SOLILOQUE DU DÉSABUSÉ
“Je pensais faire une oeuvre éclatante, elle est blême, Se disait le poète en feuilletant ses vers ; Voici le résultat de mon effort suprême
Quelques jets de pensée errants dans l’univers.
“Quels désirs SOmptueux gouvernent donc jes âmes? O l’ingrate chanson qu’à tous vents je semais |! Plus qu'autrefois encor j'ai besoin de dictames, J'ai satisfait la foule, et moi-même jamais.
MÉLANGE
“La folle volupté courut à ma rencontre,
L'amour chaste et pensif entendit mon appel.
La volupté n'a pas les charmes qu’on nous montre,
Et j'ai tué l'amour d’un revers de scalpel.
“ Mon amour le voici : ces lettres retournées,
Reliquats d’un beau rêve et preuves de sa mort.
Aujourd’hui je les ouvre après plusieurs années,
Sans ressaisir l'esprit qui me poussait alors.
“ Elles sont à mes yeux comme un livre mystique
Qu'un matérialiste essaierait de vanter.
Ces feuillets sont écrits à l’encre sympathique
Et je n'ai pas de feu pour les ressusciter.
“ Je prospère ; la vie écarte ses obstacles,
Mais j'ai tellement ri de tout, que maintenant
Il me faut inventer, par ennui, des spectacles.
Puis, encore, à quoi bon ce labeur enchaïnant. ”
seine M ne - -
136 LES FORCES a | TR
Brusquement il se lève et marche vers l'armoire Où son consolateur l'attend aux joirs mardits, Et lorsque l’'opium eut chassé la mémoire, Devant l’homme béat, s’ouvrit le paradis.
MÉLANGE