REBOISEMENT ET GAZONNEMENT DES MONTAGNES
Conséquences du déboisement des montagnes. — Torrents. — Lois de 1860, 1864 et 1882 sur la restauration des montagnes par le reboisement et le gazonnement. — Décret réglementaire de 1882. — Réglementation du pâturage en montagne. — Service spécial du reboisement. — Principe sur lequel on s'appuie pour la restauration des terrains de montagne dégradés. — Action de la forêt sur les torrents. — Importance du reboisement.
— Les petits moyens pour combattre le torrent. — Torrent du Bourget. — Double manière de procéder aux travaux de restauration. — Travaux facultatifs ou obligatoires. — Difficultés du problème. — Marche des reboisements depuis 1861. — Acquisition amiable par rÉtat des terrains à reboiser. — Torrent du Bourget; torrents de TEmbrunais. — Efficacité des travaux effectués, — Manière de lutter contre raffouillement des terrains.
— Torrent du Laou-des-Bas. — Reboisement du mont Faron. — Fonctionnement des torrents. — Définition de Tingéoieur Surell. — Torrents en activité ou éteints. — Ravins.
— Correction d'un torrent. — Bassin de réception, canal d'écoulement, gorge, cônes de déjections. — Torrents simples ou composés. — Combes. — Origine des matériaux de transport; afTouillement ; « casses d des Alpes. — Laves, glissements. — Opérations préalables et travaux de correction. — Périmètres. — Diverses sortes de barrages, clayonnages, fascinages; travaux divers. — Définition de Domontzey relative au reboisement. — Régime du boisement reconstitué. — Choix des essences propres au reboisement selon les conditions du sol et du climat. — Gazonnement ou k enherbement ». — Son utilité, son but.
Le déboisement inconsidéré d'un pays n'a pas seulement pour conséquence de détruire une richesse naturelle et de faire disparaître des ressources précieuses soit pour le chauffage, soit pour l'industrie, soit même pour le commerce ; il influe aussi sur le régime des eaux, qu'il transforme habituellement d'une manière fâcheuse. S'il affecte un pays montagneux, le déboisement favorise ordinairement la formation de torrents nouveaux ou l'aggravation de ceux qui pouvaient déjà exister. Or les torrents sont une menace perpétuelle ou une cause de ruines pour les campagnes situées au voisinage de leur débouché
dans la plaine ou la vallée.
La destruction des forêts a exercé, en France comme partout ailleurs, une influence notable et facile à constater sur le régime des eaux. A l'époque des Romains, une corporation de bateliers exploitait la haute Durance; aujourd'hui la pénurie d'eau régulière interdit même le flottage. Cette diminution du volume d'eaù courante a été consécutive au déboisement excessif des pentes montagneuses de la rive gauche. En revanche , peu de contrées sont plus ravagées par les crues subites des torrents. Déjà, du temps de Louis XIV, le déboisement des Alpes françaises était tel, que l'autorité administrative dut agir pour pallier le mal. Mais l'incurie des populations paralysa longtemps les eff'orts tentés pour modifier une situation de plus en plus désastreuse. C'est dans les Alpes françaises qu'on a pu le mieux étudier les diverses formes de torrents et tous les genres de désastres qu'il y a lieu de leur attribuer.
Sur la rive droite du Rhône, le déboisement des contreforts cévenols a eu pour eff^et aussi de rendre les torrents plus destructeurs ; une partie des terres qui garnissaient les pentes a été entraînée vers le fleuve, et ces charriages de sédiment ont contribué, avec l'apport semblable des autres tributaires du Rhône, à former le delta de l'embouchure. L'ensablement des cours d'eau, dans le voisinage des montagnes, peut être la conséquence du déboisement des pentes ; on a vu des rivières jadis navigables cesser de l'être par suite de la formation de basfonds dus aux dépôts du sédiment apporté par les torrents tributaires.
Il est incontestable que les anciens connaissaient l'influence des bois sur le régime des eaux. Les faits qui permettent de reconnaître cette influence ont toujours été nombreux et faciles à constater. Alexandre de Humboldt admettait que la destruction des forêts, l'absence de sources et la formation des déserts sont trois phénomènes étroitement corrélatifs. Cette opinion semble un peu trop
absolue, mais elle est assurément, dans beaucoup de cas, l'expression d'une \érité. En l'absence d'ombrage et d'eau, il y a de grandes chances pour que le sol devienne absolument aride.
Les grandes inondations qui désolent périodiquement la vallée du Rhône sont devenues plus fréquentes et plus désastreuses après le déboisement systématique du pays et des montagnes voisines. Mais ce ne sont pas là des faits isolés , localisés ; les mêmes causes ont produit les mêmes effets partout, avec plus ou moins d'intensité, dans les campagnes limitrophes des Pyrénées ou des Cévennes, dans les régions du plateau central, etc.
Le mal finit par devenir si intense, les réclamations contre un tel état de choses se multiplièrent tellement, (Jue le gouvernement dut s'émouvoir et songer à combattre les déplorables effets du déboisement. Le remède semblait tout indiqué, il fallait essayer de reboiser ces régions montagneuses, qui avaient été si follement dépouillées de leurs forêts. Ce fut le parti auquel on s'arrêta. Le 28 juillet 1860 fut promulguée une première loi concernant le reboisement des montagnes; en 1864, autre loi relative au gazonnement des montagnes; en 1882, nouvelle loi, reprenant et complétant les dispositions des précédentes sur « la restauration et la conservation des terrains en montagnes ».
Un décret du 4 thermidor an XIII, qui concernait spécialement le département des Hautes -Alpes, avait chargé le service des ponts et chaussées des travaux à faire pour combattre les ravages des torrents. Aujourd'hui, c'est à l'administration forestière qu'incombe cette tâche. Elle s'en acquitte avec un zèle, un talent et un succès qu'on ne saurait trop hautement proclamer.
L'exécution de la loi du 4 avril 1882 a été assurée par un décret du 11 juillet suivant, portant règlement d'administration publique. Sans entreprendre l'analyse détaillée de ce document, on peut en montrer l'importance par l'indication sommaire des sujets qu'il traite. En ce qui concerne « la restauration des terrains en montagnes », il réglemente la fixation du périmètre des terrains à restaurer, les travaux obligatoires et les indemnités auxquelles les propriétaires auront droit dans ce cas, les acquisitions de terrains, les travaux facultatifs et les subventions à donner aux propriétaires qui voudraient entreprendre ces travaux. Relativement à « la conservation des terrains en montagnes », le décret s'occupe de la fixation du périmètre des terrains à mettre en défens, des indemnités qui doivent être allouées aux propriétaires pour privation de jouissance de leur terrain ; enfin il réglemente l'exercice du pâturage sur les terrains communaux. Cette dernière question est d'une importance capitale. C'est en grande partie aux abus du pâturage qu'il faut attribuer la destruction des forêts sur les montagnes.
Dans les Alpes françaises surtout on a saccagé, détruit, quelquefois incendié des forêts entières pour posséder à leur place de maigres pâturages, que les moutons ne tardaient pas à dégrader et que les pluies achevaient de ruiner plus ou moins promptement. Désormais il n'y a plus à redouter ces pratiques funestes d'une population igno-*
rante et non moins insoucieuse de l'intérêt général que du sien propre. En vertu de la loi de 1882, la réglementation du pâturage est applicable et imposée à toutes les communes des pays de montagnes où le bon entrelien des pentes est d'intérêt public. Ces communes, au nombre de 314, sont énumérées à la suite du décret de réglementation; elles sont situées dans les départements des Hautes- Alpes et des Basses- Alpes, des Alpes -Maritimes, de l'Ardèche, de l'Aude, de la Drôme, du Gard, de l'Hérault, de l'Isère, de la Loire, de la Haute -Loire, de la Lozère, du Puy-de-Dôme, des Hautes- Pyrénées, des Basses- Pyrénées, des Pyrénées -Orientales et du Var,
Au mois d'octobre 1883, il a été créé à l'administration centrale des forêts un service spécial destiné à assurer la bonne application de la loi du 4 avril 1882, relative à la conservation des terrains en montagne. La haute direction de ce service est confiée à un inspecteur général, chargé d'étudier, de contrôler et de réviser toutes les questions qui se rattachent à l'objet de la loi. Il conserve le droit d'initiative pour faire toute proposition utile à la bonne exécution du règlement. Il a sous ses ordres tous les agents du reboisement, vérifie leurs projets, centralise leurs propositions et les soumet avec ses conclusions personnelles et motivées à l'approbation du directeur des forêts. Le dossier du projet a d'abord été communiqué aux conservateurs locaux, dont l'avis doit toujours être joint aux propositions sur lesquelles le conseil d'administration doit délibérer. Les décisions sont notifiées au directeur général, qui est chargé d'en surveiller l'exécution. Ce service a été placé sous la haute et savante direction de M. l'inspecteur général Demontzey, l'homme de France qui connaît le mieux les questions de reboisement ou de gazonnement des montagnes.
Depuis vingt- cinq ans, l'administration des forêts poursuit avec une admirable persévérance l'œuvre si importante de la consolidation de nos montagnes dénudées et de la suppression des torrents les plus dangereux, car les deux choses se relient étroitement. Avec les ressources modestes qui lui sont allouées chaque année (en moyenne 1,500,000 francs), l'administration forestière a obtenu les meilleurs résultats sur plus de cent mille hectares superficiels. On est vraiment confondu de l'importance dès succès, comparés à la simplicité et à l'économie des moyens employés.
Ceci s'explique d'ailleurs par la justesse du principe sur lequel s'appuient les ingénieurs forestiers. Ils ne cherchent pas à lutter
contre les torrents par des constructions cyclopéennes ; ils empruntent à la végétation même les matériaux vivants de la consolidation des terrains; l'expérience a montré depuis longtemps que
la forêt parvient à étouffer promptement les torrents les plus redoutables.
Un éminent ingénieur des ponts et chaussées, Surell, auteur d'une très importante Étude sur les torrents des Alpes, s'était fait, avant les fore-tiers, l'ardent avocat du reboisement des montagnes. Depuis que les opérations de reboisement sont attribuées à l'administration
des forêts, la mission des forestiers ne consiste plus seulement à « conserver », mais encore à « régénérer », où. il en est besoin, le domaine boisé.
L'imprévoyance des populations a accumulé les ruines dans la plupart dei régions montagneuses de la France. Dans ces contrées les reliefs sont âpres, mal assis; à la suite des soulèvements^ géologiques, le sol est resté formé de matériaux meubles, broyés par les dislocations, plutôt Juxtaposés que reliés entre eux. La végétation était, pour ainsi dire, la couche de ciment qui protégeait et consoli-
Barrifti BD ma(0Dnarle.
AA. Cauronnemeal du birrif[«. — BB. Tarraa giraiRunt lu penlM du ravin. — DD. Fondations dana la roc, — B. f artuJa pour le paaasge de l'aau, bon 1« momBol des cmai.
' dait toute cette masse. Dès que l'homme eut détruit les forêts et ruiné les pâturages, les éboulements, les glissements, les affouillements se sont produits, et les désastres ont été s'aggravant. N'étant plus retenues par les mille obstacles qu'opposait la végétation arborescente ou herbacée, les eaux ont facilement délayé la terre végétale; puis, s'écoulant sur un sol rocheux ou imperméable, elles ont formé ces torrents dont les crues soudaines sont si désastreuses pour les vallées situées au pied de la montagne.
Les contrées montagneuses ravagées par les torrents causent à première vue une impression de découragement; on se prend à douter que l'homme puisse réparer de tels dommages. Cependant la science des agents forestiers est parvenue, sans grand appareil, à régénérer déjà une partie de ces contrées. Et l'œuvre se poursuit maintenant sans interruption. II est juste de signaler à la reconnaissance du pays les efforts de ces hommes dévoués, patients et modestes, si peu connus du public, et dont l'existence est consacrée
tout entière à ces travaux d'utilité publique. Le reboisement des montagnes intéresse au plus haut point la prospérité nationale.
Selon la remarque de VioUet-le-Duc, l'action de la nature est souvent la résultante d'une accumulation de petits moyens. L'homme, en sa qualité d'être intelligent, peut apprécier les effets de ces petits moyens, qui sont ordinairement à sa portée. Eh bienl c'est, en efifet, par l'emploi des petits moyens que nos forestiers parviennent à éteindre les torrents et à les transformer en cours d'eau bienfaisants.
II est très intéressant de voir comment avec des moyens presque élémentaires on a vaincu les torrents les plus violents, celui du Bourget, par exemple. Des barrages d'une construction assez simple,
CU^oonage du premier ordre à piremeot simple, avec loogrine.
mais bien placés, retiennent de distance en distance les parties terreuses, les sables et les cailloux charriés par l'eau; il se forme ainsi des atterrissements qu'on ensemence. Les paliers adoucissent la pente et brisent le courant, qui diminue de violence ; au lieu de descendre du sommet de la montagne en une demi-heure, le torrent met plusieurs heures à suivre son parcours. Mais les barrages ne suffisent pas; il faut que les berges ne puissent plus être affouillées; c'est encore à la végétation qu'il y a lieu de recourir, et ici le reboiseur intervient activement; pour que les graines puissent lever, on soutient les terrains peu solides des beiges ou de leur voisinage avec des piquets, des claies ou tout autre moyen approprié. Dès que la végétation a pris pied solidement et s'élève d'un mètre, elle se défend eUe-môme; mieux encore, elle consolide le terrain par ses racines, retient le sable et les cailloux sous les mousses...; dès lors, la nature reprend tout son empire.
Il faut donc, en résumé, refaire aujourd'hui ce que les générations précédentes se sont acharnées à défaire. YioIlet-le-Duc estimait k cent soixante millions environ la dépense à répariir entre trente ou quarante années pour mener à bonne fin cette œuvre immense. Sans
doute cent soixante millions sont un beau denier; mais quand on songe aux ruinas qui auront été évitées, au bien-être que ces travaux auront fait renaître dans nombre de vallées aujourd'hui misérables, et aussi aux produits que les forêts nouvelles, bien aménagées, pourront donner, on se prend à trouver que ces résultats auront été obtenus relativement à bon compte. Pour employer une comparaison familière, on aura semé un pois pour récolter une fève.
La loi du 28 juillet 1860 a marqué pour Tadministration des forêts le début d'une ère de grands travaux d'utilité publique. On a dû traverser d'abord, naturellement, une période d'essais prudents et d'expériences, pendant laquelle les travaux ont été plus restreints. Mais cette période a pris fin; maintenant on procède, pour ainsi dire, à coup sûr, et le champ d'opérations s'est élargi dans de grandes ^proportions.
Pour l'exécution des travaux, d'après les prescriptions législatives sur la matière, on procède de deux façons différentes : soit par voie d^enœuragement , soit par voie de coercition.
(( L'encouragement » consiste dans l'allocation par l'État de subventions en nature ou en argent aux propriétaires, pour qu'ils reboisent ou regazonnent des terrains improductifs ou des pâturages épuisés, dont la dégradation progressive contribuerait à la formation de nouveaux torrents ou à l'aggravation des anciens. D'autres fois des primes sont accordées pour les travaux exécutés volontairement par les propriétaires. Cette mesure « préventive » est applicable à l'ensemble des régions montagneuses ; elle a pour but la protection du sol par des travaux facultatifs. Mais il est évident que ces travaux sont avantageux pour tout le monde, à commencer par le propriétaire.
La « coercition » permet à l'État d'imposer, au nom de l'utilité publique, des travaux obligatoires dans les cantons où leur urgence a été démontrée par une enquête. Alors, ce n'est pas en vue de l'avenir qu'on travaille, c'est pour le présent même; c'est pour empêcher la ruine de devenir complète. Ce n'est plus une question de mise en valeur d'un terrain qui dépérit, mais une mesure de salut public. On conçoit que ces travaux d'urgence ne puissent pas être abandonnés à la discrétion des propriétaires du sol ; les moyens et le bon vouloir de ceux-ci risqueraient trop souvent de n'être pas à la hauteur de la situation. Il ne faut pas que, dans une entreprise qu'il est seul en mesure de conduire jusqu'au bout avec succès, l'État puisse se
heurter au refus d'agir, à l'incurie ou à l'impuissance du propriétaire. Voilà pourquoi les reboisements et les gazonnements obligatoires ont été prévus par la loi.
La législation a donc visé deux buts : 1» prévenir la formation de nouveaux torrents en consolidant le sol des montagnes, par les travaux facultatifs ; 2» éteindre les torrents actuels au moyen des travaux obligatoires. Par cet ensemble de mesures, la loi veut obtenir et perpétuer la régularisation du régime des eaux torrentielles, en même temps que la protection des vallées inférieures.
Au lendemain de la promulgation des lois de 1860 et de 1864, l'administration des forêts se trouvait en présence d'un problème sans précédents en France, non plus qu'à l'étranger. Pour entreprendre cette œuvre de restauration, il a fallu former un personnel spécial, chercher les meilleurs procédés d'exécution, établir des traditions qui n'existaient pas. On comprend, dès lors, la prudence du début.
Mais les résultats obtenus assez promptement ont permis de réfuter les objections de la première heure. Maintenant on connaît toutes les conditions dans lesquelles on peut se trouver pour l'exécution des travaux. On marche donc hardiment et sûrement, en procédant par les méthodes les plus pratiques et les moins coûteuses. Les succès du présent permettent de juger ce qu'on peut attendre de l'avenir.
La majeure partie des essais et des travaux a été accomplie dans les Alpes ; c'est la région où se trouvait la collection la plus complète de toutes les variétés de torrents, et aussi la plus vaste étendue de montagnes ravagées. Les améliorations réalisées sur bien des points sont déjà d'une très grande importance.
Aux termes de la loi de 1860, les terrains de montagnes qui devaient être reboisés par le service forestier présentaient une étendue de 1,100,000 hectares environ. Dans les quinze premières années d'application, les travaux facultatifs ont porté sur près de 66,000 hectares, dont 64,000 à reboiser et 2,000 à gazonner. Il résulte des relevés administratifs que tous les propriétaires, communes ou particuliers, semblaient attacher plus d'importance au reboisement qu'au gazonnement, même dans les régions pastorales.
Pendant cette même période, c'est-à-dire de 1861 à 1876 inclusivement, les travaux obligatoires ont embrassé 126,512 hectares, comprenant 107,725 hectares de propriétés communales et 10,522
no LES FORÊTS DE LA FRANCE
de propriétés particulières. Généralement les travaux obligatoires avancent moins vite que les travaux facultatifs, et la raison de cette lenteur est facile à comprendre. Comme ce genre de travaux s'adresse aux parties les plus dégradées de la montagne, avant de procéder au reboisement ou au gazounement, il faut préparer et consolider le terrain par des travaux souvent assez considérables. Lorsque le terrain a repris ainsi de la stabilité, on peut s'occuper des plantations; mais parfois encore la réussite de ces dernières peut être plus ou moins entravée par des accidents imprévus. Les cantons les plus dégradés sont traités d'abord par le gazonne-
Coupe lODgitudioale d'un barrage en majonnerie.
A. Barrage. ~~ Et. Pertuia. — G. Radier. — EE. ClayoQoagea loogiludinlUS. D. Conlrebarrsge.
ment. On ne peut pas, en effet, tenter de les reboiser avant d'avoir fixé le sol par une couche de végétation herbacée, qu'on a soin de garantir contre la dent du bétail.
Au début, il semblait, au dire de certaines gens, que l'exécution de tels travaux lésait les populations dans la jouissance de leurs pâturages. Aussi, pour éviter des conflits inutiles, on a commencé par mettre en traitement les terrains appartenant à l'État. Puis, peu à peu, on a entrepris de restaurer les propriétés communales. Du reste, au bout d'un certain temps, en présence des résultats, les populations se sont montrées de moins en moins hostiles à l'entreprise du reboisement de leurs montagnes. C'est alors qu'on a pu procéder d'une manière plus expéditive, par voie d'expropriation, et travailler plus librement sur les terrains des particuliers englobés dans les périmètres.
Depuis 1874, l'administration forestière est autorisée à opérer des acquisitions amiables de terrains. Cette facilité nouvelle permet d'é-
LES FORÊTS DE LA FRANCE 17i
Titer beaucoup d'obstacles, qui eussent été presque insurmontables, en dépit du droit d'expropriation dont l'administration est armée. La voie de racquisition amiable doit être préférée, parce qu'elle permet à l'État d'entrer promptement en possession du terrain réclamé par l'utilité publique, et, de plus, on évite ainsi les longues et minutieuses formalités de l'expropriation; celle-ci reste comme dernière ressource, si tous les moyens d'arrangement ont été tentés sans succès.
Dans ces dernières années surtout, le procédé de l'acquisition amiable par l'État a été de plus en plus fréquemment appliqué, comme le prouvent les chiffres; en effet, de 1860 à 1883, il a été acheté pour le compte de l'État 20,091 hectares de terrains à reboiser, tandis que de 1883 à la fin de 1885 les acquisitions de ce
Un drain : rigole remplie de pierres, pour l'ëgoullemaDt du sol.
genre ont atteint le total de 21,400 hectares. Ces 41,500 hectares ont été achetés au prix de 5,291,595 francs.
Un exemple suffira pour faire bien comprendre la nature et l'étendue des services rendus par l'administration forestière dans l'accomplissement de cette partie de sa mission. Le torrent du Bourget, en amont de Barcelonnette (Basses -Alpes), naît, vers les sommets de la montagne, à une altitude de 2,937 mètres; il se jette dans la rivière de l'Ubaye, à une altitude de 1,174 mètres, après un parcours de 5,135 mètres.
Avant tout travail de reboisement, en 1866, le cône de déjections du torrent était inculte, simplement garni de maigres broussailles; le hameau du Bourget était sérieusement menacé par les charrois et les laves; le canal d'écoulement étroit, encaissé, à pentes abruptes; les beiges affouillées étaient partout en voie de glissement ou d'éboulement avec la végétation qu'elles supportaient. La dégradation des terrains suivait alors une marche rapidement progressive , et le sol présentait une dangereuse instabilité. Bref, l'ensemble était des plus tristes.
Les travaux exécutés .de 1866 à 1878 ont été les suivants : !•> bar-
rages sur le parcours du torrent, dont le lit a. été ainsi exhaussé et la section augmentée. En même temps, les berges étaient soustraites aux affouillements ; 2» drainages dans les portions de terrains menacées de glissement; 3o fixation des marnes noires (terrains instables) à Taide de plantations de cordons feuillus; 4o reboisement des versants.
L'efficacité de ces travaux a été manifeste; déjà, en 1878, le bassin de réception était occupé par une forêt naissante qui divisait les eaux et ralentissait leur écoulement. Le lit du torrent était devenu un large canal à rampes régulièrement inclinées, séparées par des chutes qui brisaient la violence du courant et rendaient celui-ci presque entièrement inoffensif.
On a pu suivre ces transformations successives du torrent sur les plans fort intéressants, soumis au public par l'administration forestière dans le pavillon qu'elle occupait au Trocadéro lors de l'exposition internationale de 1878. Il est certain que l'exposition forestière fut une des parties les plus instructives de cette vaste exhibition.
Beaucoup de plans analogues à celui du Bourget étaient également visibles. L'Embrunais, la vallée de Barcelonnette et leurs environs immédiats constituent le véritable centre d'action des torrents dans les Alpes françaises. Dans les diverses parties de ce centre, on a pu étudier à l'aise les résultats progressifs de l'appauvrissement des pâturages et des forêts, ainsi que la situation plus ou moins critique de bon nombre de hameaux ou de villages établis dans le périmètre d'action des torrents.
La carte des torrents de l'Embrunais embrassait une partie de la vallée de la haute Durance, en amont et en aval d'Embrun. On y avait figuré tous les torrents qui ravageaient cette région, et leur emplacement par rapport à la route nationale n** 94, entre Saint- Esprit et Briançon. Sur un parcours ne dépassant pas trente -huit kilomètres, cette route traversait dix- huit cônes de déjections, et, pendant douze kilomètres, elle était établie sur ces amas de graviers, de limons et de matériaux qui l'obstruaient et l'endommageaient périodiquement.
Le reboisement devait donc avoir une véritable utilité pour la défense de la route, en modifiant le régime des eaux et en protégeant les vallées inférieures contre les ravages des torrents.
Le département de la Drôme est traversé de l'est à l'ouest par deux rivières torrentielles principales : l'Aigues et la Dr(!fme. Vingt-quatre périmètres de reboisement, comprenant une étendue de 11,600 hec-
tares, ont été établis, aune altitudecomprise entre 600 et d,200 mètres, dans le haut bassin de laDrôme, sur des terrains argilo-calcaires très dégradés et ravinés. Les travaux de consolidation effectués dans cette région depuis 1865 avaient procuré dès 1878 des résultats très appréciables, soit au point de vue de la conservation des cultures dans les vallées inférieures, soit au point de vue de la protection des voies de communication et des centres de population contre la violence des torrents.
L'affouillement est le grand obstacle au reboisement dans les terrains de transport et les marnes liasiques, dites « terres noires ».
FssoinagB du premier ordre (barrage en fascinée).
Dans ces terrains très instable-s, les pluies parviennent à déchausser les jeunes plants, entraînent les graines ou les semis, et le tout va se perdre dans le torrent.
Donc, avant de reboit^er, il faut consolider le terrain par des moyens appropriés, barrages ou clayonnages. Mais sur des versants rapides oii le ravinement est extr(>me, ces moyens ne suffisent plus; à chaque pluie sérieuse, le barrage est atterri, tourné et emporté; l'affouillement reprend alors les mêmes allures qu'au début. Dans ce cas, il faut défendre non seulement le thalweg, mais aussi la croupe de séparation, et modifier la surface du sol en écrêtant les berges.
L'écrêtement substitue à un relief accidenté et affouillable une surface légèrement ondulée, que le gazonnement et le reboisement rendront stable. Dans ce but, on échelonne dans les thalwegs de ravins des barrages rustiques, des murs de soutènement, des fascinages; puis on abat les crêtes au moyen du pic ou de la mine ; on comble partiellement les ravins, et sur les remblais on établit des lignes de fascinage. On garnit de môme, au besoin, les surfaces écrétées. Sur le terrain ainsi préparé on sème des graines fourragères, et sur les
banquettes de fascines, en amont des barrages, on plante des bois feuillus à croissance rapide. Enfin, lorsque la stabilité du sol est suffisamment obtenue, on reboise définitivement avec des essences appropriées.
Ce procédé de Técrétement a été employé avec un plein succès, dans les Hautes -Alpes, contre les torrents de THermitane, de Riou- Bourdoux et de Sainte-Marthe.
On a pu suivre plus d'une fois, dans ces derniers temps et, pour ainsi dire, pas à pas, la marche des phénomènes naturels et des travaux destinés à y remédier, depuis le moment de la formation du torrent jusqu'à son extinction. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que les choses se sont passées pour le torrent du Laoudes-Bas, dans la Haute -Garonne. Ce torrent s'est formé, en 1865, dans le haut bassin de la Pique , un des principaux affluents de la Garonne, au voisinage de Bagnères-de-Luchon. Le bassin d'alimentation se dégrada et se dénuda promptement; les ravages prirent vite une grande extension , et des intérêts considérables étaient menacés. Pour combattre le mal, on détermina un périmètre de reboisement et de gazonnement d'une étendue de 83 hectares, et les travaux de défense entrepris en 1878 ont été menés rapidement. Actuellement tout péril est conjuré.
Au point de vue des résultats donnés par le reboisement, il faut encore citer les opérations exécutées par l'administration forestière sur le mont Faron. Cette montagne, dont la superficie est de 364 hectares, présente au midi des versants très raides qui dominent la ville de Toulon. En 1864, ces versants n'offraient aux yeux que des rochers calcaires, absolument arides, d'où les eaux de pluie s'écoulaient torrentiellement sur la ville et sa banlieue.
Le reboisement de la montagne fut entrepris en 1865; à l'aide du pic et de la pince, on creusa dans le roc même des potets, qui permirent de faire les premiers semis. Les essences employées principalement furent le pin d'Alep, le pin pinier et le pin maritime; accessoirement on employa le chêne vert, l'acacia et le micocoulier. Toutes les opérations réussirent. Douze ans après, en 1878, les premiers semis étaient devenus des massifs épais dont les arbres atteignaient déjà de 6 à 7 mètres de hauteur; les semis les plus jeunes formaient une nappe verte déjà suffisante pour retarder l'écoulement des eaux pluviales et en provoquer l'infiltration dans le sol. Les opérations s'étendaient alors sur une superficie de 260 hectares. Bientôt les pentes
du mont Faron seront garnies entièrement d'une véritable forêt, dans laquelle s'accumureront peu à peu des ressources précieuses pour les constructions maritimes du port de Toulon.
Pour se rendre compte de l'action des travaux de défense et de consolidation, il n'est pas inutile de connaître sommairement le fonctionnement général des torrents.
Uingénieur Surell a donné la définition suivante, dont l'exactitude est rigoureuse : « Les torrents coulent dans des vallées très courtes, parfois dans de simples dépressions; leurs crues sont courtes et presque toujours subites ; leur pente excède 6 centimètres par mètre sur la plus grande longueur de leur cours; elle varie très vite et ne s'abaisse pas au-dessous de 2 centimètres par mètre. Ils ont une propriété tout à fait spécifique : ils aflfouillent dans la montagne, ils déposent dans la vallée et divaguent ensuite, par suite de ces dépôts. C'est un caractère tranché qui les distingue de tous les autres cours d*eau. »
Le torrent est dit « en activité » quand il fonctionne conformément à la définition ci-dessus : afifouillant en amont, charriant sur son parcours et déposant en aval. Il est dit « éteint » quand il ne charrie plus, lorsque ses crues sont devenues moins brusques, moins fortes, et qu'il est passé à l'état de ruisseau dénué du caractère torrentiel.
Le ravin est un diminutif du torrent et fonctionne de la même manière. S'il est isolé, il peut devenir l'origine d'un véritable torrent; s'il est l'affluent d'un torrent, il contribue à renforcer celui-ci.
La « correction » d'un torrent ou d'un ravin a pour but : lo de donner par des travaux spéciaux au lit et aux berges une stabilité telle, que celui-là soit mis à l'abri des aflfouillements, et que celles-ci puissent recevoir et conserver la végétation forestière ; 2o de diminuer ou d'arrêter, suivant le cas, le charroi de matériaux provenant de sources étrangères à l'affouillement.
Le parcours d'un torrent se divise en trois régions, savoir: lo « le bassin de réception, » sorte de vaste entonnoir, à surface plus ou moins accidentée, dont les pentes aboutissent à un goulot placé dans le fond, où les eaux s'amassent et aflfouillent le sol; 2o « le canal d'écoulement, » qui fait suite au goulot; c'est la portion du parcours comprise entre le goulot et le point où cessent les berges. Son étendue est très variable ; rudimentaire dans certains torrents, ce canal est très étendu dans d'autres. Il serait plus juste de l'appeler ce la gorge ]>. Dans cette partie, qui est la moins caractérisée du parcours, il ne se
fait pas d'affouillements et pas encore de dépôts; 3o « le cône de déjection, » qui se forme à la sortie de la gorge en manière de contrefort accolé à la montagne, et qui présente l'aspect d'un monticule très aplati. C'est la région où se déposent les matériaux charriés. Ces dépôts remontent quelquefois très haut dans la gorge et jusqu'au pied même des escarpements.
Les torrents sont « simples » ou « composés »; simples, s'ils n'ont qu'une seule gorge à laquelle aboutissent des ravins en nombre variable; composés, s'ils sont formés par la réunion de deux ou plusieurs torrents simples aboutissant tous à une gorge unique.
La « combe » est une large échancrure entamant la base ou le flanc d'un versant, profondément rongée par une multitude de petits ravins, qui se réunissent presque au même point, sont toujours à sec et ne reçoivent en temps de pluie que l'eau qui tombe sur leur champ d'érosion. Il n'y a qu'un rudiment de gorge dans les combes.
Ces définitions ne visent, bien entendu, que la forme des torrents et nullement leur gravité. Il se trouve des torrents simples plus terribles que des torrents composés, et des combes plus redoutables que des torrents.
L'affouillement est la source la plus ordinaire et la plus puissante de production des matériaux, mais elle n'est pas la seule. Certains matériaux de charriage proviennent des rochers situés à une altitude supérieure à celle de la végétation et dominant le bassin de réception du torrent. Ces rochers, en butte à toutes les intempéries, finissent par s'émietter, et leurs débris, roulant le long des versants par le simple effet de la pesanteur, arrivent peu à peu jusqu'au torrent. Dans les Alpes, on appelle « casses » les amas formés par ces débris rocheux vers les limites supérieures des bassins de réception.
Les glaciers fournissent aussi parfois aux torrents des matériaux étrangers.
D'après la provenance des matériaux charriés, on distingue des torrents à aflfojuillements , des torrents à casses et des torrents glaciaires. Dans la partie inférieure de leur cours, ils se comportent tous à peu près de la même façon ; mais les procédés ne sont pas les mêmes pour les traiter tous; cela dépend précisément de la provenance des matières charriées.
En montagne, les pluies tombent souvent avec une grande violence, et, coulant rapidement sur les terrains dénudés, elles entraînent les parties terreuses et les graviers, déchaussent les pierres, qui roulent
LES FORÊTS DE LA FRANCE m
bientôt avec le reste. Chaque ravinelle fournit son appoint; le torrent, subitement grossi, gagne en violence et en rapidité par l'effet de sa propre masse. Au moindre obstacle , l'eau détournée du thalweg frappe les berçes, qu'elle affouille, et qui se dégradent jusqu'à s'ébouler. Les terrains qu'elles soutenaient s'éboulent à leur tour ou glissent en masse sur une étendue parfois considérable.
Uoe Lve torrentielle.
AB. LU du lorreot , sur lequel descend une lave ou maue de boue fluide , hiulant dei pierrei et des blocs de rocher.
Ces grandes débâcles de matériaux entraînés par le torrent s'appellent-des « laves ». Elles ravagent et emportent tout sur leur passage.
Les < glissements » sont occasionnés par la filtration souterraine
Phéno mènes torrentiels.
AB. Lit du torrent. — ab. Lave roulant des blocs de pierre. — a'b'. Flu» d%au torrentiel paasaut sur la lave et roulant aussi des pierres.
des eaux entre les couches de terrain; ils ne s'arrêtent que si le pan de terrain en mouvement rencontre un obstacle qyi l'étaye dans le fond de la vallée ou contre la berge opposée du ravin.
Pour « éteindre » un torrent, il faut supprimer les affouillements. Or, dans cette lutte, les seuls éléments sur lesquels l'homme puisse agir sont la configuration topogfaphique du terrain et l'état superficiel du sol. Le climat et la nature géologique du sol ne sont pas modifiables.
On réussit à protéger le sol contre l'effet mécanique des grosses
pluies OU des grêles, à diviser les eaux superficielles de manière qu'une partie soit absorbée, tandis que Fécoulement du reste est ralenti , enfin à empêcher les accumulations brusques de liquide dans la gorge du torrent, en garnissant d'une cuirasse de végétation ligneuse ou herbacée la surface du bassin de réception. Plus le terrain est affouillable , en raison de sa composition géologique, plus la couche de végétation doit être puissante.
Mais, comme il a déjà été dit, la végétation ne se développe que sur un sol suffisamment stable, et, dans les pays de torrents, cette stabilité ne peut être obtenue que par une série de travaux préparatoires et par des modifications topographiques. Les travaux sont donc de deux ordres : les uns ont pour objet immédiat la création d'une végétation protectrice dans le bassin de réception ; les autres opèrent la correction du torrent et des ravins, fixent définitivement le sol et donnent la possibilité ultérieure d'établir une zdïie de végétation le long des berges.
A première vue, on pourrait croire qu'il s'agit là d'entreprises assez simples. Il n'en va pas pourtant pas ainsi. Avant de commencer aucune opération, dans le cas de travaux obligatoires pour l'extinction d'un torrent, il faut établir le projet de l'entreprise, délimiter la zone de défense, qu'on appelle aussi le « périmètre », décrire les travaux de toute sorte et faire le devis des dépenses, enfin obtenir la déclaration d'utilité publique. On voit que, sous ce rapport spécialement, la mission du service forestier n'est nullement une sinécure.
Le périmètre embrasse tout le bassin du torrent qu'on se propose d'attaquer; il peut comprendre plusieurs torrents et se relier à des périmètres voisins. Si quelque propriété particulière se trouve enclavée dans le tracé, le projet de travaux doit prévoir l'établissement de barrières ou de haies vives pour protéger les berges contre les dégradations du bétail. Il arrive souvent que les petits propriétaires se soucient peu de voir leur terrain englobé dans les périmètres, parce que l'établissement du régime forestier dans leur voisinage gêne toujours plus ou moins le parcours de leurs bestiaux.
Ce n'est point ici qu'on peut étudier en détail les divers travaux relatifs à la correction des torrents et à la restauration des terrains de montagnes par voie de reboisement ou de gazonnement. Une simple énumération suffira pour fixer les idées sur ce point.
Les travaux employés pour la correction des torrents consistent en
a barrages » et en « clayonnages ». Les barrages servent à obtenir des atterrissements qui eibaussent le lit et élargissent la section du torrent; puis ils forment des chutes d'eau qui tendent à annihiler au pied de l'ouvrage la rapidité du courant. Les clayonnages, intercalés aux ouvrages précédents, servent à maintenir l'exhaussement
atyonnags du premier ordre avec longrioet, inoices el radier.
et l'élargissement du lit jusqu'à ce que la végétation soil assez vigoureuse pour assurer la durée des résultats; en outre, ils font obstacle à la vitesse que pourrait reprendre l'écoulement des eaux sur la pente des atterrissements.
Coupe loD^ludioale du clayoimag« précddent.
late-forme arliflcielle el Ulutée en amont du barrage. — B. Bangdeg boriiaalates de boulurea de aaule planUee dana la terre du lalua.
C. AtterriateraeDi produit par l'eau du ranii. — D. Radier en avant du clayonoage.
Les barrages sont construits sur des points bien choisis et dans des conditions soigneusement déterminées pour éviter les dégradations des berges, du lit ou de l'ouvrage lui-même. Us doivent présenter chacun une masse isolée, suffisante pour résister & la violence des premières crues dont ils auront à supporter l'eflfet. Leur couronnement, disposé en courbe concave vers le ciel et muni de' chaque cAté d'ailes relevées, assure leur conservation en les empêchant d'être tournés par les eaux. *
Les clayonnages sont établis, les uns longitudinalement de chaque côté des atterrissements d'un barrage, les autres transversalement dans le lit. Les clayonnages longitudinaux peuvent être superposés sur la pente des berges de manière à former une sorte d'escalier à marches beaucoup plus larges que hautes et légèrement inclinées vers l'aval. Les clayonnages transversaux ne dépassent pas 50 à 60 centimètres de hauteur, et leur pied est protégé par des pierres pour empêcher l'affouillement. Ces clayonnages sont garnis de boutures, qui, bien enracinées, assurent la solidité de l'ouvrage. Les arbres
Plan d'une série de clayonnages
AA. CUfonnsge du premier ordre. — aa. Radier. — BB et B'B'. Clajronnages du second ordre. DDD. Empierrement du lit du ruisseau.
provenant de ces boutures seront autant d'obstacles à la rapidité de l'écoulement dans les grandes crues. Les clayonnages bien entretenus ne tardent pas à donner une assiette définitive au lit d'écoulement.
Quand les pierres sont abondantes et le bois rare, les clayonnages peuvent être remplacés par des « seuils » en pierres sèches, dont la construction est très économique.
Les beiges raides doivent être « talutées » en dehors des clayonnages longitudinaux, et ces talus sont renforcés par des plantations serrées de saules et de peupliers, disposés en lignes inclinées à 45» vers l'amont. Cette disposition a pour effet de rejeter vers le thalweg les eaux qui, dans les crues extraordinaires, dépasseraient le niveau des clayonnages longitudinaux. Dans l'intervalle des plantations, on introduit des essences forestières à fort pivot, qui finiront de conso- , lider les nouvelles beiges.
Les ravins, fonctionnant comme les torrents, sont traités de la même façon; seulement les ouvrages, tout en étant de même nature, sont plus faciles et moins coûteux à établir. Tandis que dans les lits de torrents on est forcé le plus souvent de recourir aux grands barrages en maçonnerie, au moins comme ouvrages principaux, pour les ravins on emploie les « barrages vivants » en bois, dont une bonne partie est susceptible de végéter immédiatement. Il en résulte que plus l'ouvrage vieillit, plus il se développe et plus son effet utile augmente d'intensité.
Les barrages vivants sont formés avec des claies ou des fascines, dont la hauteur maxima au-dessus du sol ne dépasse jamais l"n,50.
Coupe loDgiludiDBle d'une série de clayonnagaa tranavereauj. AA. Clayonnages du premier ordre. — BRBBB. Clayoonigas du second ordre. — CC. Radier. )
Ces ouvrages sont dits du premier ou du deuxième ordre, selon qu'ils jouent le rôle de barrages ou de seuils. Quand les pierres sont abondantes sur place, on emploie souvent les « barrages rustiques » construits en pierres sèches. Dans tous les cas, les atterrissements doivent être consolidés au moyen de clayonnages ou de fascinages formant seuils.
On mélange souvent avec avantage les deux espèces de barrages ; mais tous ces travaux, pour Ctre fructueux, doivent être faits avec méthode, au moment propice et selon les règles établies par l'expérience.
Les grands barrages sont parfois entièrement maçonnés, parfois construits partiellement en pierres sèches; dans ce dernier cas, les parements et le couronnement sont seuls maçonnés au mortier. Chaque genre de construction exige des dispositions spéciales pour assurer la solidité et le bon fonctionnement de l'ouvrage; mais ce sont là des détails qu'on étudiera mieux dans les traités spéciaux.
Pour empêcher que le pied du barrage ne soit affouillé par la chute
d'eau en aval, on construit en ce point un « radier » ou un € contrebarrage ». Le radier s'établit avec des pièces de bois dont l'intervalle est comblé par des pierres sèches; mais quand le bois vient à pourrir, la durée de l'ouvrage est compromise. Le contre-barrage est préférable; c'est un mur en pierre, à fondement profond, construit transversalement en aval du barrage, un peu plus loin que la hauteur de chute et un peu saillant au-dessus du lit. Que si le sol est très affouillable, on réunit le barrage et le contre -barrage par un radier en grosses pierres sèches ou en maçonnerie.
Barra ga rustique.
AA. Courounemeot ot porlioo du ban-age dâgagée du eol.
Au voisinage des barrages, il faut avoir soin de revêtir ou d'enro- .cher les berges pour qu'elles ne soient pas affouillées par les remous de l'eau.
Parfois une des berges est rocheuse, tandis que l'autre est meuble et affouillable,; pour protéger celle-ci contre les dégradations, on la munit a d'épis » en pierres sèches, perpendiculaires à l'axe du courant, convenablement espacés, et entre lesquels la berge est enrochée. De cette façon le courant est encaissé.
Le lit d'un torrent change souvent de nature, selon la section qu'on examine; il peut être terreux ici, rocheux là, mixte plus loin. Dans les sections terreuses à très forte pente, où les barrages seraient difficiles à installer, on établit des « perrés » en pierres sèches à paliers successifs, de manière à diminuer la pente. À sa partie la plus déclive, le perré s'.appuie sur un petit barrage en maçonnerie, solidement fondé sur le roc, au point où cesse la section terreuse du lit.
Selon les ressources naturelles de la contrée, on a recours soit
aux grands ouvrages, soit à un nombre plus grand de petits ouvrage^ dont Fensemble produise finalement les mêmes résultats pour la correction du torrent. Ces petits ouvrages sont formés de clayonnages ou de fascines.
Les clayonnages se composent de piquets solides, également espacés, les uns en bois dur, les autres en plançons de saule, destinés à prendre racine et à végéter. Sur ces piquets sont entrelacés , dans toute rétendue de l'ouvrage , de fortes branches de saule. Le couronnement peut être renforcé par des longrines solidement fixées à la tête des piquets. A la base du clayonnage , en aval , on établit un radier; en amont , on le protège par un terrassement qui présente à son sommet une plate -forme de 1^,50 et dont le talus est incliné à 450. Cette disposition permet d'attendre que les atterrissetnents soient formés, et elle facilite la végétation immédiate des boutures de saule. Ces boutures sont disposées par lits, de 30 en 30 centimètres, dans l'épaisseur du terrassement. Enfin le clayonnage est encastré solidement dans chaque berge. L'ouvrage est retenu en amont par des « moises », pièces de bois fixées d'une part aux longrines , et d'autre part à des pieux très solidement maintenus dans le sol.
Les fascinages sont d'une construction plus simple encore. Le fond du ravin est nivelé ; on dispose d'abord un lit de boutures de saule dans la direction de l'axe du ravin; puis on place en travers, sur l'extrémité de ces boutures, une première facine (sorte de fagot) de saule, dont la longueur égale le développement transversal de l'ouvrage au point où elle est posée. Cette fascine est mise en amont des pieux destinés à la maintenir; trois fascines superposées donnent une hauteur de 1 mètre que le tassement réduit à 80 centimètres. Chaque fascine, présentant une circonférence de 1 mètre, est serrée par des harts et solidement reliée aux piquets; ceux-ci sonteïi saule et destinés à végéter comme les boutures. On emploie le saule de préférence pour la fabrication des fascines, parce que ce bois est de beaucoup plus longue durée que les autres dans les conditions où on le place; du reste, si le saule n'est pas très abondant, on bourre 11 ntérieur de la fascine avec d'autre bois. En résumé, les fascinages sont plus économiques et plus rapides à construire que les clayonnages ; mais ils ont aussi moins de résistance.
Dans les petits ravins, l'atterrissement entre les fascinages successifs est planté peu à peu tout entier de boutures et de brins
feuillus (orme, frêne, érable, etc.), qui forment une végétation serrée. On ne laisse pas dans ces petits ravins , comme dans les grands, un canal central pour l'écoulement des eaux , de sorte qu'au bout d'un certain temps le lit et les berges disparaissent complètement sous la végétation.
En raison des éléments qui les composent, et dont une partie est destinée à végéter, les clayonnages et les fascinages ne doivent être entrepris qu'au printemps ou en automne ; cette dernière saison est même préférable pour les grands travaux, parce que la végétation du saule est très précoce au printemps.
Tels sont les ouvrages de correction proprement dits; mais on a souvent des travaux « complémentaires » (talutages, terrassements, drainages, etc.) à exécuter pour fixer définitivement les berges et mettre le sol tout à fait en état d'être reboisé.
M. l'inspecteur général des forêts Demontzey définit ainsi le but des entreprises de reboisement :
a Ce but est la création d'une végétation ligneuse qui réponde aux conditions suivantes :
a lo Posséder des racines assez puissantes pour enserrer le sol dans leurs innombrables réseaux , le rendre au besoin plus perméable et le protéger contre l'entraînement;
« 2o Présenter un couvert assez complet pour abriter sa surface contre les influences météorologiques;
« 3o Fournir un humus de plus en plus abondant, appelé d'une part à fertiliser le sol et à augmenter ainsi la puissance de la végétation, et d'autre part à favoriser le ralentissement et la régularisation du débit des eaux pluviales ou des neiges fondant à sa surface;
« 4o Maintenir sans interruptions momentanées et perpétuellement ces salutaires effets, et les développer avec l'aide du temps.
« La futaie seule est capable de satisfaire sans restrictions à l'ensemble de ces conditions; c'est donc sa création et son développement qui doivent être le but final du reboisement. »
Mais les terrains destinés au reboisement ne sont pas toujours aptes du premier coup à recevoir un peuplement qui formera plus tard la futaie désirée ; souvent il faut d'abord se contenter de produire une végétation quelconque et attendre que les conditions du sol se soient suffisamment modifiées. Bien entendu , quand cela se peut, on prépare d'emblée des massifs susceptibles de devenir des futaies.
Le taillis, qui se régénère par souches, ne présente pas les mêmes garanties de perpétuité que la futaie , qui se régénère par semis. De plus, le taillis laisse à découvert des espaces plus ou moins grands au moment de son exploitation, tandis que les futaies de protection, n'étant exploitées que par jardinage, conservent toujours un couvert ininterrompu au-dessus du sol. Enfin les taillis ne dépassent guère une altitude de 1,200 à 1,500 mètres, au-dessus de laquelle il faut bien recourir à la futaie. Aux grandes altitudes, les essences résineuses seules peuvent former des massifs. '
Dans les pays du Midi, où la lumière est vive et abondante, il y a souvent deux étages de végétation : en haut, c'est le couvert fourni par le feuillage des grands arbres de la futaie; en bas, c'est le fourré formé par la végétation buissonnante. Le sol n'en est que mieux garanti en région de montagne.
On voit, en définitive, que la question du reboisement, surtout en montagne, n'est pas aussi simple qu'elle pourrait le paraître. Presque toujours on ne peut aborder l'exécution du reboisement qu'après des études minutieuses et des travaux préparatoires plus ou moins sérieux. De ce qui précède , il résulte aussi que le choix des essences est loin d'être indifférent, puisque le but est de créer des futaies, soit immédiatement, soit à l'aide d'une végétation transitoire.
Le choix des essences dépend nécessairement des conditions de cUmat et de sol où se trouve le terrain à reboiser, et l'étude sérieuse de ces conditions doit être faite préalablement, sous peine d'avoir à craindre ultérieurement de graves déceptions. Au point de vue forestier, on distingue quatre grandes zones climatériques : 1» la région chaude ou méditerranéenne, depuis le niveau de la mer jusqu'à 600 mètres d'altitude; 2» la région moyenne ou tempérée, entre 600 et 1,000 mètres; 3^ la région alpestre ou froide, entre 1,000 et 1,800 mètres; 4» la région alpine ou très froide, entre 1,800 et 3,000 mètres d'altitude. Mais, outre les conditions générales, il faut aussi considérer les conditions locales du climat, pour ne pas s'exposer à des erreurs dans le choix des essences, qui ne supportent pas toutes également , tant s'en faut , les influences atmosphériques et les variations de température.
Pour le sol, il faut étudier sa composition chimique et son état physique Au point de vue de la composition, les éléments dominants peuvent être l'argile, la silice ou le calcaire, dont le mélange en diverses proportions constitue des sols plus ou moins favorables à la
végétation. Certaines essences forestières dépérissent ou ne viennent pas dans les sols calcaires; d'autres veulent, au contraire, du calcaire pour prospérer; beaucoup sont assez indifférentes à la nature chimique du sol. Or les essences « calcicoles » ou « calcifuges » sont bien connues, et le choix, sous ce rapport, n'est pas difficile.
Les qualités physiques du sol ont plus d'importance; à cet égard, il faut s'attacher à bien reconnaître la profondeur, la compacité, l'hygroscopicité, la densité, la dureté, l'aptitude à réchauffement. De la présence ou de l'absence de ces qualités dépendent beaucoup de modifications dans les travaux.
Quand les conditions de climat et de sol sont bien déterminées pour le terrain à reboiser, il faudra tenir compte dans le choix des essences du caractère spécial à chacune d'elles ; il faudra donc considérer le mode de végétation, les exigences et la sociabilité de ces essences, leur effet sur le sol, la nature et l'importance des produits qu'elles pourront fournir.
Quelle que soit la région climatérique, les forêts se composent toujours de certaines essences dominantes, — quelquefois d'une seule, — dans la masse desquelles d'autres essences sont disséminées sans former de massifs. Il faut donc distinguer les essences aptes à former seules des forêts et les essences qui vivent isolément, sans pouvoir constituer des masses compactes. Certaines essences de massif vivent volontiers avec d'autres de même catégorie, et leur mélange est parfois très avantageux.
Toutes les essences ne peuvent pas être employées directement pour regarnir les terrains nus ; il en est dont les jeunes plants ont besoin, pour réussir, d'être protégés, pendant plus ou moins longtemps , contre les intempéries ou le soleil par un couvert foliacé ; les jeunes plants du chêne rouvre, du hêtre et du sapin sont particulièrement dans ce cas. Ce couvert indispensable est obtenu par l'emploi simultané d'essences forestières à croissance rapide, destinées à disparaître en temps opportun, et servant ainsi pour le boisement transitoire.
Il est à remarquer que dans la région chaude et dans la région très fi:*oide (alpine), les massifs forestiers sont formés uniquement d'essences à feuilles persistantes; la végétation sous bois elle-même ne comprend presque pas de plantes à feuillage caduc.
Sous le climat méditerranéen, les grands massife forestiers sont constitués par le pin d'Alep , le pin maritime , le chêne vert et le
chêne - liège. C'est la région de Tolivier. On y trouve exceptionnellement le caroubier. Les essences secondaires sont le pin pinier et le chéne-kermès.
Dans la région tempérée, les essences dominantes des forêts sont le chêne rouvre, le chêne pédoncule, le charme, le châtaignier, le hêtre, le sapin, le pin sylvestre et le pin laricio. Gomme essences secondaires, on y trouve en abondance le peuplier, le frêne. Forme et Térable plane.
Le climat froid (alpestre) possède surtout des massifs d'essences résineuses : pin à crochets, sapin, épicéa, mélèze; les massifs d'essences feuillues sont assez rares et comprennent principalement le hêtre, soit seul, soit mélangé avec l'érable sycomore, le bouleau ou le sorbier des oiseleurs.
Les massifs feuillus font absolument défaut dans la région très froide (alpine). Là les seules essences forestières sont le mélèze et le pin cembro, qui peuvent vivre jusqu'à l'extrême limite de 3,000 mètres d'altitude, point où cesse la végétation arborescente dans les Alpes.
U va de soi que cette classification n'a rien d'absolu; les essences d'une région peuvent empiéter plus ou moins sur les régions voisines, dans certaines limites d'altitude. Cela dépend naturellement de conditions tout à fait locales de climat et de sol, d'exposition au vent ou au soleil , qu'il faut étudier d'avance quand il s'agit de reboiser un terrain.
Ce qui concerne le reboisement des montagnes peut s'appliquer en grande partie au reboisement des pays de plaines ; les études à faire et les questions à résoudre sont souvent analogues. Sans doute la nature des travaux de restauration n'est pas la même, mais l'opération générale n'est souvent ni moins complexe ni moins délicate. La formation des torrents est le résultat ordinaire de la dénudation du sol dans les montagnes; en pays de plaine, le dépérissement ou la destruction des forêts s'accompagnent le plus souvent de la formation des landes incultes ou de marécages , quand le terrain n'a pas été pris par l'agriculture.
Par le terme générique de gazonnement des montagnes, on doit entendre actuellement toute opération qui a pour but de faire naître sur des portions de sol dénudé une végétation quelconque autre que la forêt proprement dite, et dans laquelle dominent les plantes herbacées aptes à vivre plusieurs années ; mais le gazonnement doit être
un acheminement vers le boisement, quand celui-ci ne peut pas être entrepris d'emblée. Le gazonnement peut prévenir la formation des torrents; il ne suffit pas à les éteindre. A ce point de vue, l'interprétation qu'on donnait primitivement au terme de gazonnement était tout à fait erronée. C'est qu'alors on se laissait guider par cette idée fausse, que les opérations entreprises devaient donner des bénéfices immédiats; à notre époque, on veut jouir sans retard, et on n'accepte pas volontiers la perspective de résultats éloignés. Or la forêt met longtemps à se constituer et à produire des bénéfices palpables; au contraire, le gazonnement fournissait promptement du pâturage. Aussi les propriétaires acceptaient-ils plus volontiers le gazonnement obligatoire , et ils en invoquaient l'avantage apparent pour protester contre le reboisement.
L'administration ne laissa pas que d'être d'abord influencée par ces considérations; mais elle ne tarda pas à être désabusée, et, petit à petit, les propriétaires eux-mêmes en vinrent à reconnaître l'erreur commise. Au bout de quelques années, les terrains gazonnés se dégradaient, et tout était à recommencer, de telle sorte que des périmètres consacrés une première fois au gazonnement devaient être repris ensuite avec destination de reboisement.
Les faits interdisent toute illusion à cet égard ; la dégradation progressive des montagnes pastorales, garnies cependant d'épais herbages, prouve que le gazonnement pur et simple ne suffit pas à la conservation des terrains en montagne. Les dispositions récentes de la législation ont rectifié cette erreur, admise par la loi de 1864.
Désormais les travaux obligatoires de gazonnement n'impliquent en aucune façon l'idée de la création d'un pâturage destiné à être exploité plus tard pour l'élevage des troupeaux. D'ailleurs il ne faut pas si longtemps qu'on le croyait d'abord pour que la végétation forestière produise son effet utile au point de vue de la restauration et de la conservation des terrains de montagne; dans la généralité des cas, il suffit d'une dizaine d'années pour qu'un sol suffisamment stable soit garni d'un peuplement forestier plein de vigueur. Il est vrai seulement qu'il faut attendre davantage pour que la forêt nouvelle puisse être livrée à l'exploitation.
Étant donné le but qu'on se propose d'atteindre , l'expression de « gazonnement «n'est pas suffisamment exacte, et il vaut mieux s'en tenir au néologisme créé par l'administration forestière pour le besoin actuel, c'est-à-dire au mot « enherbement ». Sans doute les
deux mots se rapportent à une opération qui a pour base le semis de graines fourragères ; mais , quoi qu'on fasse , en raison même de Terreur dont il a été question, le terme de « gazonnement » fera toujours songer plus ou moins à la création d'une végétation herbacée devant fournir des ressources périodiques et perpétuelles de pâturage. Au contraire, le mot « enherbement » ne s'applique qu'à la production d'une végétation herbacée, servant de protection transitoire au sol en attendant le développement des plantations forestières.
Dans les terrains stables , l'enherbement peut servir à protéger les jeunes plants forestiers contre les intempéries atmosphériques ; dans les terrains instables, il sert à fixer provisoirement la surface du sol et la protège contre les érosions des eaux ; par conséquent il maintient aussi le sol autour des jeunes plants qui seraient, dans les premiers temps de leur végétation , incapables de le retenir. Le rôle que l'enherbement est appelé à jouer au point de vue du succès final des reboisements est donc très important dans bon nombre de cas.
Quant à la réglementation légale du pâturage en montagne, elle s'explique d'elle-même par la nécessité qu'il y a de maintenir en bon état de conservation les cantons gazonnés. On sait, en effet, qu'il suffit d'un bon gazonnement pour empêcher la formation de torrents nouveaux. D'ailleurs il ne faut pas oublier que bon nombre de ces pelouses n'ont fait que remplacer des forêts que l'homme lui-même a détruites pour créer des pâturages. Si l'on n'y prenait garde , l'imprévoyance et l'égoïsmede l'homme condamneraient aussi ces pelouses à disparaître à leur tour.