CONCORDANCES
Le même triste accent vient toujours des rapides,
Toujours le? mêmes flot^? font le même circuit
En recticillant le rêve et l'espoir dans leurs rides.
Je l'ai senti déjà le vent de cette nuit ; Il conserva mes paroles et les répèle, Et de naïfs couplets renaissent avec lui.
Un firmament connu Tesplendit sur ma tête. Les étoiles de d'an passé sont de retour ; Le souvenir des temps éclaire la planète.
Mon âme d'autrefois ressuscite à son tour,
Et comme une eau qui part avec d'aimables rides,
Calmée elle reprend son doux rêve d'amour.
Son accent reviendra, triste, dans les rapides.
LA CHIHERE
Que vous veniez deiuaiii ou plus tard, que m'importe ? J-e jour, lointain ou proche, en sera-l-il moins doux ! Ar,i!i'.i;i Lô/.KAf.
Poète, laisse errer ton lionhcur, s'il retarde. Barre la porte et fais dans ta chambre du noir ; 11 pourrait arriver comme un intrus, le soir, Surprenant ton désir émoussé, hors de garde.
La vie aurait sapé ton obstiné vouloir. Affaibli, surgissant peut-être par mégarde, Phtisiciue. ton bonheur tardif dirai*.: Regarde, C'est moi ! X'avais-tu pas souhaité de me voir ?
FLIRT ET SENTIMFNT
Vise plus loin. Avec le mirage traiisig'e, Pllace ailleurs ton espoir si ton âme en exige. L'amour est un facteur de vie et non un but.
D'autres ambitions hautaines et constantes Aux fortes volontés demandent Jeur tribut. Agis et laisse-là îles chimères tentantes.
82 LES l'ORCES
L'OnBRE
C'était un soir méchant, noir comme de la suie ; Dans les arbres le vent ])leureur soufflait du deiii!. Je rentrais seul chez moi quand, debout sur le seuil Une ombre m'arrêta, murmurant : Te m'ennuie.
— Ombre, que me veux-tu ? J'ignore ton parler,
Me raconter ton ma! c'est le renouveler ;
Par quels soins te guérir, comment te consoler ?
FLIRT ET SENTIMENT f>3
—"■Je suis ton coeur. Je vais sans amour, sans espoir Ainsi qu'un miséreux logé sur le trottoir. Je faiblis, il est temps si tu veux me ravoir.
— Tu mens, je l'ai tué mon coeur capricieux. Les charmes de l'esprit m'ont séduit, il vaut mieux Penser que s'attarder aux songes captieux.
—Je vis encor, je suis le passé, l'avenir. Contre l'erreur des mots je veux te prévenir. Redeviens fail)le et bon, cesse de n:'e punir.
— Plus rien ne non- rattache et ton discours m'ennuie,
Va-t'en, je te condamne à l'éternel repos.
L'ombre s'enfuit en murmurant d'étranges mots...
C'était un soir méchant, noir comme de la suie.