CHAPITRE PREMIER
La lumière et la force mécanique
Inutile de s'étendre sur les multiples avantages que présente l'éclairage électrique sur les autres sources de lumière : son éclat, son faible prix de revient, son innocuité et surtout la facilité et la rapidité de son maniement. Son succès était certain et rapide. C’est au point que l'éclairage est aujourd’hui l’application la plus répandue et la plus vulgarisée du courant électrique. Dans les régions où l'industrie est encore peu développée elle constitue la presque unique utilisation de cette forme d'’énergie.
La fonction mécanique du courant électrique est à la fois très puissante et infiniment variée.
Dans l’industrie, elle suffit à toutes les besognes et commande les outils les plus différents. Dans la métallurgie, son utilisation est universelle, elle actionne tous les instruments possibles ; elle commande des trains de laminoir, des ponts roulants, des appareils de levage. Par aimantation, elle soulève des poids énormes. Le courant électrique est capable de mettre en mouvement des moteurs de toutes puissances du plus grand au plus petit. Par là, il permet la diffusion du petit moteur d'atelier et de
travail artisanal. Ceci est particulièrement important et comme nous le verrons par la suite, très nombreuses sont dans les Pyrénées, les petites industries famililiales ou artisanales qui doivent leur existence à l'électricité.
Nous ne parlons que pour mémoire des multiples applications ménagères de la fée électricité, dans les maisons et appartements, depuis les ascenseurs jusqu'aux aspirateurs de poussières et radiateurs.
Dans les campagnes, l'énergie électrique est aussi précieuse. Elle laboure la terre, bat le blé, vanne le grain, fait le beurre. Elle coupe les racines, hache la paille, presse le fourrage, égrappe le raisin, chauffe les couveuses. Elle élève l’eau, actionne les pompes, etc..., etc. Il y a cependant, ici quelques réserves à faire. L’électrification rurale présente un certain nombre de difficultés, résultant non seulement des conditions géographiques et topographiques de la région considérée, mais encore des conditions sociales et de l’organisation de l’existence des habitants. Dans l’ensemble cependant, on peut dire que l’utilisation de l’énergie électrique, comme lumière et comme force motrice, est pour l'humanité un immense bienfait.
Voyons maintenant quelles sont ses applications pratiques dans les Pyrénées.
La RÉGioN occinewTALE. — Comme on a pu le voir au début de notre étude, l’industrie hydro-électrique se trouve favorisée par l'abondance des accidents de détail, le long de cours d’eau à profil très acci-
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denté, et surtout par le régime des pluies qui sont à la fois très abondantes et bien réparties dans l’année.
Cette région a toujours été une terre de prédilection pour les petites industries rurales. La fabrication des sandales, le tissage du coton et du juste, le travail du cuir, la mouture du bléet du maïs, la fabrication du chocolat, se sont accommodés on ne peut mieux de l'énergie de la houille blanche. Il a surgi une multitude de petites usines productrices de force, surtout aux environs de Mauléon.
D'autre part, les établissements industriels du Boucau, avec leurs forges, leurs fonderies, leurs laminoirs, les fabriques de produits chimiques installées sur les bords de l’Adour en aval de Bayonne, consomment de grosses quantités de courant. En ce qui concerne l'éclairage électrique, il règne sur toute la contrée. Les plus petites communes,comme les villes importantes, et en particulier les villes d'eaux et villégiatures qui s’étendent le long de la côte, sont toutes éclairées par l'électricité. Abstraction faite des installations d'importance trop secondaire, iln’y a pas moins de trente usines hydroélectriques dans le seul département des Basses- Pyrénées, affectées à la production du courant nécessaire à l'éclairage et aux besoins de l’industrie.
Les plus importantes sont celles de Licq-Athérey de Banca et des Forges d’Abel.
La première, actionnée par les eaux du Gave de Saint-Engrace, fournit 8.000 G. V. et appartientaux
Mage
Chemins de fer du Midi. La seconde s’élève sur les bords dela Nive. Elle dispose d’une force de4500C.V, transportée à Bayonne par une ligne de 50 kilomètres. La troisième utilise les eaux du Gave d'Aspe et développe 3.000 GC. V.
La RÉGION cenrRare. — (C’est la région la plus importante à tous les points de vue. En étendue puisqu'elle comprend les départéments des Hautes- Pyrénées, Haute-Garonne et Ariège, et en installations puisqu'elle renferme toutes les principales usines. Pour l’étudier avec quelque clarté, il est nécessaire de diviser cette région en deux groupes: la région montagneuse proprement dite et la lisière pyrénéenne.
À. — La région montagneuse (a
Contrairement à ce qui se rencontre dans la région occidentale des Pyrénées, les petites industries rurales et'autres sont ici fort peu nombreuses. Il devient dès lors, difficile de faire une distinction entre les installations produisant du courant destiné
l'éclairage et à la force mécanique, et celles réservant plus spécialement le fluide produit, aux transports et à l’électrochimie, etc... La plupart des grandes usines que nous rencontrerons vendent leur énergie pour tous les usages.
Sur le Gave d’Aspe et son affluent le É OU clio se trouvent les usines de la Société des Forces motrices de la vallée d'Aspe, Incomplètement
installées pour le moment elles comprendront par la suite sept usines conjuguées. Les trois usines actuellement en service aux Forges d’Abel 3.800 CV, à Esquit 6.000 CV et à Estaens 4.000 CV, distribuent une bonne part de leur énergie à l'éclairage et à la force mécanique dans les régions des Basses-Pyrénées, Landes, Gers, Lot-et-Garonne et plus particulièrement dans la région de Pau, Oloron, Bayonne. La haute vallée d’Ossau est actuellement aménagée par les Chemins de fer du Midi (1). Une partie du courant produit et plus particulièrement celui fourni par l'usine de Miegebat, sur le Gave d’Ossau, servira à des usages industriels dans la région. Sur le Gave d’Arrens, affluent du Gave de Pau, les usines d’Arrens et d'Arras 900 CV associées avec l'usine de Montgaillard sur l’'Adour, fournissent de la lumière et de la force aux plaines voisines de la Bigorre et du Béarn.
Le rôle de l’Adour comme pourvoyeur de forces motrices a toujours été considérable. C’est grâce à lui que fonctionnent de multiples scieries, fabriques de meubles, de wagons, marbrerie et tissages de laine. L'usine de Chiroulet 1.500 CV, celle de Montgaillard 800 CV et celle de Gripp 4.000 CV donnent à la plaine située entre Tarbes et Bagnères, l'énergie nécessaire à de nombreuses petites industries. L'usine de Montgaillard éclaire un grand nombre de communes et pourvoit au fonctionnement de l’arsenal de Tarbes,