‹ Les forces [microforme]Chapitre 38 sur 53 · EGO · texte numérisé non relu

EGO

Je suis ; les autres sont des ombres Que mon regardidistrait nonchalainment dénombre, Comme on voit à travers les vitres des wagons Défiler les ruisseaux, les forêts, les maisons. De tous les cris joyeux et tristes, sur la route, Ma pensée, absorbée à me servir, n’écoute Que ceux dont un écho sur moi retentira.

Que l'idée et les faits m'arrivent à pleins bras, Je les démèêle, tel qu'on fait au jeu de cartes : Ce qui n’a rien Pour moi n'est rien et je l’écarte, Seul je sens la pensée arriver jusqu’à moi,

Seul je la sens agir, ainsi que seul je vois De la lampe à mes Yeux un chemin de lumière.

Dans le vallon Commun, da montée ou l’ornière

M'accompagne le doigt de la vie, et par lui

Seul je me sens visé, de même que me suit

L reflet de la tune à travers l'onde noire.

Imitant Dieu qui fit le monde Pour sa gloire, Je ramène vers moi mes actes, gerbe en fleur,

Je médite gourmand d'en tirer du bonheur -

Egoiïste avisé j'en façonne d'avance

Ma place au ciel, ma part d'orgueil, ma subsistance.

Sachant mon indulgence et mon amour pour moi,

J'e’ voulu, strupuleux, en trouver le pourquoi.

Je me suis récité mon Passé, page à page,

En reconstituant les géstes par image.

J'ai revu ma pensée apparaitre et mürir, Produire des effets et, plus tard, s'en nourrir.

Je l'ai suivie au bout de routes souterraines,

Comme dans son élan vers des beautés sereines,

Et depuis ma Première infime ambition

J'ai revu la soudure entre mes actions.

L'intrigue de mon livre est complète et logique

Et chaque évènement par les autres s'explique.

Rat

J'ai ressenti l'effort des choses d’alentour

Comme un arbre verdit, s’effeuille tour à tour,

Se courbe et fait des noeuds suivant l'heure et la terre, Mais n’en garde pas moins son essence première, De savoir ia raison de mes torts je m'absous,

Je m'aime ‘arce que de moi je connais tout.

Je m'aime tant, qu'avec d’autres hommes, peut-être, Je changerais de biens, de visage et d’ancètres, Mais je ne changerais contre aucune odyssée, — Je n’abdiquerais pas en faveur de l’amour,

En faveur de l'orgueil, en faveur de mes jours,

—L'essence qi me rend unique : ma pensée.

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