LES TROIS FORCES
Sur l'écran gigantesque où les soirs d'insomnie, Comme un magicien de Puissance infinie,
Je somme l'univers d’apparaitr
Trois ombres qui m'ont dit, tour à tour, ces paroles
. Là
“Je suis l'amour. Je porte au front une auréole
Pareille anx nimbes d'or des anges et des saints. Je marche et sur mes pas enchantés, les desseins
D'où s’élance la vie inscrutable et superbe,
Naissent Comme au soleil du Printemps les brins d'herbe.
t frêle déité
Je suis l'omnipotente e
9x LES FORCES
Dont le nom tapageur mille fois répété
Redirait mille fois l'historique du monde Dans sa course au bonheur, Je
La volupté qui leurre et retient au devoir
Une race vouée à tous les désespoirs.
Je suis la vanité, le Plaisir, l'égoisme,
Le plus haut idéal du matérialisme, ”
Et me dit Ja deuxième: * Dont la force chancelle
À ceux qui d'entrevoir le monde sont lassés,
D'un geste maternel je désigne le cloitre.
Je les conduis au tabernacle irradié Et là, parmi l'encens trouble Aux genoux amaigris du Dieu crucifié, A longs traits, lentement, La chair n'est plus; L'Esprit Saint. descendu j
A ma demande vient et, brûle dans les âmes.
Je suis l'amour divin, tout l'immatériel, ”
suis l'erreur féconde,
* Aux amants délaïssés
et bientôt va décroitre,
Comme une gaze,
je leur verse l’extase.
l’orgueil choit aux portes du ciel.
adis comme une flamme,
“ Et moi, je suis l'instinct! Clama l'ombre dernière. On m'accuse du mal Au règne sur la terre :
Le mal vient de l'obstacle ennemi du bonheur. Quand l'homme, éperonné PAT 1e cerveau, se rue Aux plaisirs Comme un fleuve ivre de force accrue, Bondit vers l'océan, l'instinct, son Protecteur,
Lui crie : Arrête [à ! plus loin bäille l'abime.
Et quand monte Ja voix des amants du sublime, Méprisante à l'égard des choses d'ici-bas,
Je dis à l'homme : Vis.
Ma résistance heureuse
Fait que Ja terre n'est une ruche amoureuse,
Et que le Paradis ne la dévaste pas. ”