III. — La presse esclave
Lors d'un procès scandaleux où étaient engagés deux grands journaux, M. Labori pouvait dire : « Qu'est-ce donc qui fait un journal ? C'est l'information, c'est la publicité dans tous les sens. Et croyez-vous que si un ministre donne une information à un journal avaht de la donner aux autres, ou que si un magistrat permet à un rédacteur de journal d'entrer dans une cellule sans que les autres y entrent, croyez-vous que cela ne se traduit pas en argent ? Et comment donc se fondent ces maisons considérables dont la valeur en capital est énorme, sinon précisément à cause de publications sensationnelles que l'on achète à tout prix ? Alors, ce qu'il faut pour faire aux autres journaux une concurrence plus ou moins loyale, c'est inspirer partout la terreur, c'est établir qu'on peut parler et commander en maître, sans essuyer jamais aucun refus ; et quand une fois on a bien établi cette situa-
tien, alors on dispose de tous les établissements de crédit, de tous ceux qui sont à la tête d'un pouvoir public quelconque, des ministres et au besoin des présidents du conseil. »
Et M. Judet reproduisant ces paroles dans V Éclair ajoutait :
« Il n'y a pas d'ironie ni d'exagération dans ce tableau.
« Le ... qui savait tout de première main, parce qu'il obligeait tous les cabinets, l'un après l'autre, à lui fournir tous leurs secrets, a également fait plier les plus hautes magistratures, humilié les plus impérieux, brisé toutes les oppositions ! Il estimait évidemment que ses continuelles campagnes de supériorité suffisaient à sa fortune et la justifiaient...
« Au fond, toutes ces bizarreries sont le produit de l'anarchie innommable dans laquelle nous nous débattons. Elle est attestée par les actions et les réactions dont l'incohérence est la condamnation du régime autant et plus que celle du ... Le coupable est en-
core plus celui qui cherche au nom du pays et du Parlement d'étranges concours que celui qui les donne et en dresse commerce régulier.
« Souhaitons surtout que l'Etat cesse de se mettre au service de la presse, d'une presse favorite ou complice, dont le rôle exorbitant fausse l'exercice de la liberté et altère les notions les plus élémentaires de la saine administration, de l'impartiale justice et de la bonne politique. »
Il n'en coûte rien de faire des souhaits. Mais sachons enfin qu'un Etat électif et parlementaire ne peut résister à aucune puissance de corruption, puisque lui-même ne se maintient que par la corruption, sinon par la terreur.
On condamne parfois quelques charlatans escrocs comme les « docteurs » Maclaughlin, Macaura et autres. C'est bien. Mais leurs complices, tous les grands journaux qui coopèrent à ces gigantesques escroqueries par la réclame qu'ils leur font ?...
192 LE NOMBRE El l'OPINION PUBLIQUE
Les receleurs, quand ils ne sont pas des électeurs radicaux-socialistes, sont punis plus sévèrement que les voleurs. On les considère comme les véritables instigateurs des méfaits.
Les journaux ne sont-ils pas les véritables instigateurs des délits et des crimes qui ne pourraient se commettre sans leurs annonces ? Dans un État bien ordonné, une telle complicité ne sera pas impunie.