XI. Du rôle de l'éi^tricité en général
11 est à remarquer que dans ces expériences le courant induit a une origine mécanique, comme celui de la machine de Hoitz ou de la machine de Nairne, que l'énergie est simplement transformée par l'intermédiaire de l'électricité. Habituellement le moteur qui développe le travail mécanique nécessaire est notre bras, et la quantité d'énergie que dépensent nos muscles se retrouve dans le circuit sous forme de chaleur ; puis elle passe aux corps voisins par rayonnement ou par conductibilité. Lorsque nous employons le courant pour décompo-
ser un corps, nous emmagasinons une portion de celte énergie dans les atomes du corps, et cette portion peut rester longtemps en réserve ; elle reparait sous forme de chaleur, quand les mômes atomes se combinent de nouveau entre eux, et ces transformations continuent indéfiniment avec des intermittences. Cette énergie peut être tenue en réserve dans les atomes d'une substance alimentaire, et si, par hasard, nous en faisions usage, nous rentrerions en possession de celte énergie. Mais entre l'opération qui nous a enlevé cette énergie et celle qui nous la restituerait, il pourrait y avoir une série de transformations intermédiaires. Il est évident que l'énergie partie d'un corps revient très-rarement à sa source ; ce sont des quantités égales d'énergie, venues d'ailleurs, qui lui succèdent, et qui maintiennent l'équilibre . Ainsi notre muscle qui vient de fournir une certaine quantité d'énergie dans nos expériences, réparera ultérieurement ses pertes par notre alimentation. Mais Ténergie qu'il a perdue se retrouve quelque part dans l'univers ; elle a passé par notre muscle, venant d'une source inconnue ; elle sera conservée ; telle est la loi dictée par le Créateur.
En résumé la force électrique sert à la transformation de l'énergie ; elle permet à celle transformation de s'opérer immédiatement, par les courants ; elle la tient en réserve par la polarité. Les^ corps qui retiennent l'énergie temporairement sous l'influence de la force électrique exercetvt ewVç^^M^
des actions mutuelles attractives ou répulsives. Quand ils perdent ensuite l'énergie emmagasinée en eux, ils perdent aussi leurs propriétés attractives ou répulsives.
Une quantité donnée d'électricité est capable de deux rôles différents, suivant qu'elle est en réserve, ou en action. Ainsi, pour /décomposer 9 grammes d'eau, il faut dépenser certaines quantités égales des deux électricités. Les mêmes quantités, étant tenues en réserve dans deux conducteurs isolés, déterminent entre eux une attraction qui dépend de leurs distances. En comparant les résultats de diverses expériences, MM. Weber et Kolhrausch ont trouvé que si ces corps sont deux sphères, dont la distance soit de 1 kilomètre, leur attraction mutuelle équivaut à la pression d'un poids supérieur à 2 billions de kilogrammes. Ces nombres font bien ressortir la différence essentielle de la pile et des machines électriques à frottement. La pile met enjeu d'énormes quantités d'électricité, à condition que l'électricité soit dépensée à mesure qu'elle apparaît; mais cette électricité ne peut acquérir une forte tension ; deux conducteurs mis en communication avec les pôles d'une pile isolée, ne reçoivent que très-peu d'électricité. Au contraire une macliinede Nairne ou toute autre analogue donne beaucoup d'électricité à un corps conducteur, mais il faut un temps assez long pour que cela ait lieu.
Dans l'économie de la nature, l'électricité agit plutôt par les courauls, et car suite elle sert d'in-
termédiaire à des transformations dont nous ne voyons guère que le commencement et la fin A de rares intervalles seulement les eifcis de tension ip
paraissent, c'est le tonnerre et les éclairs, mctiant enjeu d'énormes quantités d'électricité qui étaient tenues en réserve dans les nuages, et qui se ncu-
tiOO LES FORCES PHYSIQUES
tralisent tout à coup avec d'immenses étincelles. Tous les phénomènes que nous étudions dans nos laboratoires se reproduisent d'une façon grandiose et souvent terrible. Mais le génie de Thomme peut par de sages inventions dompter ces forces gigantesques, et détourner les malheurs qui le menacent. Une tige de métal (fig. 42), qui communique javcc les profondeurs de la terre, et qui s'élève au-dessus d'une habitation, suffit pour la préserver de la foudre. Par l'influence du nuage élecirisé, la région qui porte cette tige est électrisée à son tour, et la tension de l'électricité contraire à celle du nuage devient énorme au sonimet de la pointe. De continuelles décharges électriques s'opèrent entre cette pointe et le nuage, sous forme d'aigrettes faiblement lumineuses,' et le nuage est peu à peu ramené à Tétat naturel. Non-seulement le paratonnerre préserve le voisinage, mais encore il enlève au nuage l'énergie qui le rendait dangereux. On peut dire que le paratonnerre éteint les orages. Hommage à l'illustre physicien de Philadelphie quia doté l'humanité de cette admirable invention!