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FIXATION DES DUNES MARITIMES ET BOISEMENT DES LANDES

Les dunes de la Gascogne; « dunes blaaches ». — Lettes. — Etendue et caractère spécial de ces dunes. — Système de fixation inventé par Brémontier. — Gourbet et pin maritime. — Couvertures et cordons de défense. — Dune littorale. — Attribution de ces travaux au service forestier. — Étendue des dunes fixées et boisées. — Aliénation des forêts créées sur les dunes. — Entretien des travaux. — Fixation des dunes maritimes au nord de la Loire. — Enberbement. — Aspect actuel des landes de Gascogne. — Forêts de pins.— Vieux chênes. — La grande lande; plus d^échasses. — Action du pin maritime. — La Chalosse; chênes de la vallée de TAdour. — Le Marensin; « pignadas ». — Récolte de la résine. — Groupes de chênes. — Pratique du « soutrage ». — La Maremme; les dunes du sud et leur caractère particulier. — Forêts de chêne occidental. — Richesse forestière des Landes; conditions de son développement.

La forêt ne sert pas seuleùient à la restauration des terrains de montagne, on Ta employée aussi pour la fixation des dunes maritimes, et cette opération vaut la peine qu'on en parle.

Entre Bayonne et la Pointe -de -Graves, sur une longueur de deux cent quarante kilomètres et sur une largeur variant de quatre à huit kilomètres, de l'embouchure de l'Adour à celle de la Gironde, s'étend la zone des anciennes dunes de Gascogne, aujourd'hui boisées. Au nord de la Gironde et jusqu'à la Seudre, la côte est garnie par les dunes de la Coubre, qui ont présenté le même caractère que les précédentes; toutes ces dunes étaient envahissantes.

A la fin du siècle dernier, avant les opérations de boisement, ces « dunes blanches », comme on les appelait alors, couvraient d'immenses espaces sous forme de collines arrondies, formées entièrement de sable quartzeux d'une blancheur éclatante, disposées en plusieurs chaînes parallèles au rivage de la mer, et séparées entre elles par de

profondes vallées appelées « lettes ». Ces collines, qui atteignaient parfois jusqu'à 80 mètres de hauteur, présentaient du côté de la mer un versant faiblement incliné, et du côté de la terre une pente escarpée, de telle sorte que le sommet s'éboulait sans cesse dans ce sens.

Les grains de sable constituant la dune étaient assez fins et assez légers pour rouler les uns sur les autres sous l'action du vent, mais trop pesants pour être emportés au loin. Dans ces conditions, les vents d'ouest poussaient continuellement la couche superficielle de sable vers l'intérieur du pays , et la dune empiétait peu à peu sur la terre ferme sans que rien pût arrêter sa marche envahissante. Le sable engloutissait lentement tous les obstacles, cultures, plantations ou villages. Les matériaux ne manquaient jamais pour renforcer la ligne de dunes , car chaque marée laisse à découvert une plage de sable qui se dessèche rapidement et dont le vent d'ouest emporte vers la côte toute la surface, grain à grain. Puis, en revenant, la mer rapporte de ses profondeurs de nouveaux matériaux, et toujours ainsi.

Par suite de ce travail incessant , les dunes poussées vers l'intérieur des terres sont remplacées sur le rivage par d'autres de formation nouvelle ; le mouvement continue sans que les dunes du rivage aient paru se déplacer. On observe des phénomènes analogues dans certaines régions du Sahara, où existent également des dunes de sable fin. La disposition des dunes maritimes et leur déplacement progressif s'expliquent aisément par leur mode de formation.

Toujours est-il que jusqu'au moment où on a entrepris de les fixer, ces dunes mouvantes s'avançaient sans cesse davantage, ensevelissant tout sous elles et refoulant peu à peu les eaux venues de l'intérieur, qui finirent par former à leur base une longue ligne d'étangs et de marécages.

En 1780, l'ingénieur Brémontier proposa d'arrêter au moyen d'un système de plantations les progrès de cet envahissement. Ses idées ne commencèrent à être appliquées qu'en 4790; mais depuis lors elles sont restées en pratique, sauf quelques modifications indiquées par l'expérience.

Le pin maritime a été le principal agent de cette colossale entreprise. C'est le seul arbre qui croît à l'aise dans un tel milieu; ses puissantes racines fixent et immobilisent le sol où elles pénètrent ; ses feuUles mortes forment un tapis qui soustrait le sable à l'action du vent, et

peu à peu elles se transforment en un terreau fertile et solide. Ainsi la nature et les propriétés physiques du sol se transforment progressivement, par suite de la seule présence de l'arbre spécialement choisi par Brémontier, dont l'inspiration peut véritablement être qualifiée de providentielle.

Mais il fallait empêcher les sables venant de l'ouest d'engloutir les plantations, et en outre il fallait donner à la surface de la dune où l'on opérait assez de stabilité pour que la végétation des jeunes pins ne fût pas compromise ou empochée dès les premiers temps.

Pour obtenir ce double résultat, on s*est contenté de moyens fort simples. Le travail de fixation a débuté par les dunes situées le plus à l'ouest, près de la mer. Celles-ci, fixées, ne pouvaient plus envoyer de sable à leurs voisines de l'est , et en même temps elles les abritaient contre l'action du vent. On a procédé de cette manière en gagnant du terrain vers l'intérieur.

Afin de rendre plus stable la surface de la dune occidentale et de protéger les jeunes plants contre l'envahissement du sable venant de la mer, on a employé des « couvertures » et des « cordons de défense ». Les couvertures ne sont autre chose que des jonchées de branchages, qu'on fixe de façon que le vent ne puisse pas les enlever. Sous ces branchages on sème à la fois du gourbet et des graines de pin maritime. Le gourbet est une graminée qui croît très rapidement dans le sable, en y développant un lacis de longues racines. Sous la protection de celte végétation élémentaire et de la couverture, les pins germent et prennent assez de force pour maintenir eux-mêmes la dune lorsque leur abri disparaît et se détruit peu à peu.

Les cordons de défense consistent en clayonnages qui sont placés en avant de la dune en voie de fixation, du côté de la mer, de façon à arrêter le sable en marche. On a vu que ce sable est assez lourd pour n'être pas soulevé bien haut par les vents ordinaires; il court à fleur de sol plutôt qu'il n'est enlevé. Par suite, il s'amoncelle le long des clayonnages, et la quantité qui filtre doucement à travers le lacis de la claie constitue un contre-talus. Il se forme donc ainsi une petite dune artificielle, qu'on appelle « dune littorale ».

Quand le premier cordon est ensablé, on le surmonte d'un second, et la barrière de sable continue de s'exhausser. En disposant les cordons de défense convenablement , on impose à cette dune un profil déterminé. Puis, le moment venu, on procède à la fixation et au

boisement de cette dune, en même temps qu'on en crée une autre à Pouest pour la protéger contre les nouveaux apports de sable.

Le détail des opérations de fixation a été décrit depuis longtemps par les forestiers spécialistes, notamment par MM. Goursaud et Vasselot de Régné. Il est facile de se référer à leurs descriptions.

Commencée en 1790 par Brémontier, continuée par le service des ponts et chaussées, puis par le service forestier, l'œuvre de la fixation de ces dunes est maintenant terminée. Les dunes blanches d'autrefois sont devenues une immense forêt de pins, couvrant d'une façon presque continue une superficie de 60,000 hectares environ. Les lettes, qui étaient pour la plupart envahies par le marécage, ont été assainies d'abord, puis conquises par la forêt.

En 1840, la surface totale des dunes était évaluée à 88,096 hectares, et la fixation n'était alors réalisée que pour 15,827. En 1862, on comptait 55,584 hectares de dunes fixées; 7,548 hectares n'avaient pas encore été touchés et n'ont été fixés que depuis cette époque ; la zone de protection , comprenant la dune littorale et la bande étroite située entre cette dune artificielle et les sables déjà fixés, comptait 3,000 hectares; enfin 21,964 hectares de lettes restaient encore non boisés.

Par malheur, de 1861 à 1865, ces magnifiques forêts des dunes ont été aliénées par l'État, qui ne s'est réservé que les parties les moins belles et les plus voisines de la mer. Cette opération, très productive au point de vue financier, puisqu'elle a rapporté plus de treize millions, a été désastreuse au point de vue de l'intérêt général et de l'avenir de ces forêts. Il était déplorable de livrer à l'administration capricieuse et inexpérimentée des particuliers ces riches massifs créés au prix de tant d'efforts. Le moment avait été bien choisi pour cette spéculation ; c'était pendant la guerre civile des États - Unis. Les résines de ce pays n'arrivaient plus en Europe, et une hausse considérable s'était faite sur ce produit ; aussi la vente des forêts de pins se fit- elle dans des conditions très avantageuses à la fois pour l'État et pour les acquéreurs.

Les dunes sont donc fixées; on voit par quels moyens. Il ne s'agit plus que d'entretenir les forêts qui les garnissent. A défaut d'autres considérations d'un ordre plus élevé, l'intérêt des propriétaires exige cet entretien; car le jour où la forêt dépérira, le sable ne tardera pas à reprendre le dessus.

Naturellement il faut entretenir aussi la dune littorale ; c'est une question de surveillance constante, appuyée sur l'emploi judicieux des

fascines , des bourrées , des cordons de défense , des épis en clayonnages. Il s'agit ici de résister victorieusement aux coups de vent ou aux coups de mer, ou bien de réparer les brèches qu'ils ont pu faire dans la zone de protection. Ce fut en 1862 que le service forestier prit la direction des travaux; en 1868, il avait déjà été construit par ses soins soixante - quatre habitations pour les gardes cantonniers chargés d'entretenir la dune littorale. A cette époque, il restait encore 20,000 hectares environ à fixer ou à boiser.

Les dunes communales boisées et les dunes domaniales qui n'ont pas été aliénées après leur boisement font partie du domaine soumis au régime forestier.

Les travaux de fixation ont été entrepris et exécutés, pour la majeure partie , par l'État , quelquefois par des communes ou par des particuliers. Mais les opérations de ce genre faites par les communes ou à leur compte ont toujours été de peu d'importance; car, dans l'ouest , les communes possèdent bien moins de terrains vagues que dans les montagnes de l'est, par exemple.

Pour bien comprendre l'urgence et l'utilité de ces travaux, il suffit de se rappeler comment les choses se sont passées à la Goubre. En

un siècle, de 1762 à 1862, les sables avaient progressé dans cette région de plus d'un kilomètre vers l'intérieur; or, en moins de vingt ans , tout le terrain perdu a été reconquis par la végétation , et les dunes se sont transformées en un terrain stable.

Sur la partie du littoral située au delà de l'embouchure de la Loire, vers le nord, on se contente généralement de travaux d'enherbement pour opérer la fixation des dunes. Sous cette latitude,, le pin maritime ne réussit plus guère, sa végétation est languissante, son existence moins longue, et il ne fournit plus assez de résine pour que le « gemmage » soit fructueux ; pour prospérer, il lui faut le climat chaud du littoral gascon. En outre, cette essence est éminemment calcifuge , et la plupart des terrains au nord de la Loire sont riches en calcaire.

Dans le nord, on trouve des dunes boisées ou enherbées sur les territoires d'Hazebrouck, de Boulogne, de Hesdin et de Nouvion, dans la conservation d'Amiens ; et aussi sur les territoires de Blain , de Lorient et de Landerneau, dans la conservation d'Alençon. Entre la Loire et la Gironde , les dunes boisées se trouvent sur les territoires de Marennes , de la Tremblade et des Sables - d'Olonne , dans la conservation de Niort.

Beaucoup de gens s'imaginent que les fameuses landes de Gascogne sont encore une sorte de désert sablonneux, stérile, malsain, parcouru seulement par des bergers grimpés sur échasses, et gardant quelques moutons au milieu des pins qu'on cherche à propager pour l'utilisation et l'assainissement du sol. Or le pays des Landes ne ressemble plus guère à ce portrait. Sans doute le sol des Landes a été formé jadis d'un sable presque identique à celui des dunes et sous lequel se trouvait à peu près partout la couche imperméable de r« alios » ; mais, depuis Brémontier, les choses et leur aspect ont beaucoup changé. Le reboisement a garni la plus grande partie des terrains dénudés, et la « lande rase » a disparu. Les pauvres petits propriétaires besoigneux d'autrefois sont devenus des capitalistes qui tirent de gros revenus de leurs forêts de pins. D'ailleurs , dans certaines parties de cette région, bien que la constitution géologique du sol fût la même, on ne trouvait ni lande ni dune mouvante, mais bien des campagnes d'assez bon aspect.

A en juger par les chênes séculaires qu'on découvre encore çà et là dans certaines parties du pays, il a dû exister autrefois de belles forêts dans les Landes; et la place ne leur manquait pas, puisque cette région comprenait une étendue de 900,000 hectares. L'ancienne région des landes et des dunes, qui présentait les caractères particuliers auxquels le pays doit sa célébrité, comprenait le département des Landes actuel et une bonne moitié du département de la Gironde. Cette immense étendue de terrain se subdivise en cinq régions principales , appelées par les habitants : la grande Lande, les Dunes, le Marensin, la Maremme et la Chalosse.

La « grande Lande » était bien autrefois le pays désert, stérile, couvert de sable, de bruyères Qt de marais, qu'on ne pouvait traverser qu'avec des échasses. On n'en est plus là. C'était aussi la région principale de r« alios », qu'on rencontrait à deux pieds au-dessous de la surface du sol. Cet alios est formé d'une couche mince de grès quartzeux, agglutiné par un ciment organique et ferrugineux.

Le sol de la grande Lande est formé d'un sable siliceux, pareil à celui des dunes, mélangé parfois d'un peu de fer oxydulé, et ne contenant souvent que très peu de matières propres à la nutrition des plantes. La grande Lande était marécageuse sur bien des points, dans les dépressions où l'alios affleurait. Bref, c'était une contrée absolument misérable et malsaine, ne produisant guère que de l'ajonc, de la bruyère, des... fièvres intermittentes et la pellagre.

Les plantations de pin maritime ont admirablement transformé ce pays, qui n^a pas tardé à devenir une immense forêt d'une contenance de 680,000 hectares. Le climat s'est amélioré, les marais ont disparu , le sol s'est modifié et fertilisé ; enfin le « gemmage » a fait pénétrer l'aisance chez bon nombre des habitants, auparavant si misérables.

L'honneur de cette métamorphose revient presque tout au pin maritime. Quelques propriétaires ont essayé avec un sérieux succès de reboiser en chêne ; mais l'opération était délicate ; il fallait des travaux préalables, des soins qu'on ne peut guère demander aux simples paysans. Et puis, avec les reboisements de ce genre, il faut attendre les résultats trop longtemps.

Le pin maritime répondait mieux à tous les besoins : il s'accommode d'un sol médiocre et n'exige pas de soins pour végéter ; il s'accroît très vite, et il fournit au bout d'un petit nombre d'années des produits rémunérateurs. La faveur publique devait donc adopter promptement les plantations de cette essence, et ce fut, en effet, ce qui arriva. D'ailleurs, avant de pénétrer dans la grande Lande, le pin maritime avait déjà fait victorieusement ses preuves dans les travaux de fixation des dunes; pour le paysan landais, ce n'était plus le premier arbre venu.

La grande Lande ainsi régénérée est une plaine immense , à peu près horizontale, bornée au nord et à l'est par la limite du département , au sud par les deux vallées de l'Adour et de la Midouze , à l'ouest par le méridien de Dax.

La Chalosse, qui est la seule partie agricole des Landes, est entourée au nord et à l'ouest par l'Adour, au sud et à l'est par la limite du département. Les arbres fruitiers et les céréales y prospèrent. En outre, on trouve dans la vallée de l'Adour des massifs de chênes renommés pour leur beauté et que la marine recherche volontiers pour ses constructions. Il serait à souhaiter qu'on s'efforçât d'augmenter l'importance de ces massifs, puisqu'ils se plaisent dans ces cantons, malgré la médiocrité du sol. Celui-ci ne diffère pas, en effet, beaucoup dans la Chalosse de celui de la grande Lande. C'est toujours le même sable quartzeux, seulement la couche d'alios n'est pas continue; de plus, le sol est légèrement accidenté et le climat meilleur. La fertilité plus grande s'explique donc tout naturellement.

Le Marensin est la zone qui s'allonge entre les dunes et la grande Lande, dans le voisinage des étangs. Son sol est le même que celui

de la grande Lande, absolument plat, couvert d'épaisses forêts de pins ou « pignadas », qui existaient pour la plupart avant Brémontier. Leur bois alimente des hauts fourneaux. Autrefois ces pignadas étaient coupées par des landes; mais celles-ci ont été reboisées, et le couvert est maintenant presque partout continu.

Ce pays, où la population est très clairsemée, n'est habité que par des résiniers, logés dans des maisonnettes en bois. Le Marensin est par excellence le pays de production de la résine. Généralement on remarque auprès des maisons quelques groupes de vieux chênes de grandes dimensions. D'autres chênes également centenaires sont épars au milieu des pins; ce sont les restes probables des anciennes futaies d'Aquitaine. Mais, à côté de ces vieux chênes, on n'en trouve presque pas de jeunes pour les remplacer. Cela tient à ce que les habitants ne propagent pas cette essence et ne garantissent pas les jeunes pousses contre la dent de leurs moutons; ils préfèrent de beaucoup le pin, qui leur donne un produit immédiat et rémunérateur. Le chêne est trop long à venir; on arrache donc volontiers ses jeunes plants comme une mauvaise herbe. D'ailleurs, dans ce pays sans routes, comment exploiterait- on ces beaux chênes ou les vieux pins? Un tronc de chêne centenaire n'est pas Iransportable à dos de mulet comme les barils de résine. Dans de telles conditions , on ne peut guère espérer de voir la vieille futaie de chênes se régénérer dans le Marensin. Jusqu'à des temps meilleurs, les chênes non transformés en charbon pour les besoins des hauts fourneaux d'Uza, de Castets et autres, sont destinés à pourrir sur place sans laisser de remplaçants.

Les essences secondaires disséminées dans les pignadas du Marensin sont le pin pinier, le chêne tauzin, et, vers le sud, le chêne-liège ou, plus exactement, le chêne occidental.

Dans le Marensin, le sol ne peut point s'améliorer, à cause de la pratique du « soutrage ». Cette opération consiste à recueillir tout ce qui pousse sous le couvert des pins, sans épargner aucune herbe, aucune broussaille , aucune aiguille de pin tombée; cela sert d'engrais pour le maigre champ de seigle situé près de l'habitation du résinier. Cette pratique fâcheuse, mais que l'on s'explique par le besoin pressant des colons , empêche la formation d'humus et met le sable à nu. Le sol de la forêt ne peut donc pas se modifier avantageusement.

La Maremme est la région comprise entre la mer, la bouche de

l'Adour, et une ligne allant de Dax jusqu'à Vieux-Boucau. Même sol que dans le Marensin; mais le climat est plus soc et plus chaud. Le chêne occidental remplace ici partiellement le pin maritime.

Cette région est en grande partie couverte de dunes d'un aspect particulier, non mobiles, boisées depuis une époque très reculée, non disposées en bandes parallèles au rivage de la mer, maïs, au contraire, orientées dans toutes les directions. Ces dunes sont pour la

Pin mari lime ou rëBiaier.

plupart d'un volume considérable; beaucoup s'élèvent à une hauteur de 60 mètres et plus. On les appelle les « dunes du sud ». Leur divergence provient peut-être de changements anciens dans la direction des vents dominants. Actuellement l'apport de sable est assez minime pour ces dunes du sud ; le voisinage des Pyrénées influe sans doute sur l'action du vent.

Ces dunes ne sont pas, comme celles du nord, bordées en arrière par une hgne d'étangs. Ici l'Adour sert d'écoulement aux eaux venues de l'intérieur et ne les laisse pas s'accumuler au pied des dunes.

Toute l'étendue de la Maremme est occupée par une forêt où le chêne -liège domine, mais où se trouvent encore de nombreux pins maritimes. Cette forêt au feuillage sombre toujours vert présente un aspect tout particulier avec ses troncs de pins gemmés sur

toutes les faces et ses troncs de chênes écorcés jusqu^aux premières branches.

Ce chêne-liège fait la richesse de la Maremme , comme le pin maritime fait la richesse de la grande Lande, du Marensin et des Dunes. Dans ces diverses régions, le sol était stérile pour Fagriculture et malsain pour Thomme; le reboisement Ta transformé, assaini, et lui fait produire de gros revenus au propriétaire. Ce sont là des résultats qu'on ne saurait proclamer trop hautement.

Il était intéressant de voir quelle est la puissance du reboisement pour améliorer à tous égards certaines régions déshéritées. Aujourd'hui le département des Landes est le plus richement boisé de France ; mais on est bien loin d'en tirer tout le profit que pourrait donner raisonnablement sa production forestière. Cela tient à l'état défectueux de sa viabilité. Les routes et les chemins bien entretenus y sont beaucoup trop rares. Vienne le jour où cette situation pourra se modifier, et alors les propriétaires songeront davantage à exploiter leurs forêts au point de vue de la production ligneuse. Actuellement on les apprécie surtout pour leurs produits facilement transportables, le liège et la résiné. Évidemment, dans un avenir plus ou moins prochain, on devra se mettre en mesure d'utiliser d'une façon plus complète et plus sérieuse la richesse forestière des Landes.

En attendant, il s'agit d'entretenir et d'améliorer ces forêts. Il semble qu'il serait assez facile de rétablir dans les Landes les anciennes futaies de chênes ; il suffirait de ne pas détruire cette essence , comme on le fait systématiquement dans le Marensin ; on devrait, au contraire , la propager, la protéger là où elle se reproduit spontanément. D'un autre côté, le pin lui-même pourrait donner assez rapidement une grande quantité de bon bois de consommation. Cependant, par suite du mode d'exploitation, les Landes ne fournissent actuellement qu'une quantité de bois insignifiante.

Les propriétaires forestiers de cette région doivent donc faire plus et mieux que ce qu'ils font aujourd'hui; il y va de leur intérêt comme de celui du pays. Là, comme ailleurs, les voies de communication finiront par se développer et s'améliorer, et alors les forestiers judicieux se féliciteront d'avoir travaillé quelque peu en vue de l'avenir.

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