‹ Les forces [microforme]Chapitre 25 sur 53 · JE SAIS POURQUOI · texte numérisé non relu

JE SAIS POURQUOI

Je sais pourquoi les mères chantent Des chants d'amour à leurs er:fants, Pourquoi souvent elles ressentent D'indicibles ravissements

Quand les petits, à la lumière Ouvrent une fraîche paupière :

C’est que leur rêve voit en eux

Les futurs maitres de la terre,

Plus beaux, plus forts et plus heureux Que les anciens et que leurs pères.

FLIRT ET SENTIMENT 91

Je sais pourquoi les mères pleurent Lorsque Jeurs enfants ont grandi C’est l'éclipse d’un joyeux leurre, Le soleil obscur à midi.

Hélas! ils ne sont que des hommes, Des êtres que la vie, en somine, Aux autres assimilera

Par frottement dur et sans trève.

Jamais l'Olympe n'ouvrira

Sa porte à ces dieux nés en 1êve.

Je sais trop bien Pourquoi les mères Quittent la terre avant leurs fils Sous des déceptions amères

Leurs yeux se sont endoloris.

Elles voient d'autres enfants raiître Qui, bientôt deviendront les maitres Des -inés maintenant trop vieux.

Afin de garder leur chimère,

Au monde elles disent adieu.

Les rêves défunts tuent ies mères.

p2 LES FORCES

LES ANCIENS AFIIS

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Voici qu'un autre ami s'éloigne. Oh! ces départs, Scènes dont le sens vrai se dégage trop tard !

Ils se ressemblent tous. On rit gaiement, on cause, On bâtit des projets où domine le rose,

Car on se reverra, certes, prochainement,

Devenus l'un pour l'autre imagés richement,

Et chaque fait sera noté par un cigare.

Elle n'affiche pas d'air sinistre, la gare,

Et la locomotive avec son gros fanal,

Le ronron de ses feux, ses membres de métal,

Semble une bonne bête au repos, forte et sûre.

On ne sent pas encor le mal de la brisure :

On se serre la main sans appréhension.

Et c'est tout. Le train dérape, un tourbillon

FLIRT ET SENTIMENT

De cendre et de fumée autour de lui se presse.

—Premier nuage et premier signe de tristesse —

Les bruits s'éteignent, puis, de la campagne, loin, Vient un coup de sifflet; adieu fin

On s'en retourne seul

al, un point.

et vide à sa emeure.

Une étape s'inscrit déjà, marquant son heure.

Une carte bientôt arrive, On correspond.

Les lettres sont d'abord d'un aimable abandon

Puis gagnent par degrés une fade tournure.

Graduellement on les espace, à mesure

Que baisse le niveau des souvenirs communs,

Et que les jours d'antan donnent moins de parfums.

Un jour l'ami revient réjoui, la voix claire ;

On croyait se revoir ainsi qu'à l'ordinaire, Avoir besoin d'un mois, pour tout se raconter.

Erreur, on a vécu chacun de son côté,

La pensée a changé, les buts nouveaux s'ignorent.

Hors le passé Par quoi l’on sc rejoint encore,

A se dire on a peu, beaucoup à se :acher.

H repart, et soi-méème o

n retourne chercher

Des amis de billard, des amis de surface Avec lesquels, commodément, le temps se passe; Mais les jours de fatigue et de spleen et d’ennui,

Lorsque même ie goût du plaisir s’est enfui,

On évoque l'esprit d'un ami de naguère.

Il les comprenait bien, Jui, ces jours de misère,

Et c’est encore lui, cerveau fou, bon enfant,

Qui d'un éclat de rire et d’un geste indulgent

Absolvait les péchés les plus irrémissibles.

À sa place aucun autre ami n'est éligible.

Alors, le coeur voyant l'avenir désolé,

Sent un vide que seul l’amour pourra combler.

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