‹ Les forces [microforme]Chapitre 40 sur 53 · SOLILOQUE DU DÉSABUSÉ · texte numérisé non relu

SOLILOQUE DU DÉSABUSÉ

“Je pensais faire une oeuvre éclatante, elle est blême, Se disait le poète en feuilletant ses vers ; Voici le résultat de mon effort suprême

Quelques jets de pensée errants dans l’univers.

“Quels désirs SOmptueux gouvernent donc jes âmes? O l’ingrate chanson qu’à tous vents je semais |! Plus qu'autrefois encor j'ai besoin de dictames, J'ai satisfait la foule, et moi-même jamais.

MÉLANGE

“La folle volupté courut à ma rencontre,

L'amour chaste et pensif entendit mon appel.

La volupté n'a pas les charmes qu’on nous montre,

Et j'ai tué l'amour d’un revers de scalpel.

“ Mon amour le voici : ces lettres retournées,

Reliquats d’un beau rêve et preuves de sa mort.

Aujourd’hui je les ouvre après plusieurs années,

Sans ressaisir l'esprit qui me poussait alors.

“ Elles sont à mes yeux comme un livre mystique

Qu'un matérialiste essaierait de vanter.

Ces feuillets sont écrits à l’encre sympathique

Et je n'ai pas de feu pour les ressusciter.

“ Je prospère ; la vie écarte ses obstacles,

Mais j'ai tellement ri de tout, que maintenant

Il me faut inventer, par ennui, des spectacles.

Puis, encore, à quoi bon ce labeur enchaïnant. ”

seine M ne - -

136 LES FORCES a | TR

Brusquement il se lève et marche vers l'armoire Où son consolateur l'attend aux joirs mardits, Et lorsque l’'opium eut chassé la mémoire, Devant l’homme béat, s’ouvrit le paradis.

MÉLANGE

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