‹ Les forces à régler;Chapitre 8 sur 75 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

pour le scrutin de ballottage ou V établissement d'une liste de candidats panachée.

Laissez donc qu*ici on cous le rappelle sans ménagement: Pour la société française d'abord^ pour toute la civilisation occidentale ensuite^ il faut guérir ou périr.

ï. — Le principe de la guerre civile.

Comme la richesse, le nombre est une force. Mais une force quelconque est un moyen et non un but.

« Radicalement insurgés contre les riches, dit A. Comte, les pauvres veulent, à leur tour, dominer, en devenant, vu leur nombre, non la base, mais le but de l'activité collective. »

S'il n'y avait que le présent et les vivants, l'ordre n'aurait d'autre raison à opposer que

le fouet et le canon ; mais il y a le passé et les morts, l'avenir et ceux qui naîtront. On peut entendre que la continuité doit prévaloir sur la solidarité.

(( Il est parfaitement faux que les majorités créent le droit national, note judicieusement Paul Bourget, car un peuple n'est pas composé que de vivants, il est composé de ses morts et de ceux qui viendront, en sorte que les vivants ne sont que des usufruitiers dont, par suite, la gérance est limitée. »

La maladie révolutionnaire qui consiste essentiellement dans la rupture de la continuité et de la solidarité, les excès du nombre sont dus surtout à l'inepte matérialisme qui s'est propagé des lettrés et savants à la bourgeoisie, et de celle-ci à la plèbe.

H n'y a donc plus que la force, et la plus brute.

(( Tous voulant aujourd'hui commander, dit encore A. Comte, et pouvant souvent espérer d'y parvenir, chacun n'obéit ordinairement qu'à la force, sans céder presque ja-

mais par raison ou par amour. De là résulte habituellement une affligeante dégradation, chez ceux-là mêmes qui déplorent amèrement la prétendue servilité de leurs prédécesseurs. »

La plupart tiennent au désordre pour la possibilité qui leur est offerte de l'exploiter.

En poursuivant la chimère des puissances de richesse et de commandement qui ne lui reviennent pas et qu'il ne saurait exercer vraiment, le nombre abdique les puissances d'opinion publique auxquelles il peut prétendre et qui lui sont propres. A ses vaines et tumultueuses agitations répondent l'accaparement affameur et les brutales répressions. C'est la guerre civile latente et bientôt patente.

« Dans toute guerre civile, dit Polybe, il s'agit de déplacer les fortunes. » La confusion des pouvoirs temporel et spirituel suscite et entretient la guerre sociale.

« Les cités grecques flottaient toujours entre deux révolutions, dit Fustel de Cou-

4 LE NOMBBE ET LOPIMON PUBLIQUE

langes : l-une qui dépouillait les riches, l'autre qui les remettait en possession de leur fortune. » Et l'éminent historien nous montre aussi comment se terminent les guerres sociales en ajoutant : « Cela dura depuis la guerre du Péloponèse jusqu'à la conquête de la Grèce par les Romains. »

De nos jours, l'argent est beaucoup plus fort. Il résiste mieux aux violences du nombre, et d'abord par le dérivatif du suffrage universel. Par là, on donne au nombre toute licence, — sauf contre l'argent. Aussi, en se réservant les jouissances du présent, la richesse abusive lui livre les immenses trésors du passé et les infinies possibilités de l'avenir.

Il n'y a donc plus que d'âpres revendications de (( droits » qui se nient réciproquement en ruinant Tensemble social. Qui se comprend dans cet ensemble ne peut que reconnaître l'absurdité de ces agitations. Comment ne verrait-il pas, au surplus, que le « droit » du faible à l'égard du fort est une

duperie, tandis que le « devoir '> du fort envers le faible est une réalité positive.

Le mensonge de l'égalité politique et la fallacieuse proclamation des droits de l'homme ont permis aux riches de se soustraire aux réels et nécessaires devoirs toujours proportionnés aux pouvoirs.

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