LORSQUE JE SOUFFRE ENCOR
Lorsque je souffre encor plus qu'à mon habitude
De ces maux accablants à travers quoi je vis,
Et que, ni les beaux cieux éventés, ni l'étude,
Ni mes regards toujours soulevés et ravis,
Ne peuvent rehausser mon esprit, asservi
Par la pusillanime et sombre inquiétude,
Je songe avec horreur à l'instant de ma mort,
A cet instant subit, étranger, sans espace,
Où contre un mur secret le faible corps se casse,
Déjà vidé d'amour, d'espoir et de remords...
— N'éviterai-je pas la hideuse amertume De sentir, — quand la mort étrangle le mourant, Le bâillonne, l'aveugle et le remplit de brume, — [Jue ton être, qui fut ma force et ma coutume, ^. mon esprit terni devient indifférent ?
œNTINUITÉ
Les véritables morts sont les cœurs sans audace Qui n'ont rien exigé et qui n'ont rien tenté ; Sous l'azur frénétique oii d'autres sont rapaces Ils n'ont pas bu l'espoir, ni dévoré l'été.
Ils n'ont pas su souffrir comme il convient qu'on souffre, Sans plus pouvoir manger, dormir, ni respirer, Pareils à ces poissons livides et nacrés Qui gisent, arrachés hors du bleuâtre gouffre.
Le bonheur turbulent, qui réjouit les airs Et jette un cri panique à quoi tout se rallie, A vu ces cœurs peureux préférer leur désert Au risque illimité de la mélancolie ;