‹ Les forces physiquesChapitre 38 sur 43 · VI . Le problème de la force · texte numérisé non relu

VI . Le problème de la force

L'origine et l'essence des forces ont toujours exercé la sagacité des penseurs, et les controverses semblent renaître sur ces questions, plus vives et plus passionnées que jamais.

Rappelons d'abord la définition du mot force.

Il est incontestable que les corps inanimés ne peu vent d'eux-mêmes entrer en mouvement s'ils sont en repos, ou rentrer au repos s'ils sont en mouve- Vfient. On ne saurait ç»e tdw^^\: k ^eeeçter cette

proposition comme l'expression d'une loi expérimentale. Une autre vérité incontestable, c'est qu'il n'y a pas d'effet sans cause.

On appelle force toute cause capable de tirer un corps du repos, ou de l'y faire rentrer : les uns pensent qu'un corps ne peut changer d'état, sans qu'un mouvement préexistant soit transmis pendant le changement, et qu'il est inutile d'introduire dans la science l'idée de la force; les autres croient qu'un corps peut changer d'état sans mouvement préexistant, sous l'influence d'une cause bien distincte de mouvement.

Ceux qui nient Texistence de la force ainsi définie s'appuient sur une conception hypothétique de l'univers ; ils supposent que le monde matériel est constitué par les corps visibles et par des corps invisibles, animés de mouvements de translation et de rotation, et ils cherchent à montrer comment tous les phénomènes physiques résultent du choc mutuel de ces deux sortes de corps. Lorsque le mouvement d*un corps visible subit un changement, sans qu'on voie un échange de mouvement entre ce corps et un autre corps visible, on imagine un corps invisible capable de produire le même effet, Qt on croit avoir prouvé que la force n'existe pas. Mais alors, ou bien il faut appliquer à ces chocs invisibles les lois connues du choc des corps visibles, et dans ce cas on rencontre l'élasticité, c'est-à-dfre la force elle-même, on recule seulement la difficulté ; ou bien il faut attribuer ^w^ ^<^\^^*s*

invisibles des propriétés imaginaires qui n'appartiennent pas aux corps visibles, et l'on cesse de s'appuyer sur des faits pour s'abandonner aux conjectures les plus arbitraires.

Il n'appartient pas à la physique de résoudre le problème de Tessence de la force, de chercher si la force est le mouvement de la matière, ou un principe particulier. Sans doute la physique fournit des données utiles pour la solution de ce problème ; mais ces données sont insuffisantes, et c est par la démonstration de ce dernier point que je terminerai cet ouvrage. Je m'estimerai heureux, si j'ai réussi à montrer clairement aux personnes qui ne cultivent pas particulièrement les sciences en quoi consiste la méthode expérimentale, quel est le but principal de la physique, et de quel secours elle peut être pour le philosophe qui recherche les principes des choses.

En étudiant les phénomènes physiques , nous considérons les corps comme des choses qui tombent sous nos sens. En réalité, ce sont des portions de l'espace dans lesquelles s'accomplissent des changements qui affectent nos organes directement ou indirectement, et les jugements que nous appelons lois physiques sont suggérés à notre esprit par les impressions que nos sens ont reçues. Mais nous laissons de côté, comme observateurs, le principe essentiel des corps. C'est à ce principe qu'on donne le nom de matière^ et lorsqu'on emploie ce mol ^owy dèç^igaer les corps

eux-mêmes, on commet une confusion de langage.

Si la matière est un des principes de l'univers, il est bien évident qu'il n'est pas le seul. Il suffit de s'examiner soi-même et d'observer les êtres vivants pour se convaincre de l'existence d'autres principes qui sont absents dans les corps inanimés. La notion de l'âme est inséparable de celle de notre existence, et nos facultés morales dérivent d'un principe qui ne saurait être confondu avec la matière. Dès lors il serait absurde de vouloir séparer le monde physique et le monde moral dans la recherche des principes, puisqu'en nous ces principes sont dans une dépendance mutuelle. Il ne serait pas moins illogique de vouloir déduire la notion de l'un d'eux des connaissances acquises seulement par l'élude de l'autre. L'homme qui veut descendre de l'âme à la matière, ou inversement remonter de la matière à l'âme, tombera nécessairement dans Terreur ; il lui faut mettre à profit toutes les connaissances dont il a été rendu capable par le Créateur pour essayer une synthèse des principes de l'univers. L'alliance des sciences naturelles et de la philosophie est le prélude indispensable de toute spéculation métaphysique, et c'est certainement faute d'une telle alliance que l'esprit humain est tombé souvent dans les plus funestes erreurs.

En observant Tèlre vivant, on ne tarde pas à reconnaître qu'un agent intermédiaire transmet la volonté aux organes, transmet les impressions à

l'âme. Les phénomènes de chaleur et d'éleclricilé se rencontrent toujours entre la volition et Tacle, ou entre l'impulsion extérieure et la perception d'une sensation. Nous venons de voir que ces phénomènes supposent les forces calorique et électrique. Il semble donc que ces forces soient justement les agents intermédiaires dont nous nous servons.

En partant de remarques de ce genre, et en suivant une série de raisonnements, tantôt par induction, tantôt par déduction, M. Hirn est arrivé à regarder les forces comme des principes transcendants, analogues à ceux de Tâme et de la matière» c'est-à-dire non assujettis aux conditions de temps et d'espace ; c'est par Tintermédiaire de ces principes que notre âme serait mise en rapport avec le monde corporel. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de discuter le système philosophique de M. Hirn et de le comparer au système des échanges de mouvement qui est en grande faveur. Mais, qu'il me soit permis de le dire, en présence des doclriues diverses qui cherchent à se répandre, on éprouve une véritable consolation en lisant des pages souvent éloquentes, où Ion voit ce hardi penseur puiser ses iinspirations philosophiques aussi bien dans une conviction profonde des vérités de Tordre moral, que dans une parfaite connaissance du monde • physique.

A la fin de son ouvrage, M. Hirn exprime modestement Tespoir que ses idées existent déjà et onl

existé dans d'autres esprits, qu'il n'a fait qu'accenluer plus fortement ce que d'autres ont déjà pensé. « Si cet espoir si humble devait être déçu, dit-il en terminant, je détournerais tristement mes regards de mon livre, en me reprochanf d'avoir ajouté quelques erreurs de plus à tant d'autres déjà surannées. » Noh, les idées de M. Hirn ne sont pas au nombre de celles qui restent abandonnées, puis tombent dans Toubli. Quelles que soient les objections qu'elles soulèvent, les controverses auxquelles elles peuvent donner lieu, de telles idées élèvent le niveau de l'esprit humain ; elles lui font faire un pas de plus dans sa marche ascendante vers le créateur de toutes choses*.

Septembre 1868.

* Depuis que ce livre a été livr j à Timpression, M . Hirn a publié un nouvel ouvrage intitulé Analyse élémentaire de Vunivers . Cet ouvrage développe plus complètement le système de métaphysique esquissé dans la 1" édition de l'^a^osi/ton de la t/iéorie mécanique de la chaleur et de ses conséquences philosophiques. Nous avons eu aussi une édition française de V Unité des forces physiques du R. P. Secchi. Le savant italien est un partisan convaincu de l'hypo thèse dynamique. Pour lui la force n'est autre chose que le mouvement de la matière visible ou invisible ; c'est une propriété de lu matière, et nullement, commepour M. Hirn, un principe distinct.

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