‹ Les forces défensives de la FranceChapitre 1 sur 6 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La défense d'un grand pays est une œuvre trèseomplexe, qui demande l'emploi judicieux de toutes ses ressources, et bien peu de gens connaissent celles d'un pays comme la France ; ceux qui seraient le mieux placés pour les apprécier, sont en général étrangers aux préoccupations de là guerre, et les militaires sont souvent trop peu soucieux de ménager la vie et le temps des hommes, l'argent et les biens de la nation, dont la guerre nécessite l'emploi et amène la destruction. Chez les grandes nations militaires de l'antiquité, les généraux eurent souvent cet avantage d'être alternativement agriculteurs et soldats. Habitués par les travaux agricoles à connaître les forces des hommes, ils savaient comment on doit les entretenir et les ménager habituellement, pour leur demander un effort extraordinaire le jour du combat. L'homme de guerre le plus remarquable de notre époque, le maréchal Bugeaud, ressemblait en cela aux anciens ; et ce

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ne fut peut-être pas sa moindre fortune que d'avoir été obligé de passer dans une retraite méditative et laborieuse les quinze années qui séparèrent la première partie de sa carrière militaire de la seconde.

Un des plus grands dangers de la guerre, surtout quand elle prend des proportions excessives, c'est le gaspillage. Il est dans la nature humaine de dépenser trop facilement ce dont on est trop abondamment pourvu, et, les ressources n'étant jamais inépuisables, ce qu'on a dépensé trop tôt ou avec trop de prodigalité manque au moment décisif. — Le dernier mot de la préparation à la guerre n'est pas évidemment de laisser inutiles pendant la paix des ressources immenses en hommes , en matériel , et d'écraser un pays des charges permanentes les plus pénibles et les plus ruineuses, en vue d'éventualités incertaines, qu'il faut désirer ne voir jamais se produire , et que la sagesse des gouvernements doit employer tous ses efforts à prévenir ; et le dernier mot de l'art de la guerre n'est certainement pas d'accumuler sur un point donné des masses innombrables de combattants, dont la direction devient impossible au général en chef, et qui font d'une bataille une cohue sanglante, où périt en un jour toute une jeune génération. Le bon sens et la nature des choses nous paraissent indiquer que l'art de préparer la guerre est celui d'organiser un pays de façon à mobiliser immédiatement, pour combattre pendant la guerre, toutes les forces dont il dispose pour produire et pour vivre pendant la paix ; c'est-

à-dire l'ensemble de toutes ses ressources ; et, comme on peut être obligé de faire la guerre chez soi ou hors de chez soi, et que l'on peut utiliser, dans une de ces hypothèses, beaucoup de moyens que l'on ne peut utiliser dans l'autre , il convient de distinguer les ressources en défensives et en offensives. L'objet de ce travail est de faire très-sommairement le dénombrement et le classement des ressources offensives et défensives de la France, et d'indiquer le meilleur parti qu'on en pourrait tirer.

'Comme les moyens matériels ne valent que par le caractère et les aptitudes physiques et morales de ceux qui les mettent en œuvre , nous dirons un mot des Français avant de parler de leur pays.

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