SOLILOQUE DU DESABUSE
" Je pensai's faire une oeuvre éclatante, elle est blême^ Se disait le poète en feuilletant ses vers ; Voici le résultat de mon effort suprême : Quelques jets de pensée errants dans l'univers.
" Quels désirs somptueux g'ouvernent donc les âmes? O l'ingrate chanson qu'à tous vents je semais ! Plus qu'autrefois encor j'ai besoin de dictâmes, J'ai satisfait la foule, et moi-même jamais.
" La fodle volupté courut à ma rencontre, L'amour chaste et pensif entendit mon appel. La volupté n'a pas les charmes qu'on nous montre, Et j'ai tué l'amour d'un revers de scalpel.
" Mon amour le voici : ces lettres retournées. Reliquats d'un beau rêve et preuves de sa mort. Aujourd'hui je les ouvre après plusieurs années, Sans ressaisir l'esprit qui me poussait alors.
" Elles sont à mes yeux comme un livre mystique Qu'un matérialiste essaierait de vanter. Ces feuillets sont écrits à l'encre sympathique Et je n'ai pas de feu pour les ressusciter.
Je prospère ; la vie écarte ses obstacles, Mais j'ai tellement ri de tout, que maintenant Il me faut inventer, par ennui, des spectacles. Puis, encore, à quoi bon ce labeur enchaînant.
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Brusquement il se lève et marche vers l'armoire Où son consolateur l'attend aux jours maudits, Et lorsque l'opium eut chassé la mémoire, Devant l'homme béat, s'ouvrit le paradis.
Ainsi que des fourmis qui, délaissant leur sable, Voudraient sonder la mer et mesurer île vent, Certains hommes pétris d'orgueil marchent, rêvant De peindre a\ec des moits le Maître inconnaissable.
Ils plongent leurs regards dans son oeuvre ineffable, Ils fondent sur leur moi maint traité captivant. Chaque matin décèle un système, un savant. Et nous restons toujours acculés à la Fable.
Se grise qui voudra de spéculation,
Quant à moi, trop myope en mon champ d'action,
Je ne poursuivrai pas d'esprits ni de chimères.
J'aime, dès que le jour touche au sol endormi, M'occupant aux travaux de la sage fourmi, Bâtir un nid charmant pour ma vie éphémère.