SCÈNE II
HÉLÈNE,- VaLCOUR, SaRMONT
Sarmont Me voilà en retard!
YALcom Trop tôt, mon ami/
HÉLÈxE (tondant la main à Sarmont.)
Mon mari n'est pas encore là. Il a dû sortir pour une consultation xirgente. Excusez-le. Mais il me semble qu'il pourrait déjà être ici.
Sarmoxt
Les médecins sont tout excusés même quand la maladie les attire moins que la cliente.
HÉLÈNE
Méchant!
Sarmont
Oh! Madame, personne 2Jlus que moi n'est convaincu de la conscience avec laquelle Adrien exerce sa profession et du bonheur qu'il éprouve à vous revoir le plus tôt possible.
HÉLÈNE
Vous me permettrez de l'être autant que vous...
Sarmont Certes. Toutefois reconnaissez qu'au bout de deux
ans de mariage, Vhomme a subi la loi fatale de Vhabitude. La nouveauté est une ensorceleuse dont le règne est éphémère. Mais, vous êtes parvenue, Madame, à va)incre ses caprices et votre mari est resté pour vous le même qu'au premier jour.
HÉLÈNE
C'est vrai. Et je ne crains pas les clientes aux yeux provocants, fussent-ils taillés à l'orientale.
Valcotjr
Ni aux beaux bras en marbre de Par os?
HÉLÈNE
Le marbre est froid.
Valcoub Oui, mais avec la chaleur de créatures du diable.
Sarmont Ni aux paroles séductrices d'une Ninon de Lenclos?
HÉLÈNE
Tel que je l'ai éprouvé, tel que j'ai pu apprécier la force de son caractère, mon mari y serait insensible.
Yalcohe Oh! oh!
Saemont
Belle confiance!
HÉLÈNE (riant.)
Quoi! vous, ses amis intimes, êtes-vous venus ici, dans notre maison, devant moi, pour me faire douter de mon mari ou bien pour V entretenir d'un projet de régénération sociale?
Sarmoxt
Remarquez, Madame, que si nous parlons ainsi, c'est que nous connaissons votre liberté d'esprit, votre détachement des sots préjugés et votre confiance absolue dans Adrien. Il en résulte que vous êtes la femme la moins jalouse qui soit dans Fans.
HÉLÈNE
Moqu-ez-vous de moi, maintenant!
Sakmoxt Est-ce vrai, ce que je vous dis ?
HÉLÈXE
Vous me persiflez.
Saemont Nullement!
HÉLÉXE
Je n'ai jamais été jalouse. Je n'ai jamais eu sujet de l'être. Pourquoi le deviendrais-je? Aux yeux du monde, on est ridicule quand on est trompé. Ne Veston pas encore davantage quand on se croit trompé et qu'on ne l'est pets?
Valcottb Mais on dit que la jalousie est une preuve d'amour.
HÉLÈNE
Non, elle est comme le virus de l'amour. Il le mine, il l'épuisé, il le fait mourir.
Ah! la jalousie! Ce doit être une torture affreuse, d'autant j)lus déchirante que la plupart du temps elle n'a pas de raison d'être et que Vidée fixe s'agite dans le vide.
Valcottb
Alors, Madame, vous assimilez la jalousie à une vraie maladie contre laquelle vous êtes immunisée?
HÉLÈNE
Je ne dis pas. Demain, je puis devenir jalouse, comme je puis devenir phtisique. Mais ce que je prétends, c'est que l'amour satis la confiance n'est jjIus de l'amour.
Sarmont
En ce cas, Madame, la confiance doit être absolue, inéhranlahle, inattaquable. Vermettez-moiune question. Elle vous ijaraîtra sans doute osée, mais je l'ai toujours considérée comme la vraie pierre de touche de la confiance... Puis- je vous la poser?
HÉLÈNE
Mais oui!
Sarmont
Vous ne vous en offenserez pas?
HÉLÈNE
Valcourt me disait encore tout à l'heure que je ne m'offusque jamais de vos audaces de langage...
Sabmont
Eh bien, cette confiance irait-elle jusqu'à consentir à ce que votre mari revo-ie une ancienne maîtresse?