‹ Les forces éternellesChapitre 209 sur 223 · CEUX QUE LA JOIE ENIVRE · texte numérisé non relu

CEUX QUE LA JOIE ENIVRE

L'étrangère cité sur qui la chaleur tremble.

Les odeurs d'un jardin bues dans l'obscurité,

Les orchestres errants des nuits siciliennes,

La mer, fécond parfum plein do complicité,

Enfin, tous les appels, sont des marchands qui viennent

Déployer les trésors de la félicité,

Dont le faste rêveur vers le désir nous mène...

— Car voici deux humains qui se sont reconnus ! Que leur importe un monde éblouissant ou nu ? Ces deux humbles vivants, resserrés dans l'espace, Dont les regards, les bras, les genoux sont liés,

Ne cherchent, dans la sombre ardeur qui les terrasse,

Ni les jardins d'Asie et ses chauds espaliers.

Ni le lac langoureux sur qui des barques passent.

Ni ces soirs infinis où l'espoir se prélasse.

Mais le bonheur restreint et sans fond d'oublier...

— Oublier ! Perdre en toi tout l'univers trop tendre, Engloutir dans ton cœur l'eau d'or des ciels d'été, Précipiter en toi, pour ne jamais l'entendre,

Le chant silencieux fusant de tous côtés, Faire de notre amour une tombe profonde Où parfums, sons, couleurs, s'épuisent, enfei-més; Abolir l'éphémère, envelopper les mondes. N'être plus, être toi, dormir, mourir, aimer!...

PREDESTINATION

Ce qui fut à jamais existe, Je songe au cœur qui m'a tant nui, Son amour était comme un triste Violoncelle dans la nuit.

Il languissait, j'étais vivante; La tristesse et la volonté Sont vos deux royales servantes, 0 langoureuse volupté !

— En quels siècles, chez quels ancêtres. Dans quelle ombre, sous quels rayons, Ont-elles commencé de naître Ces invincibles unions?

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