie-arrêt qui nous a valu de connaître ces détails pleins d'intérêt sur les dessous du monopole des allumettes en Indo-Chine.

« Au fait, qui donc était ministre des Colonies en juin 1908 ? »

Mais qu'importe î Ils se ressemblent tous comme des frères. On voudrait connaître plutôt le nom du Fou sublime, du Héros incomparable, qui, ministre élu et irresponsable dans une République parlementaire, a résisté au chantage de la presse et de la finance.

S'il restait des illusions sur le parlementarisme, on demanderait d'abord pourquoi, en cette occurrence, certains articles du Code pénal qui prévoient ces manœuvres radicalessocialistes n'ont pas été appliqués à ces messieurs.

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