‹ Les forces éternellesChapitre 179 sur 223 · PAROLES PANS LA NUIT · texte numérisé non relu

PAROLES PANS LA NUIT

Le soir est un lac pâle ; un floconneux nuage,

Tendre comme un œillet, fleurit le bleu du ciel.

C'est l'heure inexprimable où le bonheur voyage,

Invisible, certain, obstiné, sensuel.

Il n'est de ciel vivant qu'alentour des visages :

Aimons. Laisse mon front rêver sur tes genoux,

Bientôt ces soirs si beaux ne seront plus pour nous

L'on n'y pense jamais, mais la jeunesse passe,

Et puis le temps aussi, et c'est enfin la mort.

Reste, ne bouge pas. Que rien ne se défasse

De tes yeux sur les miens, de tes doigts que je morde

De tout ce qui nous fait si serrés dans l'espace,

Allégés de souhaits, de crainte et de remords,

Et conformes, enfin, aux éternelles choses

Où tout penche, s'apaise et humblement repose.

Il n'est que de mourir pour échapper au temps,

Et je suis morte en toi. A peine si j'entends,

PAROLES DANS LA Ndï 3oT

Dans les confus soupirs de la nuit cristalline, Le bruit léger d'un train faufiler la colline...

Mais mon cœur que ramour avait exténué.

Hélas ! sent rebondir sa guerrière cuirasse.

Le vent de l'infini sur mon front s'est rué,

Il n'est jamais bien long le temps qui me liarasse.

Est-ce qu'un jour mon cœur pourra n'espérer plus?

J'ai toujours attiré tout ce que j'ai voulu.

Vivre, aimer, endurer, c'est toujours l'espérance :

Si je ne t'aimais pas du fond de ma souffrance,

Je pourrais, mon amour, croire espérer encor

Un autre triste ainant dans un autre décor.

Tu comprends, n'est-ce pas, ce que ces mots expriment,

Puisque l'amour permet que l'on rêve tout haut ?

Ne te tourmente pas, mon âme est un abinie

De fidélité triste, immense et sans défaut.

Je suis le haut cyprès, debout sur la pelouse,

Dont la branche remue au pas du rossignol,

Mais qui reste immobile et qui bénit le sol.

Tu rirais de savoir combien je suis jalouse.

Dès qu'un de tes regards semble fixer au loin

Je ne sais quel espoir, par quoi tu semblés moins

Exiger ma prodigue et turbulente offrande.

Mais je t'écoute vivre, et ta faiblesse est grande

Si je compare à toi mon cœur retentissant.

Comprends-moi, l'univers, pensif ou bondissant,

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