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V. Danger et utilité des hypothèses

Les réflexions qui précèdent s'appliquent surtout à renseignement des sciences. Pour éveiller la curiosité' de l'homme mis en présence de la création, ne convient-il pas de lui faire connaître d'abord les vérités bien acquises que nous devons aux courageux efforts des générations passées, de lui révéler les harmonies bien connues de la nature, * en lui laissant entrevoir ce qui est encore et ce qui sera probablement toujours mystérieux. Ne faut-il pas éviter les luttes stériles de l'esprit, eu face de problèmes imafginaires, craindre d'affaiblir le goût des sciences d'observation par le spectacle des illusions dont Thomme peut être le jouet, on de laisser confondre le rêve avec la vérité?

Que les hypothèses naissent, se développent ei meurent dans le cerveau du penseur, lorsque son esprit a été d'abord sagement cultivé, et qu'il est devenu fort et vaillant devant l'erreur, cela doit arriver et peut être utile. 11 sait ce que valent ces hypothèses; il s'en sert comme d'un instrunicni docile pour élargir son horizon, pour inventer de nouvelles expériences ; mais il sait les abandonner dès qu'il s'agit de formuler le résultat de ses recherches. La loi d'un phénomène, telle qu'elle

s'offre à la pensée après des observations précises, est une parcelle de la sagesse divine; c'est elle seule qui persiste, le jour où l'hypothèse s'évanouit.

Nous avons passé en revue les principales hypothèses qui ont régné ou régnent encore dans la science. Aucune d'elles n'exclut l'idée de la force ; aucune d'elles ne montre quelle est son essence. Ces hypothèses ont eu pour objet de donner une forme aux agents de la chaleur , de la lumière, de Télectricité. Mais il est remarquable qu'on n'ait pas appliqué la même méthode à la gravitation universelle. Depuis que Newton a formulé la loi d'attraction mutuelle des masses corporelles visibles, on a regardé celte loi comme le dernier mot de la science; aucun symbolisme n'a été introduit dans l'enseignement pour remonter à l'origine de l'attraction. Dans cette branche des sciences physiques, la méthode expérimentale a été rigoureusement suivie.

Depuis quelques années, il est vrai, plusieurs savants cherchent à expliquer l'attraction newtonienne, et par suite toutes les attractions, par le choc de particules invisibles contre les corps visibles. Pour nous cette hypothèse, qu'on appelle théorie dynamique, est un nouveau symbolisme, peut-être moins imparfait, dans certains cas, que ceux dont nous avons parlé, mais qui admet implicitement comme eux des actions non moins mystérieuses que celles de la théorie ïveN^V.o\v\eww^.\î^-

leurs cette théorie n'est pas encore formulée avec une assez grande précision, pour qu'on puisse actuellement la discuter convenablement ; il faut qu'elle soit développée avec le secours de l'analyse mathématique, afin qu'on puisse comparer les conséquences rationnelles aux résultats de l'observation. Jusque là elle restera vague et ne pourra inspirer une grande confiance. Mais quelle que soit l'opinion des philosophes sur cette hypothèse, elle aura incontestablement son utilité. Elle servira à découvrir de nouvelles lois, comme l'ont fait les hypothèses qui l'ont précédée. Le génie des physiciens, prenant son essor dans cette voie nouvelle, entrevoit déjà de nouveaux horizons, et les expériences que le système dynamique ne manquera pas de suggérer contribueront, nous n'en doutons pas, aux progrès de la philosophie naturelle.

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