‹ Les forcesChapitre 20 sur 45 · Scène- dont le sens vrai se dégage trop tard · texte numérisé non relu

Scène- dont le sens vrai se dégage trop tard

Ils se ressemblent tous. ()n rit gaiement, on cause,

On bâtit des projets où domine le rose,

Car on se reverra, certes, prochainement.

Devenus l'un pour l'autre imagés richement,

Et chaque fait sera noté par un cigare.

Bl'le n'affiche pas d'air sinistre, la gare.

Et la 'locomotive avec son gros fanal.

Le ronron de ses feux, ses membres de métal.

Semble vme l)onne bête au repos, forte et sûre.

On ne sent pas encor 'le mal de la brisure ;

On se serre la main sans appréhension,

Et c'est tout. Le train dérape, un tourbillon

De cendre et de fumée autour de lui se presse. — Premier nuage et premier signe de tristesse. — Les brui'ts s'éteignent, puis, de la campagne, loin. Vient un coup de sifflet; adieu final, un point. On s'en retourne seul et vide à sa liemeure. Une étape s'inscrit déjà, marquant son heure.

Une carte bientôt arrive, on correspond.

Les Jettres sont d'abord d'un aimable abandon

Puis gagnent par degrés une fade tournure.

Graduellement on les espace, à mesure

Que baisse le niveau des souvenirs communs.

Et que les jours d'antan donnent moins de parfum;

Un jour l'ami revient réjoui, la voix claire ;

On croyait se revoir ainsi qu'à l'ordinaire.

Avoir besoin d'un mois, pour tout se raconter.

Erreur, on a vécu chacun de son côté,

La pensée a changé, les buts nouveaux s'ignorent.

Hors le passé par quoi l'on se rejoint encore,

A se dire on a peu, beaucoup à se raclur.

Il repart, et soi-même on retourne chercher

Des ami.- de l)illarcl. des amis de surface

Avec lesquels, commodément, le temps se passe;

Mais les jours de fatigue et de spleen et d'ennui,

Lorsque même le goût du plaisir s'est enfui,

On évoque l'esprit d'un ami de naguère.

Il les comprenait bien. lui. ces jours de misère,

Et c'est encore lui. cerveau fou, bon enfant,

Qui d'un éclat de rire et d'un geste indulgent

Absolvait les péchés les plus irrémissibles.

A sa place aucun autre ami n'est éligible.

Alors, le coeur voj-ant l'avenir désolé,

Sent un vide que seul l'amour pourra combler.

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Sur l'écran gigantesque où les soirs d'insomnie.

Comme un magicien de puissance infinie,

Je somme l'univers d'apparaître sans fard,

Il vient de se former — esclaves de mon art —

Trois ombres qui m'ont dit, tour à tour, ces paroles :

" Je suis l'amour. Je porte au front une auréole Pareille aux nimbes d'or des anges et des saints. Je marche et sur mes pas enchanifés, les desseins D'oij s'élance la viiC inscrutabJc et superbe, Naissent comme au soleiil du printemps les brins d'herbe. Je suis l'omniipotente et frêle déité

98 I-ES lOKCES

Dont le nom tapageur mitlle foià répété

Redirait mille fois d'historique du monde

Dans sa course au bonheur. Je suis l'erreur féconde,

La volupté qui leurre et retient au devoir

Une race vouée à tous les désespoirs.

Je suis lia vanité, le plai'siir, d'égoïsme.

Le plus haut idéal du matérialisme. "

Et me dit la deuxième: " Aux amants délaissés

Dont la force chanccdde et bientôt va décroître,

A ceux qui d'entrevoir de monde sont lassés.

D'un geste materned je désigne le cloître.

Je les condui's au tabernacle irradié

Et là, parmi l'encens trouble comine une gaze.

Aux genoux amaigris du Dieu crucifié,

A longs traits, lentement, je leur verse l'extase.

La chair n'est pilus; l'orgu^id choit aux portes du ciel.

L'Esprit Saint, descendu jadis comme une flamme,

A ina demande vient et brûle dans les âmes.

Je suis l'amour divin, tout l'immatériel. "

■"Et moi, je suis 'l'instinct! clama l'ombre dernière. On m'accuse du mal qui règne sur 'la terre ; Le mal vient de l'obstacle ennemi du bonheur. Quand l'homme, éperonné par le cerveau, se rue Aux plaisirs comme uii fleuve ivre de force accrue, Bondit vers J'océan, J'instinct, son protecteur. Lui crie ; Arrête là ! plus loin bâidle i'abime. Et quand monte Ja voix des amants du sublime, Méprisante à l'égard des choses d'ici-bas, Je dis à l'homme : Vrs.

Ma résistance heureuse Fait que la terre n'est une ruche amoureuse, Et que le paradis ne la dévaste pas. "

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