Les forces ennemis, comédie en 3 actes
J'ai rencontré partout V accueil le plus chaleureux. Le ministre m'a dit que l'œuvre recevra l'appui du gouvernement. Mais il compte aussi sur la générosité publiqite. Il entrevoit déjà V époque où il sera possible d'envoyer au bord de la m,er non seulement les enfants malingres, mais tous les élèves pauvres de nos écoles. Son grand cœur le transporte aisément. " Voyez-vous, me dit-il, l'idée de votre ami est admirable. Mœis pour régénérer la France et pour réaliser dans toute leur ampleur nos aspirations démocratiques, c'est au
peuple tout entier qu'il faut donner plus de force et partant plus de ressort moral. "
HÉLÈNE
Adrien n'aura pas espéré tant de succès. Vous le connaissez. Lui aussi est un idéaliste et ce qui le choque, c'est que ces pauvres petits êtres chétifs puissent seuls hénéficier du grand air salin. Les autres restent chez eux j^fJ^ce qu'ils sont bien portants. Peuvent-ils ne pas être un /^ew jaloux?
Valcotk A coup sûr!
HÉLÈNE
On leur a parlé si souvent de l'océan, des gigantesques forts sur le sable, des coquillages dont on. a ■pleins de petits paniers, des pêcheurs que Von voit partir, sans savoir s'ils reviendront. Et puis de la vaste mer illuminée de soleil, qui vivifie tout et met le sourire à toutes les lèvres!
Mais n'est-ce pas un crève-cœur de voir les uns se rendre à la gare et les autres rester au logis, le nez collé aux vitres? Le ministre a raison et Adrien aussi, n'est-il ?^a.9 vrai? En attendant, il faut commencer par les souffreteux, parce qu'il leur manque du sang, des muscles, des nerfs, de quoi former des générations résistantes. Et Sarmont? Il a également promis de faire des démarches.
Valcotir
Oui. Il s'est chargé des autorités municipales. Je l'attends ici. Nous venons rendre compte tous deux
à Adrien du résultat de nos sollicitations, je dirai jjresgue de notre petite croisade.
HÉLÈNE
Je le sais. Ils sont en retard tous deux. Adrien ne s'était pas attendu à devoir sortir après le dîner. Mais un médecin ne sait jamais si, à telle heure, il prendra une tasse de thé, ou...
Valcothr ... Ou fera boire du thé aux autres!
HÉLÈNE
Non, ce n'est pas ce que j'allais dire... ou ne fera pas quelque terrible opération.
VALCOrK
Vous voyez surtout le côté effrayant du métier...
HÉLÈNE
Non, j'en vois le côté désagréable. Eh bien, voilà. Vous êtes 2iour nous des amis charmants. Nous nous étions dit, ce sera un plaisir de les recevoir, de s'entretenir d'un projet pour lequel Adrien se passionne, et puis de parler un peu de mille choses dont s'occupe Paris. Et déjà la petite réunion est compromise... Vous auriez dû accepter à dîner.
YALCOrR
Nous en étions, Sarmont et moi, tout à fait empêchés.
HÉLÈNE
Nous le regrettons. Il n'y a pas si longtemps que
vous nous faisiez la surprise de venir réclamer votre couvert. Et alors, c'étaient des causeries sans fin! Ce que j'adore, c'est vous entendre discuter, sans 7iulle contrainte, disant tout ce que vous avez sur le cœur.
Valcottb
Disons aussi qu'il y a peu de maîtresses de maison qui permettent aux amis une telle franchise. Vous savez tout ev tendre, sans vous offusquer de nos audaces de langage.
HÉLÈNE
Adrien vous aime beaucoup. Il paraît qu'on vous appelait déjà au collège les trois inséparables et vous l'êtes restés.
Valcotjb
Oui, nous le sommes restés. Et aujourd'hui, si nous avons parfois de la peine à nous rencontrer, c'est à cause de nos occupations. Sarmoiit est très absorbé par son livre sur /'Assistance publique, et moi je suis tyrannisé par mes dossiers d'avocat. Mais cela n'empêche que nous sommes toujours les trois i7îséparables', — si vous le permettez, j'ajouterai même les quatre inséparables, en vous y comprenant, car vous êtes devenue pour nous une véritable amie, d'un accueil charmant, d'une tolérance touchante pour tous nos petits travers.
HÉLÈNE
Pour moi, c'est un principe. Les amis de mon mari sont mes amis...