CHAPITRE PREMIER
Conditions topographiques de la production d’énergie électrique.
Les Pyrénées, envisagées comme bordure des plaines,sont moins une chaîne de montagnes, qu’un front de plateaux se décomposant en bandes parallèles se relayant de l’Est-Sud-Est à l’Ouest-Nord- Ouest. Les principales hauteurs françaises se groupent dans la région occidentale de la chaîne : Campbieil, Pic Long, Neouvielleet Pic du Midi de Bigorre dressent des sommets à plus de 3.000 mètres. A l'Est du Neouvielle, les hauteurs diminuent et se tiennent sans exception au-dessous de 3.000 mètres. Comparées aux Alpes, les Pyrénées ont donc, dans leur ensemble, moins de dénivellation à offrir aux eaux courantes, mais cette infériorité est compensée par des conditions particulières. L’altitude absolue n’est pas en effet le seul élément à considérer, il faut aussi tenir compte de la pente. Or,les Pyrénées sont limitées presque tout au long par des plaines très basses. Au pied du Canigou, haut de 2.785 mètres, s’étend la plaine effondrée du Roussillon dont l'altitude varie de 100 à 200 mètres. La plaine de l'Aude, celle de Toulouse sont également très basses, Toulouse est moins élevée que Lyon, Si le plateau
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d’Armagnac vient s’appuyer à la montagne au droit du débouché de la Neste, plus loin la plaine de Tarbes, élevée de 300 mètres, s’avance jusqu’au pied des chaînes de Bigorre, et la vallée du gave de Pau circule comme un fossé profond le long des Pyrénées occidentales,
Or,la montagne tombe brusquement, comme d’un seul coup sur ces plaines, de la même facon que les Alpes italiennes occidentales s’écroulent sur la plaine du P6. Tandis que dans les Alpes françaises, chaînes et massifs s’abaissent peu à peusur la dépression rhodanienne, ici, la haute montagne se trouve en contact presque immédiat avec la plaine, ainsi entre les 2.877 mètres du Pic du Midi de Bigorre et les 300 mètres de la plaine de Tarbes, il n’y a pas 30 kilomètres. Le bassin du Gave de Pau, en amont de Lourdes,a 36° de sa masse au-dessus de 2.000 mètres, or, à Lourdes, l'altitude du talweg n’est que de 350 mètres. De même le bassin de la Neste,en amont de Sarrancolin (600 mètres), comporte 31 % de son étendue au-dessus de 2.000 mètres; celui de la Garonne, en amont de Saint-Beat (490 mètres), 30 0} ; celui de l'Ariège, en amont de Foix (400 mètres), 21,5%. 1lya donc bien chute brusque de la montagne sur la plaine, et cette circonstance rachète la moindre altitude d'ensemble du massif.
D'autre part, dans le détail, les conditions de structure valent aux pentes des différents talwegs, une raideur particulière. Les Pyrénées sont beaucoup moins creusées, évidées, que les Alpes, en
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d’autres termes leur relief est moins évolué. La plupart des vallées pyrénéennes sont des vallées transversales,tendues directement de la masse montagneuse vers la plaine, avec une déclivité particulièrement raide, pouvant aller jusqu’à 80 p. 1000 et au delà dans leur partie supérieure. Plusieurs d’entre elles sont de véritables vallées suspendues, souvent munies de bassins lacustres, d’oules, raccordées par de véritables abrupts avec la vallée principale. Du nombre, sont ces profondes entailles, qui, des hauteurs du Carlitte et du haut massif d’Andorre débouchent au-dessus de l’Oriège, de l'Ariège et du Vicdessos ; de même pour les déversoirs du Neouvielle, ou encore la brusque rupture de pente qui raccorde le bassin glaciaire de Lescun avec le fond de la vallée d'Aspe. C’est au pied de ces raides déclivités que l’industrie hydro-électrique trouve ses plus grandes hauteurs de chute, 940 mètres à Orlu, 800 à Oo et à Caillaouas, 715 à Eget.
Au-dessous,les pentes diminuent, mais demeurent très suffisamment inclinées et très inégales. Creusées au travers de bandes de terrains de consistance différente, la plupart des vallées pyrénéennes sont, en effet, formées d’une succession de bassins étagés où les eaux s’attardent pour bondir ensuite en cascades par-dessus les seuils restés intacts. Cet état de chose facilite grandement l'installation de barrages et de chutes. De tout temps,les petites industries se sont fixées de préférence dans ces endroits privilégiés. Aujourd’hui, les industries hydro-électriques
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font à leur tour leur apparition, attirées au surplus par la déclivité de la pente générale très suflisamment accentuée (44 p. 1.000 sur le Gave d’Azun,entre Arrens et Argelès ; 28 p. 1.000 sur le Gave d’Ossau dans la traversée du Hourat). C’est la région des moyennes chutes (200 mètres, 100 mètres, 50 mètres) avec des débits déjà grossis par l'effet d’une première concentration des eaux.
Donc, bien que leur altitude soit inférieure, les Pyrénées françaises offrent, à l'aménagement hydroélectrique, des déclivités aussi favorables que les Alpes. Elles en présentent même jusqu’au débouché des vallées dans la plaine. Sans doute, ici, la pente diminue, le courant est moins violent, le lit s’élargit et manque de fixité et ce sont là conditions défavorables. La valeur hydraulique de l’Adour dans la plaine de Tarbes, celle du Gave de Pau entre Nay et Orthez, celle de la Garonne en aval de Carbonne et de l'Ariège, entre Pamiers et Toulouse, sont fort diminuées.
Pourtant, cette région est loin d’être déshéritée à l’égard des forces. Tout d’abord, c’est la zone où les torrents se rassemblant, roulent de gros débits, et, d’autre part, ces torrents devenus des fleuves se heurtent à des obstacles.En allant de l’Est à l'Ouest, nous rencontrons le Plantaurel et la chaîne des Petites Pyrénées, franchies respectivement par la Touyre à Lavelanet, par l'Ariège à Foix et par l’Arize au Mas d’Azil. Au centre et à l’Ouest,les cours d'eaux se heurtent à de puissants cônes de déjections, tels
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que Lannemezan, Ger et Buzy qui les arrêtent brusquement et les dévient de leur cours. La Garonne, la Neste, les Gaves de Pau et d’Ossau se voient ainsi forcés de se créer un nouveau parcours et rencontrent de Ja sorte, chemin faisant, les plis calcaires disposés latéralement sur le front de la chaîne. Ils les franchissent par des défilés étroits et très inclinés. La Garonne se fraie un passage entre Lestelle et Boussens ;le Gave de Pau se faufile entre Lourdes et Nay, et le Gave d'Ossau emprunte un cañyon sinueux entre Arudy et Oloron.
Enfin, tout à fait à l’Ouest, les calcaires crétacés et tertiaires se dressent une dernière fois sur le chemin des Gaves de Pau et d'Oloron.
Il règne ainsi le long de la lisière pyrénéenne, une rangée presque continue de défilés très favorables à l'aménagement de barrages et de prises d’eau, et le groupe industriel qui s’y est fixé ou qui s’y fixe n’a guère son équivalent dans les Alpes.