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LES DEUX VOIX

Certains jours de torpeur où ma force indécise Subit rinaction comme uu lourd firmament, Rudes au fond de moi deux voix se contredisent ; Ce sont celles d'esprits, maîtres également.

L'une dit: '" Rêves-tu d'une étroite cerveWe Comme en pétrit l'argent à ceux qui l'aiment trop ? Mesure tes plaisirs, 'la mémoire est l'échelle Où tu les trouveras marqués par un zéro. Homme, n'cs-tn pas mieux partagé que la brute, N'as-tu pas le désir de survivre à ta chair ? Plutôt que de songer à creux, travaille et lutte. Dans ce monde houleux, plein de courants divers,

OÙ ne peuvent tenir (lue les choses parfaites. Erige un monument d'oeuvres de 1)on alai, Et -lorsque 'le sommet déliassera les crêtes Les peuples sèmeront des roises devant toi. "

Et l'autre A'oix a^lors cyni(|uement ricane :

" Labeur millile fois vain, illusion d'un fou.

Tes travaux les meilleurs la tempête les vanne,

En g'uise de rochers tu poses des cailloux.

Dénombre autour de toi les valets de la plume

Qui révèrent aussi de gloire et de grandeur :

Les rats fetiiillettent seuls leurs malheureux volumes.

Pourtant, ces oubliés luttaient avec ardeur.

O l'aberration ruineu>e et le crime

Que de sacrifier le présent au futur ;

Que vaut près de la mort d'avoir atteint la cime ?

Joui>. jouis, et dès l'instant, c'est le plus sûr. "

Moi qui sui.~ attiré vers les deux buts coutraires,

J'obéis tour à tour aux voix autoritaires,

Et ne me plaindrai pas, dans les jours à venir,

De n'être point de ceux qu'on jalouse ou renomme ;

J'aurai tout ébauché sans jamais rien finir,

C'est le destin commun, et je ne suis qu'un homme.

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