‹ Les forces non définies, recherches historiques et expérimentalesChapitre 14 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

IV

XII, i54,

On peut ajouter à ces noms ceux de quelques autres bienheureux tirés de biographies particulières.

Dominique de Jésus-Marie, carme (Caramubl, Dominicus, a V. p. i38).

Marie d'Agréda, nonne espagnole (Xim. Samani^go, Vie de la vénérable mère Marie de Jésus, trad. par Crozet, ch. IX, p. 87).

Saint François-Xayier (Bonhours, Vie de saint François- Xavier, 1. I-, ch. VI, p, 557).

Paul de la Croix (Strambi, Vie du bienheureux Paul de la Croix, I. II, ch. IlL - T. I-, p. 3oi).

Marguerite du Saint-Sacrement (L. db Cissbt, Vie de Margue* rite du Saint-Sacrement^ ch. XVI, p. 199).

Aane-Gatheriae Emmerich (Schm<bgobs, Vie de Anfie-Cathe^

rine Emmerich^ t. I", p. 243).

André-Hubert Fournet, prêtre français, fondateur de l'ordre des

Pilles de la Croix, 1752-1834 (lb R. P. Riqaud, Vie du bon

Père Andri'Hubert Foumet, p. 496).

Claude Dhière, directeur du grand séminaire de Grenoble,

1757- 1820 (A.-M. DB Fbanclibu, Vie de M. Claude Dhière,

etc., p. 283-284).

Le curé d*Ars, 1786-1859 (L'abbé Alfred Monmin» Vie de

M* Jean'Baptiste-Marie Vianney, p. 1 59).

On trouvera encore la mention de lévitations accomplies par des religieux ou religieuses d'une moindre notoriété dans les ouvrages de dom Calmet et dans les lettres de Nicole (i).

Je vais maintenant donner quelques détails sur les faits les plus caractéristiques rapportés par ces auteurs (2).

Lorsque Marie d'Agréda était saisie par l'extase^ son corps s'élevait comme s*il avait perdu son poids, et le plus léger soufiBele faisait osciller ainsi qu^une plume. Dominique de Jésus-Marie s'élevait au point que les autres frères du couvent pouvaient à peine, en étendant leurs bras, toucher la plante de ses pieds.

Joseph de Cupertino s'envolait jusqu'aux voûtes de l'Eglise', planait sur l'autel, s'élevait jusqu^à la cime des arbres, se balançant sur les plus petites branches avec la légèreté d'un oiseau, et franchissant d'un bond

(i) L'abbé Ribet {Mystique divine H, 547) cite sainte Otte qui, deux fois par jour, éuit élevée et soutenue en Pair par des anges pendant qu'elle priait.

(2) Il existe plusieurs tableaux et gravures représentant des cas de lévitation. Le plus connu est le Miracle de San Diego^

6ar Murillo, catalogué au musée du Couvre sous le n* 55o ois. 'n autre tableau, qui se trouve dans une ^lise de Viterbe, montre un prêtre s'elevant dans les airs au moment où il consacre rhostie. Une gravure, insérée dans le texte àt^ Bollandistes, fait voir sainte Thérèse et son ami Jean de la Croix, soulevés tous les deux au-dessus du sol avec leurs chaises.

des distances considérables. Une fois, il saisit son supérieur à bras-le-corps et l'emporta dans les airs ; une autre fois, il souleva de même par les cheveux un gentilhomme qui était venu lui demander sa guérison, et qui fut en effet guéri lorsqu'il fut redescendu à terre.

Sainte Christine l'admirable et saint Pierre d'AIcantara accomplissaient des prodiges analogues.

Le bienheureux Philippe demeurait suspendu dans les airs, par-dessus les grands chênes, comme un aigle.

A plusieurs reprises, pendant ses contemplations, sainte Colette disparut entièrement dans l'espace, aux regards de ses sœurs.

Un jour de l'Ascension, tandis qu'elle psalmodiait au jardin entre deux de ses compagnes, la bienheureuse Agnès de Bohême, soudainement ravie, s'éleva à leurs yeux dans les airs, oCi elles la perdirent bientôt de vue, et ce ne fut qu^au bout d^une heure qu'elle reparut, le visage rayonnant de grâce et de joie.

En i553, c*est-à-dire sous le règne de Charles- Quint, Thomas, archevêque de Valence, fut suspendu dans les airs pendant une extase qui dura douze heures ; et ce phénomène fut constaté non seulement par les habitants de Son palais et par son clergé, mais aussi par un grand nombre de citoyens de la ville. En revenant à lui, il tenait encore dans sa main le bréviaire qu'il lisait lorsque Textase avait commencé, et il se contenta de dire qu'il ne savait plus oti il en était resté de sa lecture.

Le bienheureux Pierre Clavet, apôtre des nègres, passa une nuit en l'air, les genoux ployés comme s'ils eussent iXé sur \^ sçly Çt up ÇTUiçi^i entre le) mains,

La plupart s'élevaient seulement à quelques décimètres de terre et le phénomène se produisait quand ils étaient dans Tétat d'extase que sainte Thérèse décrit ainsi elle-même (i).

Souvent mon corps devenait si l^er, qu'il n'avait plus de pesanteur : quelquefois c'était à un tel point que je ne sentais plus mes pieds toucher à terre. Tant que le corps est dans le ravissement, il reste comme mort et souvent dans une impuissance absolue d*agir. Il conserve l'attitude où il a été surpris ; ainsi il reste sur pied ou assis, les mains ouvertes ou fermées, en uii mot^ dans l'état où le ravissement l'a trouvé...

On ne peut presque jamais résister au ravissement. Parfois je pouvais opposer quelque résistance, mais comme c'était en quelque sorte lutter contre un fort géant, je demeurais brisée et accablée de lassitude. D'autre fois tous mes eâbrts étalent vains; mon flme était enlevée, ma tête suivait presque toujours ce mouvement satis que je puisse la retenir, et quelquefois même mon corps était enlevé de telle sorte qu'il ne touchait plus à terre... Lorsque je voulais résister, je sentais sous mes pieds une pression étonnante qui m'enlevait.

Un savant bénédictin D. La Taste, qui fut témoin oculaire des prodiges opérés par les convulsionnairés de Saint-Médard, les a examinés au point de vue théologique.

D'abord, dit-il, comment rapporter à la nature ce que M"* Thévenet éprouva pendant ses convulsions i Ses mammellcs se tournaient et s'entortillaient d'elles mêmes, comme si on les eût tordues avec les mains. Etoit-ce naturellement Des parties glanduleuses et où il n'y a point de muscles, sont-elles naturel" lement capables de ces sortes d'agitations i

Elle s'élevait de temps en temps à sept ou huit pieds de hauteur et jusqu'au plancher ; et, en s'élevant, elle emportait à trois pieds de terre deux personnes qui pesoient sur elle de toutes leurs forces. Les physiciens ne verront-ils Ici que la nature ?

Evénement plus prodigieux en un sens, événement horrible 1 Pendant que M"* Thévenet s'élève, la tête en haut, ses jupes et sa chemise se replient comme d'elles-mêmes sur sa tête. La I • . ^

(i) Sa vie par elle^méme^ ch. XX.

nature a-t-dle jamais opéré de tels effets, ou peut-elle eu opérer? (i)

J*ai connu, il y a quelques années, dans TArdèche,

une stigmatisée, désignée ordinairement sous le nom

de la Sainte de Coux. Elle était sujette à de fréquents

ravissements, au sujet desquels M** D. a bien voulu

me donner les détails suivants :

... Je la vis avec un profond étonnement rester les yeux fixes, mais animés, s'élever peu à peu de dessus la chaise où elle était assise, étendre les bras en avant, ayant le corps penché dans cette même direction, et demeurer ainsi suspendue, sa jambe droite repliée sous elle, l'autre ne touchant à terre que par l'orteil. Cest dans cette position impossible à toute personne, dans un état naturel, que j'ai vu Victoire toutes les fois qu'elle était dans ses ravissements extatiques, alors que j'avais le bonheur de la visiter très régulièrement deux fois par semaine. Pendant ces visites, elle avait deux ou trois extases qui duraient de dix à vingt-cinq minutes. Je l'ai vue dans cet état plus de mille fois, surtout pendant les premières années de notre liaison (2).

Les phénomènes de lévitation sembleraient, d'après ce que nous venons de dire, être la spécialité des ascètes de toutes les religions (3) et se produire plus fréquemment dans certaines races, dans certaines familles que dans d'autres ; ainsi on a certainement remarqué que le plus grand nombre des cas cités se sont produits (en Occident) chez les Espagnols ou les Italiens, et que la maison royale de Hongrie en à

(1) Lettres théologiquei, Avignon, 1789, t. 2. p. i3io.

(2) Cette femme et sa fille, qui couchait avec elle, prétendaient qu'elle était souvent, la nuit, transportée soit sur le toit des maisons voisines, soit dans le torrent d'Ouvèze, d'où la même force invisible la ramenait toute mouillée dans son lit.

(3) Presque tous les saints ou bienheureux auxquels on a attribué la propriété de la lévitation étaient sujets, non seulement aux* extases, mais aux visions ; quelques-uns tombaient dans des sommeils cataleptiques durant parfois plusieurs jours, avec toutes les apparences de la mort et étaient, même à Tétat de veille, insensibles aux brûlures. Plusieurs, comme saint Vincent Feriier, avaient ce qu'on appelle le don des langues.

présenté cinq exemples. Cette singulière propriété a cependant été attribuée aussi à des personnes dont le genre de vie était fort difiFérent de celui des religieux, car on doit considérer le transport des sorcières au sabbat comme un fait de même ordre que les transports des saints dont nous avons déjà parlé. Le lecteur qui voudrait étudier en détail ces voyages aériens pourra consulter la Mystique divine de l'abbé Ribet, t. III, p. 397 et suiv. pour les premiers, et t. II, p. 598 et suiv. pour les seconds. Je me bornerai ici à ajouter quelques faits empruntés à d'autres sources.

En voici d'abord un reproduit diaprés la mystique de Gœrres.

L'évéque de Pampelune, Fr. de Sandoval, dant son Histoire de CharleS'-Ciuint, raconte le fait suivant, à l'occasion d'un procès de sorcières qui fiit porté devant le conseil d'État de U Navarre. Voulant se convaincre par ses propres yeux de la vérité des faits dont on accusait les .sorcières, il promit sa grâce A l'une d'elles, si elle voulait exercer, en sa présence, ses œuvres magiques. Elle accepta la proposition et demanda seulement qu'on lui rendit sa botte d'onguent qu'on lui avait ôtée. Elle monta sur une tour avec le commissaire et beaucoup d'autres personnes; puis, s'étant mise à une fenêtre, elle se frotta avec son onguent la paume de la main, les reins, les articulations du coude, la partie inférieure du bras, les épaules et le côté gauche. Puis elle cria d'une voix forte: • Es- tu là? • Et tous les assistants entendirent dans l'air une voix qui répondit : c Oui, j'y suis. » La magicienne se mit alors à descendre de la tour, la tête en bas, en se servant de ses pieds et de ses mains comme un écureuil. Lorsqu'elle fut arrivée à peu près au milieu de la tour, elle prit son vol, et les assistants la suivirent des yeux jusqu'à ce que l'horizon l'eût soustraite à leurs regards. Tous étaient dans la stupéfiaction, et le commissaire fit annoncer publiquement que celui qui livrerait de nouveau cette femme aurait pour récompense une somme d'argent considérable. Elle fut ramenée au bout de deux jours par des bergers qui l'avaient trouvée. Le commissaire lui demanda pourquoi elle n'avait pas volé plus loin, afin d'échapper à ceux qui la cherchaient Elle

répondît que son mtttre n*ayait voulu l'emporter qu'à trois lieues de chemin et l'avait laissée dans un champ où les bergers Payaient trouvée.

Calmeil [De la folie, t. !•', p. 244) raconte l'aventure du docteur Torralba, savant renommé qui, en i5i9, prétendit être venu d'Espagne à Rome à travers l'atmosphère à cheval sur un bâton, et qui, en 1 52 5> annonça aux habitants de Valladolid le sac de Rome, le lendemain du jour où il avait eu lieu, disant qu'il venait d'y assister du haut des airs.

Un respectable missionnaire de la fin du dernier siècle, nommé Delacour, dans une lettre adressée à M. Vinslow, rapporte un fait dont il a été témoin oculaire et que Calmeil cite également dans son traité de la Folie (t. II, p. 417). Il s'agit d'un jeune indigène âgé de dix-huit à dix-neuf ans qu'on croyait possédé du démon et qu'on lui avait amené pour le guérir.

Je m'avisai, dans un exorcisme, raconte-t-il, de commander au démon de le transporter au plan cher de l'église les pieds les premiers et la tête en bas. Aussitôt son corps devint raide comme s'il eût été impotent de tous les membres, il fut tratné du milieu de l'élise à une colonne et là, les pieds joints, le dos collé à la colonne, sans s'aider de ses mains, il fut transporté en un clin d*œil au plancher comme un poids qui serait attiré d'en haut avec vitesse, sans qu'il psrût qu'il agit. Suspendu au plancher, la tête en bas, je fis avouer au démon, comme je me l'étais proposé, la fausseté de la religion païenne... Je le tins plus d'une demiheure en l'air, et, n'ayant pas eu assez de constance pour Vy tenir plus longtemps, tant j'étais effrayé de ce que je voyais, je lui ordonnai de le rendre è mes pieds sans lui faire de mal. .^ U me le rejeta sur le champ, comme un paquet de linge sale, sans l'incommoder.

Un autre missionnaire nous dit (i) : t Je vis un indien que j'allai baptiser, transporté tout à coup du

(i) Lettres éd{f, T. VU, p. 3o3.

chemin qui le conduisait à l'église dans un autre. » Ce prêtre, qui habitait près de Qtnton, ajoute € que ces fiiits n^étaient pas rares dans les pays idolâtres et qu'il n'était pas le seul à les avoir observa. >

On lit, dans les éMémoires de Fléchier sur les grands jours de Clermont^p. 69), Taoecdote suivante: € Lorsque nous fûmes arrivés, nous trouvâmes au logis M . rintendant qui revenait d'AuriUac et qui avait eu bien de la peine à se tirer des neiges. — Il avait fait arrêter un président de l'élection de Brioude qu^on accusait de plusieurs crimes et plus particulier rement de magie. Un de ses valets déposait qu'il lui avait donné des caractères qui le bisaient quelquefois élever de terre lorsqu'il allait à l'église, à la vue do tout le monde. »

M. Brown-Séquard raconte qu'en i85i il fut témoin d'un cas d'extase chez une jeune fille qui, tous les dimanches, à huit heures du matin, montait sur le bord arrondi et lisse de son lit, et y restait toute droite sur la pointe des pieds jusqu'à huit heures du soir dans l'attitude de la prière, la tête renversée en arrière.

Cbardel dit (i) avoir entendu, il 7 a quelques années, à Paris, dans une réunion mystique, une somnambule de quatorze ans déclarer, au milieu d'un salon, que le ciel était ouvert à ses yeux, et annoncer que, Pâques avenant, la ferveur de ses prières rélèverait et la soutiendrait en Fair^ entre le parquet et le plafond. < On sent bien, ajoute-t-il, que le miracle ne s'accomplit pas ; mais la jeune fille, dont la foi 9e trou^ vait ainsi déçue, faillit devenir folle. >

(i) Essais de Psychologie physiologique, 1844, p. sgS.

M. de Mimlle va plus lo'm et il affirme (i ) avoir vu dans un salon magnétique très avancé < des somnambules voler autour des lustres. »

Voici enfin d'autres faits que je trouve dans des compilations, sans indication suffisante de sources, mais que je cite pour montrer que le phénomène s'est reproduit dans les circonstances les plus diverses.

Saint Paulin atteste avoir vu^ de ses yeux, un possédé marcher la tête en bas contre la voûte d'une église.

Moller rapporte qu'en 1620, deux pasteurs protestants étaient auprès d^une femme malade couchée dans son lit lorsqu'ik la virent bondir, s'élever jusqu'à une hauteur de 7 à 8 pieds et qu'elle resta en l'air jusqu^à ce que leurs efforts Feussent contrainte à rentrer dans son lit. Horst raconte un fait semblable dans sa Deutéroscopie.

Le Rituel des exorcismes classe, du reste, parmi les signes qu'il est nécessaire de constater pour établir la possession, la suspension en Pair du corps du possédé pendant un temps considérable.

M . Léopold Delisle a récemment étudié (2) un manuscrit de la bibliothèque vaticane, écrit en 1428, par un français attaché à la cour pontificale. Ce manuscrit est une chronique, ayant pour titre Vreviarium his^ toriale, qui se termine par quelques détails sur Jeanne d'Arc alors vivante et combattant les Anglais. € Qu'elle soit, dit le chroniqueur, exempte de superstitions et de sacrilèges, c^est ce qu'on reconnaîtra aisément à trois caractères qui empêchent de confondre

(i) "Des EspriU^ i858, p. 3oi.

(2) Comm. faite àPAcad.daInscr. etB.Ule 23 oct. i885.

les miracles accomplis par les bons avec ceux des mauvais. Les premiers s'opèrent au nom de Dieu. Ils ont toujours une véritable utilité, tandis que les autres aboutissent à des maux ou à des futilités, comme quand on vole dans les airs ou qu*on plonge les membres d'un homme dans Fengourdissement. >

Nous avons enfin, en Occident comme en Orient, des phénomènes de lévitation bien caractérisés qui se sont produits presque sous nos yeux. Il s'agit des ascensions de Daniel Dunglas Home, dont M . Crookes parle ainsi (i):

ElfLtVBinOfT DB C0KP8 HUMAIira

Cet faits se sont produits quatre fois en ma présence dans l'obscurité. Le contrôle sous lequel ils eurent lieu fut tout à fait satisfaisant, autant du moins qu'on en peut juger ; mais la démonstration par les yeux d'un pareil fait est si nécessaire pour détruire nos idées préconçues sur ce qui est naturellement poS' sible et sur ce qui ne Pest pas que je ne mentionnerai ici que les cas où les déductions de la raison furent confirmées par le sens de la yue.

En une occasion, je vis une chaise sur laquelle une dame était assise, s'éleyer à plusieurs pouces du sol. Une autre fois, pour écarter tout soupçon que cet enlèvement était produit par elle, cette dame s'agenouilla sur sa chaise, de telle façon que les quatre pieds en étaient visibles pour nous, alors elle s'éleva à environ trois pouœs, demeura suspendue pendant dix secondes à peu près et ensuite descendit lentement Une autre fois encore, deux enfants, en deux occasions différentes, s'élevèrent du sol avec leurs chaises, en plein jour et dans les conditions les plus satisfidsantes pour moi, car j'étais à genoux et je ne perdais pas de vue les pi^s de la chaise, remarquant bien que personne ne pouvait y toucher.

Les cas d'enlèvements les plus frappants dont j'ai été témoin ont eu lieu avec M. Home. En trois circonstances difR^ntes, je l'ai vu s'élever complètement au-dessus du plancher de la chambre. La première fois, il était assis sur une chaise longue ;

(i) 7(eckerches sur le spiritualisme^ p. i5o-i5a.

la teconde, il était à genoux sur sa chaise, et la troisième, U était debout A chaque occasion, feus toute la latitude possible d'observer le fait au moment où il se produisait.

U y a au moins cent cas bien constatés de l'enlèvement de M. Home qui se sont produits en présence de beaucoup de personnes différentes ; et j'ai entendu de la bouche même de trois témoins, le comte de Dunraven, lord Lindsay et le capitaine C. Wjmne, le récit des faits de ce genre les plus frappants, accompagné des moindres détails de ce qui se passa. Rejeter l'évidence de ces manifestations équivaut à rejeter tout témoignage humain, quel qu'il soit, car il n'est pas de Adt, dans l'histoire sacrée ou dans l'histoire profane, qui s'appuie sur des preuves plus imposantes.

L'accumulation des témoignages qui établissent les enlèvemenu de M. Home est énorme. 11 serait bien à souhaiter que quelqu'un dont le témoignage soit reconnu comme concluant par le monde scientifique (si toutefois il existe une personne dont le témoignage en faveur de pareils phénomènes puisse être admis) voulût sérieusement et patiemment étudier ce genre de fsits. Beaucoup de témoins oculaires de ces enlèvements vivent encore et ne refuseraient certainement pas d'en donner le témoignage.

Void comment Duoglas Home décrit lui-même .ses

impressions (i).

Durant ces élévations ou lévitations, je n'éprouve rien de particulier en moi, excepté cette sensation ordinaire dont je renvoie la cause à une grande abondance d'électricité dans mes pieds; je ne sens aucune main me supporter, et, depuis ma première ascension citée plus haut (2), je n'ai plus éprouvé de craintes, quoique, si je fiisse tombé de certains plafonds où

(i) RMlatiotu surina pie surnaturelle. Paris» 1864, p. 5a-53.

(a) Elle eut lieu en Amérique, pays de D. Home, dans l'obscurité, à la fin de la soirée du 8 août i85a (Home avait alors dix-neuf ans), où s'étaient produits des mouvements de tables et autres manifestations spirites: voici comment la raconte un des témoins: t Tout à coup, A la grande surprise de l'assemblée, KL Home fut élevé en rair ! J'avais alors sa main dans la mienne, et je sentis, ainsi que d'autres, ses pieds suspendus à douze pouces du sol. U tressaillait de la tête aux pieds, en proie évidemment aux émotions contraires de joie et de crainte qui étouffaient sa voix. Deux fois encore son pied quitta e parquet; à la dernière, il atteignit le haut plafond de l'apparlement, ou sa main et sa tête allèrent frapper doucement. » xRàfil., p. 5a.)

j^avait été élevée je n'easte pu éviter lea blessures sérieuses. Je suis en général soulevé perpendicuUîretnent, mes bras raides et relevés par-dessus ma tête, comme s'ils voulaient saisir l'être invisible qui me lève doucement du sol. Quand j'atteins le plaibnd, mes pieds sont amenés au niveau de ma tête et je me trouve comme dans une position de repos. J'ai demeuré souvent ainsi suspendu pendant quatre ou cinq minutes ; on en trouvera un exemple dans un compte-rendu de séances qui eurent lieu en i857 dans un château près de Bordeaux (i). Une seule fois mon ascension se fit en plein jour ; c'était en Amérique. J'ai été soulevé, dans un appartement à Londres, Stoane street, où brillaient quatre becs de gaz et en présence de cinq messieurs qui .sont prêts à témoigner de ce qu'ils ont vu, sans compter une foule de témoignages que je peux ensuite produire. En quelques occasions la rigidité de mes bras se relâche et j'ai fait avec un crayon des lettres et des signes sur le plafond, qui existent encore, pour la plupart à Londres.

'Les détails de ces diverses asceasions se trouvent dans le livre de Dunglas Home; les reproduire serait allonger inutilement ce chapitre, et, s'ils peuvent être utiles pour déterminer la nature du phénomène^ ils n'apporteraient aucun élément nouveau à la démons-

(i) c Cette ascension eut lieu le soir; on était occupé à produire des communications par écriture directe. La mattresse de maison se tourna vers moi et me dit brusquement: • Pourquoi « êtes-vous assis dans Tair ? i On regarda aussitôt ma chaise et on la vit A la même place, mais de deux à trois pouces au-dessus du sol, et mes pieds n'étalent plus sur le parquet. Ceci peut donner une idée de l'extrême if^norance où je suis d'ordinaire à ce moment du sentiment de lévitation, lorsque je n'ai pas encore dépassé le niveau des têtes ; si on change trop de position, ainsi

3 lie cela arrive souvent dans l'enthousiasme de l'émotion prouite par un tel phénomène, je redescends de suite, mais non sans être resté environ une demi-minute suspendu. Celte fois, je reçus tout à coup le pressentiment de mon élévation et, presque aussitôt, j'atteignis le plafond. Le comte de B... quitta sa place, et, venant se placer au-dessous de moi^ me dit : • Maintenant, mon c cher Home, arrives et laissez-moi toucher vos pieds, t Je lui répondis qu'en cela je n'avais aucune volonté, mais que peutêtre les esprits voudraient bien me permettre de descendre jus- 3u'à lui. Ceux-ci le firent^ en efiet, et mes pieds furent bientôt ans ses mains étendues ; il saisit mes chaussures, et, de nouveau, je repris mon ascension, le comte toujours cramponné à mea pieds, jusqu'à ce que mes bottines, qui étaient à élastiques, lui restassent entre les mains. • (Hom, 7oc. ciï., p. 171.)

tratioQ de ia réalité qu^âvaot tout il fiiut prouver (i).

Après avoir fait remarquer que Home était, comme les ascètes dont nous avons parlé, sujet aux visions et aux anesthésies, je me bornerai pour le moment à reproduire, à titre de documents, les diverses explications qu'on a proposées.

Ici encore les explications les plus généralement admises sont fondées sur l'intervention des êtres surnaturels.

Il en est d^autres cependant qui se présentent avec une certaine vraisemblance.

Selon Gœrres, les organes du mouvement sont, dans l'état ordinaire, destinés à la marche ; < mais lorsque Fâme prédomine sur le corps et qu'en celui<i l'élément de l'air prend par suite le dessus sur les autres, Toiseau se développe en lui, pour ainsi dire, l'emporte sur la brute et, se dégageant de son enveloppe, il s^envole joyeusement vers la lumière qui l'attire. > (dMystique, 1. IV. ch. xxin, t. II, p. 367). — Cette théorie a été reprise et présentée d'une (açon moins bizarre par quelques sptrites qui supposent que lepérisprit^ en se dégageant du corps, Tentraîne avec lui au moyen du lienfluidique ; ils rapprochent ces phénomènes des sensations de vol aérien pendant le sommeil, sensations presque générales, très nettes chez certaines personnes et encore mal expliquées (2).

(i) Oa peut encore consulter sur Home les ouvnges suivants: C«« Th. Walsh, Dunatloi Home. Paris, Claire i8d8. — Revue spiritualiste no 7, i85d. — Piérast, Journal du Magnétisme^ yol. IV. — CoNSTAMT. Les Fantômes à Paris (fouillietons de VEstitfette, juillet 1857).

On a dit que Home avait été pris en flagrant délit de supercherie ; mais c'est là un cliché qui se reproduit invariablement à propos de tous les fiûts extraordinaires.

(2) • Très souvent, dans les rêves, nous nous sommes sentis emporté avec la rapidité d'une flèche ; nous franchissions des

Dans une étude remarquable sur les Maladies et facultés diverses des mystiques^ publiée en 1875 par l'Académie royale de Belgique, le D^ Charbonnier- Debatty explique (p. 41) la lévitation en supposant qu'il se produit une répulsion électrique entre le sol et le corps du sujet dont la densité a été diminuée par le ballonnement hystérique (i). Je ferai observer que ce ballonnement ne peut produire qu'une augmentation de volume très faible, et par suite une variation de poids absolument négligeable, étant donnée surtout la nature des gaz internes, mais nous ne saurions fixer une limite aux actions que peuvent produire, en certains cas, les forces électriques dont nous avons constaté l'existence dans l'organisme humain.

C'est à ces actions que les savants hindous rapportent l'ascension des corps et voici la théorie donnée

espaces considérables, en rasant le sol. Nous avons constaté ce h\X chez un littérateur de nos amis, que nous avons trouvé i>lusieurs fois les yeux fixes et qui nous disait, dans les premiers moments : Je volet ne m'arrêtes^ pas. Lors()uMl était revenu à lui, il nous racontait les sensations qu'il avait éprouvées ; il lui semblait alors qu'il volait réellement. Cette sensation est fort ancienne: saint Jérôme rapporte qu'il lui est souvent arrivé de se sentir, en songe, voler au-dessus de la terre, des montagnes, des mers, etc.

fl Madame d'Arnim^ Pamie de Gœthe, en parlant de ce fait, dit: • J'avais la certitude que je volais et que je planais. Une t simple pression élastique de la pointe des pieds et j'étais dans

• les airs. Je planais silencieusement et avec délices à deux ou c trois pieds oe terre; je redescendais, je remontais encore ; je

• volais de côté et d'autre, puis je revenais. 1» (BuàBs db hoiSHOtTTy Des hallucinations f p. io5).

J'ai éprouvé, moi-même, bien des fois en songe, exactement les mêmes sensations que Madame d'Arnim, et cela avec une telle netteté que souvent je me suis dit: c Cette ibis, c'est bien vrai, je ne dors pas. •

U est bon d'ajouter qu'au moment où ceci se passait, je n'avais jamais oui parler de lévitation.

(1) Le savant médecin belge fait, à propos de la lévitation^ de judicieuses réflexions :

• Il n'apportient à personne, dit-il, de déclarer qu'un phénomène est surnaturel, parce que cela équivaudrait à l'énorme prétention de connaître toutes les causes naturelles et leurs

ptr Bavadjee D*Natt8 auquel nous avons emprunté

un des récits précédents.

La lévitation dans l'air, au mépris de la loi de la graTÎtation affirmée par la science moderne, ne peut s'expliquer que par la théorie de l'attraction et de la répulsion univeraelle. Si les médiums sont soulevés, c'est qu'ils sont, pour un temps, rendus complètement potitifi par rappon au magnétisme de la terre, qu'on est convenu d'appeler positif. Cl y a dans chaque organisme humain, comme dans le reste de la namre, les deux magnétismes, le positif et le négatif. Ce que nous appelons la vie n'est que le résultat de l'action et de la réaction constante de ces forces positives et négatives ; la ceasation ou l'équilibre de ces forces, c'est la mort. Mais cette observation ne s'applique pas aux Yoghis ; les Occultistes peuvent à volonté proiiuire cet équilibre dans leur nature physique sans mourir, ce qui est le cas pour les Fakirs de l'Inde qui s'ensevelissent dans la terre même pendant quarante jours. Si nous étions naturellement tout-à-fiiit négatifs, nous serions enracinés à la terre comme des arbres; si nous étions complètement positifs, nous ne pourrions pas rester un seul moment sur la terre, mais nous serions toujours repoussés de sa surface, car les forces positives se repoussent. Lorsque nous sautons pendant un moment par notre volonté, nous nous rendons positifs ; lorsque nous nous tenons ou nous asseyons sur la terre, nous nous rendons tout-à-fiiit n^tifii par rapport à la terre. Comme notre force de volonté n'est pas développée et par conséquent pas aussi forte que celle d'un occultiste, nous ne pouvons être enlevés, et, si nous nous tenons debout ou que nous restions assis trop longtemps, nous sommes fatigués et nous avons besoin de changer de position.

efièts. Au nom de la logique et de la modestie, nul ne peut émettre une pareille affirmation.

« Le sauvage, ne comprenant pas le mouvement céleste, le regarde comme surnaturel ^ le rooyen-flge qui ignorait le ballonnement (gazeux des hystériques, les condamnait au feu, parce que c'était surnaturel d'être plus léger que l'eau.

€ Si nous déclarons surnaturel le fait de ^élever en Vair, nous raisonnons exactement comme le sauvage et l'exorciste du moyen-Âge, >

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