‹ Les forces éternellesChapitre 214 sur 223 · DETRESSE · texte numérisé non relu

DETRESSE

La tristesse te pénètre Au point que tu crois mourir, 0 cœur fait pour toujours être Terrassé par le plaisir !

Cœur savant en toutes choses, Prodigue sans t'épuiser, Cœur souffrant que seul repose L'étouffement du baiser,

Qui saura ton épouvante, Cœur par les pleurs soulevé, Toi qui par détresse chantes, Rossignol aux yeux crevés !

Ainsi, tu me reviens, ô ma fière transfuge, Esprit initié, enfant, hôtesse et juge

De mes parfums, de mes rumeurs, Ton corps semble abattu par d'humaines tempêtes. Quels plaisirs te nuisaient, toi qui n'étais pas faite

Pour la misère du bonheur?

Ai-je comblé quelqu'un autant que ta personne? Tu semblais le miroir et la conque où résonnent

Et se reflètent mes secrets.

Je te parlais avec ces voix éblouissantes Qu'ont dans les soirs d'été les sources d'air dansantes,^

Et le vert soupir des forêts.

Mon espace sans borne où sont rangés les siècles S'est offert dès l'enfance à tes yeux de jeune aigle,

Tu savais tout ce qu'on apprend ; On voyait ma grandeur réduite en tes prunelles, 0 toi qui ressemblais aux choses éternelles,

D'où te vient ce regard souffrant?

Je t'avais faite insigne, éparse et solitaire. Les rumeurs de la foule et la paix de la terre

Se plaçaient gaiement sous tes mains; Mon soleil descendait en toi au crépuscule, Par quelle lassitude ou bien par quel scrupule

As-tu voulu posséder moins?

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