‹ Les Forces Hydrauliques des PyrénéesChapitre 31 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En terminant cet inventaire des richesses nouvelles créées dans les Pyrénées par la « houille blanche », on peut se demander quelle est la part qu'elles peuvent prendre dans l’économie nationale ? Autrement dit, pouvons nous chiffrer ces richesses d’une facon plus ou moins précise?

Nous avons vu plus haut que l’ensemble des usines hyroélectriques, actuellement aménagées dans les Pyrénées, fournissait environ 380.000 C.V. moyens, soit environ 4 milliards de G.V.-heure paran. Si l’on admet qu’un cheval-heure électrique fait le même travail que 1 kilogramme de charbon (ce qui est un minimum) on obtient comme énergie équivalente des usines aménagées près de 4 millions de tonnes de charbon consommées annuellement. On se rend compte facilement de l’économie énorme que permet de réaliser l’équipement électrique des Pyrénées, à une époque surtout, où nous sommes tributaires pour la houille noire de pays à change élevé. Certes, il serait excessif d'affirmer qu’en développant considérablement la houille blanche, on supprime dans un rapport directemnet proportionnel la quantité de charbon correspondante. En équipant leschutes d’eau

pyrénéennes on a faitnaitre des industries nouvelles, qui, elles mêmes, seront dans une certaine mesure, consommatrices de charbon et créeront là aussi de nouveaux besoins; mais, sans aller jusqu’à ce paradoxe, que plus on équipera de chutes d’eau, plus on brûlera de charbon, on peut direqu'avecune consommation de charbon un peu plus faible que celle qui existerait si l’on ne construisait pas ces usines, on bénéficiera d’une production extrêmement accrue, et c’est là un très gros avantage.

Comment dans ces conditions expliquer la stagnation où se tient depuis quatre ans, l’industrie hydroélectrique dans les Pyrénées, situation qui ne lui est, du reste, pas particulière ?

Il y a plusieurs raisons à cet état de choses.

Des erreurs techniques ont été commises. Faute d’avoir régularisé les régimes instables des cours d’eau, on a gaspillé une partie de la force disponible, on bien on a immobilisé exagérément des capitaux pour récupérer la puissance maxima, et l'énergie captée est en disproportion avec les sacrifices consentis. On doit remédier hâtivement aux lacunes initiales, et les bénéfices des entreprises sont de ce fait souvent très réduits, pour ne pas dire plus.

Nous avons eu l’occasion au cours de notre étude de nous occuper d'usines déjà installées quise sont vues forcées d'interrompre leur travail ou tout au moins de marcher au ralenti, tant leur fonctionnement était peu économique.

On doit d’autre part songer que les chutes ont

déjà été écrémées, que les meilleures, les plus économiques tout au moins, ont déjà été construites, et que dans ces conditions, l'aménagement de nouvelles usines devient de plus en plus coûteux, et cela pour une moindre productivité.

. D’autres raisons, d’ordre purement économique, interviennent également pour expliquer cet. arrêt brusque de l’essor d’une industrie si bien partie.Si le prix élevé des installations et le loyer actuel de l’argent concourent à ralentir les aménagements,ce sont surtout les exigences fiscales de l'Etat qui ont freiné considérablement les initiatives nouvelles. Les Congrès de Grenoble ont ainsi révélé que la part de l'Etat atteignait le tiers du prix de revient du kilowattheure. C’est là un tribut particulièrement lourd et capable en effet de décourager les bonnes volontés.

Est-ce à dire qu’il n y a rien à tenter pour remonter le courant et conserver à la France, le rang qu’elle est en droit d'occuper parmi les nations qui utilisent la «houille blanche » ? Certes non, et l’application de mesures appropriées serait à coup sûr, opérante. à

En vue de favoriser l’industrie du bâtiment,le fisc exonère les nouveaux immeubles, pendant une période donnée, des taxes foncières. Le propriétaire d’une habitation rend-il donc à la société, de plus précieux services que celui qui apporte à une population, la lumière et l’énergie créatrice ? Chacun s’accorde à reconnaître que les lignes de transport d'énergie, doivent jouer le même rôle que le rail

IH. Sens 6

dans l'existence des nations. Il serait donc équitable d’octroyer aux établissements électrogènes, et aux artères de diffusion de force, les mêmes avantages qu'aux chemins de fer.

Toutefois, un Etat obéré ne sauraït trouver dans ses ressources l'argent indispensable aux réalisations envisagées et nécessaires. Les hydrauliciens l’ont bien compris. Ils ne demandent même pas une garantie d'intérêt qui grèverait un budget en équilibre instable. Les rapporteurs financiers des Congrès de Grenoble, bien avant que le Ministère des Finances adoptât la formule de l'emprunt de 1925 préconisait linstitution de titres à revenu fixe, avec garantie de change, et rente supplémentaire en concordance avec les prix de la vie. Ils demandaient comme garantie, l'autorisation de faire payer le courant en tenant compte de l’index économique et de ne pas être condamnés à l’application de tarifs uniquement revisables tous les dix ans. L'Etat paraît vouloir entrer dans cette voie. Il a autorisé les chemins de fer, par exemple, à augmenter leur tarif en proportion de l’index économique.

Et, ne serait-ce pas là, une excellente occasion d'utiliser les prestations allemandes, en nature.

M. le Trocquer, ministre des Travaux publics de l’époque, envisageait l'établissement d’un grand plan de travaux basé sur ce système ; on prévoyait, entre autres choses, la construction de voies ferrées, l'aménagement decanaux et de ports, etc.

Il serait à souhaiter, si ces projets doivent, un

NQS TE

jour, se réaliser, qu’une bonne part de ces prestations réclamées à l’Allemagne, soit utilisée pour mener à bonne fin, tous les travaux dont les circonstances issues de la guerre, ont provoqué l’abandon, et en particulier, l'aménagement de nos chutes d’eau, ainsi que la construction de lignes de transport d'énergie électrique.

Il semble bien que si ces vœux étaient pris en considération nous assisterions bien vite au parachèvement des travaux en cours. La France a soif d’une modernisation qui accroîtra son bien-être et sa productivité.

Il ne faut pas que l’œuvre admirable qu’elle a imaginée, bénéficie surtout à autrui. Elle doit mettre en valeur la quasi intégralité de ses richesses naturelles, et ce sera l’occasion pour les Pyrénées, somme toute, tard venues à la houille blanche, de collaborer pour une très large part à l'accroissement prodigieux des richesses économiques de notre pays.

Vu : le président de la thèse, Jean LESCURE.

Vu: le Doyen, BERTHÉL EM Y. A Vuet permis d'imprimer Le Recteur de l’Académie de Paris,

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