L'ÉTAT DE CRÉDULITÉ ET LES AUTRES PHASES DE L'HTPNOSE
S 1*% — Les Phases de PHypnose.
N s*accorde généralement à désigner sous le nom fïHypnose tout état du cerveau différant de l'état normal par la paralysie ou Texaltation momentanée de certaines facultés. ^
Si Ton provoque l'hypnose d l'aide d^agents dont on puisse augmenter graduellement Teffet, on détermine une série de phases qui se succèdent par transitions insensibles comme les nuances dans le spectre solaire (i)w
De même qu'on a distingué trois couleurs^ le bleu, le jaune et le rouge, qui présentent les différences les plus nettes ; de même on a choisi comme types trois phases ou états principaux qui se succèdent dans
(i) Pierre Janet. Les phases intermédiaires de Vliypnotisme, — Revue scient., i* sem. 1886, p. 571.
Tordre suivant: état cataleptique, état somn^mbuliquc et étot léthargique ( i ) .
L*état cataleptique (le plus rapproché de TéUt de veille), est surtout caractérisé par l'inertie des membres qui conservent pendant un temps plus ou moins long la position ou le mouvement qu'on leur donne. Uanesthésie cutanée est complète et les autres sens ne sont impressionnables que par des actions violentes ou répétées.
Dans Tétat somnambulique ^ltsmtmhrt$ se meuvent dans les conditions habituelles. L'anesthésie cutanée persiste ; les autres sens sont redevenus impressionnables et ont même acquis une sensibiUté bien plus grande. Il suffit d*éveiller une idée quelconque chez le sujet pour que cette idée se transforme immédiatement en sensation ou en acte suivant sa nature ; cette transformation est susceptible de s'opérer non "seulement au moment où Tidée est suggérée mais encore à une époque plus ou moins éloignée et lorsque le sujet sera revenu & son état normal.
Le souvenir de toutes les hallucinations, de toutes les suggestions disparait quand le sujet est réveillé et reparaît quand le sujet est remis de nouveau à Tétat de somnambulisme; on peut foire persister le souvenir, mais par suggestion.
Dans l'état léthargique le sujet présente toutes les apparences du sommeil ordinaire* Les yeux qui, dans les phases précédentes étaient généralement ouverts,
(i) Sur les sujets suffisamment sensibles pour aller jusqu'à la léthargie, j'ai constamment trouvé ces trois phases se succédant dans l'ordre indiqué et plus ou moins apparentes selon l'individu. Quand l'une des phases semble manquer, c'est que le sujet brûle l'étape. En opérant avec précaution, on peut presque toujours en reconnattre. quelques indices au passage.
sont maintenant clos, et si l'on relève les paupières, on voit les globes convulsés en haut comme dans Pextase. L'insensibilité cutanée est complète ; les sens paraissent encore moins impressionnables que dans l'état cataleptique^ cependant ils fonctionnent encore puisqu'on peut réveiller par un commandement brusque. D'après M. Charcot, l'état léthargique se distinguerait du sommeil naturel par Yhypérexcitabilité musculaire. Si l'on vient à palper ou & malaxer un peu fortement le corps charnu d'un muscle, & percuter ou à tirailler son tendon, on le voit entrer aussitôt eh contracture, et cette contracture provoquée, qui offre tous les caractères de la contracture hystérique à son degré le plus avancé, résiste à tous les efforts qu'on fait pour la vaincre directement. Pour la faire disparaître il faut malaxer les muscles antagonistes. Ce dernier état a peu d'intérêt, au point de vue de mes recherches qui ont surtout pour but l'étude des erreurs auxquels peuvent être sujets les témoignages de nos sens.
En revanche il existe un état secondaire, qu'on pourrait comparer à la première nuance perceptible du spectre de l'hypnose et qui a une grande importance au point de vue historique ; il suffit, en effet, d'actions très faibles pour le produire et le sujet y conserve toutes les apparences de la veille.
Le D' Liébeault le définit ainsi dans son livre sur le Sommeil (p. 32).
< Parmi les sujets qu'on veut endormir on en trouve qui arrivent seulement dan^ un engourdissement très curieux et désigné sous le nom de charme ; ceux-ci pensent encore activethent et ont une conscience assez nette du monde extérieur; mais si on leur affirme, par exemple, l'impossibilité de parler, de faire certains
mouvements, voire même de sentir, ou si on leur suggère iMdée d'actes absurdes, leur attention, déjà sans ressort, s'immobilise complètement sur les idées imposées, leur esprit les adopte et Torganisme obéit ; ce sont de vrais automates placés sur la limite de la veille et du sommeil. »
J'ai fait sur cet état, de nombreuses expériences dont on trouvera les principales relatées dans le S 5 et je propose de lui donner le nom d'État de Crédu" lité en considération de sa propriété caractéristique. Je ferai observer que les sujets sur lesquels ont porté la plupart de mes observations : Benoît, Emile, Paul, Gabrielle, Marie, Rose, sont des jeunes gens de 17 a 19 ans parfaitement sains de corps et d'esprit, excellents ouvriers bu employés. On aurait probablement toujours ignoré leur grande sensibilité s'ils né s'étaient point prêtés à mes recherches.
Ils sont donc dans de bonnes conditions pour qu'on puisse conclure, de ce qui s'est passé avec eux, ce qui a dû se produire, dans tous les temps, sur les foules.
Le D- Philips avait assez exactement défini ces différents états (1) qu'il a classés en trois périodes.
La première correspond à ce que j'appelle l'état de
crédulité ; il la définit ainsi :
La première période a pour caractères généraux la veille et ValUmomie (le contraire é*autonomie) c'eat-à-dire que le aujet j eat pleinement éveillé et se rend compte de ce qui te paaae autour de lui, mais en même temps est assujetti à la volonté de l'opérateur en ce qui concerne la motricité et une partie dea fonctions sensorielles et mentales. Les modifications spéciales comprises dans cettcf période se succèdent ainsi : paralysie,
(i) Cours théorique et pratique de Braidisme. Paria, 1860, p. 96.
contracture et mouvements incoercibles des muscles volontaires de la tête, des membres supérieurs et inférieurs, et du tronc; — diminution et augmentation de la sensibilité générale superficielle; illusions du goût, de l'odorat, de la myesthésie (sensibilité musculaire), de la thermesthésie (sens de la température) ; — obsessions monomaniaques; ^ extension et lésions de 1\ mémoire; — modification des affections.'
La seconde période comprend ce que nous avons appelé plus haut Téut cataleptique et Tétat somnambulique.
Quant à la troisième, je n*ai jamais pu Tobtenir et je constate, par les ouvrages récemment publiés sur rhypnotisme, que la plupart des opérateurs modernes sont dans le même cas.
Le D' Philips amenait la transition de la 2* à la 3« période,
En affirmant au sujet qu'il est actuellement capable de percevoir et d'obtenir la notion de certaines choses avec lesquelles il ne saurait avoir de communication par aucun des moyens de la sensation et de la connaissance constatés jusqu'à présent par la physiologie.
Le sujet recouvre alors l'intégrité de sa liberté et de sa raison, mais ses sens et son intelligence, qui acquièrent la perception et la connaissance des choses extérieures avec une fiaciliré, une étendue et une précision extrême, s'exercent sans le concours apparent d'aucun organe et d'aucun milieu de transmission.
Cette période parait se rapprocher de Vétat somnambulique des magnétiseurs dont je n'aborderai point ici rétude parce qu^elle demanderait, à elle seule, des développements trop étendus. Je me bornerai à &ire . observer qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que l'hypnotisme et le magnétisme diflfèrent par leurs effets, puisque le premier agit sur le cerveau seul, tandis qu'avec les passes magnétiques, on opère sur tout le corps et en particulier sur l'épigastre.
s ^. — Les procédés pour produire Phypnose.
James Braid, chirurgien & Manchester, a montré le premier, vers 1840, par des expériences précises, qu*on pouvait produire i^hypnose autrement que par \t fluide des magnétiseurs (i). Braid hypnotisait en tenant un objet brillant à 3o ou 40 centimètres des yeux du sujet, dans une position telle, au-dessus du front, que le plus grand effort fût nécessaire du côté des yeux et des paupières pour que le sujet regardât fixement l'objet ; il lui recommandait en outre de concentrer sa pensée. Au bout de 10 ou 1 5 secondes, il soulevait doucement les bras ou les jambes du sujet, et si les membres n'avaient pas encore tendance à rester fixés dans cette position, il le priait d'une voix douce de les maintenir étendus. Le pouls ne tarde pas alors i s'accélérer beaucoup et les membres deviennent au bout de quelque temps rigides et involontairement fixes (2).
Quinze ans auparavant, un prêtre de Tlnde portugaise, l'abbé Faria avait déjà professé à Paris que la cause du somnambulisme réside dans le sujet et non dans le magnétiseur ; il endormait un grand nombre de personnes en prononçant d'une voix forte ce seul mot : Dorme^ 1 (3) Cest le procédé, dit de suggestion^ repris plus tard à Nancy, d'abord par le D' Liébeault,
(0 Là question du fluide sera reprise dans le \ 1* du chap. IX.
(2) Neurypnologie, trad; franc., p. 3a.
(3) Ches les gêna auaceptiblea de s'endormir ainai, on arrive au même résultat en prononçant impérativement un mot quelconque : stop, zut, etc. L'important est de surprendre le sujà.
puis par le Jy Bernbeim qui lui a donné une grande notoriété.
Une troisième méthode consiste dans l'emploi des actions de la polarité dont j'ai fait l'exposé dans le premier chapitre de ce mémoire.
On a vu, dans cet exposé» que l'hypnose était produite par l'action sur le cerveau de tout agent qui avait la propriété, étant appliqué sur d'autres parties du corps, de produire soit la contracture, soit la répulsion. On est ainsi amené & supposer, d'une part, que le sommeil nerveux est le résultat de la contracture du cerveau ; d'autre part, que la contracture est une conséquence de la répulsion de la partie la plus mobile de Porgane (sang ou influx nerveux?}.
< C'est une loi générale pour tous les animaux, dit en effet Claude Bernard (i), depuis la gre* nouille jusqu'à l'homme, que la suspension de la circulation du sang amène en premier lieu la perte des fonctions cérébrales et nerveuses, de même que l'exagération de la circulation exalte d'abord les manifestations cérébrales et nerveuses >.
Maxvell, ayant observé le cerveau d^un homme atteint d'une plaie à la tête avec perte de la substance des os du crâne, reconnut que, lorsque le malade était plongé dans un sommeil calme et paisible, le cerveau était presque immobile dans son enveloppe ; faisait-il au contraire quelque rêve assez lucide pour qu'il pût en garder le souvenir à son réveil, l'enveloppe cérébrale venait faire saillie au niveau de la perforation. Blûmenbach, dans une circonstance analogue, remarqua également que le cerveau s'affaissait pendant
(i) Leçons sur les pr. des t. viv., p. 461.
le sommeil, tandis qu'au réveil il augmentait de volume et le sang y affluait alors davantage (i).
De plus M. Brown-Séquard a prouvé que la tonicité musculaire tend à passer & Tétat de contracture quand la circulation diminue dans les muscles. Si on lie Taorte d'un mammifère et qu'on attende un certain temps^ on voit, apparaître peu à peu la raideur dans les membres postérieurs et enfin Tétat que l'on nomme rigidité cadavérique survient dans ces mêmes parties encore liées & un être vivant. Si on Iftcbe la ligature après quelque temps de raideur complète, le sang revenant dans les membres postérieurs y fidt disparaître la contracture et réapparaître l'irritabilité. Il ne manquait donc que du sang aux muscles rigides pour avoir leurs propriétés à l'état de vie.
Toute impression faible^ monotone et continue, perçue par l'un de nos sens, produit chez beaucoup de personnes une concentration d'esprit sur une seule pensée qui amène peu à peu le sommeil. Cest ainsi que les mères endorment leurs enfants par le bercement et le chant.
La fixation du regard agit de la même manière.
Quant aux hallucinations et suggestions qui constituent la manifestation de l'état de crédulité, on ne les détermine d'ordinaire qu'en provoquant d'abord une certaine émotion par le ton ou le geste. Or, < dans rémotion il y a toujours une impression initiale, qui surprend en quelque sorte et arrête très légèrement le cœur» ^2).
Ainsi l'on peut, semble-t-il, admettre déjà, d'une
(0 Archives génâ«Ie$ de la médeciae, i86i ; 1. 1, p. 637* (i) Cl. Bbenard. L. c, p. 464.
— igS —
façon générale, que le sommeil, naturel ou nerreux, est le résultat d'actions ayant pour premier effet de ralentir la circulation sanguine dans le cerveau.
De nombreux exemples vont confirmer cette hypothèse ; je montrerai par combien de modes divers on peut provoquer l'anémie cérébrale et par suite les multiples manifestations de Tbypnose.
Il faut remarquer cjue chacun des procédés peut amener un état différent de Thypnose suivant la sensibilité du sujet: les plus énergiques déterminent seulement l'état de crédulité chez certains individus, tandis que, chez d'autres, les plus fieiibles sont susceptibles de produire la léthargie en passant trds rapidement par toutes les phases intermédiaires.
S 8. — Expériences sur PÉtat somnambolique.
Les expériences qui suivent ne font, en général, que reproduire des phénomènes déjà connus par les hommes spéciaux, mais l'hypnotisme est une science encore trop récente pour que de nouveaux témoignages lui soient inutiles; chaque opérateur élucide du reste des points de détail différents.
Lés suggestions ont toujours été données dans l'état somnambulique; les sujets ont été endormis et réveillés soit par injonction, soit par l'imposition des mains, suivant leur degré de sensibilité.
Sujet. — T., 23 ans, à l'asile de St- Robert (Isère), pour hystéfo-chorée. — Ce jeune homme est fort intelligent, mais sans instruction. Violent, sans que sa nature soit complètement viciée, il est accessible & certains sentiments généreux, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir subi de nombreuses condamnations et commis une tentative de meurtre sur un magistrat. Il a été Tami à Lyon de l'anarchiste Cyvoct.
Suggestion. — « Au réveil, vous serez Cyvoct. >
Effet. — J'aborde la conversation en lui demandant comment il va. < Pas mal, mais bien chaudement. — Comment cela ? (la température était en ce moment très douce). -* C^est que nous ne sommes point habitués à ce soleil là en France. > (On me rappelle que Cyvoct est en Nouvelle-Calédonie).
Je le prie de me raconter comment il a été amené à vouloir foire sauter le théâtre Bellecour, à .Lyon. Il nous donne alors des détails fort curieux, d^oti il résulterait que les vrais coupables n'auraient point été arrêtés et que lui qui n'avait pas voulu prendre part à Faffaire aurait payé pour tous parce qu'on le connaissait et qu'il tapait tant qv^il pouvait sur le bourgeois dans son journal pour faire aller la vente.
Sujet ; T. — Le D' Dufour avait essayé de le moraliser et lui avait donné la suggestion d'aller se confesser à l'aumdnier de l'asile.
Suggestion. — f Au réveil, vous serez l'abbé B. >.
Effets — Je cause quelques instants de choses indiflférentes avec lui, puis je lui dis : € Vous avez ici un nommé T., qu'est-ce que cet individu ? — Oh ! c'est
— igS —
un drôle de pistolet, allez ! Il ne croît ni & Dieu, ni à Diable; il est anarchiste et depuis quinze jours il rôde autour de moi pour se confesser. — C'est extraordinaire, mais pourquoi cela ? -^ Je crois bien que ce sont des idées que le D^ Dufour lui a mises dans la tête. >
Sujet. ^ T.
Suggestion. — a Vous êtes M. X. (employé de l'administration de Fasile). »
Effet.— Aussitôt qu'il est réveillé, T. se dirige sans affectation vers Madame X. qui assistait à la séance et lui dit : Tu as la clef, n'est-ce pas ? — On se met à rire et je demande : < Quelle clef? — Eh bien ! qu'estce qu'il 7 a de drôle là ? je demande & ma femme si elle a bien fermé la porte de la maison ; tout le monde est sorti. — Vous dites que M"« X. est votre femme; et M. X. qui est là ? >
T. le regarde d'un air étonné, réfléchit : € C'est bien M. X. — Eh bien ! et vous ? -^ Moi, je suis le véritable X., et lui est un faux. »
Je lui présente un miroir < Regardez-vous bien ; M. X. porte toute sa barbe et vous n'en avez point. — C'est bien ma figure; mais c'est bien moi M. X. comptable de l'asile. -*^ Mais Madame X* ne peut avoir deux maris cependant. — C'est vrai, il faut que l'un de nous deux disparaisse. >
Et il s'avance d'un air menaçant vers M. X. — Je m'empresse de l'endormir et de lui enlever la suggestion.
Sujet. — R. (à Grenoble).
Suggestion. — < Quand vous vous réveillerez
M, T. sera devenu invisible ; vous ne k sentirez ni ne Tentendrez. » . .
Effet, -r Au réveil, R. ne voit pas M. T. qui lui parle et qui lé pince sans provoquer le moindre mouvement. M; T.:prend dans sest^asundes assistants et le soulève : étonnement de R. qui cherche en vain à comprendre, qui tourne autour de la personne soulevée passe la main sur sa tête, sous ses pieds, tout en évitant instinctivement M. T. — M. T. prend sur la table un crayon et l'agite en Pair ; R. le suit des yeux, non moins étonné, car il le voit voltiger tout seul. — Je dis que ce sont là des expériences de spiritisme et que le crayon va répondre aux questions qu'on lui posera ; ' R. demandé son fige et son prénom et le crayon répond facilement d^une manière exacte, car M. 7., qui le tient, est chef de service dans l'administration oti R. est employé.
Sujet. — R.
Suggestion. — < Vous entendrez tout à Theure crier au feu ; puis vous vous accuserez d^a voir tué une femme. »
Effet. — Quand il est réveillé, il ne tarde pas à prendre l'attitude d'un homme qui écoute. Je lui demande ce qu*il a : < N*entendez-vous pas la sonnette? répond-il; c'est rue Très-Qottre. > (A Grenoble, c'est au moyen d'une sonnette qu'on annonce
les incendies) Je cause avec les assistants
d'un assassinat qui vient de se commettre; il écoute attentivement sans rien dire ; au bout de quelques instants, je me tourne vers lui et lui dis qu'on l'accuse d'en être l'auteur ; il nie. J'insiste en ajoutant que devant les preuves qu'on donne, il ferait mieux
d*avouer. Il rougit» se cache la figure dans ses mains, pleure et finit par avouer. Je lui ordonne de tout oublier. Il ne se souvient plus de rien.
^emar^ues. — • R. a 19 ou 20 ans. Au moment oti j'ai fait ces expériences; on l'avait déjà hjrpnotisé plusieurs fois et sans précautions; aussi ne se souciaitil pas de se prêter à de nouveaux essais. Cependant, comme je venais de constater qu'il était très sensible aux actions de la polarité, alors complètement incoritaues en dehors de quelques initiés, et que je tenais à vérifier divjcrs points, je l'endormis en projetant brusquement ma main droite sur sa tête. Persuadé de mon pouvoir il n^opposa plus de résistance; je pus exposer la théorie de la polarité et montrer un certain nombre de phénomènes de suggestions & une réunion oii se trouvaient des professeurs de la Faculté de droit, des médecins et des ingénieurs. Quelque mois plus tard, je revis T. une seconde fois et je voulus tenter de nouvelles expériences, mais j'y renonçai parce qu'il se contractait avec un air de soufifrance à ma seule
approche.
Sujet. — Benoît, à Blois.
Suggestion. — < Vous irez prendre dans ma bibliothèque le 3* volume i droite du second rayon, vous le feuilleterez et arrivé à la page 34 vous trouverez votre portrait. Vous le montrerez à M. L. Quand M« L. touchera sa bague il deviendra invisible. Vous irez ensuite au tableau, vous écrirez votre nom et, arrivé à la lettré o, vous vous endormirez. >
Effet. — Benoît accomplit ce que je lui ai ordonné; il prend un volume de La Nature et arrivé à la p. 34 il est fort étonné de trouver son portrait ; il me de-
mande comment cela peut se faire ; il le trouve bien ressemblant et le montre à M. L. A ce moment, M. L. touche sa bague ; Benoit fait un geste d'étonnement, jette les yeux autour de lui : € M. L. a disparu» je ne le vois plus. » Je fais disparaître Thallucination de la vue en disant brusquement : « Voyezle. » Benoit se rend alors au tableau, écrit Ben^ commence Vo et s'endort. Je le réveille ; il recommence, et les mêmes phénomènes se reproduisent. Enfin, impatienté, il écrit de nouveau rapidement Ben^ hésite un instant, puis laisse un blanc et termine par it en poussant un soupir de satisfieiction.
Sujet. — Benott.
Suggestion. — € Dans un quart d'heure vous entendrez la porte s'ouvrir, vous verrez entrer le concierge de la préfecture qui vouti remettra une lettre ; vous la prendrez, vous la lirez, vous verrez qu'elle est d'Emile qui vous prie de me dire qu'il ne peut pas venir ce soir, vous me ferez sa commission et vous renverrez le concierge. »
Effet. — Au bout de dix minutes, il s'est tourné vers la porle et m^a dit : € Le préfet me fait probablement demander, voici le père Robin ». Il prend la lettre imaginaire, la lit et me fait la commission, puis dit au au concierge : < Cela suffit. »
Il reprend sa place à côté de moi et je lui demande la lettre ; il la cherche dans toutes ses poches et, ne la trouvant pas, il me dît que vraisemblablement il Ta rendue au concierge sans y faire attention. J|B le prie de me dire exactement ce qu'elle contenait et il me répond : € Mon cher B., je te prie de dire à M . de Rochas que je ne pourrai aller ce soir ches? lui comme c'était con-
venu. > — Je lui aflSrme que tout cela n^ett qu'une suggestion, il ne veut pas me croire et en appelle au témoignage des personnes présentes.
Sujet. — Benoît.
Suggestion. — < Vous sentirez le parfum de la rose toutes les fois que vous appellerez votre père et vous aurez à la bouche le goût de la liqueur de la Grande* Chartreuse chaque fois que vous prononcerez le nom de votre frère. >
Effet. — * Le lendemain, B. vient me demander l'explication des sensations qu'il avait éprouvées, telles que je les avais suggérées. L'effet de la suggestion ne cesse qu'au bout de trois jours.
Rapprochements.^ Lorsque le bienheureux Herman Joseph entendait dans l'office le nom de Marie et qu'il se prosternait à terre, il respirait un tel parfum de âeurs et d*aromates qu'il ne savait plus se relever (BB. , 7 avril ; t. X, p. 690).
Saint Félix de Cantalice articulait le nom de Jésus avec une incomparable délectation comme s'il eût eu du miel dans la bouche (BB., 18 mai; t.XVII, p. 243).
L'abbé Ribet rapporte ainsi un effet d'hallucination de Todorat : < Sainte Catherine de Gènes, en flairant la main du prêtre qui dirigeait son âme, ressentait une odeur d'une suavité ineffable qui* lui réconfortait à la fois et l'âme et le corps, et dont la vertu était telle qu'il lui semblait que les morts, selon son expression, dussent en ressusciter. Le confesseur aurait bien voulu jouir de la même faveur; mais il avait beaii flairer sa main, pour lui l'odeur merveilleuse n^existait point. > (Mystique divine; t. II, p. 3i8).
Sujet. — Benott. .
Suggestion. — • < Treis et deux font quatre, non point cinq. >
Effet. — Au réveil, je prie B. d'additionner les nombres: 35142
Il trouve pour résultat :
65oi4
Je le prie ensuite de me résoudre le problème suivant : € Partagez une somme de cinq cents francs entre deux personnes, de manière que Tune ait cent francs dt plus que l'autre. % Il calcule et me répond : < L'une tura 3oo francs et l'autre 200 francs. > Je lui demande de faire la preuve et il écrit 3oo + 200 = 400. Il refait se^ calculs et s'embrouille ; voyant qu'il ne pouvait arriver à une conclusion je lui fais remarquer que 3 + 2 = 5« Ce qu'il n'admet qu'après le dialogue suivant : < Combien font 3 + i ? — Quatre. — Et 3 -f- 2 ? — (Avec hésiution). Quatre. — Vous voyez vous-même que ce n'est pas possible : 3 + ' = 4 et 4+1 = 3 + 2 = 5 >.
Il se rend au raisonnement. Je l'endors alors pour lui enlever la suggestion ; ce qui ne l'a pas empêché, le lendemain, de foire plusieurs erreurs de calcul à son bureau ; je dus le rendormir et lui affirmer de nouveau que 3+2 faisaient 5 et non pas 4 (i).
(i) n hut se méfier des suggestions persistantes qui peuvent être dangereuses: un jour j'avais ordonné pendant rhypnose à un sujet de ne pouvoir descendre la première marche de mon escalier. Je réfléchis qu'il pourrait tomber et se faire mal et je »v .^ . , ^ -*^iune séance
, , raccompa- . . précaution qui
ne fut point inutile; car, à la première marche. Il trébucha et se serait préaipité la tête en avant si je ne l'avais fortement retenu.
Remarque. —J'ai donné cette suggestion sur la demande de M. Georges Lécbalas à qui M. Ernest Naville avait écrit : € A-t-on constaté que des mathématiciens aliénés perdent le sens des vérités nécessaires et font, par exemple, de fausses démonstrations dont ils ne peuvent reconnaître Terreur ? En d'autres termes, y a-t-il des hallucinations rationnelles ? >
Le défaut d'instruction mathématique du sujet m'a empêché de faire une expérience plus concluante ; mais on voit, dans le cas présent, que la faculté de raisonnement avait persisté dans son intégrité et qu'il n'y avait eu qu'une perversion de la mémoire.
Sujets. — Paul et Benoit.
Benoit seul reçoit les suggestions à l'état de veille par simple injonction brusque.
Suggestion. — J'endors Paul et je lui dis :
€ Quand vous vous réveillerez vous vous croirez possédé du démon, vous jurerez, vous trépignerez, votre bouche écumera. La possession cessera dès que je vous toucherai. >
Effet. — L'efifet se produit avec une intensité effrayante dès que Paul est réveillé; quand je l'ai calmé je m'adresse brusquement à Benoît : < Le démon qui est sorti de Paul est entré chez vous. » Aussitôt Benoît imite tout ce qu'il a vu faire à Paul.
Je mets fin à l'accès en lui disant impérativement : € Vous êtes guéri. >
Sujet. — Benoît.
Suggestion. — «Un quart d'heure après avoir été
Je dus lui commander vivement de passer pour qu'il pût continuer son chemin.
— aoa —
réveillé, vous vrrrez apparaître dans la glace au-dessus de la cheminée votre patron Saint Benoît tout environné de lumière avec la palme du martyre à la main, il vous dira qu'il vous protège contre le démon qui cherche à se saisir de vous. Vous verrez alors entre les deux fenêtres, le démon qui vous menacera de ses griffes ; vous aurez peur ; vous direz : < O mon patron, protégez moi. > Votre patron repoussera le diable qui s'enfoncera dans le plancher au milieu des flammes et en laissant une odeur de soufre. — Vous vous mettrez alors à genoux, et vous entrerez en extase avec les bras en croix. Puis vous vous lèverez et vous chanterez : Malbrough s'en va-t-en guerre ; quand vous arriverez à mironton, vous vous endormirez complètement. >
Effet. — La suggestion s*est déroulée avec toutes les phases indiquées; seulement elle s'est produite immédiatement après le réveil, probablement parce que les premiers mots de mon injonction n'avaient point été prononcés assez nettement. Le sommeil final n'est arrivé qu'au refrain du second couplet. — B. réveillé ne se souvient de rien. — Je le rendors de nouveau ; il nous raconte alors sa vision d'un bout à l'autre en décrivant le démon avec ses cornes et ses dents, et il a soin d'expliquer qu'après la disparition du démon il était si content qu'il s'est mis à chanter la première chose qui lui était venue à Tidée, la chanson de Malbrough ; je lui ordonne de se souvenir au réveil ; ce qui a lieu. Il nous raconte alors de nouveau sa vision en glissant légèrement sur certains détails et en appuyant sur d'autres comme pour excuser son hallucination.
— ao3 —
Sujets. — Emile et Beaoît.
Suggestion^ — < Voiis vous réveillerez dans une prairie. Toutes les personnes qui sont ici^ sauf moi, seront vos moutons ou vos chiens. Vous déjeûnerez avec un panier de fraises. Vous verrez le gardechampêtre qui vous dressera un procès-verbal. >
Effet. — La scène se produit comme je Tai indiqué; les jeunes bergers assis sur le tapis causent en mangeant ; de temps en temps l'un se lève pour appeler son chien ou faire le geste de jeter une pierre à un mouton qui s'écarte.
Je me présente pour acheter des moutons et je choisis successivement, en les marchandant, divers assistants. Benoit défend ses intérêts en faisant valoir des qualités correspondantes à l'aspect de la personne en question. L'un (un enfant)i est un joli petit agneau ; l'autre, un gros mouton bien gras ; un troisième a une magnifique toison; un quatrième possède de superbes cornes, etc.
Quand le garde-champêtre imaginaire apparaît et leur dresse procès-verbal, les bergers réclament, disent qu'ils n'ont foit aucun mal, qu'ils ont le droit d'être dans cette prairie.
J'interviens alors, et prenant Emile à part, je lui fais observer que nous sommes seuls, et que pour éviter le procès-verbal, nous n'avons qu'à nous débarrasser du garde-champêtre. Je lui offre un revolver qu'il décharge sans hésitation sur son ennemi. Je me dirige du côté où il a fait feu, je me baisse pour regarder la victime, je dis qu'elle est bien morte, mais qu'il faut maintenant faire disparaître le cadavre. € Justement, dit l'un d'eux, voilà un fossé ; nous
allons l'y mettre et nous le recouYrirons de feuilles. >
Emile et Benoît font mine alors de prendre le corps Tun par les pieds, Tautre par la tête, le soulèvent avec efifort, le portent dans un coin, et amassent dessus des feuilles, avec les pieds et avec les mains.
Je commande d'une voix forte : < Vous ne vous souvenez de rien. % Les deux sujets font une forte inspiration, écarquiUent les yeux et reviennent à l'état normal sans souvenirs.
Sujets. — Gabrielle, Benott et Emile.
Suggestion. — « Vous vous réveillerez tous trois au moment oti M. A. se mouchera.
— Gabrielle, au réveil, vous serez ftgée de trente ans et mattresse d'un atelier de couture ; Benoit et Emile seront vos ouvrières.
— Benoît, au réveil, vous serez une jeune fille de i5 ans, couturière chez M°^ Gabrielle ; vous vous appellerez Félicie.
— Emile, au réveil, vous serez une jeune fille de i8 ans, ouvrière chez M** Gabrielle; vous vous appellerez Valentine.
— Toutes les trois, écoutez-moi bien : vous serez dans votre atelier, vous ne verrez, vous n'entendrez personne autre dans le salon que moi. Au bout d'un instant vous trouverez qu'il fait très chaud et qu'il y a de mauvaises odeurs. Vous irez ouvrir une fenêtre ; vous entendrez la musique militaire dans le lointain ; vous verrez passer le 1 13* ; Madame L., ici présente, viendra alors commander une robe.
— Gabrielle, vous lui prendrez mesure ; M^^ L. vous paiera un compte qu^elIe a chez vous avec trois pièces de 20 francs. Vous ne saurez plus écrire, vous
chargerez Félicie de lui faire un reçu avec le papier et Fencre qui sont sur la table, et de signer pour vous.
— Félicie, au moment où vous signerez votre nom vous serez paralysée des bras et des jambes. >
Effet. -^ La scène commence comme je Fai indiqué. Gabrielle distribue le travail ; chaque fois qu'elle détourne la tête, E. et B., qui cousent des étoffes imaginaires, chuchottent entr*eux et projettent une promenade sur le Mail avant de rentrer chez leurs parents; ik baissent les yeux sur leur travail quand Gabrielle les regarde. — B. se lève en disant que ça sent mauvais, qu'on étoufife ; il va ouvrir et prête l'oreille. Les deux autres vont le rejoindre à la fenêtre, l'un Élit remarquer le tambour-major, l'autre le colonel qui passent. Je demande quel air joue la musique ; B. me répond que c^est la marche ordinaire du régiment. Au bout de quelques minutes, tous trois reprennent leur travail.
M»* L. s'avance alors et demande qu'on lui prenne mesure. Gabrielle cherche quelque chose et finit par dire qu'elle a égaré son mètre. Je. lui en donne un et elle prend ses mesures. M"^ L. dit qu'elle veut régler son compte qui est de 60 francs et elle donne trois sous en dânandant un reçu.
Gabrielle dit d^un air embarrassé qu'elle ne sait pas bien écrire, mais que Félicie va le faire pour elle.
Pendant que Benoît fiiit le reçu je tourne les sous qui sont sur la table, je fiiis observer qu'il y a en ce moment beaucoup de pièces fausses et que celles-là n^ont pas Pair d'être bonnes. Benoît les fait sonner et dit quelles sont excellentes ; j^insiste, il me répond vivement qu^il s'y connaît aussi bien que moi et continue son reçu.
Aussitôt après avoir signé, il paraît souflrant; je m'informe de ce quHl a ; il dit qu'il ne peut plus remuer, qu'il se trouve très mal.
Emile et Gabrielle le regardent, étonnés et anxieux. Je demande à Gabrielle si cela est arrivé quelquefois à Félicie,elle me répond que non; c*est la première fois qu'elle voit pareille chose. < Y a t-il longtemps qu'elle travaille chez vous? — Oui, Monsieur. — Comment s'appelle- t-elle ? > Gabrielle hésitant à répondre, je lui dis : Vous voyez bien que vous la connaissez à peine, vous ne savez pas même son nom. — Elle interroge des yeux Emile qui lui souffle : Félicie. — Ah oui, Félicie ; mais je suis si troublée.
Je mets fin à la scène en disant d'une voix impérative : € Réveillez-vous. » Tous trois font un soubresaut, respirent bruyamment et ont tout oublié; la paralysie de Benoit a disparu.
Sujet. —Benoît.
Suggestion. — < Vous viendrez me voir dans deux jours à 3 heures. >
Effet. — Le lendemain je rencontre Benoît qui me dit < Vous m^avèz dit de venir vous voirdenjain, n'estce pas? >
Remarque. — C'était la première suggestion à échéance que je donnais à B. qui avait alors été rarement endormi. Lefiûtdu souvenir, à l'état de veille, de la suggestion donnée pendant le sommeil ne s'est plus représenté depuis; il confirme néanmoins une partie des conclusions que le D' Bernheim a formulées ainsi (De la suggestion^ etc., p. 175) :
1* Les impressions produites par le sommeil artificiel ou provoqué sont toujours conscientes au moment où elles sont produites ;
%• Lt conscience de ce* impressions, éteinte au réveil du sommeil provoqué, peut toujours être évoqué par simple affirmation ;
3' Les souvenirs latents de l'état hypnotique peuvent se réveiller spontanément dans certains états de concentration psychique ;
4* L'idée des suggestions à réaliser à longue échéance ne reste pas inconsciente jusqu'au jour dePéchéance; la conscience de l'idée déposée dans le cerveau pendant l*état hypnotique peut se réveiller par moments^ comme les autres souvenirs latents» dans ces mêmes états de concentration psychique.
Sujet. — Benoît.
Suggestion, — < Dans quinze jours, à 5 heures i/2y vous aurez le pouce de la main droite contracture et vous viendrez me le montrer. >
Effet. — L'efifet a eu lieu quinze jours après. B. était à la pèche à plusieurs kilomètres de Blois quand» tout-à-coup à 5 heures 1/2, sa ligne est brusquement secouée et à son grand étonneinent, il constate que c'est par suite de la contracturation brusque de son pouce. Il pensa à venir me demander l'explication de ce fait, mais comme il était trop loin, il remit la chose au lendemain.
Sujet. — Benoit.
Suggestion.*^ t Vous saignerez du nez dix minutes après que je vous aurai réveillé. >
Effet. — Le saignement de nez n'a pas lieu, mais, au bout de dix minutes, la face est fortement congés* tionnée et Benoît demande qu'on ouvre la fenfitre parce qu'il se sent très mal.
Sujet. — Benoît.
Suggestion. -— Je trace sur le paume de la main de Benoît un petit cercle et je lui dis : « Dans quinze
îours le sang suintera dans ce cercle et vous.vièndrez me le montrer. >
Effet. — Le suintement n'a pas lieu et Benoit ne pense pas à venir chez moi le quinzième Jour.
Observations. — M. Foqichon, pharmacien à Charmes^ a appliqué sur l'épaule d'une somnambule huit timbres poste, en lui suggérant qu'on lui appliquait un vésicatoire. Au bout de 3o heures, quatre ou cinq cloches s*étaient dévebppées et, quinze Jours après, le vésicatoire était encore en pleine suppuration.
A Rochefort, M. Bourru, ayant mis en somnambulisme le jeune fimtassin de marine sur lequel il a &it 9e$ expériences relatives à l'action des médicaments à distance, lui ordonna de venir le trouver quelques heures plus tard et de saigner du nez; à Theure dite, le soldat vint, et quelques gouttes de sang suintèrent de la narine gauche.
Le même expérimentateur traça sur les deux avantbras du même sujet le nom de ce jeune homme avec une pointe mousse ; puis il le mit en somnambulisme et lui dit : < A quatre heures, ce soir, tu Rendormiras et tu saigneras au bras sur les lignes que je viens de tracer et ton nom sera écrit sur tes bras en lettres de sang. > A quatre heures, on le voit s'endormir ; au bras gauche, les caractères se dessinent en relief et en rouge vif, et quelques gouttelettes de sang perlent en plusieurs endroits. Troif mois après, les caractères étaient encore visibles, bien qu^ils eussent pâli peu à peu.
Le D^Mabille, directeur des aliénés de Lafond, près La Rochelle, eut plus tard l'occasion d'observer ce jeune soldat, qu'on avait envoyé en traitement chez
lui, et il constata chez lui un accès de somnambulisme spontané où le malade dédoublant pour ainsi dire sa personnalité, se suggère à lui-même des stigmates hémorrhagiques au bras, répétant ainsi le phénomène merveilleux de la fiuneuse auto-suggestioniste stigmatisée Louise Lateau (i).
XYIII Sujet. — Benoît.
Suggestion. — € Un instant après votre réveil vous verrez mon fils Henri (absent), qui vous demandera de vos nouvelles, vous prendra la main et avec son doigt vous fera rider la peau comme cela. »
Effet. — Le sujet voit mon fils, il l'entend, il 1 sent, mais aucune ride ne se produit.
Cette expérience est de 4M, Liégeois (2).
Sujet. — P. N«, de Nancy, jeune homme déjà plusieurs fois hypnotisé.
Suggestion. -^ €^l>hn%VindLTL à pareil jour (c'était le 12 octobre i885), voici ce que vous aurez l'idée de faire : Vous viendrez chez M. Liébeault dans la matinée; vous nous direz que vos yeux ont été si bien depuis un an que vous devez aller le remercier, lui et M. Liégeois. Vous exprimerez votre gratitude à Tun et à l'autre, et vous leur demanderez la permission de les embrasser, ce qu'ils vous accorderont volontiers. — Cela fait, vous verrez entrer dans le cabinet du docteur un chien et un singe savants, l'un portant l'autre; ils se mettront à faire mille gambades et mille grimaces et cela vous amusera beaucoup. Cinq
(i) Berhheim, De la suggestion, p. 78.
(a) ^^jnme de ^hypnotisme, i" nov. 1886.
minutes plus tard tous verrez entrer un bohémien suivi (Pun ours apprivoisé ; cet homme sera heureux de retrouver son chien et son singe qu'il craignait d^avoir perdus. Et, pour divertir la société, il fera danser son ours, un ours gris d'Amérique, de grande taille, mais très doux et qui ne vous fera pas peur. Quand il sera sur le point de partir, vous prierez M, Liégeois de liii donner dix centimes comme aumône et vous les lui remettrez vous-même. >
EfftU — Le 12 octobre 1886, M. Liégeois s*était rendu chez M. Liébeault, avant neuf heures ; à neuf heures et demie, ne voyant rien venir, il était retourné chez lui et supposait que la suggestion faite un an auparavant ne produirait aucun e£fet. Mais le jeune P. N. arriva à 10 h. 10 m. II adressa i M. Liébeault les remerciements dont Tidée lui avait été suggérée et demanda si M. Liégeois ne viendrait pas. Celui-ci, prévenu par un exprès, se hâta de se rendre de nouveau à la clinique du docteur. — A peine est-il arrivé que P. N. se lève et vient lui exprimer les mêmes sentiments de gratitude qu'il avait déjà témoignés à M; Liébeault. Puis Thallucination, jusque-là retardée par l'absence de M. Liégeois, se produit exactement dans l'ordre prévu : N. voit entrer un singe et un chien savants qui se livrent à leurs exercices ordinaires ; il s'en amuse beaucoup ; ces exercices terminés, il voit le chien s'avancer vers lui et faire la quête tenant une sébile dans sa gueule ; il emprunte dix centimes à M. Liégeois et fait le geste de les donner au chien ; enfin, il voit un bohémien qui emmène le singe et le chien. L'ours ne parut pas, et N. ne songea pas à embrasser MM. Liébault et Liégeois.
Remarque. — L'expérience terminée, N. se plaint
— an —
d'être un peu < énervé %. M. Liégeois Pendort du sommeil somnambuUque pour le calmer et le remettre en parfait état. Pendant quHl est ainsi endormi, il lui dit : € Pourquoi avez-vous vu tout-à- l'heure ce singe et ce chien ? — Parce que vous m'en aviez donné la suggestion^ le 12 octobre i885. — Ne vous êtesvous pas trompé d'heure ? je croyais vous avoir indiqué neuf heures du matin. -* Non, Monsieur, c'est vous qui faites erreur ; vous m'avez endormi, non sur le banc où je suis en ce moment, mais sur celui qui est en face ; puis vous m'avez fait aller avec vous dans le jardin et vous m'avez dit de revenir dans un an à pareille heure ; or, il était 10 heures 10 ; je suis arrivé tout à l'heure à 10 heures 10. — Mais pourquoi n'avez-vous vu aucun ours et ne nous avez-vous pas embrassés M. Liébeault et moi ? — Parce que vous ne m'avez dit cela qu'une fois, tandis que le reste de la suggestion avait été dit deux fois. >
Au bout de dix ou quinze minutes^ N. est réveillé ; il est en parfaite santé ; il n'a aucun souvenir de ce qu'il a vu, foit ou dit en vertu de la suggestion de l'année précédente; il a également oublié ce qu'il vient dédire pendant le sommeil somnambuUque.
Auto-suggestion. — Benoît rêve pendant la nuit que j'exécute sur lui des expériences de polarité. II se réveille avec la jambe contracturée ; il se décontracture en touchant, conformément aux lois de la polarité, la jambe de son jeune frère qui couche dans le
même lit.
Illusion de vue à distance. — Benoit étant en somnambulisme, je lui demande à quoi il pense. 11 me
répond que c*est à sa mère, qui en ce moment est à Tours, et dont il est inquiet parce qu*il n'en reçoit pas de nouvelles ; il craint qu'elle ne soit malade. — € Eh bien ! allez la voir à Tours. — Je la vois. — Que fait-elle ? — Elle est couchée ; ma sœur est auprès d'elle. Ah, mon Dieu ! elle est encore plus malade ; mon beau-frère part pour aller chez le pharmacien. — Par quelle rue passe-t-il? — Par la rue X, il prend la rue Y, il entre chez le pharmacien, il présente une ordonnance, on lui donne un flacon. — Qu'y a-t-il dans ce flacon ? — Je ne sais pas ; c'est une poudre blanche. — Pouvcz-vous lire l'ordonnance? — Non. »
La succession si rapide des événements décrits me fit supposer quUl n^ avait nullement vision à distance et je cessai l'expérience. Mais, comme il aurait pu se faire que Benoit eût décrit, comme présents, une série de foits déjà accomplis, je m'informai plus tard de ce qui s'était passé en réalité : la mère n'avait point été malade, Benoit avait vu ses pensées.
Ch. Richet a fait des observations analogues (i). Il affirme, comme Bernheim et comme moi, qu'il n'a jamais trouvé la lucidité chez aucun sujet ; mais ici je fois, pour mon compte, cette réserve que je n'ai jamais magnétisé personne et que je me suis borné à produire l'hypnose par des actions sur le cerveau seul.
Retard des perceptions. -^ Benoît est en somnambulisme les yeux ouverts. Je lui demande s'il peut lire ie titre d'un livre que je mets devant ses yeux ; il me répond que non. J'abaisse alors peu à peu le livre
(0 Vhcmme et VintelUgence^ p. 178.
- ai3 —
en répétant ma question. La réponse est négative jusqu'à ce que le livre soit arrivé près de Faine. Là, il lit.
Une autre fois, dans les mêmes conditions, je lui présente un livre; il ne peut pas en lire le titre ; je porte Tobjet derrière un objet opaque ; il lit.
Ces deux expériences semblent, au premier abords confirmer la vue par l'épigastre ou à travers les corps opaques que l'on produit, dit -on, dans le somnambulisme des magnétiseurs. Il n'en est rien cependant; le phénomène parait être dû ici à un retard de perception ; car si, pendant le transport du livre, on le retourne, le sujet n*en lit pas moins le titre qu'il avait vu primitivement sans le lire.
Cette explication serait du reste confirmée par une note récemment présentée à l'Académie des Sciences par M. Victor Revillout, qui s*est assuré, au moyen d^expériences très nombreuses faites dans les hôpitaux et d'excitations sufiisamment prolongées, que les anesthésies susceptibles de disparaître en quelques instants sous l'influence des aimants, de la suggestion, etc. 9 n'étaient pas des paralysies proprement dites avec disparition complète de la sensibilité, mais une sorte d'obtusion se traduisant par des retards plus ou moins notables dans les sensations provoquées.
Hypéresthésie de la vue* ^ Je donne à Benoît un morceau de carton en lui suggérant que c'est un miroir. Use regarde, arrange ses cheveux et sa cravate. Je place un vrai miroir derrière lui de telle manière que le reflet se porte sur le carton ; il voit le d'arrière de sa tête ; je place mon doigt derrière sa tête contre le miroir, il reconnaît mon doigt ; je place au même
endroit ma montre que je retourne plusieurs fois, il ▼oit tantôt de Tor^ tantôt du blanc (le cadran)^ mais sans pouvoir préciser Tobjet.
Hypérestkésie de la mémoire. — J^ai reporté par suggestion tous mes sujets à l'époque où ils apprenaient à lire à l'école. Tous m^ont donné sans hésiter les noms de leurs maîtres et le nombre des élèves des diverses classes, renseignements qui ont été reconnus exacts par diverses personnes et qu^ila ne pouvaient me donner qu'en partie à Tétat de veille.
Sujet. — Marie.
Suggestion. — Marie avait à finir un ouvrage pressé pour le lendemain ; elle avait déjà veillé fort tard les nuits précédentes, et craignant de se laisser aller au sommeil, elle me prie de lui âter l'envie de dormir ce soir-là. Je l'endors avec la main et lui dis : € Vous n'aurez pas sommeil cette nuit. >
Effet. — La suggestion s'accomplit beaucoup trop littéralement ; car, son travail fini, Marie se coucha et ne put s'endormir avant le matin.
Un autre jour, dans les mêmes circonstances^ elle me fit la même prière ; j*eus soin de lui enjoindre de n'avoir pas sommeil tant qu^elle travaillerait; ce qui eut lieu. Elle s'endormit dès qu'elle fut au lit.
Sujet. — Benott.
Suggestion. — < Dans cinq jours, vous irez à 5 heures 1/2 chez M. I. et vous lui donnerez un coup de poi.ig. »
JEffef* -^ Cinq jours après, B. sort de son bureau à l'heure ordinaire (5 heures) ; il avait une commission
" ai5 —
à faire chez M. A. qui loge dans un quartier de la ville très éloigné de celui où demeure M. I. Il se dirige du côté de la maison de M. A. ; mais^ arrivé presqu'à la porte (il était près de 5 heures 1/2)» il lui vient ridée d'aller chez M. I. Il se raisonne ; il se dit qu'il ira après avoir fait sa commission qui est pressée et qu'il n^aura pas le temps de revenir avant son dîner. Vains efforts. La curiosité remporte ; il faut qu'il aille voir pourquoi il a envie d'aller chez M. I. Il y va. M. L Tattendait sur le seuih Ce n^est qu'en le voyant que l'idée vient à Benoît de lui donner un coup de poing ; il hésite encore quelques instapts, puis il le lui donne en lui disant : < Je vous prie de m'excuser, mais c'est plus fort que moi ; j'ai une envie, il faut que je me la passe. Cest probablement une suggestion que m^a donnée M* de Rochas. »
Remarques. -— De ce fait on peut tirer plusieurs remarques.
lo J'avais donné exprès à Benoît une suggestion qui devait le forcer à faire un long trajet avant de l'ac* comptir entièrement pour lui permettre de réfléchir à l'absurdité de l'acte qu'il allait commettre. On voit que la suggestion ne s'est présentée à son esprit que par portions successives dans Tordre oti je les avais énoncées. Un individu qui voudrait foire commettre un crime par suggestion pourrait donc formuler .cette suggestion de telle sorte que l'esprit du suje^ fût amené graduellement à admettre comme naturel e' nécessaire un acte qui, dans son état normal; Un eût paru odieux.
2^ Le coup de poing s'est transformé en uoé poussée anodine parce que j'avais affaire à un jeutne; homme très doux et ami de M« I.; j'aurais pu faciileqiient faire
donner un coup de couteau si j'avais agi sur une nature brutale et ayant des raisons vraies ou imaginaires d'en vouloir à M. I.
3* Benoit à qui je n*ai donné en plusieurs mois que les trois suggestions à échéance ici rapportées^ pour éviter de troubler son esprit, et que j'avais du reste prévenu, cette fois-là, de ne point s'étonner s*il lui arrivait quelque chose d'extraordinaire dans la huitaine, parce que je faisais sur lui une expérience, n^a pas hésité à m'accuser; mais j'aurais pu non seulement ne point le prévenir, mais encore lui donner la suggestion de ne point penser à moi en cette circonstance et de nier que j'eusse jamais cherché à Thypnotiser, si on le lui demandait.
Cette expérience est racontée par le D^ Gilles de la Tourette(i).
En juin i88^, nous nous réunissions, avec nos collègues de U Stlpétrière, dans le laboratoire de notre maître M. le professeur Charcot. W..., grande hystérique très facilement hypnotisabje et suggestible» fut priée de s'y rendre. • A' peine a-t-elle franchi la porte que nous la fixons en catalepsie au moyen d*un coup de gong frappé auprès d'elle. Dès lors elle nous appartient. Nous la mettons en somnambulisme par la friction sur le vertez, car elle n'e^t pas suggestible en caulepsie.
La conversation s*engage: • Ou étes-vous, maintenant? — Mais, dans le laboratoire; en voilà une question! — Très bien, mais nous nous transportons ailleurs ; nous voici au bois de Boulogne, sous une tonnelle; nous sommes en partie de plaisir; I fait bon, ici, il fait frais, asseyons-nous. » Elle s'assied, se .^juit à la vue des arbres, boit un verre d'eau, que nous lui disons être un verre de sirop, etc. c Vous êtes bien aimable, nous d\ t elle, de m*avoir amenée ici ; je commençais à m'ennuyer à la 3alpétrière; je vais passer une excellente journée. 7-
(i) VhypnOi*isme et les , états analogues au point de vue médico-légal — Paris, 1887, p. i3i.
— ai7 —
Entendu; nous dtnerons à U campagne: mais vous allez me faire une promesse. — Laquelle? — Quand vous serez réveillée... — Mais je ne dors pas. — Je le sais bien ; mais là n*est pas ta question: admettons que vous dormiez. Quand, donc, vous serez réveillée, vous empoisonnerez M. G. •• — Taisez-vous ; si Ton vous entendait. — > Il n*y a aucune crainte à avoir ; nous sommes ici parfaitement seuls. (Cette simple affirmation suffit pour qu'elle n'entende plus, ne voie plus aucune des personnes présentes à cette scène). — Mais, pourquoi voulez-vous que j'empoisonne M. G...? Il ne m'a rien fait; c'est un très aimable garçon. — Je veux que vous l'empoisonniez. — Je ne l'cmpoi* sonnerai pas. Après tout, je ne suis pas une criminelle. »
Désireux que la suggestion s'accomplisse sans entrave», nous lui disons alors : • Cependant, vous savez bien que c'est lui qui est cause de votre brouille avec Madame R... (pour laquelle elle a une vive affection). — Allons doncl — Je vousTaffirme. »
Sa volonté faiblit de plus en plus, et elle nous déclare qu'elle est prête à exécuter notre ordres « Je n'ai pas de poison, ditelle ; si je lui donnais un coup de couteau ou si je lui tirais un coup de pistolet i i Comme nous savons qu'elle s'endort au coup de pistolet, et comme nous sommes désireux de mettre en jeu toute la spontanéité dont elle est capable, nous lui disons : • Le pistolet fait trop de bruit; nous sommes maintenant de retour au laboratoire de la Salpétrière; n'en soyez pas fftchée; nous irons ensuite dîner à la campagne; voici un verre; j'y verse de la bière (fictive) ; j*y ajoute le poison : il s'agit maintenant de le foire absorber à M. G..., lorsque vous serez réveillée. En tous cas, et quoi qu'il arrive, vous ne vous souviendrez nullement, si Ton vous interroge, que c'est moi qui vous ai engagée à empoisonner M. G..., même si on vous interrogeait en vous endormant à nouveau. — Bien Monsieur. •
Nous la réveillons par un léger souffle sous les yeux, et alors se déroule la scène suivante, du plus haut tragique, telle ^ que notre cher mattre M. Jules Claretie, qui y assisuit, écrivailt, pièces en main, son Jean Montas^ nous dit n'en avoir jamais vue de mieux jouée au théâtre.
Nous sommes sept ou huit dans le laboratoire, tous bien connus de W... A peine réveillée, elle, va de Tun à Ttutre suivant ses sympathies, cause, dit un mot à chacun, SC| rapp^iu au souvenir de Claretie, qu'elle a déjà vu au Concert dv» folles, le prie de remercier encore Madame Claretie, qui, ce soir-là, eut la gracieuseté de lui donner son bouquet. Elle s'intéresse à une expérience de photographie médicale en cours d'exécution, et rien ne peut fiiire soupçonner les pensées qui l'ai^itent. Les
tMisttntt se regardent même avec une certaine inquiétude ; la auggestion réuaaira-t-elle, le aujet ayant paru, d'ailleura, on ae le rappelle, lu! oppoaer quelque réaiaunce ?
Cependant W... n'oublie rien, et noua la voyona ae diriger, de Pair le plus dégagé du monde, vera M. G... f Mon Dieul qu'il fait chaud ici, lui dit-elle; voua n*avez paa soif, voua i moi, j'en meura, je auia aûre que voua devez avoir aoif. Monaieur L..., n'avez-voua paa encore quelquea bouteillea de bière? offireznoua en donc une, a*il voua plaît f — Inutile, dit G.,., je voua aaaure, Mademoiaelle, que je n'ai paa aoif. — Par cette chaleur, c'eat impossible, voua ne pouvez refuser; d'ailleura, M. L... noua offrait de la bière il n'y a qu'un instant, et, tenez, voici un verre qui en eat encore rempli (dit-elle en aaiaiaaant celui ou fictivement noua aviona veraé du poison) ; acceptez-le, je vous prie, de ma main, et buvez. — Merci, je n'ai pas soif; toutefois, je veux bien le prendre, maia paa aana un baiaer. • Ici, W. • . a un mouvement de révolte ; elle eat obligée de sourire à celui qu'elle doit empoisonner; elle ne peut lui refuser un baiaer; elle sacrifierait tout pour accomplir l'ordre fiital. Nous restons convaincus qu'elle se livrerait tout entière ai l'accompliaaement de la auggestion acceptée était de ce prix. « Vous êtes exigeant, dit-elle, maia enfin.. • (il l'embrasae). Buvez maintenant. Craignez-voua donc que cette bière ne renferme quelque choae de nuisible? Voyez, j'en bois moi-même (elle fait le simulacre de boire, ae gardant bien d'avaler une gorgés du liquide). Voua m'avez embraaaée; j'ai bu dana votre verre: nous sommes quittée, a
G... boit alora lentement, aana ceaaer de regarder fixement W..., dont la figure a pAli aingulièrement. U a fini de boire, et ne tombe paa morti L*ordre ne s*accomplirait donc paa jusqu'au bout? Que faire? Nous pressentons une attaque. Maia G... ferme lea yeux et roule sur le plancher, c Ça y eat » dit W. .. d'une façon preaque imperceptible.
Noua noua empreasons auprèa de G..., que l'on emporte rapiderient dana une pièce voisine; puis nous rentrons. W... est visiblement agitée. « Quel malheur! disent les aaaiatanta; pauv«^ garçon, il est mort« si jeune, etc.; il aura bu trop frais, une • ncope..., on ne sait paa... • • Mais, dit Tun de noua, a'il y av»:.. tu du poiaon dana le verrez G... a dea ennemis; qui sait? Qu'en penaez-voua, Mademoiaelle W...? — Moi, rien. • c D'ailleurs, Messieurs, disons-nous, voici justement M. F...(i)f
(i) Fortuitement, en effet, rentrait une personne que W... n'avait jamais vue«
le juge d'instruction; il est de nos amis; nous allons le charger d'élucider cette affaire. Que personne ne sorte! >
M. P... interroge plusieurs personnes; on écrit leurs dépositions, puis vient le tour de W... t Mademoiselle, vous n'êtes certainement pour rien dans cette malheureuse affaire; mais n'avez-vous aucun soupçon i Ne croyez- vous pas, par exemple, qu'il y ait eu du poison dans ce verre .< — Je puis vous affirmer. Monsieur, répond-elle, qu'il n'y en avait pas, et la preuve, la voici: M. G..., m'avait embrassée; j'ai pris la liberté de boire dans son verre, et vous voyez que je n'en suis nullement incommodée. I
Elle avait ainsi, d'elle-même, inventé une contre épreuve qui, comme on le voit, ne manquait pas de valeur. Il fut, en outre, impossible de lui arracher le moindre aveu, et, lorsqu'on lui demanda si elle soupçonnait quels pouvaient être les auteurs du crime présumé, elle répondit avec la même netteté qu'elle ignorait tout à fait, non seulement qu'il y avait eu crime, mais encore quels en étaient les instigateurs, si tant est qu'il en existât. Toutefois, elle était fort surexcitée, et, dans la crainte où nous étions que la pièce ne se terminât par une crise d'hystérie, nous jugeâmes à propos d'endormir W..., immédiatement, i l'aide d'un coup de tam-tam. Il nous fut dès lors facile de lui suggérer que cette scène, dont elle se souvenait parfaitement encore dans un nouveau somnambulisme, n'avait jamais existé, et de lui rendre, au réveil, le calme dont elle jouissait avant la première hypnotisation.
Je trouve Benoît endormi naturellettîent sur • la table, la tête sur ses deux bras croisés. Je lui parle; il ne m'entend^pas ; je suppose qu'il. est dans la pHase^ léthargique du sommeil et; par l'application de la mahii en hétéronome^ je le ramène à la phase somnambfilique. Je lui parle, il m*entend. Je lui dis avec énergie, de manière à lui donner: (iœ suggestion aussi forte que possible*. < Dans huit jours, voas me volere^ç ïencrier à ressort qui est sur ma fable. » Il répond oui sans protestation.
Huit jours après, il vient chez moi, ainsi que je l'en avais prié à son réveil. Au bout d'une heure en-
viron, je Tamène près de la table où était Tencrier ; il le regarde quelque temps à la dérobée, puis le prend, le tourne entre ses doigts tout en causant de choses et d^autres ; tout à coup, je le vois se frictionner vivement la tête d'une main, pendant que Tautre main tenant l'encrier se dirigeait vers la poche de sa redingote ; puis, tout ému, la figure rouge et la parole tremblante, il retire cette main, pose l'encrier sur la table et s^écrie : < Enfin I je croyais que je ne pourrais pas en venir à bout. » — Il me raconte alors que, depuis son arrivée, il convoite de l'œil cet encrier, se disant qu'il serait bien commode pour lui, et résistant à Tenvie de le prendre, et de le prendre sans qu'on le vit ; que lorsqu'il avait été à portée il avait voulu au moins le regarder de plus près, et que, dès qu'il Peut dans la main, cette main se dirigea vers sa poche par un mouvement involontaire. Effrayé de la faute qu'il allait commettre, il se hâta de se frotter le crâne pour faire partir la suggestion (i), sUl y en avait une. Il ne put y arriver qu'avec beaucoup de peine.
Observations. — On voit ici encore apparaître l'inil\*ence de la nature du sujet. Benoît résiste à une tentation ; il peut y succomber si elle est trop forte, v:ai5 il cherche auparavant tous les moyens de s'y soustraire. J'ai fait une expérience analogue avec un auttc sujet qui n'a pas hésité à s'emparer d'un essuieplume, après avoir pris toutes les précautions pour qu^on nfi le vît pas et qui a nié le vol après l'avoir commis.
T; (de l'asile de Saint- Robert), était particulièrement l'emarquable dans ses ruses pour accomplir les [ >
(x) Vojtz la première partie du | S de ce chapitre.
suggestions. Je lui dis, dans le sommeil^ de faire un pied de nez à M"^ P^ qu'il connaissait et respectait beaucoup. Au réveil, il fait de grands gestes comme pour chasser des mouches et se dégourdir les bras et, chaque fois que ses mainspassent devant son nez, il esquisse rapidement les mouvements typiques, avec une figure indiâérente. Je lui fais observer qu'il a Tair de fiaire un pied de nez à M"^ P. il proteste avec indignation et trouve des explications à tous ses mouvements.
Sujet. — Benoit.
Suggestion. — - < A partir de demain jeudi, vous viendrez pendant trois jours ici, à 5 heures 1/2 ; quand vous entrerez dans ma chambre vous croirez être mon fils Henri et vous ne redeviendrez Benoît qu'en sortant de ma chambre. >
Effet. — Le jeudi à 5 heures 1/2, Benoît arrive ; il entre dans la maison sans sonner, contrairement à ses habitudes, monte rapidement Tescalier, entre dans ma chambre et va s^asseoir devant la table de mon fils Henri, absent depuis trois mois, en disant : < Je viens de (aire une bonne promenade, > (ce qui est inexact, car il sort de son bureau.) ^ Avec qui étais-tu? — Avec M. (un ami de mon fils qu'il connaît à peine) ; il m'a prêté ce livre (un livre qu'il tient à la main). — As-tu rencontré Benoit ? — Non, voilà bien trois mois que je ne l'ai vu. — Il est probablement absent ; aussi je vais tenter sur toi de nouvelles expériences qu'bn m'a indiquées. — Mais tu ne réussiras pas, p^^» tu sais bien que tu m^as essayé déjà et que je suis 'insensible. — Essayons toujours, donne-moi ta ma.'in ? >
Je le contracture et le décontr^cture, è son grand
étonoement, par des contacts en isonome et en hété* ronome* Je le pince, je le pique; je constate qu'il est insensible.
Je lui lis le récit des diverses expériences que j'ai faites, sur Benoît, en le priant de rectifier les erreurs s'il s'aperçoit que je me suis trompé dans la rédaction. Il a perdu complètement le souvenir de quelques-unes et regrette de ne point y avoir assisté ; il en trouve de très curieuses : < Ce Benoît, dit-il, est décidément un sujet merveilleux. > Pour d'autres, il se souvient soit de les avoir vues^ soit d*avoir entendu Benoît nous (aire part de ses impressions.
Je l'endors par l'imposition de la main droite et lui demande son nom ; il me répond : Benoit ; je le réveille, il est redevenu Henri ; j'essaie de détruire la suggestion en plaçant ma main en bétéronome sur la tête (i), mais en vain.
Je le prie d'écrire une phrase quelconque ; il écrit la phrase n» i de la pi. xiv et je vois avec ëtonnement que son écriture a le même caractère que celle de mon fils, comme on peut le constater par le n« 2 de la même ph^nche qui reproduit la même phrase. Il faut remairquer, d'une part, qu'il n*a jamais vu, je crois, récriture de mon fils et que s'il l'avait vue, ce serait, il 7 a longtemps et tout-â-fiiit par hasard ; d autre part, son écriture naturelle à lui, dont la fig. 3 de la pi. VI montre le fac-similé^ est notablement différente.
J 'essaies i lors de lui donner diverses personnalités, mais simpbment par persuasion et sans suggestion brusque; ahsr je lui dis : < Figure toi que tu es un
(i) Voir la fremière partie du | 5 de ce chapitre.
peintre, très épris de tout ce qui est beau, très amoureux de la forme; tu y es, n^est-ce pas ? > Son œil s'illumine, il se redresse : < Oui parfaitement. — Eh bien ! écris cette phrase : Ce qu'il y a de plus beau au monde, c'est la ligne. » Et il écrit la phrase (pi xiv, fig. 3), en ayant soin de prolonger la 2« ligne par un trait jusqu'au bout dç la première. J'agis d'une façon analogue pour lui donner les sentiments d'un bon prêtre^ bien simple et bien croyant (pi. xiv, fig. 4), d'un joyeux viveur (pi. xiv, fig. 5), d'un calomniateur hypocrite (pi. XIV, fig. 6), d'un entêté (pi. xrv, fig. 7), d'un homme dégoûté de l'existence (pi. xrv, fig. 8). A propos de cette dernière transformation, je lui fais observer qu'il a commis une faute d'orthographe ; il me répond avec un geste découragé : i Ah I ça m'est bien égal »
Je laisse aux graphologues le soin d'étudier si ces diverses écritures correspondent bien aux caractères suggérés ; on trouvera du reste^ dans la partie A) du § 5 des spécimens encore plus caractérisés obtenus par des suggestions plus intenses.
Nous passons dans une pièce voisine où ma famille est réunie et, contrairement à la lettre de la suggestion, sa personnalité nouvelle persiste. Il s'assied près du feu, cause avec sa maman ^ avec sa sœur, avec son petit frère Louis en les tutoyant comme le fait mon fils; s'apercevant que je suis debout, il se lève et m'offirant son siège < Je te demande pardon, papa. >
Je le prie de m'accompagner dans une course ; il pense à son livre et va pour le fermer dans la bibliothèque, de peur que son frère Charles^ qui est très étourdi, ne le lui égare. Comme il pleut, je lui offre un parapluie.
Dès que nous avons franchi le seuil de la maison, il reprend son individualité et m'appelle < Mon commandant > ; il a passé sa journée au bureau et ce n'est plus M; mais M^^ X. qui lui a prêté ce livre.
Le vendredi à 5 heures 1(39 Benoit entre sans sonner, comme la veille, se rend directement à ma chambre, s'assied devant la table de mon fils et se met à lire. Je n'étais point encore rentré; un de mes enfants qui l'a entendu venir s'approche de lui et entame la conversation. Il trouve qu'il foit froid (la température étant cependant très douce) ; on l'invite à venir se chauffer dans une chambre voisine oti l'on allume du feu ; il parle aux uns et aux autres sans embarras.
J'arrive et je lui demande ce qu'il a fait du parapluie qu'il a emporté la veille ; il se souvient bien qu'il Ta pris, mais il a complètement oublié ce qu'il a pu en faire* Je le prie de me donner l'emploi de sa journée et de me dire oti en sont ses études ; il parait embarrassé, cherche et finit par me répondre qu'il a la tête lourde, qu'il ne se rappelle rien ; j'insiste et ne peux rien obtenir pour le temps qui s'est écoulé depuis son départ la veille. Il s'inquiète de cet état qui ne lui est pas habituel ; je le rassure en mettant la chose sur le compte de la migraine. Je fais sur lui quelques expériences de localisation cérébrale (1) qui donnent les mêmes résultats que d'ordinaire.
Je lui propose de sortir avec moi ; il reprend son individualité dès qu'il a franchi le seuil ; il m'apprend qu'il a laissé mon parapluie chez lui et qu'il me le rapportera le lendemain.
(i) Voir chapitrt VIIH 3,
Le samedi, à 5 heures i|2, je vois par la fenêtre Benott arriver en courant, tête nue ; je vais à sa rencontre et je le trouve dans le vestibule, arrêté devant le porte-manteau, cherchant ce qu'il a pu faire de son chapeau ; il s'est aperçu, en voulant Taccrochcr, qu*il ne Tavait pas. Je le rassure, et lui affirme en riant que je saurai bien Id retrouver. Quelques instants après, je le conduis dans le jardin qui précède la maison et je lui demande ce qu'il a fait de son chapeau ; il me raconte que son chef ne voulait pas le laisser aller, qu'on lui avait caché son chapeau pour le retenir, mais qu'il lui semblait que j'avais besoin de lui, qu'il était parti malgré tout, et qu'il avait traversé la ville en courant pour n'être point en retard (i). Nous rentrons et aussitôt il se met à chercher ce que diable il a bien pu faire de son chapeau. Je lui répète de ne pas 8*inquiéter, que je vais l'envoyer prendre.
Nous montons dans ma chambre ; je lui montre les diverses phrases qu'il a écrites la veille ; il ne se souvient pas de ces changements de personnalité et s'étonne de nouveau d'être devenu aussi sensible que Benoit. J'essaie sur lui les diverses actions de la force neurique rayonnante qui réussissent comtr.j d'habitude (2).
(i) Son chef m*a appris^ le lendemain, qu*en voyant Benott si pressé de partir quoiqu'il n'eût pas terminé un travail dont il était charge, il 8*était douté d'une suggestion et qu'il avait employé tous les moyens possibles pour le retenir. U lui avait demandé si je lui avais dit de venir; Benott répondit que non, mais qu'il était persuadé que je l'attendais. A mesure qu'on le raisonnait et que le temps s'écoulait, on le voyait s'agiter sur sa chaise; son visage change:iit, ses yeux &'eialtaient; entin, vers 5 h. 20, il ne put plus tenir en place et s'élança brusque^ ment au dehors.
(2) Voir chapitre IX § i .
Je constate qu'il est insensible aui pincemenu et aux piqûres d'épingle, mais qu'il perçoit les impressions d'un corpi froid ou d'un corps chaud.
Comme la veille, il a besoin de se chauffer ; je le mène auprès de ma fomille avec laquelle il cause pendant une heure, le plus naturellement du monde*
J'essaie de nouveau, en plaçant ma main sur sa tête en hétéronome, de détruire la suggestion ; le seul résultat que j'obtiens, c'est de le foire penser à Benoit* Je fais passer un courant voltalque décontracturant par l'occiput (i), la pensée de Benoit revient plus intense : il a rencontré Benoit dans la journée, il lui a parlé, le lui dis que j'espérais obtenir ainsi un changement de personnalité et lui faire croire qu'il était ^noit : Ohl cela ne va pas jusque là, me répond* il è|i riant (2).
Nous allons dîner ; c'était la première bis qu'il venait à ma table, Il s'assied sans embarras à ma droite; je lui fois observer que ce n'est point sa place ordinaire : € C'est vrai, quelle distraction ! » Pendant tout le repas, il mange de bon appétit, cause avec les différents convives, donne des ordres au domestique, juge de la bonté des mets quand je le pousse sur ce chapitre*
A la fin du repas, je l'endors par un brusque commandement et lui dis : < Vous n'êtes plus Henri, vous êtes Benoit; vous vous rappellerez que vous venez de
(1) Voir chap. IX, | a.
(2) J'avais opéré avec un seul élément de la force à peu près d*un volt; quelques jours après, je donnai de nouveau a Benoît, en état somnambulique, la sumestion d*étre Henri au réveil. J'avais alors une pile de deux éléments, je fis passer le courant de droite à gauche sur la nuque, le sujet ayant la tête tournée au midi ; j'évoquai «''abord ainsi l'idée de Benoft puis, au bout de quelques instants, .\i suggestion fut complètement détruite.
dîner ici. » Je le réveille aussi par commandement. Il secoue la tête, écarquille les yeux ; il a l'air confus et se lève timidement pour prendre congé en me re« merciant.
Je constate que la sensibilité cutanée est revenue.
Remarque. — Je n'ai point laissé continuer l'expérience jusqu'au dimanche pour voir si Benoît continuerait à venir à 5 heures 1/2. La suggestion paraissait devenir de plus en plus intense à mesure qu'elle se prolongeait et je craignais une nouvelle course sans chapeau à travers la ville.
Mon but était du reste atteint. J'avais reproduit airtificiellement ce dédoublement de la personnalité donv on connaît un certain nombre de cas spontanés (i) ; j'avais en outre vérifié, une fois de plus, que le sujet, agissant sous l'influence d'une suggestion, présentait l'-rnsensibilité cutanée, comme si une partie de sa sensibilité était absorbée par l'accomplissement de Tidée fixe qui hante son cerveau. Cette observation, que j*ai déjà faite dans diverses circonstances, pourrait servir, si on en démontrait la généralité, à déterminer le degré de responsabilité des personnes que Ton suppose n'avoir pas conservé leur libre arbitre.
- Double personnalité simultanée ^ — M. Pierre Janet a publié récemment (2) le résultat de ses observations et de ses expériences sur une jeune femme qui présentait, à la fois, deux personnalités : la première parlait et agissait suivant tes habitudes nor-
(1) Voir le chap. VHI de V Hypnotisme^ par Gilles dr la. TouRETTB. (Paris, 1886.)
(2) Les actes inconscients et le dédouMement de la personnalité. (Revue philos., déc. 1886.)
maies du sujet, tandis que la seconde écrivait en accomplissant, à l'insu de l'autre, une série d'opérations mentales différentes suggérées pendant le sommeil hypnotique.
J'ai essayé de reproduire ces phénomènes sur deux sujets très sensibles et possédant des propriétés difféentes. Voici ce que j'ai obtenu :
J'ai donné à Benoît endormi la suggestion de résoudre au réveil, par écrit et sans s*en apercevoir, un pibblème d'arithmétique. Il Ta résolu, mais en interrompant de temps à autre sa conversation pour suivre ses «calculs et en s*excusant de ces distractions par ce préttsxte qu'il était très préoccupé de se rendre compte de quelque chose.
J'ai .suggéré à Marie, également pendant le sommeil, de me donner, cinq minutes après le réveil, une communication écrite de M^W. sur un sujet déterminé. Je rappelle que Marie est somnambule lucide, médium écrivain, er que M' V. est son interlocuteur habituel dans le monde des esprits. — Rien ne s'était produit^ j'ai rendormi Marie et lui ai demandé si elle n'avait pas compris mpn ordre. < Si. — Pourquoi alors ne Tavez-vous pas exécuté ? — Il m'en a empêché. — Qui? — M'V. »
S 4. — L'Étot oatalepttque*
Par suite de l'inertie qui constitue la caractéristique de l'état de catalepsie, les membres du sujet, bien que présentant la plus grande souplesse, conservent très longtemps l'attitude qu'on leur donne, quelque pénible
qu'elle soit en apparence. Bien plus, le musclé proportionne le degré de sa contraction à la résistance qu*il doit vaincre, comme on peut s'en assurer soit en mettant le bras en extension et en chargeant la main d'un poids assez considérable, soit en faisant reposer sur deux chaises, par la tête et par les pieds, le corps du sujet qui se maintient dans cette position' aussi raide qu'une verge de fer (i).
De même lorsqu'on imprime à un membre un mouvement rythmique quelconque, comme celui d^cnvoyer des baisers ou de balancer le bras, le mouvement se continue automatiquement jusqu'à ce que I/hypnotisé se réveille.
Si l'attitude donnée à un membre correspond à un état moral bien détermriné, telle que la colère, le défi, Tefiroi, la prière, l'extase, l'amour, l'huroilité, la tristesse, etc., le mouvement du membre provoque dans les autres parties du corps, et spécialement sur les muscles de la face, d'autres mouvements destinés à compléter l'expression du mouvement dont il s*agit.
L'eflTet inverse se produit, mais plus difficilement en développant sur la face, par des contractures de polarité, le masque de Thorreur, par exemple ; on voit alors les membres prendre peu à peu l'attitude qui convient à cet état de l'esprit et Tattitùde se maintient ainsi jusqu'à ce qu'on vienne la changer.
Si maintenant,, au lieu d'agir sur le corps du sujet, nous agissons sur son esprit, nous provoquerons des phénomènes tout à fait analogues. Mais, pour pouvoir agir sur l'esprit du sujet, il faut pouvoir se mettre en communication avec lui par l'intermédiaire des sens ;
(i) Tous lès phénomènes indiqués id ont été vérifiés par moi, sauf indication contraire, sur les six sujets précités.
of , dans la première nuance de l'état cataleptique^ les sens spéciaux sont complètement anesthésiés ; on leur rend une partie de leur activité en fiaisant, par exemple, osciller devant les yeux du sujet un doigt jusqu'à ce qu'oa voie ses yeux suivre le mouvement ; si le sujet était ^n catalepsie les yeux fermés, il faudrait agir par commandement énergique.
N*ayant plus aucune idée qui lui soit propre, il suffit d'en insinuer une dans son cerveau, pour qu'il la ^ fasse sienne et Taccuse à Textérieur avec toute rénWgie de son organisme concentrée sur une seule fonction.
Présenter: brusquement devant ses yeux un objet quelconque,^ son regard s'y attachera et il n*aura plus d'autre préoccupation que de ne point la perdre de vue(i). Si voiks opérez ïbl prise du regard avec Tcxtrémité des doigts de votre main réunis en cône, vous pourrez, en dirigeant cette main vers un point déterminé et en la retirant ensuite rapidement, fixer le regard du sujet sur ce nouveau point; ce point peut même être imaginaire et déterminé pour lui simplement par la direction que voufs avez donnée à votre mouvement.
Si l'objet qui a pris le regard est, par exemple, un morceau de papier que vous déchirez et dont vous jetez les morceaux à terre, il s*y précipitera à leur suite et son regard passera indéfiniment de l'un à Pautre sans pouvoir se fixer sur aucun. Vous arriverez cependant à vous foire entendre de lui par un commande- Ci) C'est par ce procédé que Donato saisit ses sujets; il ^ place yis-à-vis d'eux et un peu de côté de manière que sa drpite soit en conjonction isonome avec leur droite ; puis, p^r un mouvement brusque, il plonge son œil droit dans leur {endroit, et il obtient ainsi sur la partie droite seulement du sujet un commencement d'état cataleptique.
— Ijl -
ment ferme et presque toujours il tous indiquera immédiatement et exactement le nombre des fragments si tous le lui demandez.
Quand le sujet est dans la seconde nuance de Tétat cataleptique, on peut lui donner des suggestions. Mais au lieu de les développer avec toutes leurs cons<5quences comme dans l'état somnambulique, il les conservera telles qu'il les a reçues ; ainsi en lui mettant entre les mains un objet dont il connaisse Tusage, comme une brosse, il fera le geste de brosser et continuera automatiquement ; si je lui dis qu'il a un oiseau dans la main, il le caressera, mais toujours de la même façon.
S'il est sensible à la musique, l'audition d'un morceau éveillé successivement en lui une série d'émotions qui se trahissent par des gestes, et il suffit d'arrêter brusquement Texécution pour fixer la pose que l'on désire. Certains airs provoquent les attitudes caractéristiques des passions que le musicien a voulu exprimer, tandis que d'autres, ceux dont l'expression est purement harmonique ou décorative^ suivant l'heureuse expression de M. Lechalas(i), amènent uniformément l'extase, ainsi que le montre la figure D, représentant Benoît d'aprôs une photographie.
La fig. A ^t donnée avec le même sujet, par la Marseillaise; la figure B par l'air de la Fovortïe, < Un ange, un femme inconnue > ; les figures C et D, par deux passages différents du < Miserere > du TVovatore (2).
(i) Sur le mode d'action de la musique, (Revue philos., 1884.)
[%) Ces différents airs étaient exécutés sur le piano, et, sauf pour la MarseiHaise, le sujet ne connaissait ni les paroles ni la
Si Ton exécute devant le sujet une série d'actes, on le verra les reproduire exactement, quelle qu'en soit la
Fig. A.
nature; il rira, il pleurera comme il le voit faire; il répétera les paroles, les chants qu'il entend, aussi exactement que le lui permettent ses facultés.
Qu'on lui affirme qu'il est triste o i en colère, fier ou humilie'; son visage exprimera immédiatement ces émotions et restera, en quelque sorte, figé dans cet état.
scène auxquelles ils se rapportaient. Il y a donc eu ici interprétation physiologique de la musique.
Les figures E, F, G et H, correspondent aux phrases suivantes :
Fig. B.
E)^Vou$ êtes dans une charmante forêt.
F) Voyesi ^^' animal bigarre qui arrive là-bas.
G) Il se dirige vers nous^ cest effrayant.
H) Cest un énorme crapaud.
On peut voir, dans les photographies qui ont servi au graveur, le point brillant nettement marqué dans chaque œil, ce qui montre Timmobilité absolue du sujet une fois qu*il a eu mis ses traits en harmonie avec sa pensée.
Tous les phénomènes que nous avons décrits peuvent se reproduire d'un seul côté du sujet
Fig. C.
en agissant sur un seul hémisphère du cerveau ; on peut même provoquer des sentiments différents à droite et à gauche.
Ainsi M. Bérillon (i) rapporte qu'en donnant au bras droit le geste du commandement et au bras gauche celui de l'adieu, < le visage, du côté droit, prend l'expression d'une personne qui donne un ordre im-
(i) Comptes-rendus de la Société de Biologie, 1882
périeux; et le visage, du côté gauche, prend l'expression d'une personne qui sourit. >
^Vr^l
Fig. D.
Il a obtenu également une double expression simultanée en faisant décrire simultanément par deux opérateurs différents une scène champêtre à l'une des oreilles du sujet et une scène d'horreur à Tautre.
J^ai essayé de reproduire ces derniers phénomènes, mais je n'ai pu obtenir que des alternatives très rapides d'expressions différentes sur la Hgure entière.
L'expérience la plus frappante a été faite par MM. Dumontpallier et Bérillon :
< On fixe dans le plan vertical médian de la figure du sujet en expérience un écran disposé de telle façon que chacun de ses yeux ne puisse voir que les objets situés du côté correspondant à l'écran.
€ Un des assistants place alors son visage dans le champ visuel de Toeil droit du sujet ; un autre en fait autant dans le champ visuel de Toeil gauche.
€ L'expérimentateur, par un geste, simule alors une difformité ridicule sur le visage placé du côté droit et une difformité repoussante sur le visage placé du côté gauche.
< Aussitôt et simultanément la face de la malade exprime à droite l'expression de la gaieté la plus franche, tandis qu'à gauche elle revêt l'expression de l'horreur la plus profonde.
< Cette double expression est des plus saisissantes. Elle persiste assez longtemps pour qu'on puisse la photographier à loisir ; d ailleurs, pour la faire disparaître, il suffit de faire le geste d'effacer les difformités simulées sur chacun des visages placés de chaque côté de récran. >
Braid qui, le premier, a fait entrer dans la science officielle la connaissance de ces phénomènes, pensait que les attitudes cataleptiques diverses avaient été utilisées, à cause du long temps pendant lequel elles peuvent se maintenir, par les anciens peintres ou sculpteurs pour la confection de leurs chefs d^œuvre.
n n^ett pas douteux, m'a-t-on dit, que les bacchantes qui n'avaient pas conscience des blessures {Non sentit vulnera Mœnas, « Ovidb) et dont l'état éuit une stupeur différente du sommeil naturel (Exsomnis stupet œvias, — Horacb) ne fussent sous l'influence du sommeil nerveux : de là leur propension à la danse sousfefifet de la musique. De simples servantes sans éducation, sous l'influence de cet état nerveux, se meuvent avec la grftce et
le cachet particulier qui distinguent les danseuses de ballet les plus habiles. Il y a donc lieu de croire que non-seulement cette grâce parfeitc d*attitude dans la sculpture et la peinture anciennes procédait de rimitation des bacchantes et d'autres danseuses mystiques, mais encore, que les mouvements habituels aux danseuses de ballet de nos jours leur ont été transmis de ritalie par reproduction des danses usitées dans les mjrstèrcs grecs. Personne ne peut voir les filles de basse condition subir rinfiuence de la musique pendant le sommeil nerveux, sans reconnaître qu'à Tétat de veille elles seraient incapables de se mouvoir avec Télégance qui les CHractérise pendant l'hypnotisme. Une telle faculté a sa source probable dans l'action pure et simp!e delà nature; celle-ci enseigne à balancer parfaitement le corps dans tous ses mouvements complexes alors que le sens de la vue est suspendu ( i ).
A l'appui de cette hypothèse on pourrait citer le fameux tableau de Michel-Ange représentant Dieu qui anime l'homme (fig. I). On y remarque en effet, non seulement l'admirable concordance de l'expression de la figure et du bras, mais encore la reproduction d'un geste familier aux hypnotiseurs quand ils veulent produire par injonction brusque des suggestions à l'état de veille, c'est-à-dire faire passer dans l'esprit du sujet les sensations physiques ou psychiques qu'a conçues leur propre esprit.
On a vu tout-à-l'heure, à propos de l'effet de la musique, que TEitase (et j'entends ici par ce mot simplement l'attitude caractérisée par le renversement de la tête en arrière et la convulsion des yeux vers le haut), se présentait parmi les formes de l'état cataleptique.
Cette attitude se provoque très facilement chez beaucoup de sujets par des procédés divers, tels que la pression avec le doigt du milieu de la partie supérieure
(i) Nemypnologie (Trad. de Simon, p. 55.
du front et ceruines odeurs dont il sera question dans le chapitre VIII, 12.
Chez les personnes très sensibles à la fois à la musique et aux autres agents de Thypnose, comme Benoit, la musique seule suffit à déterminer l'extase; biep^ que Tefifet se produise très rapidement, on peut constater en opérant avec précaution que le sujet passe par Tétat de crédulité et, dans cette phase intermédiaire, on peut lui suggérer des hallucinations.
Les théologiens distinguent Textase surnaturelle de Fextase naturelle et sous ce dernier nom, ils confondent divers éuts de l'hypnose.
Ainsi parmi les causes qui peuvent produire Textase naturelle, ils citent (i) :
Les maladies auxquelles les anciens donnaient le nom de sacrées parce qu'ils les attribuaient à Topération directe de la divinité, telles que les affections hystériques, les maladies spasmodiques et certaines folies intermittentes ;
Certaines potions, onctions et odeurs;
De longues méditations, des frayeurs subites ou prolongées, un jeûne excessif ;
Les passes des magnétiseurs ;
Enfin certains exercices corporels.
< Lès divins de Laponie se mettent en extase en dansant et en frappant en cadence sur leurs tambours magiques; les barvas de Tlndoustan s'exaltent de même jusqu^au délire, jusqu'à Textase et au ravissement par le moyen de la danse et de la musique (2) ;
(i) Encyclopédie théo]ogique de l'abbé Migoe. ^ Dictionn. det miracles, v* Extase.
(a) Dans l'Indoustan on n'admet comme prophètes ou barvas que ceux -qui tombent en extase sous Finâuence de la musique.
de même encore les derviches hurleurs de la Turquie et les Aissaoua des États barbaresques. Certains moines du mont Athos, surnommés Omphalopsychés.k cause de leur genre de ravissement, se procuraient un déli* cieux délire en regardant fixement leur nombril, ils croyaient nager dans la lumière divine ; les fakirs de rinde connaissent aussi ce secret, il leur suffit de regarder le bout de leur nez de la même manière. On croit que les prétresses des Germains se donnaient un semblable ravissement par le spectacle du tournoiement des ondes des grands fleuves (i). Il n*est personne qui n'ait pu remarquer, en effet, que la fixité du regard sur un même objet donne promptement le vertige ; mais parmi ceux qui sont à même de lobserver, il n'en est pas qui osent pousser l'expérience jusqu'au bout (2). On a vu au XV« siècle, en Allemagne, une secte de fanatiques dont le principal exercice était de tourner sur eux-mêmes jusqu^à ce quMls tombassent épuisés, ravis, et dans une privation totale de sentiment. »
Il existe à Constantinople des derviches qui emploient encore aujourd'hui ce procédé.
Olaûs Magnus, cité par Dom Calmet (3); rapporte que les Bothniens frappant, à grands coups de marteau, une grenouille ou un serpent d*airain placés ^ sur une enclume, tombent évanouis et, pendant cet
{Nouvelles annales des voyages^ t. XXVII. ] Elysée en)f>loie l'aide d'un musicien pour exciter en lui l'esprit prophétique. (IV. Reg. 111, x5.}
(1) Plutakquc, Vie de César, ch. XXI. — St Cl^mbmt d*Àlbxandub, StrcmOteSy liv. i.
(a) Ceci était imprimé en i852.
(3) Traité sur les apparitions des Esprits^ 1 1, p. %bo.
évanouissement^ apprennent ce qui se passe en des lieux éloignés.
L'extase surnaturelle des théologiens présente beaucoup de caractères phjrsiques communs avec Textase produite artificiellement et Tune a dû quelquefois être prise pour l'autre^ quand on accordait une grande importance au phénomène de Tinsensibilité.
Cette insensibilité, dit Tabbé Ribet (i), se produit à plusieurs degrés. Dans les plus grands rayissements, elle est à son comble ; le tact, Toule, l'odorat, le goût, en un mot aucun des sens n'at* teste la plus l^ère impressionnabilité ; les indsions les plus douloureuses, les commotions les plus fortes, aucun expédient n'est capable de réreiller les sens endormis. Même dans l'extase ordinaire, le sentiment est totalement suspendu quand Tattractioii divine est à son apogée. Le plus souvent les yeux conservent toute leur activité; mais c'est pour se fixer sur la vision avec une vivacité qui semble les agrandir ; des choses matérielles environnantes, ils ne perçoivent rien, ainsi qu'on peut s'en assurer en présentant subitement la main ou tout autre objet : ni les paupières ni les prunelles ne subissent la moindre impression. Il se produit aussi des larmes, des soupirs, des exclamations, des cris spontanés
En pldne extase même, il arrive que l'extatique parle du sujet de sa vision ; Ste Catheriâe de Sienne dictait, dans ses ravissements, des traités entiers.
Parfois aussi l'extatique parle au nom d'un autre, de Dieu, de Jésus-Christ, d'un ange ou de quelque saint
On raconte de Ste Marie-Madeleine de Pazzi, de la mère Agnès et de plusieurs autres, que leurs longues extases ne les empêchaient pas toujours de vaquer à leurs occupations extérieures
Toutefois^ l'immobilité et une sorte de suspension de la vie, du moins de la vie de relation, sont l'efiet ordinaire de l'extase.
En cet état^ la chaleur vitale diminue particulièrement aux extrémités, c'est-à-dire aux pieds et aux mains
Par une irradiation qui tient à la nature de l'homme, les enivrements et les clartés du dedans se reflètent au dehors* • . Sous ces rayons et ces attraits divins, le visage de l'extatique s'iltu-
(i) iMygtique dwine, t. U, p. 389.
mine d'uno beauté toute céleste qui traduit l'admiration la plus profonde et le plus pur amour. C'est une véritable transfiguration
Cette expression varie selon la nature de la vision. Tous les sentiments intimes se peignent avec une perfection admirable sur la face et dans l'attitude. Pour peu que l'extase se prolonge, il est rare qu'elle ne présente pas des aspects différents dont la variété et la transition se reflètent sur le corps avec une souplesse et une fidélité qui n'ont rien d*égal dans la mobilité pourtant si grande de la physionomie humaine. Les formes qui reparaissent le plus souvent, sont: l'admiration, l'amour, la joie, la douleur
Le P. de Bonniot décrit ainsi (i) les accès de trois des plus célèbres extatiques.
Christine de Stambèle fut un jour ravie en extase pendant qu'on chantait devant elle le cantique de saint Bernard. Son corps était raide et ne donnait presque plus signe de vie ; la respiration même était suspendue. • Elle resta ainsi, dit un témoin oculaire, environ trois ou quatre heures, appuyée contre un banc, le visage et les mains enveloppées dans son voile. Puis elle se mit à soupirer en baillant, de telle sorte que tout son corps était agité. » Ce n'est qu'au bout d'une heure que Christine recouvra la respiration normale, puis la parole, dont elle ne se servit que pour exprimer l'amour de Dieu qui remplissait son cœur. L'extase de Christine se renouvela, et toujours avec la circonstance de la raideur du corps. Elle ne tombait pas à terre, elle restait k genoux.
Sainte Catherine de Sienne, lorsqu'elle était en extase, avait les membres contractés, ses doigts s'entrelaçaient et tenaient avec force les objets qu'elle avait d'abord pris entre les mains ; ses bras et son cou avaient la rigidité du cadavre ; ses yeux étaient fermés. Après l'extase, elle était longtemps comme assoupie.
Saint Joseph de Cupertino, quand il était saisi par une effusion de l'amour divin, poussait un cri et tombait à genoux, les bras étendus en croix, les yeux élevés au ciel, de sorte cependant que la pupille était cachée par la paupière supérieure ; ses membres étaient raides et aucun souffle ne sortait de sa bouche.
On a vu que l'état cataleptique se détermine d*em-
(i) Opposition entre f hystérie et là sainteté. Paris, 1886, p. a6.
blée, chez les sujets sensibles, par une action brusque. Les expériences de la Salpétrière ont rendu célèbres les effets du gong et tout le monde connaît Tanecdote de Thystérique immobilisée par le son de cet instrument résonnant dans une pièce voisine, au moment où elle était en train de dérober des photographies dans un tiroir. J*ai £Eiit tomber Benoît en catalepsie à la distance de i5o mètres, en faisant simplement vibrer les plaques d*un téléphone par le mot pstt prononcé vivement : je Tai réveillé, au commandement, par la même voie. Dites à un sujet de vous frapper et regardez-le brusquement au moment où son bras va vous atteindre, vous le fixerez dans cette position.
Quand un sujet est complètement ou partiellement en catalepsie, il paraît susceptible.de percevoir les diverses impressions sensorielles d'une façon anormale. Le D^ Pétetin, de Lyon^ a foit à ce sujet une série d'expériences (i) qui n'ont point été^ que je sache, confirmées. Voici le seul résultat un peu net que j'ai obtenu, en essayant de les reproduire. J'ai rendu Benoît complètement sourd^ soit par suggestion, soit par des actions de polarité sur ses oreilles; j'ai ensuite contracture un de ses bras par des h'ictions en isonome. Il m*a par£aiitement entendu quand j*ai parlé à Textrémité de ce bras, et même quand, relié à lui par un fil tendu ou par une chaîne de personnes se tenant par la main (2), je parlais, à voix très basse sur l'extrémité de mes doigts réunis en cône. Je dois
(1) Electricité animale. Paris, 1808.
{%) 11 a fallu éliminer une personne dont la présence dans la chaîne semblait mettre obstacle au phénomène.
ajouter qu*il m*entend presqu'aussi bien lorsque je parle sur le bout des doigts d'une de mes mains pen* dant que de l'autre je touche un point quelconque de son corps, lui étant dans son état normal sauf que je Tai rendu sourd des oreilles. Ce qui prouve que les vibrations sonores peuvent être transmises au cerveau par le corps entier (i) et que Torgane de Toule est seulement la partie la mieux disposée pour recevoir ce genre de sensation.
S 5. — I/Etat de crèdolité.
Les suggestions à l'état de veille ont été observées depuis Bràid par tous ceux qui se sont occupés sérieusement d'hypnotisme et en particulier par Philips, Charles Richet et Bernheim. Toutefois, elles sont encore assez peu connues pour que, tout récemment, un philosophe distingué, M. Paul Janet, ait encore mis en doute leur réalité ; de plus, on les considère comme spéciales à un petit nombre de sujets (2).
J'ai établi, par de nombreuses expériences faites à Blois sur les jeunes gens indiqués plus haut et sur quelques autres personnes^ les points suivants, dont il reste maintenant à vérifier la généralité.
(i) On sait que, si l'on se bouche les oreilles, on entend avec une intensité plus grande que par l'orsane de Foule, les vibrations produites par le choc d'un oojet métallique que l'on suspend par un fil entre ses dents.
(a) c Certains sujets sont sugsestibles à l'état de veille. • BBEiianM. Des suggestions, p. 226.
i« Dans I:'état de crédulité, une idée quelconque du sujet se transforme automatiquement en sensation ou en acte^ suivant sa nature ; les suggestions peuvent être à échéance. Ces phénomènes sont donc identiques à ceux qui se produisent dans l'état somnambulique, sauf» peut - être , qu'ils présentent une intensité moindre.
2« Uétat de crédulité est, de toutes les phases de l'hypnose, la plus facile à provoquer ; il est intermédiaire entre la veille et Pétat cataleptique; il se produit par conséquent lorsque le sujet passe de Tun à l'autre, soit en s'endormant, soit en se réveillant. Il peut être déterminé même chez des sujets chez lesquels on ne peut arriver à provoquer Pétat cataleptique.
3* L'état de crédulité peut être produit, suivant la sensibilité des sujets, par Tun quelconque des agents que Ton a reconnus capables de provoquer une phase quelconque de l'hypnose, pourvu qu'on dose convenablenlent cet agent. Il peut, comme les autres états, être provoqué dans chaque moitié du corps séparément.
4* On peut, avec les substances présentant des polarités suffisamment énergiques, déterminer, chez un très grand nombre de personnes, en agissant directement sur les organes des sens, un état de ces organes analogue à l'état de crédulité, c^est-à dire les rendre aptes à recevoir, sous l'influence de la pensée, du sujet, les hallucinations qui leur sont spéciales. Ainsi, en appliquant un objet négatif, un bâton de soufre par exemple, contre la narine droite d'un sujet et en éveillant en lui l'idée d'une odeur déterminée, le sujet sent cette odeur (i).
(i) J*ai produit ces phénomènes sur beaucoup de gens que je
5^ Une hallucination ou une suggestion quelconque peut être détruite par tout agent qui réveille^ ou, en d'autres termes, par tout agent qui rétablit l'activité cérébrale.
6"* Quand l'hallucination se produit à la suite d'une action de polarité isonome sur l'organe d'un sens, on la fait disparaître par Faction d^une polarité hétéronome, et si Ton continue l'application de polarités bétéronomes soit sur le cerveau, soit sur les organes des sens, on détermine des sentiments ou des sensations opposés à ceux qui avaient été primitivement suggérés.
70 Chez les sujets très sensibles, les actions en isonome et en hétéronome exercées sur une partie quelconque du corps, peuvent, par une application suffisamment prolongée, se propager jusqu'au cerveau et déterminer tous les phénomènes décrits précédemment.
On voit, comme première conséquence de ces lois, qu'un sujet peut se. donner à lui-même toute espèce d'hallucinations et de suggestions en fixant sa pensée sur ce qu'il désire et en se mettant en même temps en état de crédulité par Tun quelconque des procédés, propres à amener cet état^ qui sont à sa disposition (i).
n'ai pu amener znéme à l*état général de crédulité. D'après mes expéiiences, ce serait l'odorat qui serait le plus fiicile à halluciner, puis le ^oût^ Toule et enfin la vue: pour la vision, on peut arriver a faire changer les objets de couleur plus facileiçent que les foire disparaître.
(i) Braid avait déjà remarqué aue certains sujets peuvent s'endormir eux-mêmes, et le D' Liebeault cite (Du sommeil et des états analogues, p. 282) le cas d'un sourd-muet qui arrivait à se donner des hallucinations à l'aide desquelles il satisfaisait ses passions comme s'il avait eu la réalité auprès de lui.
J*ai rapporté, dans le chapitre 1" de ce mémoire, le cas du prêtre de Calama et celui de la malade du D* JD^espine.
— Inversement il peut, à Taide d'une action en hétéronome ou de factions énergiques sur le crftne, s^ôter lui-même les suggestions ou hallucinations qu*une autre personne lui aurait données (i).
Je n*ai pas besoin de faire ressortir Pimportance considérable de ]>areilles constatations au point de vue moral, si Ton vient à en reconnaître la généralité (2).
Les personnes facilement hypnotisables devraient alors être d^abord instruites du procédé qui leur permet de détruire les suggestions auxquelles elles sont exposées, puis exercées à remployer. L^expérience prouve, en effet, que beaucoup de sujets peuvent s'habituer à surmonter l'espèce de stupeur où les plonge la suggestion, stupeur qui les empêche d*avoir des idées autres que celles qu'on leur a imposées.
Un hypnotiseur habile saura, il est vrai, formuler ses ordres de manière à déjouer toute espèce de résistance; mais presque toujours, ici comme ailleurs, c'est un détail, négligé par le criminel, qui le dénonce ; et celui qui a des intentions coupables sera retenu par le seul £ait qu'il ne sera plus sûr de l'automatisme de la victime.
Cardan, dans le troisième chapitre du livre VKI de son ouvrage intitulé De rerum varietate, prétend qu'il possède trois dons admirables.
Le premier, c'est de tomber en etuse à volonté {quod^ quoties volo, extra sensum, quasi in extastm transeo).
Le second, c'est de voir, quand il lui platt, des objets étrangers avec les yeux de Tesprit et non avec ceux du corps.
Le troisième, c*est d*ètre prévenu en songe de tout ce qui doit lui arriver.
(i) Je rappelle que le plus grand nombre de sujets présentent l*anesthésie cutanée au moment oii ils se trouvent sous l'influence d'une suggestion. J'ai vérifié le ftiit bien des fois et j'en ai donné un exemple très net dans l'expérience XIX du §^3.
(2) M. Dède les a d^à vérifiées sur ses sujets.
Je vais maintenant étudier d^une façon plus approfondie une partie des phénomènes énoncés ci dessus ( i }.
AJ Production de tétat de crédulité
Les procédés qui déterminent le ralentissement de la circulation cérébrale et par suite Tétat de crédulité peuvent se diviser en quatre groupes : les premiers, dérivent d'une vive surprise ; les seconds, de la suspension de la pensée ; les troisièmes, de la polarité ; et lesquatrièmeSy d'actions mécaniques diverses.
Vinjonction brusque réussit chez des personnes très impressionnables qui ne sont pas susceptibles d'atteindre une phase plus avancée de Thypnose. L'ordre doit être court, prononcé nettement et en surprenant le sujet ; avec un peu d'habitude on arrive à reconnaître le petit tressaillement qui indique que la suggestion a pris. On peut ainsi, au commandement, rendre à la fois toute une assemblée de sujets aveugles, sourds, muets, boîteux, paralytiques et les guérir; leur enlever et leur rendre la sensibilité ou la mémoire ; leur faire croire qu'ils sont possédés du diable ou transformés en animaux dont ils imitent les cris et les mouvements ; les faire avancer ou reculer, tomber à terre et se relever, dormir et se réveiller; les enfermer dans un espace dont ils ne peuvent plus sortir, les empêcher de pouvoir vous atteindre avec Tarme qu'ils tiennent à la main» etc., etc. Ces effets sont très dramatiques et se produisent
(i) Pai reporté aux chapitres suivants, pour la commodité de l'exposition, quelques-uns d'entr'eux qui avaient besoin de développements un peu plus étendus.
avec une intensité d'autant plus grande quHl y a plus de sujets réunis, soit par l'effet de l'instinct d'imitation, soit par celui de courants induits encore mal connus.
Une lumière vive et subite comme celle du magnésium ou un rayon électrique peuvent également dynamiser les idées que le sujet a dans l'esprit ; mais presque toujours cette action est trop violente et détermine d'emblée Fétat cataleptique ainsi que je Tai déjà signalé pour les bruits de même nature (i).
On a observé bien des fois que la peur donnait des
hallucinations (2). Il y a 15 siècles, Job décrivait ainsi
le phénomène (IV. i5).
Dans les pensées issues des visions de la nuit, lorsqu'un sommeil profond est tombé sur les hommes, la peur vint sur moi, et un tremblement qui faisait craquer tous mes os. Alors un esprit passa devant ma face. Le poil de ma chair se hérissa. Je m'arrêtai, mais je ne pus distinguer sa forme: une image était devant mes yeux et au milieu du silence j'entendis une voix me disant: • L'homme mortel sera-t-il plus juste que Dieu } 1
Les fantômes perçus dans l'obscurité par les enfants et les poltrons ne sont que la matérialisation de leurs pensées.
Au moment où la peur a mis une masse d'hommes dans l'état de crédulité, il suffit du moindre son, du moindre jeu de lumière déterminant chez l'un d^eux une illusion pour que cette illusion se propage avec la rapidité de Téclair et entraîne la troupe tout entière dans une fuite désordonnée. Inversement, qu'un chef
(i) A la Salpétrière^ des hystériques sont tombées en catalepsie en voyant un éclair ou en entendant l'aboiement d'un chien.
(2) BaiBftftt Di BoisnoNT. Lu hallucinations y pp. 122, 199.
saisissant le moment psychologique commande Tattaque, la suggestion aura son effet et on verra se produire ce que dans Tarmée on appelle une panique en avant.
Une émotion vive produit le même effet que la peur,
< Je me trouvais à Paris, rapporte Wîgan (i), à une soirée de M, Bellart^ quelques jours après Texécution du prince de la Moscowa. L'huissier^ entendant le nom de Maréchal aîné, annonça M* le Maréchal Ney. Un frisson électrique parcourut rassemblée et j'avoue, pour ma part, que la ressemblance du prince fut, pendant un instant, aussi parfaite à mes yeux que la réalité. »
Je dis à Benoit de penser à un objet quelconque, à mon chien par exemple, puis de se donnera lui-même une secousse comme s'il avait peur, il voit alors apparaître, comme un éclair^ la tête ou une partie plus considérable du corps du chien suivant l'intensité de la secousse. L'effet est naturellement plus complet si c*est moi qui lui fais peur.
Le procédé le plus connu pour suspendre la pensée consiste ^ fixer un point brillant. Il a été employé par les sorciers et les devins de tous les temps et a été le point de départ de plusieurs branches des sciences occultes au sujet desquelles je reviendrai dans le chapitre X.
Maintes fois j'ai fait apparaître dans un diamant, sur mon ongle imbibé d'huile, dans une carafe, sur
(i) New view of itiêanity, London, 1844, p. 56.
un flot de la Loire, diins une étoile, la chose que le sujet désirait, sans que ]t susse moi-même quelle était cette chose.
Si, quand le sujet est en état de crédulité, je porte son esprit sur une scène, même compliquée, en évoquant ses souvenirs ou son imagination à propos du caractère des personnages, il les voit agir, il les entend parler. Ainsi J^ai fait assister Benoît à une séance du Conseil municipal de Blois et Gabrielle à Texpulsion des religieuses d*un couvent. Un spectateur aurait certainement pu croire à des phénomènes de vue à distance ou de prévision.
Il n^est même pas besoin, pour un sujet très sensible, que l'objet fixé soit brillant ; il suffit de concentrer son attention sur la vue d*un objet déterminé, de produire ce que le D' Ochorowics appelle la monoïdéie. J'ai déjà rapporté dans le chapitre III l'expérience de IT de Pythagore; le baron du Potet indique (i) toute une série de phénomènes fort extraordinaires, mais complètement analogues, qu'il attribue à des puissances occultes.
Il ne faut pas confondre l'état passif de l'esprit qui reste fixé sur une seule idée, avec le travail de l'esprit qui cherche à grouper autour de cette même idée une foule d'idées connexes. M. Alfred Maury en avait déjà fait la remarque (2) .
< C'est une contemplation prolongée et intense d'un objet ou d'une idée qui produit l'extase, je dis contemplation et non réflexion, choses tout à fait distinctes.
(i) U Magie dAfoiUe. .
(i) Le Sommeil et les Rêves, p. 276.
L*esprit» occupé sans cesse de la vue du même objet, fisiit accomplir sans cesse au cerveau les mêmes mouvements. Or, Ton sait quel est l'effet de la répétition des mêmes actes imposés aux organes : il produit l'habitude; Tesprit alors agit, fonctionne, sans conscience presque de son action ; il opère automatiquement et comme par un mouvement réflexe. >
La même observation s'applique aux impressions de l'ouïe.
Les charmes des anciens n'étaient autre chose dans l'origine que des vers (carminà) récités de façon à endormir la pensée par le retour périodique et monotone de certains sons (i).
M. Charles Richet a vu, dans les cafés du Caire et de Damas, l'effet de ces incantations combinées avec la fumée de hachich qui procure une sorte de somnolence, même à ceux qui en sont entourés sans, fumer euxmêmes.
€ La musique monotone et nazillarde berce doucement dans ce sommeil. Aux murs sont figurés grossièrement des formes bizarres, bleues ou rouges, de chameaux, de bonshommes grotesques, de Karagheu:{ ou même simplement des lignes, des carrés, des triangles entre-croisés. Pour les fumeurs ces dessins rudimentaires éveillent des illusions délicieuses et ils se croient transportés dans le paradis de Mahomet ; ce-
(i) Voir, chap. X, l'extrait des Prolégomènes d'iBN Kaldoun. » SuÎTaot Denys d'Halicarnasse (1. i), les Etrusques guérissaient les maladies par des chants magiques.
Les anciens Ârvas avaient réuni dans un livre spécial appelé Q^tharva- Véda, les incantations et les recettes magiques ayant pour efiet d'assurer la réussite des entreprises, de guérir les maladies et d'écarter les mauvais présages. (Max Mullbr. A Uistory of ancient sanskret literature^ p. 446 et suiv. — London, iSbg.)
pendant, pour charmer par des contes Toisivetë des assistants, un chanteur psalmodie un long récit, moitié religieux, moitié héroïque ; ce récit est composé de couplets et entre chaque couplet la musique recom* mence son rythme interminable. Parfois un des fumeurs se lève tout titubant : en hurlant il s^extasie sur un objet fantastique qu'il vient d'apercevoir dans son délire, et exalte le bonheur de l'ivresse par le hachich. Tous les autres se mettent alors à rire bruyamment et aussitôt avec ce profond sentiment religieux qui n'abandonne jamais les Orientaux et qui est inconnu chez nous : Qu'Allah soit avec toi 1 Louange à Allah l disent-ils à celui qui a parlé. > (i)
Le P. de L'Ancre cite (2), parmi les différents genres de divination, celle qui se faisait au bruit des vagues.
Si je prie Pun ou Pautre de mes sujets d'écouter avec attention le tic-tac d'une montre ou d'une horloge, je puis lui faire entendre ou voir, au bout de quelques secondes, tout ce que je désire.
Je joue, devant Benoît, un air quelconque sur le piano ; il le perçoit exactement. Au bout de quelques notes je lui dis que je vais jouer un autre air déterminé : aussitôt il croit entendre celui-là ; si je continue il tombe en extase. Jusqu'ici c'est un phénomène purement physique dans lequel le talent de Tartiste n'entre pour rien ; mais les impressions morales interviennent quand le morceau de musique exprime des sentiments bien déterminés qui se reflètent dans sa physionomie et son attitude, comme on Va vu dans le § 4 du présent chapitre.
(i) L'homme et VintelUgence, p. 134.
(a) LHncriduliié et mescréanee du sortilège pleinement cm vamcus. — Paris, 161a, in-V, p. i53.
Si je lui fais répéter avec moi d*ua ton bien rythmé : Orapro nobis^ Orapro nobis, il ne tarde pas à tomber en extase. — J'obtiens le sommeils avec physionomie souriante ou triste, en répétant de la même manière : Je suis bien content^ je suis bien content, ou Que je suis triste I que je suis triste l
Chez les autres, je ne parviens pas à produire le sommeil, mais je détermine les hallucinations de tous les sens.
Desfrictions douces et régulières eSectiiées sur une partie quelconque du corps ont amené chez tous mes sujets soit rétat de crédulité^ soit le sommeil suivant leur sensibilité (i).
Toutes les actions de polarité isonome que nous avons indiquées dans le chapitre i*' peuvent déterminer rétat de crédulité du cerveau entier ou d'une moitié du cerveau suivant la manière dont elles sont appliquées.
Il n'est pas besoin, pour les sujets très sensibles, que ces actions soient exercées directement sur la tête.
La contracture produite, par exemple, sur le
pouce par un morceau de soufre, sMtend, quand le contact se prolonge, d'abord au bras, puis à l'épaule et enfin au cerveau oti elle provoque d'abord Pétat de crédulité, puis le sommeil si l'effet est suffisamment intense.
Cest vraisemblablement à cause de cela que les
(i) Il fiiut distinguer cette action de celle qui est produite par la pression des zones hypnogènes dont l'étude a été faite par le profesaeur Pitrea. (Des zones hystérogènes et hypnogènes. — bordeaux, i885.)
magnétiseurs appuient leurs pouces en isonomes sur ceux de leurs sujets (i).
On arrive à des résultats semblables en se plaçant derrière le sujet de manière à mettre les deux corps en oppositions isonomes. Cette observation contribue à expliquer les hallucinations' des foules et les mouvements populaires dont il est fait si souvent mention dans l'histoire (2). Voilà un grand nombre d*individus qui, tous, sont tournés du même côté, recevant ainsi, par devant comme par derrière, l'influence des polarités isonomes (3) ; ils écoutent un orateur ou regardent le ciel dans l'attente d*une apparition. Les plus sensibles, les femmes et les en&nts qui ont là tête au niveau des épaules de leurs voisins, sont mis
(1) Les mag[nét{8eurs ont également l'habitude de serrer les genoux du sujet entre les leurs. D'après ma théorie, il vaudrait mieux qu'ils se contentassent de toucher les genoux et l'extrémité des pieds des sujets avec les points correspondants de leur corps«
L'action par les pouces est très rapide ; celle par les membres inférieurs est Ijeaucoup plus fente. Si l'on produit une action isonome sur un seul côté du corps, on ne provoque l'h3rpnose que de ce côté et on peut, avec un agent suffisamment énergique, faire passer ce côté par toutes les phases jusqu'à la léthargie.
(2) BuiUtl Dl BOISMONT. L. C, pp. I2b, 489.
(3} Sur 1.014 personnes de tout Apt, de tout sexe, de tout tempérament soumises à Thypnotisatlon en 1880 par M. Liébeault, il ne s'en est trouvé que vingt-sept de réfractaires. Les autres se réparûssaient ainsi :
Somnolence, pesanteur. 33 Sommeil très profond • • a32
Sommeil léger 100 Somnambulisme léger • • 3i
Sommeil profond. . • . 460 Somnambulisme profond* i3i
« Sans doute, dit M. Bernheim {De la Suggestion, p. i3), il faut tenir compte de ce tait que M. Liébeault opère surtout sur des gens du peuple qui viennent chez lui pour être endormis et qui. convaincus de sa puissance magnétique^ ofiPrent une docilité cérébrale plus grande. •
Mais ce sont là précisément les conditions où se trouvent les foules quand elles sont réunies dans l'Mttente d'un événement extraordinaire ou aous le coup d'une vive passion, et il ne fiiut pas oublier que l'état de crédulité est la première phase de l'hypnose.
en état de crédulité. Pour ceux-là, toute affirmation de celui qui parle est la vérité même ; tout acte conseillé par lui sera suivi d'une exécution automatique. Que l'un quelconque des assistants dise qu'il entend des cris ou qu'il voit apparaître des fantômes, tous les sensitife verront les fantômes et entendront les cris.
Appuyez-vous par derrière sur le dossier du siège d'un sujet et parlez lui sans qu'il détourne la tête, ou bien mettez- vous en face de lui et chuchotez doucement à son oreille, joue contre joue, vous le persuaderez de tout ce que vous voudrez é
En s'accoudant et en appuyant le côté droit de son front sur la partie de sa main droite qui est du côté du pouce, ou simplement en portant la partie externe de son index sur le même côté du front, une personne sensible voit tous ses souvenirs, et peut se donner une suggestion quelconque.
Ces influences de position, en général assez fiEiibles, peuvent devenir parfois très intenses. Par une soirée d'été chaude et orageuse, et à la suite d'un certain nombre d'expériences, la sensibilité de Benoît était surexcita; je lui ordonne par injonction brusque de ne plus voir M"* X. M"« X disparaît en effet à ses yeux, mais pour reparaître presque immédiatement au moment od je m'approche de lui. Etonné, je reviens à ma place et Tinvisibilité se reproduit pour cesser dès que je vais de nouveau vers Benoît. Je remarquai alors qu'en m'approchant de lui, je me trouvais en position hétéronome, position dont l'effet se faisait sentir à 4 ou 5 mètres de distance.
L'état de fascination, provoqué habituellement par
Donato, est interm&liaire entre l'état de crédulité et la catalepsie et il n'existe que sur une moitié du corps du sujet. Il est obtenu à la fois par un regard brusque et par la conjonction isonome du côté droit de Topera teur sur le côté droit de Fopéré.
Il est possible, en outre, que Donato opère sur luimême, du côté en contact, une contraction violente qui produit de Télectricité négative comme je l'ai déjà dit. Je donne l'état de crédulité ou le sommeil à tous mes sujets simplement en fermant avec force mon poing à proximité du côté droit de leur tête.
Une tige végétale fraîche, desséchée ou même pétrifiée est polarisée (ce qui tend à prouver que la polarité tient à la structure et non à la nature des corps). Cette propriété est fortement développée dans le coudrier et dans le bambou, surtout quand ils sont encore verts. De là sans doute led propriétés merveilleuses attribuées aux verges des magiciens, aux baguettes des fées, aux bâtons à sept nœuds des £ikirs ; telle est aussi peut-être, par suite d'une tradition oubliée, Torigine du sceptre des rois et du manche à balai des sorcières. C'est en les touchant avec une baguette que Circé transforme en pourceaux les compagnons d'Ulysse {Odyssée X). «Mercure, conducteur des songes, dit encore Homère, tient à la main une baguette, belle, dorée; il en charme (OciycO les yeux de ceux quMl veut endormir et il s'en sert aussi pour réveiller ceux qui dorment. > {Odyssée XXIV). La verge de Mercure est devenue l'emblème de la médecine. Les augures chargés dUnterroger l'avenir avaient pour signe distinctif un bâton recourbé, le lituus^ et les Romains disaient proverbialement des gens qui s'enrichissaient
sans peine: < Ils ont le secret delà baguette. > (i) Une fleur, un bijou de métal placés en isonome sur la tête d'une femme peuvent encore déterminer l'état de crédulifé et servir d'excuse à bien des faiblesses ayant leur point de départ dans des réunions mondaines.
A Téglise, nous trouvons une autre cause d^hallucinations dans les rayons de lumière colorés par leur passage à travers les vitraux. Un rayon rouge est suffi* samment positif et un rayon violet suffisamment négatif pour amener la contracture des membres ou l'hypnose chez tous mes sujets (2) ; on verra de plus, dans le chapitre VIII § 2, que Podeur de la myrrhe ou de l'encens peut, elle seule, provoquer Textase chez certains d'entr'eux.
J'ai fait fabriquer un lorgnon avec un verre rouge et avec un verre violet* Les sensitifs n'ont qu'à se le placer sur le nez et à diriger leurs regards vers un objet éclairé pour mettre l^ursyeux en état de crédulité ; ils peuvent évoquer ainsi toutes les visions dont ridée leur est fournie par leur imagination ou leur mémoire; mais l'hallucination ne porte que sur la vue (3). S'ils désirent par exemple assister de
(i) Quid ai omnia nobis, quœ ad YÎctum cultumque pertinent, quasi yirgula divina, ut alunt, suppeditarentur. (Cic« De officiis, lib. I, in fine.)
(2) J'ai constaté que des sujets très sensibles peuvent regarder des deux yeux sans inconvénient un feu de couleur, comme ceux des chemins de fer par exemple ; l'action en hétéronome détruit Tefiet de l'isonome. Mais un sujet qui^ placé le long de la voie et regardant droit devant lui, verrait arriver un feu rouge sur sa gauche pourrait très bien tomber en catalepsie ; il 7 a là un danger qu'il est bon de signaler.
(3) Quand le sujet n'est pas suffisamment sensible, l'hallucination ne se produit qu'en partie : ainsi, je dis à Gabrielle de voir, dans le lorgnon, ne régiment défiler sur le pont; elle voit le pont et pas autre chose.
nouveau à un opéra, ils voient les acteurs, mais ne les entendent pas ; pour compléter l'illusion je suis obligé d'halluciner aussi leurs oreilles par des contacts en isonome.
Pour déterminer les hallucinations de Todorat et du goût, il suffit de toucher les narines ou la langue en isonome avec les doigts» ou même d^approcher de ces organes une polarité énergique telle. qu'un fort aimant ou un bâton de soufre (i).
On peut ainsi haUuciqer une seule oreille, un seul œil, une seule narine et opérer le transfert ; c'est-àdire que si l'œil droit est halluciné, on le ramène à rétat normal en approchant un corps positif de l'œil gauche qui s'hallucine à son tour.
De tous les procédés dérivant de la polarité, le plus ancien, le plus commode et quelquefois le plus puissant est Vimposition des mains.
Il y a deux manières d'imposer les mains.
L'une est encore en usage chez certains peuples pour bénir; elle consiste à placer les deux mains sur la partie postérieure de la tête du sujet qui s'incline devant l'opérateur. Dans ce cas, la main droite agit dans son ensemble et par ses effluves comme positive et la main gauche comme négative, ainsi que je l'expliquerai dans le § 2 du chapitre IX.
(i) L'influence de l'attention expectante se fait. voir d'une façon très nette dans ces expériences. Si le sujet ne s'attend à rien, l'eflet de la polarii^ isonome approchée de la bouche est de contracturer les lèvres ; mais, si le sujet porte son attention sur la sensation du jgoût, l'action de polarité traverse les lèvres fermées, sans les influencer, et va se fixer sur la langue.
&e8t probablement à des actions de cette nature que Mesmer 5eiit allusion dans le passage suivant:
c J*offris à ces Messieurs une preuve que notre organisation est sujette à des pôl^, 'ainsi que je l'avais avancé; ils y consen-
L'autre est celle que j'ai indiquée dans le chapitre W : chaque main, en particulier, agit par sa polarité + duxôté du petit doigt et par sa polarité — du côté du pouce.
^imposition des mains joue un grand rôle dans la vie de Jésus et des apôtres, soit qu'on la regarde simplement, dans ce cas, comme un signe^ soit qu^on la considère comme agissant par ses propriétés physiques.
Ainsi, c'est par ce moyen seulement que le Christ obtint des cures à Nazareth oti il avait passé son enfance et oti l'on se refusait à le regarder comme un prophète (i).
Et non poterat ibi virttUem ullam facere nisipaucos infirmas impositis manibuscuravit; et mirabatur pro" pter incredulitatem eorum et circuibat castella incir^ cuitu doeens (Marc VI. 5-6.)
Les Juifs qui, dans une autre circonstance, lui amenèrent un sourd muet pour le guérir, se bornèrent à le prier de lui imposer les mains (Marc, VII. 32) (2).
C'est encore par l'imposition des mains que ses disciples devront rendre la santé aux malades :
Super œgros manus imponent et bene habebunt.
(Marc, XVI. 18),
Dans une vision, saint Paul voit un homme du
tirent; en conséquence, je priai M. A... de mettre un bandeau sur ses yeux: cela fiait, je lut passai les doigts sous les narines à plusieurs reprises, et changeant alternativement la direction du pôle, je lui fiiisais respirer une' odeur de soufre ou je l'en privais à volonté ; ce que je faisais pour Podorat, je le faisais également pour le goût à l'aide d'une tasse d'eau. ■
(i) Et dicebaf illis Jesos : Quia non est propheta sine honore nisi in patria sua, et in domo sua, et in cognatione sua. (Marc, vf, 4.)
(a) Voir encore: Luc, IV, 41 ; VI, 5. Marc, VIII, 22, 25.
nom d'Ananie qui, pour rétablir sa vue, lui impose les mains (Actes^lX. la); plus tard saint Paul emploie ce procédé pour guérir son père malade de la dyssenterie {Actes, XXVIII. 8).
Un siècle après, saint Irénée nous parle (i) de guérisons ainsi obtenues de son temps : Alii autem labo' rantes aliqua infirmitate per manus impositionem curant et sanos restituunt. Jam etiam, quemadmodum diximus et mortui resurrexerunt et persévéraverunt nobiscum annis multis.
De nos jours on a songé à utiliser Tétat de crédulité provoquée par Timposition des mains, non seulement pour remédier aux infirmités d^origine nerveuse, mais encore pour améliorer les sentiments.
€ Lorsqu^on se trouvera en présence d^enfants simplement paresseux, indociles ou médiocres, on se bornera à foire sur eux des suggestions verbales à Fétat de veille. Il faudra s'efforcer d'inspirer la grande confiance à renfiant, l'isoler, lui mettre la main sur le front, lui faire les suggestions voulues avec douceur, avec précision, avec patience. Lorsqu'on aura à se préoccuper de l'avenir d'enfants vicieux, impulsifs, récalcitrants, incapables de la moindre application,
(i) Contra hereses^ liv. il, ch. 3a (ou 67 suivant les Àittions).
CharpignoQ dans sa Physiologie du magnétisme (p. ^i53) cite un passage des mémoires de Mm* Guyon, où nous trouvons relatée l'influence de Tiroposition des mains.
f Extrêmement malade, on nt venir le P. Lacombe pour me confesser. Sitôt qu'il entra dans la maison, sans que je le susse, mes douleurs s'apaisèrent, et lorsque, enu^é dans ma chambre, il m'eut bénie en m'appuyant les mains sur la tête, je fnis guérie parfoitement et en état d'aller à la messe. Les médecins en furent si fort étonnés qu'ils ne savaient à quoi attribuer ma gucrison, car, étant protestants, ils n'avaient pas envie de croire au miracle. »
On trouvera, dans le chapitre X de ce mémoire, quelques cas de l'emploi de ce procédé combiné avec d*autres par les thaumaturges anciens et modernes.
manifestant un penchant irrésistible vers les mauvais instincts, noas pensons qu*il n'y aura aucun inconvénient à pratiquer l'iiynoptisme chez ces créatures déshéritées » {Congrès de Nancy. Sect. de pédagogie. Rapport du D^ Bérillon).
Ici encore nous n'avons rien inventé. Dans plusieurs passages de 1* Ancien Testament nous trouvons ce procédé indiqué pour communiquer Tesprit de sagesse ou de prophétie.
Dieu, ayant annoncé à Moïse qu'il allait le réunir à ses pères, lui commanda de choisir Josué pour lui succéder, de poser sa main sur lui et de lui transmettre les préceptes en vue de tous. Moïse obéit et après avoir imposé les mains à Josué il lui expliqua tout ce que le Seigneur avait ordonné.
Et impositis capiti ejus manibus cuncta replicavit quœ mandaverat Dominus (Num. XVII. 23).
Pour terminer ce qui a trait à la polarité, il me resterait à parler de l'action du regard» des passes et des courants voltalques ; mais les détails que j*ai à donner trouveront mieux leur place dans le chapitre IX.
Je veux dire ici seulement quelques mots de /'occ/tision des yeux qui détermine l'hypnose par une cause encore mal connue. Je suis porté à y voir une action de polarité isonome de la paupière sur Fœt!, action se transmettant au cerveau suivant la loi que j^ai eu Toccasionde signaler en parlant du 3* groupe. En effet, l'hypnose ne se produit pas si, au lieu de faire abaisser la paupière du sujet, on se borne à lui supprimer, même brusquement, la vue, en lui mettant par exemple des mouchoirs sur les yeux. D*autre part, pour certains sujets chez lesquels l'occlusion complète
des yeux amène d'emblée l'état de somnambulisme ou même de léthargie, on peut déterminer les états intermédiaires en se bornant à Cadre baisser suffisamment les paupières, (i)
4* OROUPS
Ce qui prouve bien Tinfluencede la circulation cérébrale dans la production de l'hypnose, c'est qu'il suffit d'éveiller une pensée chez un sujet et de ralentir ensuite l'arrivée du sang artériel dans le cerveau, par la compression de lagorge^ pour provoquer che2 lui instantanément l'hallucination correspondante qui cesse dès que la gorge redevient libre.
On arrive au méine résulut en chassant le sang du vertex par l'approche d^un corps froid (2) ou bien encore en attirant le sang dans le dos par exemple, au moyen de frictions énergiques ou d*un objet chaud (3).
La digestion qui fait affluer le sang vers la partie médiane du corps, peut produire un efiet identique ; c'est ce qui arrivait au. libraire allemand NicolaY (4).
(i) Chez Benoît, Paul et Marie, j'obtiens ainsi d'emblée l'état ftomnambulique avec suggestions à échéance, oubli quand les yeux sont rouverts et rappel des souvenirs après une nouvelle occlusion des yeux. Ëmne tombe immédiatement en léthargie, Gabrielle et Alice se bornent à oublier, les yeux ouverts, ce qu'on leur a dit les yeux fermés.
(a) L'hallucination disparatt au contraire quand on chauffe le vertex par des frictions ou l'approche d'un corps chaud.
Richardson a démontré, à l'aide de mélanges réfrigérants appliaués sur diverses régions du système nerveux, f l'innuence considérable qu'exerçait l'aaion directe du froid et, indirectement, la suspension des phénomènes circulatoires sur les manifestations de la vie des centres nerveux. » (Luts. Traité des maladies mentales, p. 187.)
(3) Cette action pourrait bien jouer un rôle dans le phénomène encore si obscur de l'attraction du corps par la main placée dans le dos suivant le procédé indiqué p ir le D' Dufour (voyez notre chapitre III). Lé sujet mis ainsi en état de crédulité obéit automatiquement à chaque pensée que provoque en lui le geste de Topérateur.
(4) A. Maurt. Le sommeil et les rêves, p. Sg.— Brewster, dans
M. Maury en cite un exemple qui lui est person* nel (i). < Un jour mes yeux avaient été frappés par un plat couvert de cerises les plus vermeilles et qui était sur ma table. Quelques instants après mon dîner, le temps étant devenu orageux et l'atmosphère fort oppressive^ je sentis que le sommeil allait me gagner, mes yeux se fermaient, j'avais encore les cerises à la pens& : je vis alors dans une hallucination hypnagogique ces mêmes cerises vermeilles, et elles étaient placées dans la même assiette de faïence verte sur laquelle elles avaient paru à mon dessert. Ici il y avait eu transformation directe de la pensée en sensation. »
On a vu que la rotation est employée en Turquie par les derviches tourneurs pour donner l'extase. Il est probable qu'elle empêche le sang de pénétrer de la pie-mère dans la partie supérieure du cerveau en le refoulant sur la circonférence par suite de la force centrifuge.
Au bout de quelques tours de valse, tous mes sujets voient et entendent tout ce que je leur dis de voir et d'entendre ; ils s'arrêtent cloués au sol si je leur affirme qu'ils ne peuvent plus bouger.
Il faut remarquer que, dans le cas de deux personnes qui valsent ensemble, l'action de la rotation est renforcée par l'action de polarité due à la position des deux têtes, ainsi que je l'ai indiqué plus haut.
Un coup subit, une secousse agissent comme une injonction brusque ou une émotion eh arrêtant pen-
sa troisième lettre à Walter Scott sur la magie naturelle, fait remarquer que les hallucinations concordent souvent avec les troubles* de restomac.
(i) Le sommeil et les réves^ p. 271.
dant quelques instants le mouvement du cœur. Jedis à un sujet : t Pense^^ que vow alle^ avoir la jambe gauche paralysée, ou bien une douleur au bras droite ou bien encore les deux pouces contractures ; il a beau 7 penser, rien ne se produit ; mais si, tout-à-coup, je détermine un choc en un point quelconque de son corps, Teffet annoncé se réalise.
Quand une mère, impatientée du manque de mémoire de son enfant, lui répète une recommandation en l'accompagnant d'un soufflet, elle lui donne par ce fait même une suggestion et elle le sent bien, car elle lui dit d*ordinaire : < Tu te le rappelleras maintenant. >
Les nombreux accidents dus aux chemins de feront permis d'étudier, depuis quelques années, une certaine classe d'infirmités qui paraît n'avoir pas d'autre origine et sur laquelle je reviendrai dans le § 7.
Une simple pression sur le vertex, c^est-à-dire sur la partie supérieure de la calotte du crâne, peut détermi' ner, suivant son intensité, tous les degrés de l'hypnose. Le point le plus sensible est à la jonction des deux os pariétaux et des deux frontaux. Les bords des os étant les derniers à se solidifier, ce point du crâne (qu^on appelle le bregma) reste tput particulièrement malléa-^ ble et on conçoit qu'une pression exercée là rende momentanément exsangue une partie de la substance grise, comme lorsqu'on appuie un doigt sur le dos de la main.
Si la pression a lieu sur le bregma lui-même, par conséquent sur la partie médiane du crâne, on agit simultanément sur les deux lobes du cerveau ; si au contraire on presse un peu à droite ou un peu à gauche,
l'effet ne porte que sur la partie droite ou la partie gauche du corps.
Quand on a amené ainsi, par nnt pression de plus en plus énergique, le sujet tout entier ou Tune de ses moitiés à une phase quelconque de l'hypnose, ce qui a pu se faire graduellement si on a opéré avec des précautions suffisantes, on le ramènera au point de départ en le foisant passer par les mêmes étapes au moyen de frictions.
La sensibilité du bregma est telle chez certaines personnes qu'il suffit de l'effleurer pour déterminer rétat de crédulité.
Certaines odeurs et certaines onctions déterminent rhypnose ; on ne sait pas comment elles agissent, d'autant plus que leur action se complique d*autres effets sur lesquels je donnerai quelques indications dans le chapitre VIII.
Le souffle produit l'hypnose quand il a lieu sur la nuque, et le réveil quand on le dirige sur la face ; il peut donc« dans le premier cas, donner l'état de crédu * lité ; et, dans le second, enlever une infirmité ou une hallucination provenant de suggestion .
Je ne vois pas bien à quelle théorie il faut rattacher ces phénomènes; je me bornerai à faire remarquer qu'ils semblent avoir été connus dans Tantiquité.
A Bethsaïde, on amène à Jésus un aveugle ; il lui impose d*abord les mains en même temps qu'il lui crache ou souffle fortement sur les yeux ; l'aveugle commence à voir. Jésus lui pose alors la main sur les yeux et la guérison devient complète.
Et apprehensa manu cœci, eduxit eum extra vicum ; et expuens in oculos ejuSj impositis manibt4S
suiSj interrogavit eum si quid videret. Et aspiàens^ ait : Video homines sicutjarbores ambulantes. Deinde iterum imposuit tnanus super oculos ejus ; et cœpit videre, et restitutus est ita ut clarè videretur omnia. (Marc, VIII, 23-25).
Origène {contra Celsum^ i) citant une objection de Celse contre ces miracles, dit : < Vous vantez les guérisons opérées par Jésus-Christ. Mais il a cela de corn* mun avec les faiseurs de prestiges qui ne promettent point des miracles aussi imposants ; avec des charlatans instruits chez les Egyptiens qui, pour quelques oboles» pratiquent ces secrets merveilleux. Ne les voyez-vous pas chasser les démons du corps des hommes, guérir les maladies par le souffle (morbos exsufflantes).
B). Les changements de personnalité .
Les changements de personnalité ont été étudiés^ il y a déjà plusieurs années, par M. Ch. Richet qui me fit assister, en i883^ à plusieurs des curieuses expériences décrites dans son livre sur rhomme et Fintel^ ligence{i).
M. Charles Richet suppose que le sujet perd tout à coup, sous rinfluence d*une cause mal connue, tous ceux de ces souvenirs qui ne se rapportent point à la personnalité évoquée et que ceux-ci, régnant alors en maîtres dans son cerveau, prennent une intensité exceptionnelle. L'hypothèse me paraît absolument conforme à tout ce que j'ai vu.
Ces phénomènes sont très faciles à obtenir et je les ai produits par presque tous les procédés ci-dessus décrits.
(i) Ch.Richbt. L'homme et P intelligence, Paris, 1884, p. 233.
lis ne donnent des effets intéressants que quand le sujet est observateur; on n'obtient rien si on lui demande quelque chose quUl ne connaît pas, sur laquelle ses souvenirs ou son imagination ne lui fournissent aucune donnée.
TeU qui a toujours vécu à la campagne, imite admirablement les animaux et reste coi si on veut en Caire un personnage historique; celui-là, au contraire, qui sort du collège se mettra dans la peau d'Harpagon ou de Don Quichotte, mais se bornera à quelques gestes des bras si on le transforme en menuisier ou en maréchal-ferrant.
Quelques sujets bien doués en arrivent à prendre si bien les allures et le caractère du personnage, que leur écriture se modifie en conséquence.
Les planches VII, VIII, IX, X, XI, XII, et XIII en montrent des exemples. Tout a été écrit par Benoît qui ne se doutait pas des expériences analogues faites, quelque temps auparavant, par M. Charles Rtchet et qui n'avait jamais oui parler de graphologie. Je lui donnais, par injonction brusque, une personnalité déterminée et je lui dictais immédiatement, sans lui laisser le temps de la réflexion, une phrase quelconque ; puis je passais à une autre personnalité et j'agissais de même ; de telle sorte que toutes ces écritures ont été obtenues en deux séances,
La figure i de la planche VII montre son écriture normale.
PI. VII. fig. 2, il est enfant.
PI. VII, fig. 3 et fig. 4, il est un vieillard.
PI. VII, fig- 5 et pi. VIII fig. a, il est une jeune fille (en deux séances différentes).
PI. VIII, fig. I, il est président de la République*
PI. IXy fig. i^ il est un paysan madré et n'écrit qu^avec peine.
Pi. IX, fig. 2 et 3y il est un avare (en deux séances différentes).— On remarquera la reproduction du trait qui ensère l'écriture comme pour délimiter la partie du papier qui peut encore servir.
PI. Xf il est transformé en préfet autoritaire.
PI. XI, fig. I, en solliciteur.
PI. XI, fig. 2, en mattre d'écriture.
PI. XII, en Napoléon I*'.
PI. XIII, en maréchal-ferrant. J'ai suggéré à Benoit qu'il était le père Nicot (mon maréchal qu'il connaît très bien) et je l'ai prié de me foire ma note.
PI. XIV, fig. I, en colonel très emporté. — Benoit termine son billet par un trait énergique; je lui fais observer qu'il n'a pas signé. < CVst inutile, répondil, le capitaine Mathieu saura bien d'où cela vient. »
PI. XIV. fig. 2, en général.
PL XV, fig. I, en usurier. — Benoit, Gabrielle et Emile sont réunis. Je leur donne les suggestions suivantes : < Gabrielle, vous serez commerçante et vous aurez besoin d'emprunter 5,ooo francs ; vous irez les demander à Benoit. —Benoît, vous serez un usurier, vous prêterez à Gabrielle Its 5,ooo francs, mais à 5o ^/o et vous vous ferez donner un billet dans ces conditions.— Emile, vous serez commissaire de police; vous surveillerez Benoît et vous l'arrêterez quand vous aurez la preuve de son délit. > La scène se déroule comme je l'ai indiquée et Emile arrête Benoît au moment où celui-ci veut faire signer à Gabrielle le billet reproduit. On remarquera que l'écriture change au moment où le caractère de B. se modifie; elle devient tassée et écourtée pour indiquer l'intérêt usuraire. C'est
une nouvelle preuve de la production successive des suggestions déjà observées dans l'expérience n<* XXVI du §3.
Certains changements de personnalité, comme la transformation en animaux, s^obtiennent, non seu* lement par suggestion, mais encore par des émanations ou des onctions. Je reviendrai sur ce sujet, qui est particulièrement intéressant au point de vue historique, dans le § 2 du chapitre VIII.
CJ Expériences diverses.
Benoît se met lui-même en état de crédulité en posant son index en isonome sur la partie droite du firont. Je lui lis ce fragment des Lettres d'un voya-^ geur de Georges Sand :
On vient d'ouvrir l'écluse de la rivière. Un bruit de cascade, qui me rappelle la continuelle harmonie des Alpes, s'élève dans le silence. Mille voix d'oiseaux s'éveillent à leur tour. Voici la cadence voluptueuse du rossignol; là dans le buisson, le cri moqueur de la fauvette ; là-haut, dans les airs, l'hymne de l'alouette ravie qui monté avec le soleil ; l'astre magnifique boit les vapeurs de la vallée et plonge son rayon dans la rivière, dont il écarte le voile brumeux. Le voilà qui s'empare de moi, de ma tête humide, de mon papier. U semble que j'écris sur une table de métal ardent... Tout s'embrase, tout chante ; les coqs s'éveillent mutuellement et s'appellent d'une chaumière à l'autre; la cloche du village sonne l'angelus; un paysan qui recèpe sa vigne au-dessous de moi pose ses outils et fait le signe de la croix...
A mesure que je lis, Benoît suit dans l'espace les visions que j'évoque ; il voit tout, il entend tout et, la figure rayonnan te, il s'écrie : < Mon Dieu I que c'est beau!»
Je lui fais lire à lui-même une autre description ;
mais^ son attention étant concentrée* sur l'acte même de la lecture, il ne voit et entend qu'à la condition d'interrompre cette lecture et de regarder dans l'espace.
Je dis à Benoit de bien regarder dans la glace son oreille droite, qu'il va la voir s'allonger et qu'il aura tout à l'heure des oreilles d'ftne.
Au bout de quelques secondes il voit ses oreilles, il les prend au-dessus de sa tête ; habitué à mes expériences, il sait très bien que c'est une hallucination et en rit ; mais il affirme qu'il ne peut distinguer le vrai du faux.
Je fais la même expérience avec Marie et lui dis qu'elle va se voir avec une couronne de mariée ; la suggestion se réalise très rapidement, mais la jeune fille a les yeux fixes et peut à peine répondre. Cet état de torpeur se produit, du reste, chez elle, dès que l'état de crédulité est un peu accentué.
Benoît et Gabrielle sont extrêmement sensibles à l'action de l'éther. Il suffit d'approcher de leurs narines une pilule qui en contient, percée par une épingle, pour déterminer d'abord l'état de crédulité, puis l'hypnose.
Voici deux expériences basées sur cette propriété :
J'écris sur une feuille de papier: Ce papier brûle, et je le donne à Benoît en même temps que je lui fais respirer un peu d'éther. Aussitôt qu'il a lu, il jette vivement 1q papier à terre et récrase avec le pied. Il ne peut croire que le papier n*a pas flambé avant de l'avoir ramassé et constaté qu'il ne portait aucune trace de brûlure.
J'écris sur une autre feuille : Vous êtes aveugle, et
je place cette feuille pliée dans une enveloppe cachetée avec un peu de coton imbibé d'étber. Je vais dans une pièce voisine et, quelque temps après, je fais remettre la lettre à Gabrielle. Elle ouvre l'enveloppe, respire rétber pendant qu^elle tire la feuille de papier et la déplie ; elle lit la phrase et cesse de voir.
Au bout de cinq minutes la cécité par suggestion durait encore. Je l'enlève par action réveillante en soufflant sur ses yeux.
Plusieurs personnes étaient réunies chez moi ; je fais venir quatre sujets et, après quelques expériences de polarité, j'annonce que je vais essayer de reproduire une ascension de table comme on l'a fait chez M . de Gasparin et à la société psychique de Londres.
Pour préparer Tesprit des spectateurs, je donne quelques détails sur ces expériences et je montre la réalité du courant déterminé par une chaîne humaine, (i)
Je place alors un crayon sur une petite table ; nous nous mettons autour en nous tenant par la main ; je dis que je vais concentrer ma volonté pour que la table s'élève jusqu^au plafond, s'y colle, et que le crayon y écrive en grosses lettres : t Êtes-vous convaincus. >
Au bout d'un instant, j'affirme que je sens un courant passer et que je vois la table vaciller ; puis je m^écrie : 4 La voilà qui s'enlève, elle est collée au plafond. %
Tous les sujets la virent ainsi et lurent Tinscription ; je crois bien, à en juger par Pexpression de leur figure, que certaines spectatrices qui n'étaient point dans le
(i) Voycx chap. V.
secret en firent autant, mais je ne voulut point leur £eiire avouer leur eut.
Quant aux quatre sensitib je les fis causer entre eux de manière à confirmer, parleurs témoignages réciproqueSf la réalité du phénomène, au sujet duquel je ne les édifiai que plus tard, (i)
J*ai déjà dit (§3, exp. XXX) que Marie voit des esprits quand elle est dans le sommeil magnétique et que Vua de ceux avec lesquels elle se trouve- habituellement en rapport est un ancien habitant de son quartier, M» V.
Ayant mené Benoît voir une de ces séances de spiritisme, je lui demande s'il a connu M^* V. ; il me répond que non — < Eh bien je vais vous le montrer. Tenez le voilà. > Il le voit ; il lève la tête pour lui parler. — < Il est donc bien grand ? — Oh ! oui. — Q)mment est-il habillé ? -* Tout en noir. — En habit ou en redingote ? — Je ne vois pas bien. — Tendezlui la main et dites-lui de vous contracturer. >
Il tend la main et la main se contracture. < Diteslui de vous décontracturer. > La main se décontracture. > Demandez-lui s*ila connu votre père. > Et le dialogue s'engage entre Benoît et Tesprit.
Marie suit cette scène avec un profond étonnement. Je lui ordonne tout à coup de le voir aussi ; elle le voit. < Est-il grand ? — Non. > Suit alors un signalement assez vague et différent de celui précédemment donné par Benoît qui continue à parler au vide.
(i) Ici, comme dans l'expérience suivante, je me borne à rapporter des faits sans prétendre en rien conclure relativement à la réalité des phénomènes d'un autre ordre dont ils sont une sorte de contremçon. Je fiiis la même réserve pour les miracles.
Je fais également contracturer et décoatracturer la main de Marie.
Mêmes phénomènes avec Rose qui était aussi là et qui se moquait des deux hallucinés.
J'appris le lendemain qu'après mon départ, on avait interrogé, au moyen de la table, M' V. qui naturellement a répondu que tout avait été pure illusion.
J'ai suggéré à plusieurs sujets d'avoir, pendant la nuit, des rêves déterminés. Ces rêves se sont réalisés ; pendant toute la nuit les dormeurs se sont agités et ont parlé, au dire des personnes qui couchaient dans la même chambre. La première fois, j'avais oublié de suggérer en même temps le souvenir au réveil^ de sorte que le sujet crût que je n^avais pas réussi ; mais, quand j'eus pris cette précaution, je pus entendre raconter le lendemain des histoires fort amusantes brodées diversement par l'imagination des divers individus sur un même thème, comme par exemple leur entrée au paradis.
L'impression ressentie est si vive que l'un d'eux m'a confié, en termes émus, la profonde tristesse éprouvée par lui au réveil, lorsquHl dut quitter, pour aller à son bureau, les béatitudes éternelles auxquelles il s'était si bien habitué.
DJ Transformation de t état de crédulité.
Quand un sujet vient d*étre soumis coup sur coup à plusieurs expériences d^hypnotisme, sa sensibilité est exaltée et l'état de crédulité s'établit ipso facto; il su£St alors d'une simple affirmation faite sur le ton
normal de la conversation pour déterminer les phénomènes ordinaires de cet état.
Certains sujets sont-ils assez sensibles pour que l'affirmation puisse produire le même résultat dans leur état normal? Cestce qui semble résulter des relations de quelques observateurs. Pour moi, je n'en ai point trouvé dans ces conditions : il m'a toujours fallu recourir à l'un des procédés énumérés plus haut.
Quand un état de Tbypnose est produit» il tend à se transformer en un état plus avancé ; très souvent on voit tomber de lui-même en léthargie, au bout de quelque temps, un individu qui a été mis en somnam bulisme. De même Tétat de crédulité passe à la catalepsie.
Ainsi je dis brusquement à X : < Vous voyez la Sainte Vierge > ; il la voit, me la décrit, répond à mes questions. A ce moment la peau est déjà insensible aux piqûres. Si alors je le remets à son état normal par une fiiction sur le vertex, Thallucination disparaît, mais il en garde le souvenir. Si au contraire je le laisse à sa vision, il s^absorbe de plus en plus ; ses yeux et son visage entier ont pris l'expression de l'extase ; ses membres conservent les positions qu^on leur donne; il est devenu insensible aux actions de la polarité, et si je le réveille, il ne se souvient plus de rien.
§ 6. — Du degré de réalité des liallnoinatioiis.
Il est impossible à un sujet sensible de distinguer la réalité d'avec Tballucination qu'on lui a suggérée^ si la suggestion a été bien foi te.
Les hallucinations visuelles sont celles qui se prêtent aux expériences les plus intéressantes. Elles ont pour le sujet tout le caractère de la réalité en ce sens que, chez lui^ Torgane de la vue est excité exactement comme si l'image créée par son imagination existait réellement dans le lieu où son imagination l'a placée ; mais, est-il besoin de le dire ? cette image n'y est pas.
Quelques auteurs ont cru pourtant le contraire en se fondant sur ce que Timage subissait les transformations indiquées par les lois de l'optique quand on interposait certains instruments, comme un prisme ou une lentille, entre elle et le sujet.
Cette erreur provient de ce qu'on n'a pas tenu compte du raisonnement plus ou moins conscient du sujet qui modifie son hallucination d'après les modifications subies par les objets réels placés dans le voisinage de l'image imaginaire.
M. Bernheim (i), MM. Binet et Ferré (2) ont fait à ce sujet de nombreuses expériences très rigoureuses. En même temps qu'eux, j'étudiais de mon côté la question et je suis arrivé à peu près aux mêmes conclusions. Voici quelques-uns de mes essais :
Je dis à un sujet en état de crédulité : < Vous ne
(i) De la suggestion^ pp. 101-112.
(2} Le magnétisme animal, pp. 166-194.
voyez pins M. X. > Il ne le voit plus, mais quelquefois le contact ou la voix de M • X. suffit pour faire disparaître rhallucination.
Si je dis : < Vous ne verrez plus M. X.^ mais vous l'entendrez >• Il ne le voit plus et entend sa voix sans comprendre d*ôti elle peut provenir. Le contact, ici; peut détruire Tballucination.
Si je dis : < Vous ne verrez plus M. X., vous ne l'entendrez plus, vous ne le sentirez plus »• M« X. n'existe plus pour lui ; il peut lui parler^ le frapper ; le sujet n'entendra rien, ne sentira rien •
Quand le sujet est faiblement pris^ il arrive souvent que l'hallucination ne se porte à la fois que sur un sens, mais elle se déplace alors au gré de l'opérateur.
Je dis à Benoît de penser à Tair qui lui a £ait le plus plaisir dans le dernier concert militaire, de l'entendre et de voir les musiciens qui le jouent. Rien ne se pro-* duit parce que j'ai fait mon injonction sur le ton ordinaire de la conversation ; je vais alors au piano et j'exécute quelques accords ; au 3« ou 4*, Benoit me dit : < J'entends tel air > (que je ne connaissais pas) et il le fredonne. < Voyez-vous les musiciens ? — Non. — Voyez-les >. Il les voit mais n'entend plus rien.
Je dis à Benoît éveillé : < Vous voyez Henri (réellement présent), je vais le faire passer par le trou de la serrure >• Je détermine l'hallucination en prononçant impérativement le mot : < Allez ».
Benoît voit Henri passer par le trou de la serrure, il s'en émerveille, ouvre la porte et se met à lui parler dans l'autre pièce. Fort étonné, puisque Henri éuit
resté auprès de ipoi, je vais dans cette pièce et je demande à Benoît si réellement il voit Henri. — € Certainement, puisqu'il a passé par la serrure. — Et oti est-il ? Là, parbleu ». J'appelle alors Henri qui vient me rejoindre et je le montre à Benoit. Etonnement de ce dernier qui porte alternativement ses regards du personnage réel au personnage imaginaire*
€ Vous savez bien qu'il ne peut y avoir deux Henri ; vous êtes éveillé, mais soumis à une hallucination, tachez de découvrir la vérité >•
Benoît va successivement vers les deux, les palpe, leur parle, entend leurs réponses et finit par me dire qu'il lui est impossible de distinguer.
Lui montrant alors le véritable Henri : < Voilà le faux >. Il cesse de le voir et le personnage imaginaire persiste seul pour lui ; il me manifeste sa joie de se retrouver dans la réalité. Pour ne pas troubler son cerveau par de trop fréquentes secousses, je l'endors et je lui enlève définitivement la suggestion.
Une autre fois je lui annonce, pendant le sommeil, qu^il verra, au réveil^ un de mes fils assis sur une chaise dans un endroit déterminé. Au réveil, il le voit; je l'occupe alors à autre chose et, pendant ce temps, mon fils vient s -asseoir sur une chaise près de l'image. Quand Benoît tourne ses regards de ce côté, il voit deux chaises et deux enfants. Il les palpe et ne peut distinguer la réalité de Thallucination • Il tourne autour de la chaise imaginaire en se feiisant petit pour passer entr'elle et le mur. Un des assistants s'avance brusquement vers cette chaise, Benoit fait un mouvement d'effroi provoqué par la crainte d'un accident ; puis l'hallucination s'évanouit quand il voit la personne traverser la chaise.
Je dis à Benott : < Vous voyez la canne qui est entre les mains de mon fils ; elle va venir se mettre debout sur cette table > et j'ajoute brusquement : < Voyez >• Il voit la canne, mais il n*en voit pas Timage dans une glace qui l'aurait reflet^ pour lui si la canne avait été réellement sur Tanglede la table.
Il ne voit plus la canne qui est encore entre les mains de mon fils et il ne sent pas les coups qu'on lui en donne.
Benott étant en sommeil soronambulique, je lui dis : < Au réveil, vous ne verrez que la main delà personne qui écrit au tableau >•
Au réveil, Tabbé C. écrit au tableau ; Benoit ne voit que sa main ; il la touche, la sent jusqu'au poignet, mais ne perçoit rien au-delà. J^approcbe un miroir, Benoit y voit l'abbé tout entier sauf sa main droite.
Je recommençai cette expérience quelques jours plus tard et Benott vit la personne entière dans la glace.
Je rends une personne invisible par un procédé quelconque, je Tamène devant une fenêtre de manière à intercepter le jour. Je demande au sujet éveillé s'il ne voitrien d'extraordinaire. Il répond qu'il voit une ombre et il cherche en l'air d^oU elle peut provenir. Je le prie de me la délimiter avec la main ; il suit le contour de la personne invisible ; je lui dis de passer la main à travers l'ombre et je la guide vers le milieu du corps de cette personne ; quand il en approche, il éprouve une résistance avant de toucher, puis s'il persiste, sa main glisse à droite et à gauche et il s'ima-
gine avoir traversé Tombre. Si je pousse fortement la main sur le corps en question, je finis généralement par détruire la suggestion.
J'ai répété cette expérience à plusieurs reprises et avec divers sujets ; elle donne toujours les mêmes résultats.
Etant dans un jardin, je suggère à Benott, par commandement, la vue dMn oiseau, sur un arbuste. Il le voit. Je lui dis de le regarder avec une lorgnette de spectacle ; il le voit plus gros. Je lui fais retourner la lunette et, à son grand étonnement (car il ne connaissait pas le phénomène), il voit l'oiseau plus petit. Les modifications dans la grandeur de Tarbuste lui avaient servi de point de repère •
Je lui enlève la mémoire de cette expérience et je fais apparaître l'oiseau dans le ciel, alors sans nuages ; il le voit de la même grandeur par le gros et par le petit bout de la lorgnette. Il n'avait plus de point de repère.
Je suggère à un sujet de voir un point noir sur une feuille de papier. Je place sur le point imaginaire un cristal de spath d'Irlande et je le fais tourner. Le point ne se dédouble pas.
Je recommence l'expérience quelques jours après avec le même sujet, le point se dédouble. Il y avait suggestion par souvenir.
Je dis à un sujet de fixer avec son œil droit un point noir marqué sur une feuille de papier blanc en le prévenant qu'il va voir à cette place un jeton d'un rouge éclatant. Quand il l'a regardé pendant quelques
secondes, j'approche la partie extérieure de mon petit doigt de son œil droit de manière à enlever la suggestion par hétëronome. Il ne voit plus le jeton mais un cercle vert (couleur complémentaire).
Je mets le côté droit de Benoit en état de crédulité en appliquant la partie externe de mon pouce sur le côté droit de son crâne et je lui dis : < Cette fjBuille de papier est rouge » ; il la voit rose avec ses deux yeux. S'il ferme Tœil gauche, il la voit rouge ; s'il ferme i'œil droit, il la voit blanche «
Je mets les deux côtés de Benoît en état de crédulité par l'imposition de la main droite et je lui dis : < Vous verrez mon doigt bleu avec 1 œil gauche et jaune avec l'œil droit » ; il le voit de sa couleur naturelle avec ses deux yeux, mais suivant l'oéil qu'il ferme, il le voit jaune ou bleu. Si la suggestion est peu intense il rai«sonne inconsciemment et il le voit vert parce qu'il croit que le bleu et le jaune mélangés forment du vert.
Je dis brusquement à Benoît qui regarde par la fenêtre : € I^ pavé est rouge » ; il le voit rouge. . J'interpose un verre vert, il le voit blanc ; j'enlève le verre, il revoit le pavé rouge. •
Je fais voir à l'un quelconque de mes sujets la personne à laquelle il pense^ dans un diamant, par la fixation du regard ; il voit cette personne toute petite parce qa il a l'idée de la voir dans le diamant ; j'interpose une feuille de papier entre le diamant et son œil, rballucination disparaît pour le même motif.
J'annonce au sujet que je vais lui fiaire voir
la même personne en grandeur naturelle dans la chambre et je détermine Tétat de crédulité par la pression du vertex. Je place alors un carton àquelquedistance devant lui ; je cache ainsi tout ou partie de la personne imaginaire, mais seulement dans le cas oti le sujet juge que le cartoû est interposé entre lui et le lieu où son imagination a placé l'image.
L'œil s'accommode pour voir cette image où le sujet la suppose ; si je fais avancer ou reculer, par sugges* tion» cette image, le cercle de la pupille se rétrécit ou s'agrandit.
Je prie un sujet de regarder mes yeux et je lui dis queje vais devenir invisible. Si le sujet est sensible, je disparais tout à coup lorsque l'état de crédulité s'est produit par la fixation de son regard. Si le sujet est peu sensible, je disparais peu à peu en commençant par la téte«
Ayant réuni plusieurs sujets dans une salle obscure pour essayer d'apercevoir les lueurs de Reichenbacb, et, n'ayant rien obtenu de précis, je leur donne la suggestion que le lustre s'allume. Ils voient la chambre complètement éclairée où plutôt ils perçoivent une sensation de lumière générale, car lorsque je les prie de désigner où est telle ou telle personne, ils ne le peuvent pas. Il y a cependant hyperesthésie de la vue, car ils reconnaissent la personne quand elle est suffisamment rapprochée.
J'ai essayé de déterminer la netteté des images hallucinatoires en priant Benoît de dessiner ces images.
J^ai réuni dans la planche XVII les résultats ainsi obtenus.
Les figures i, 5, 6 ont été dessinées par lui à Tétat normal.
Les figures 2, 4, 7 sont les mêmes objets quand il suit les contours quMl voit sur le papier par suggestion.
La figure 3 donne le même chien quUl a voulu représenter dans les figures i et 2 ; mais il le voyait alors dans le lorgnon à verres rouge et violet.
L'hallucination se produisait^ en ce cas, seulement lorsque la lumière arrivant au fond de son œil était assez intense pour mettre la rétine en état de crédulité par action de polarité isonome. Comme l'expérience se fietisait le soir, il était obligé de regarder la lampe pour faire naître l'image, puis il portait son regard sur le papier pour dessiner de souvenir.
Je lui ai fait remarquer la différence d'attitude entre le n^ 2 et le n* 3 ; U m'a répondu qu'il voyait ainsi.
§ 7. — Du degré de puisianoe des suggestiona*
Je donne, par un procédé quelconque, à Tétat de veille ou de sommeil somnambulique, la suggestion à un sujet de ne pouvoir franchir une ligne tracée sur le parquet.
Qu'il se rappelle ou non la suggestion, quand, par suite d'un déplacement quelconque, il arrive sur la ligne, le haut du corps continue à se mouvoir pendant que les jambes sont clouées au sol, de telle sorte qu'il
tomberait si on ne le retenait ou s*il ne parvenait à reprendre son équilibre.
L'explication qui se présente la première, c^est que, les jambes étant immobilisées par l'action du cerveau, le haut du corps continue à se mouvoir sous l'influence de la vitesse acquise. Cette hypothèse ne rend pas suffisamment compte dii âiit suivant :
Le sujet s'assied dans un charriot ou sur une chaise qu'on amène très doucement vers la ligne. A mesure qu'il s'en approche, son corps s'incline fortement en avant et il dit quMl se sent attiré par l'estomac.
J'ai refait l'expérience de différentes manières avec divers sujets, en les amenant sur la ligne par des mouvements en avant ou en arrière, en leur faisant passer plusieurs lignes successives après avoir essayé de les dérouter en disant, après chaque passage, que l'expérience était finie ; le résultat a toujours été le même : attraction du haut du corps du côté de la ligne lorsqu'il est à proximité de cette ligne, de sorte que si, par exemple, le sujet est traîné, la figure tournée vers la ligne, son buste se penche en avant, avant qu'il Tait franchie et en arrière après.
Le baron Du Potet attribuait 4'attraction exercée parles lignes à la force déposée par la volonté de l'opérateur dans la matière qui lui a servi à tracer ces lignes. S'il était besoin ici de discuter ces idées, il me suffirait de dire qu'on obtient le même résultat en suggérant au sujet qu'il ne pourra franchir le bord du tapis sur lequel il se trouve.
Ces phénomènes d'inhibition donnent lieu à des effets très curieux qui rappellent les scènes de magie décrites dans le Faust de Goethe. On peut armer d'épées plusieurs sujets susceptibles de recevoir les
suggestions à l'état de veille et leur affirmer qu'ils ne pourront vous toucher ; on les voit alors se consumer en efforts impuissants sans parvenir à vous atteindre. Si vous prenez vous-même à la main une baguette quelconque comme pour parer leurs coups, leurs armes sembleront fuir devant la vôtre et vous pourrez mettre fin à ce combat inégal en renversant chacun de vos adversaires par un simple geste brusque qui leur donne une suggestion de recul, trop rapidement suivie d*effet pour q\ïils restent debout.
On peut faire paraître ainsi un objet lourd et léger à volonté, du moins dans de certaines limites.
Par la suggestion on parvient en effiet à augmenter momentanément la force du sujet et il est |x>ssible d*empêcher celui-ci de &ire le plus petit effort. Bien plus^ à Grenoble, je dis à R. sur lequel j'opérais pour la première fois : < Vous ne parviendrez pas à soulever ce livre. » Il ne put même pas en approcher ; il se sentait arrêté chaque fois qu'il tendait les mains pour le saisir. Généralement le sujet se comporte exactement comme si le livre était extrêmement lourd et il fait tous les gestes qui correspondent à cette idée^ essayant de Tenlever par un desicoins, de le faire glisser, etc.
J'ai recherché, à diverses reprises, avec Benoît^ quelles pourraient être les variations de ses efforts sur un dynamomètre sous l'influence de la suggestion ; je suis arrivé à des résultats à peu près constants.
Son effort normal étant de 70*, il n^amène plus que 350 quand je lui dis qu'il a perdu sa force/et il va jusqu'à i35<»quand je lui affirme qu'il est devenu très fort.
Etant dans un laboratoire où se trouve un robinet
de fontaine^ je mets un sujet en état de crédulité et je lui dis : < Le robinet est ouvert, voilà tout le sol couvert d'eau >. Il voit Teau, marche sur la pointe du pied et gagne une échelle double sur le premier échelon de laquelle il monte. Je répète à plusieurs reprises : < Je ne puis fermer le robinet, Teau monte toujours: j'en ai jusqu'aux genoux, jusqu'à la poitrine^ jusqu'au cou. »
Le sujet, chez lequel Phallucination se prononce de plus en plus, monte jusqu'au dernier échelon ; son visage s'altère et devient pâle ; il se débat, il ne respire plus qu'à peine et il allait se noyer si je n'avais mis fin à la scène en le soutenant et en commandant : < Réveillez- vous >.
Ces expériences sont fort dangereuses^ et il est bon de rappeler qu'on peut mourir de peur. On connaît plusieurs exemples bien constatés de ce phénomène.
Le premier est le cas classique d'un condamné anglais du siècle dernier, livré à des médecins pour servira une expérience psychologique^ dont la mort fut le résultat. Ce malheureux avait été solidement attaché à une table avec de fortes courroies ; on lui avait bandé les yeux; puis on lui avait annoncé qu'il allait être saigné au cou et qu'on laisserait couler son sang jusqu'à épuisement complet; après quoi, une piqûre insignifiante fut pratiquée à son épiderme avec la pointe d'une aiguille, et un siphon déposé près de sa tête, de manière à faire couler sur son cou un filet d'eau qui tombait sans interruption, avec un bruit léger, dans un bassin placé à terre. Au bout de six minutes, le supplicié, convaincu qu'il avait dû perdre au moins sept à huit pintes de sang, mourut de peur.
Le second exemple est celui d'un portier de collège
qui s'était attiré la haine des élèves soumis à sa surveillance. Quelques-uns de ces jeunes gens s'emparèrent de sa personne, renfermèrent dans une chambre obscure et procédèrent devant lui à un simulacre d'enquête et de jugement. On récapitula tous ses crimes, et on conclut que, la mort seule pouvant les expier, cette peine serait appliquée par décapitation. En conséquence, on alla chercher une hache et un billot qu'on déposa au milieu de la salle ; on annonça au condamné qu'il avait trois minutes pour se repentir de ses fautes et faire sa paix avec le ciel ; enfin, les trois minutes écoulées, on lui banda les yeux et on le força de s'agenouiller, le col découvert, devant le billot, après quoi les tortionnaires lui donnèrent sur la nuque un grand coup de serviette mouillée et lui dirent, en riant, de se relever. A leur extrême surprise, l'homme ne bougea pas. On le secoua, on lui tâta le pouls : il éuit mort !
Enfin, tout récemment, un journal anglais, La Lancette^ a raconté qu^une jeune femme de Keating, voulant en finir avec la vie, avait avalé une certaine quantité de poudre insecticide, après quoi elle s'était étendue sur son lit où elle fut trouvée morte au bout de quelques heures. Il y eut enquête et autopsie. L'analyse de la poudre trouvée dans l'estomac, et qui n'avait même pas été digérée, démontra que cette poudre était absolument inoffensive par elle-même, au moins pour un être humain. Et pourtant, la jeune femme était bel et bien morte.
Il peut y avoir dans les suggestions un autre danger, c'est leur persistance.
J^en ai indiqué des exemples au § 3 du présent chapitre, dans les expériences VIII et IX.
La suggestion exerce son action non seulement sur les accidents passagers qu'elle développe, mais encore sur toute une classe de maladies ou infirmités invétérées qui ont une origine psychique^ suivant l'expression consacrée aujourd'hui (x).
Ces états morbides surviennent souvent à la suite d^émotions ou de coups violents} on a particulièrement étudié ce côté de la question en Angleterre (2) et en Amérique (3) oti les accidents de chemins de fer sont firéquents et entraînent souvent à leur suite l'obnubilation et même la disparition des sens (vue, ouïe, odorat), la claudication, la contracture des membres, etc.
Le Dr Lober a montré (4) qu'ils étaient susceptibles de disparaître sous l'influence de la suggestion, mais qu'il était bon de renforcer celle-ci par quelques pratiques auxiliaires destinées à impressionner le plus possible l'esprit du malade. < Cest ainsi que, dans un cas de contracture douloureuse du genou, on amena la guérison de l'arthralgie et de la contracture en redressant brusquement le membre et en avertissant l'enfant que Ton serait forcé de pratiquer la même opération toutes les fois que le membre reprendrait sa position vicieuse. La crainte des douleurs provo* quées par ce redressement brusque amena la guérison
(i) f Un bon tien de la patholooie se rapporte à des lésions qui sont inconnues. > Chakcot. Leçon du 3i mon j886 à la Salpétrière.
(a) Rbiholds. Remarks an paralysie, etc. (British médicsl journal. Nov. 1869).
(3) Wint MrrcaicLL. Lectures on diseases of the nervous System especialty in woman. — Philadelphie, i8dB.
(4) LoBsn. Paralysies, contractures, affections douloureuses de cause psychique. — Paris, 1886.
— apode la contracture et de l'arthralgie (i) %. Pour une monoplégie brachiale, M« Cbarcot a réveillé l'idée du mouvement ches le malade en lui plaçant un dynamomètre dans la main et en lui enjoignant de serrer de toutes ses fimes*
Sobembeim raconte qu'un médecin donnait des soins A un homme atuint d'une paralysie de la langue et que nul traitement n'avait pu guérir. Il voulut essayer un instrument de son invention dans lequel il avait grande confiance ; mais, avant de procéder à l'opération, il introduisit dans la bouche du patient un thermomètre de poche. Le muet s'imagine que c'est là l'instrument sauveur ett au bout de quelques minutes, il s*écrie, plein de joie, qu'il peut remuer librement la langue.
Le D* Bemheim a guéri, par un procédé analogue, une jeune fille atteinte, depuis quatre semaines, d'un aphonie nerveuse complète. Ayant appliqué la main sur le larynx et imprimé quelques mouvements à l'organe il lui dit : < Maintenant vous pouvez parler »• En un instant il lui fait prononcer successivement a, puis £, puis Marié. Elle continua à parler distinctement, Paphonie avait disparu (2).
Dans le même hôpital de Nancy, un jeune homme hystéro-épileptique avait, pour son œil gauche, le champ de la vision notablement rétréci et Pacuité visuelle réduite d'un tiers (optomètre de Badal). M. Charpentier augmenta notablement Fun et Tautre par TappUcation d*un courant interrompu à l'œil infirme ; M. Bemheim obtint une nouvelle amélioration en
(i) liOBiif !• c.» p. io5«
(a) Rmnma, La suggutkm^ p. aia«
-^ agi —
fiedsaot simplement le simulacre de ropàratioQ (i). Aplusieurs reprises ona vu, dansles hdpitaux de Paris,, une intimation soudaine déterminer brusquement la guérison d'une paralysie psychique datant peut-être de fort loin et qui, jusque-là, avait résisté & la mise en œuvre des agents thérapeutiques les plus variés. < Ainsi, par exemple, dit M . Charcot (2), Ton fait sortir de force du lit où elle était depuis longtemps immobile, une femme atteinte d^une paraplégie de ce genre ; puis, l'ayant placée sur ses pieds, on lui dit : MarchesÇp et voilà qu'elle marche. C'est là un exemple de guérison miraculeuse qui en explique beaucoup d^autres. Rien de mieux établi que ces ùits dont, pour mon compte, j'ai été témoin plus d'une fois > (3).
Le D' Voisin a donné (4) l'observation d'une monoplégie hystérique avec contracture du membre supérieur droit, datant de six mois, guérie par la suggestion hypnotique.
' < Une condition indispensable pour guérir les maladies psychiques, c'est Visolement. Cette indication s'impose surtout s'il s'agit d'enfants ou d'adolescents qu'une âunille éplorée entoure de soins assidus, très louables à la vérité, mais allant absolument à rencontre du résultat qu'on veut obtenir (5) >.
(i) BmiBEiii, I. c, p. aSa.
(a) Leçon sur les paralysies psychiques, dtée par le D*- Lober, p« io3.
(3) Chaboot. Leçons sur les maladies du ^stème nerveux, 1. 1, 5« éd. p. 556 et tulv. — P. Jamst, Remte politique ei littéraire^ n^du 2 août 1884^ p. i3z.
' (4) Qdrchivss de nécrologie (sept. 1886).
(5) LoBBEy L c. p. io5.
Et ingiesstts ait iUia: Quid torbamini, et ploratia) pnella non est mortua sed dormit. &t irridebant eum. Ipae verô, ejectis omnibus, assumit patrem et matrem puelke et qui secum erant et ingreditur ubi puella erat jaœiis. Et tenens manum pueU«,
Il fiiut en eflfet que l'esprit du malade soit fortement concentré sur Tidée de la guérison certaine pour fiiire disparaître Tauto-suggestion qui est Torigine ordinaire de la maladie.
€ L'analyse clinique nous permet donc dès maintenant de comprendre l'état mental de nos malades (i). Il est caractérisé par un afCaiblissement ^es facultés supérieures de l'intelligence, que Ton désigne sous le nom de fiicultés coordinatrices, la volonté, le jugement, l'attention^ par une obnubilation plus ou moins complète de la conscience, qui livrent les centres psychiques aux caprices des facultés Imaginatives et aux idées erronée» qui r^ent sans contrôle.
€ Chez nos malades c'est le traumatisme ou l'émotion qui ont développé cet état mental que certaines manœuvres provoquent chez l'hypnotique. Et, dans ces conditions, si une idée de paralysie ou de douleur prend naissance dans le centre psychique, elle s'y fixe, s'impose au sujet et finit par se transformer en véritable paralysie ou en véritable douleur (2). %
ait illi : Talitha Cuxi, quod est interpretttum : Puèllt (tibi dico) surge. (Mabc, V, 39-41.) '
- (i) n ftut remarquer que, parmi les personnes sur lesquelles ont portié les obsàrations. se trouvaient de rigoureux ouvriers nullement prédisposés à l'nypéresthésie du système nerveux.
Les conséquences pratiques de ces observations sont très importantes, parce qu'il suffit souvent d'un traitement de quel-
2ues minutes pour faire dbparattre des infirmités survenues la suite d'accidents et pour lesquels les tribunaux auraient alloué aux victimes des indemnités considérables.
(a) L0BBB9 /• c» p. 79*
S 8. — Bssai de théorie.
Il 7 a, dans les phénotnèoes de Thypnose, trois ordres de hits qui paraissent surtout extraordinaires. Ce sont :
i» Les alternatives d'engourdissement et d*excitation que présentent les facultés du sujet quand celuici parcourt les phases successives du sommeil.
a* La transformation de sa pensée en hallucination ou suggestion.
3* La faculté qu*il possède de mesurer le temps.
Il serait prématuré de vouloir présenter une théorie, mais je vais essayer de montrer comment ces faits peuvent se rattacher, plus ou moins, à d'autres déjà observés.
Le phénomène de F inhibition^ découvert par M. Brown-Séquard, mais dont le mécanisme nous échappe encore, explique jusqu'à un certain point les premiers. Il est prouvé, en effet, par l'expérience, que l'excitation portée sur un point du système nerveux a souvent pour effet de paralyser l'activité d'une autre partie du même système. On conçoit que l'inverse se produise également et, par suite, qu'il se produise une série d'effets contraires suivant que l'effet des actions, soitextériéuresou psychiques, gagne telleou telle partie du cerveau ; les modifications de la circulation san« guinedans la masse cérébrale jouent certainement dans ce cas un grand rôle, car on sait que cette irrigation se fait par territoires isolés, par bassins pour ainsi dire, et j'ai fiiit voir Tinfluence prépondérante
de son activité daos la production de lliypnose. D'autre part, les facultés intellectuelles et sensitives sont aussi localisées en des points spéciaux.
Je dois entrer maintenant dans quelques détails plus précis sur le mécanisme de la pensée, avant d'aborder la question des hallucinations et des suggestions.
Quand quelqu'un me parle, il met en mouvement Tair dont les vibrations viennent frapper mon oreille ; sous leur influence le nerf acoustique est lui-même ébranlé et les vibrations se transmettent de son bout externe (le tympan) à son bout interne (le corps optostrié) ; là elles se transforment en pensées par un procédé inconnu.
Ma pensée se transforme à son tour en mouvement quand je le juge nécessaire, en faisant vibrer les nerfs préposés è la motilité, de l'intérieur à l'extérieur.
Ce que je viens de dire pour un des sens s'applique à tous les autres ; ainsi les nerfs sensitifs sont organisés de manière à transmettre les vibrations centri^ pètes f c^est-à-dire du dehors au dedans, et les nerfi moteurs le sont de manière à transmettre les vibrations centrifuges, c'est-à-dire du dedans au dehors.
On peut cependant concevoir qu'un nerf qui vibre dans un sens puisse vibrer dans un autre et par suite que la pensée puisse se transformer en sensation ou le mouvement en pensée (i). Nous en avons tous les jours des preuves plus ou moins nettes chez les personnes qui parviennent à se figurer l'objet auquel
(i) « Les filets nerveux peuvent être remués de deux manières, ou par le bout qui est hors du cenretu, ou par l'extrémité iqut plonge dans la masse... Si ces filaments sont remués dans le cerveau» n'importe par quelle influence, Tâmc aperçoit quelque chose au dehors. > {MatehwKhe).
elles pensent ou chez qui certaines idées sont suggérées par tel ou tel mouvement du corps, comme nous l'avons déjà fiait remarquer à propos de l'état cataleptique, (i)
Si les ner£s possédaient, d^une façon complète et permanente, la fiiiculté de pouvoir transmettre les vibrations dans les deux sens, les conditions de notre vie actuelle seraient complètement bouleversées ; nous ne saurions distinguer le réel de l'imaginaire et nous n^aurions plus notre libre arbitre, puisqu'il suffirait qu'une idée quelconque fut éveillée en nous pour qu'elle fût fiatalement suivie d'exécution.
. C'est justement le cas des hypnotisés.
Il y a donc, dans notre cerveau, un organisme ayant pour mission d'arrêter les vibrations centripètes des nerfe moteurs et les vibrations centrifuges des nerfs sensi tifs. Cet organisme fonctionne quand l'individu est à rétat normal ; il cesse de fonctionner, il est engourdi, dans l'état hypnotique.
Si maintenant on se reporte à ce que nous avons dit dans le § 2 de ce chapitre, on sera amené à supposer que cet organisme modérateur se trouve dans la partie périphérique du cerveau, puisque c'est la diminution de Tactivité de cette partie qui détermine l'hypnose.
Or, c'est précisément à cette conclusion qu'on arrive par des considérations d'un tout autre ordre*
M. Luys s'exprime ainsi (2}:
(i) On connaît la scène du Barbier de Séville où Basile prend
nèvre par sug^tion.
J'ai lu, je ne sais plus où, qu'un écrivain célèbre avait l'habitude de prendre toutes les poses caractéristiques d'une passion quand il voulait en donner le langage à ses héros.
(2) Traité clinique et pratique det nudadi^ mentales, p. q5. — Paris, 1881. 1- ï r 7
< Les recherches des physiologistes modernes, avec quelques variautes i) est vrai, tendent toutes à considérer les réseaux de Pécorce cérébrale comme éunt par excellence le domaine propre de ractivité psychU que et intellectuelle et à voir dans les noyaux centraux opto-striés un substratum organique destiné à servir de support à un tout autre ordre de phéno-. mènes. Dans les couches optiques ce serait principalement les impressions sensorielles qui seraient élaborées et tranformées, tandis, que dans la substance grise du corps strié^ ce serait au contraire les phénomènes de Finnervation motrice qui auraient leur foyer d'émission. »
De même, Gh. Richet (i) :
< La direction, la volonté, la spontanéité de ces diverses actions ont probablement leur siège dans la partie périphérique du cerveau : dans Técorce grise des circonvolutions cérébrales.
< Il a été démontré par' beaucoup de physiologistes que les centres . nerveux supérieurs exercent à Pétat normal une sorte d'action modératrice sur les actions nerveuses automatiques. Les choses se passent comme si, constamment, des centres supérieurs de l'encéphale, un influx nerveux modérateur allait vers les centres nerveux inférieurs (protubérance, bulbe, moelle), pour diminuer Tintensité des mouvements réflexes dont ils sont le siège. >
De même encore Berhheim (a) :
< A Tétat de veille, la partie active et raisonnante du cerveau, appelons-la pour fixer nos idées, mais sans
(i) Vkomme et Vi«t€lligenee\ p. 227. * (a) Z>e fa suggestion^ p. i63.
attacher à cette expression une signification anatomique précise, étage supérieur du cerveau, cette partie, dis-je, intervient et contrôle ; elle modère ou neutralise la partie Imaginative ou automatique, appelons celle-ci étage inférieur du cerveau. Dans le sommeil, cette influence cesse : Tétage supérieur du cerveau est engourdi ; l'activité cérébrale est concentrée sur les centresd'imagination et automatiques ; autrement dit, le contrôle intellectuel est diminué. >
Ainsi l'on peut au moins concevoir comment la pensée se transforme en hallucination ou en acte, maU gré la volonté du sujet qui conserve toute la lucidité de son esprit, mais qui n'est pas plus capable d'empêcher le phénomène de se produire qu^il n'est le maître de ne point étemuer quand il a humé une prise de tabac. Il voit, il entend, il sent ce qu'il a dans Fesprit exactement comme si sa vue, son ouïe; son odorat avaient été frappés réellement par la lumière/ le son, l'odeur, puisque le nerf présidant à cette sensation a ^bré sous l'influence d'une excitation interne exactement comme il l'aurait fait sous l'influence d'une exci^ talion externe (i).
L'insensibilité des divers sens par suggestion se comprend encore ; car il n'est, pas plus difficile d'ad-
(i) Ce qui 86 produit pour le cerveau par la paralysie de la fiiculté modératrice se produit Clément pour chaque organe des sens.
Je dis à un sujet de penser à une odeur : il y pense mais ne la sent pas. — Je mets une polarité contracturante contre sa narine, il sent l'odeur (pourvu que la contraaure ne dépasse pas une certaine limite). — Je remplace la polarité contracturante par une polarité contraire, il ne sent plus rien.
Ainsi, la pensée a mis en mouvement le nerf olfactif par son bout interne dès que la muqueuse du neu ? n*a plus rempli son rôle modérateur.
mettre qae la pensée, qui ùAt vibrer un nerf, peut en paralyser le mouvement.
Le phénomène des suggestions à échéance est beaucoup plus obscur. Pour lui trouver un semblant d*explication, il faudrait entrer dans de longues considérations sur le mécanisme de la mémoire ; aussi me bomerai-je ici à faire remarquer que vraisemblablement rhypnotisé^ quand il reçoit un ordre, dispose automatiquement certaines cases de son cerveau de manière à exécuter cet ordre au moment voulu.
Mais comment compte-t-il le temps ? Voilà ce qui est le plus mystérieux.
On comprend bien, à la rigueur, que le sujet puisse prendre des points de repère quand il se trouve dans un état cérébral analogue à celui oti il a reçu la suggestion et oti par conséquent il peut se la rappeler. Cest la théorie proposée par M . Bernheim ; seulement elle ne s'applique qu'au cas oti il s'agit de termes assez éloignés coupés par des temps de sommeil et elle ne permet d'admettre comme unité de mesure que des jours. Le jour est du reste quelque chose de réel, de tangible pour tout animal ; il est constitué par l'accomplissement d'une période de sensations dues au cours du soleil et à l'accomplissement de besoins quotidiens. On peut encore admettre que l'organisme parvienne à distinguer des fractions de jour: le matin ne ressemble pas au soir.
Que penser lorsqu'on voit la suggestion s^accomplir au bout d'un nombre déterminé de minutes, c'est-àdire d'unités qui sont absolument conventionnelles, et cela en l'absence de tout instrument permettant de les apprécier?
Il taut admettre que le calcul du temps se fait à
l'aide de la respiration ou de qudqu^autre fonction analogue; mais qui compte? C'est V inconscient^ a-t-on dit. Belle explication (i ) t
Je mets Benoit en l^er ëtat de crédulité par une courte imposition des mains. L'insensibilité de la peau permet seule de constater qu'il n^est pas dans son état normal (2); il cause, raisonne et agit exactement comme d'ordinaire. Je lui dis < Sifflez > ; aussitôt il siffle involontairement. Je lui dis < Vous sifflerez > sans préciser le moment ; rien ne se produit. Je lui dis < Vous sifflerez dans cinq minutes > et je l'occupe à autre chose ; au bout des cinq minutes, subitement, au milieu d'une phrase, sa bouche se contracte et il se met à siffler. Il ne pensait plus à cet acte qui s'est produit automatiquement et sans qu'aucun prodrome l'en ait averti.
Je rendors et lui dis : < Dans 18 minutes vous mettrez votre main droite sur la table et vous Vj laisserez cinq minutes. > Au bout de 8 minutes (il m'avait mal entendu), il met sa main droite sur la table. Cette main est complètement insensible, mais lui a l'esprit parfaitement net. < Pourquoi àvez-vous mis la main sur la table? — Je n^en sais rien ; elle elle là comme elle serait ailleurs. — Je vous prie de Tôter. > Vains efforts; je lui dis que c'est une suggestion et que je la lui enlève en lui disant de Tôter : il ne réussit pas mieux. Il fout que je le mette en état de crédulité par injonction brusque pour qu'il puisse m'obéir.
(i) Deaucoup de personnes ont la faculté de se réveiller à une heure déterminée. Trèi bien. Ce rapprochement prouve qu'il n^ a pas besoin de faire intervenir les puissances occultes pour expliquer le phénomène, mais il ne l'explique pas.
(2) Cette insensibilité quoique très générale n'est point un caractère al^solu.
— 3od —
J« ferai observer en terminant que le sommdl hypnotique et le sommeil naturel sont très probablement identiques. On a vu, par Texpérience XXIX du $ 3 de ce chapitre, que j'avais donné à Benoît une suggestion pendant son sommeil naturel; j'ai Elit réveiller, le matin, plusieurs autres de mes sujets par la simple imposition d'une main en hétéronome.
Le magnétiseur Hansen racontait que, pendant son en&nce, il s^amusait, U nuit, à parcourir le dortoir de sa pension faisant des suggestions à ses camarades endormis ; plusieurs réalisaient, le lendemain, les actes commandés, ne se doutant pas qu'ils eussent été suggérés. M*. Bemheim a constaté que si, pendant la nuit, il levait le bras d*un de ses malades et le tenait ainsi pendant quelque temps, le bras restait souvent en Tair comme si le sujet était en catalepsie (Revue de Phypnotisme 1886, p. 1 3 5). Beaucoup de personnes endormies répondent aux questions qu'on leur adresse et ne se souviennent de rien au réveil. J'avais au lycée de Grenoble un camarade qui souvent parlait en dormant ; un soir de sortie il dormait déjà d'un sommeil agité quand plusieurs dé nous rentrèrent au dortoir. On essaya de le réveiller et on s'aperçut avec étonnement qu'en touchant successivement diverses parties de son corps on évoquait chez lui l'idée de scènes ou ces parties jouaient un rôle ; ainsi, quand on agissait sur la plante des pieds, il s'adressait à une interlocutrice qu'il priait de prendre un lit plus long, etc. Enfin, on connaît depuis longtemps, ce fiait que, chez beaucoup de personnes, il se produit des hallucinations au moment où commence le sommeil naturel et au moment oti il finit. Ces hallucinations appelées hypna-' gogiques ont été spécialement étudiées par M. Alfred
— 3or —
Maujy (i) qui les éprouvait souvent. J'ai essayé de me les donner mais je n'ai point réussi parce que je ne possède point la faculté d^objectiver fiicilement m^ pensée.
Ainsi, en définitive^ je crois que pour être un bon sujets il faut, à la fois, posséder cette propriété d'objectivation et avoir le sang assez mobile pour que la circulation puiise se ralentir ou s'accélérer dans l'écorce cérébrale sous de fiaibles influences.
Les sujets peuvent-ils être reconnus & des caractères extérieurs? Je ne pense pas que cela soit plus Sicile que de reconnaître au visage ceux qui ont l'oreille juste.
Doivent-ils être considérés comme des infirmes? Cela dépend. Est mal armée pour le combat de la vie toute nature trop impressionnable. Les cœurs sensiblesi les esprits d'artistes sont généralement roulés par les flmes vulgaires. Mais que de jouissances inconnues •à celles ci n'ont-elles point en compensation?
La sensibilité hypnotique se rencontre dans toutes les conditions sociales et avec tous les états de culture intellectuelle: beaucoup d'expériences ont été faites sur des agrégés de la faculté de médecine et de la fisculté des lettres de Paris.
C'est donc une grossière erreur de croire que les sujets sont fiitalement voués à Tabrutissement. Si au
(i) Lé sommeil et les rêveSy ch. IV.
Aoercombrie raconte, dans son ouvrage sur les facultés intellectuelleSy qu'un médecin, ayant rêvé qu'il voyait un baboin gigantesque, se réveilla en sursaut par l'impression qu'il en ressentit. Il se leva, se dirigea vers la table qui se trouvait au milieu de l'appartement. Uéuit alon très éveillé et reconnaissait parfaitement les objets autour de lui et cependant il distinguait très nettement aussi le baboin, près de la muraille, au bout de la chambre, qui continuait à lui faire des grimaces.
Cardan était sujet, dans son enfiince, à ces hallucinations qui se produisaient à son réveil. (Lu livres de Cardan^ p. 455, v*.)
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lieu d'abuser de leur fiaculté ils en usent au contraire avec sagesse, ils acquièrent sur le reste des hommes une supériorité incontestable, puisque, capables de se donner à eux-mêmes des suggestions, ils sont les maîtres de leurs passions, de leurs sens et peuvent presque toujours défier la douleur.
§ 9. — I/hypnoaa ohes lea animaux
La plupart des phénomènes de l'hypnotisme et du magnétisme peuvent être obtenus sur les animaux par les mêmes procédés que sur Thomme.
Dès 1646, le P. Kircher dtait sous le nom d'Expé" rimentum miràbile (i) la pratique populaire qui con-» siste à prendre une poule qu'on place lea pattes liées devant une ligne qu^on trace sur le sol ; au bout- de quelques instants la poule reste sans mouvement» conservant cette attitude, même lorsqu'on enlève la ligature et qu'on l'excite.
MM. Binet et Feré rapportent (3) une curieuse pratique des fermières du pays de Caux qui montre qu'on peut modifier Finstinct par suggestion. < Lorsqu'une poule a pondu un certain nombre d'œu& dans un nid
(i) Qân Magna lucis et umbrce.
(a) Le Magnétisme animal^ p. 270. — Parii, 1887.
J*ai essaye de donner une suggestion à mes cheraux en leur posant un gros aimant en fer à cheval en isonome sur le front et en fiiisant mine de prendre de l'avoine et de la leur donner. Si l'animal avait été mis en état de crédulité, il aurait mangé QStte avoine imaginaire ; mais je n'ai pas réuad.
de son choix et qu'elle a commence & couver, si, pour de3 raisons particuliàres, on veut lui faire couver d'autres œufs dans un autre nid, on lui place la tête sous une aile et oh la balance un certain nombre de ioi$ jusqu'à ce qu'elle dorme, ce qui arrive rapidement, puis on la place dans le nid qu'on lui destine ; à son réveil elle ne songe nullement à son propre nid» elle a adopté les oeufs étrangers. Quelquefois» on peut, par le même procédé, faire couver des poules qui n^ont pas encore manifesté l'intention de le faire. >
En 1828, un Hongrois, Balassa, fit connaître (i) une méthode qui permet de ferrer les chevaux les plus vicieux* En se plaçant bien en face de lui et en le fixant dans les yeux (3), on amène le cheval à reculer et à lever la tête ; son cou se raidit et souvent il demeure complètement immobile, au point de ne pas bouger, même si l'on tire un coup de fusil dans le voisinage; on emploie avec succès comme auxiliaires pour le calmer et l'assouplir, des frictions douces avec la main, en croix sur le front et sur les yeux. Cette méthode est encore en usage dans Tarmée austro-hongroise sous le nom de dos ballassiren.
Il y a quelques années, Rarey domptait les chevaux les plus rétifs par des procédés analogues. Il opérait de douces frictions, espèces de passes magnétiques, sur le cou ou sur le nez de Tanimal, pendant qu'il concentrait son attention par la répétition incessante des mêmes paroles avec la même intonation flatteuse. Après être resté enfermé pendant trois heures avec rétalon Cruiser^ Tun des animaux les plus vicieux
(i) Méthode des Httfbeicklagee ohne twang. Wien, 1828.
(a) Le regard a une action propre sur laquelle je reviendrai dans le chapitre IX.
qai aient jamais existé, il le rendit tellement souple qu'on put le monter immédiatement, alors que depuis trois ans aucun palefrenier n^avait osé s'en approcher même pour le pansage (i).
En 1873, Cze r mack cataleptisa divers oiseaux, des salamandres, des écrevisses, des lapins, par simple fixation d'un objet (doigt, allumette* ••) placés devant leurs yeux, ou bien en maintenant quelque temps ranimai immobile (2).
En 1881, à Boston, Béard montra (3) qu*on peut encore obtenir la catalepsie chez les animaux: par la peur, par la fixation avec les yeux, par une lumière vive, par la musique, et enfin par des passes magnétiques.
Les magnétiseurs connaissent depuis longtemps ces derniers phénomènes.
Lafontaine a magnétisé, en séances publiques, des chats, des chiens et des écureuils, des lions, au point de les rendre complètement insensibles aux piqûres et aux coups ; des lézards ont été plongés par lui, à diverses reprises, dans un sommeil qui durait plusieurs jours (4)
M . Jacolliot a vu dans l'Inde (5) des âikirs donner la
(1) CiiLLiass. Magnétisme et hypnotisme, p. 120*
(s) Veber kyynotische Zustande bei Thieren, Arch. f. Phjrsiologie,VlI, 1873.
(3) BnutHinc. De la suggestion^ p. i3o.
(4) LAFONTAim* L'Art de magnétiser^ p. 246, 5* éd. — Paris. 1886.
Lafontaînc rapporte qu'il put ainsi, en endormant pour 8 ou 9jours, puis en l'endormant de nouveau, faire vivre jusqu'à 75 jours sans manger, un lézard qui mourut d'accident, gnilé dans son bocal par la chaleur du soleil; les a.utres lézards mis dans les mêmes conditions, mais non magnétisé^ sont morts au bout de 1 o à 1 5 jours de diète.
(5) Voyage au pays des perles^ p. 91.
raideur cataleptique à des serpents par une musique douce et monotone suivie de l'action du regard et des passes.
Les Harvis ou Tsylles de l'Egypte réussissent, à Taide d'une pression sur la tête de la vipère Nayé^ à la jeter dans une sorte d'état tétanique qui lui donne les apparences d'un bâton (i).
C'est vraisemblablement par un procédé analogue que ce sont produits les premiers actes de la lutte d'Âaron avec les prestigiateurs de Pharaon.
< Moïse et Aaron,s^étant présentés devant Pharaon, firent ce que le seigneur avait commandé. Aaron prit sa baguette en présence de Pharaon et de ses serviteurs et elle se changea en couleuvre. Mais Pharaon appela ses sages et ses prestigiateurs qui, par le moyen des enchantements usités en Egypte et de certains secrets, firent semblablement* Ils jetèrent chacun leurs baguettes qui se changèrent en dragons ; mais la baguette d'Âaron dévora les leurs » {Exode VII).
(i) E. W. Lanb. An account of the manners and customs of thi modem Egyptians, t, II, p. io3. — À. Maury. La magie et r astrologie,^, 41.