‹ Les forêts et les eaux souterraines dans les régions de plainesChapitre 5 sur 7 · Surcll, Cézanne, Gonle-Grandchamps^ Grœff, Gompaing, etc · texte numérisé non relu

Surcll, Cézanne, Gonle-Grandchamps^ Grœff, Gompaing, etc

qui est utilisée après son infiltration soit directement pour les besoins de la végélalion, soit pour la production et la conservation des sources, lesquelles ne sont jamais que le produit de ces eaux de pluie infiltrées et emmagasinées dans des couches supérieures? Voilà ce que je voudrais vous voir exanainer. »

L'appel du maréchal Vaillant a été entendu sinon par M, Vallès, du moins par de nombreux savants et de nombreux observateurs.

La question peut être en eflet résolue soit empiriquement, par la simple observation de sources tarissant après Tabatage de la forêt, reparaissant avec le reboisement ; soit scientifiquement, en déterminant d'abord la quantité de pluie qui tombe en sol nu ou en forêt, tout ce qui est éliminé avant de gagner les nappes souterraines et comparant les volumes de ce qui reste, dans les deux cas, hors bois et sous bois. C'est de l'initiative du maréchal Vaillant que datent les études de météorologie forestière en France ; depuis 30 ans, de nombreuses stations de météorologie forestière ont été fondées : en Allemagne, en Autriche, en Suisse ; leurs recherches ont déjà déterminé un certain nombre des inconnues du problème ; d'autre part, on a fait beaucoup d'observations sur les relations des sources ou des nappes avec l'état boisé, et cependant la question n'est pas encore complètement résolue : il y a des points obscurs. A côté de constatations certaines de sources tarissant par le déboisement, il y a des exemples non moins certains de disparition de sources par le boisement et d'abaissement des nappes souterraines sous les forêts.

Ce serait rendre un réel service à la science que de concilier ces faits en apparence contradictoires et de débrouiller enlin cette question sur laquelle on dispute depuis si longtemps.

Les lignes qui vont suivre n'ont d'autre but que de mettre le lecteur à peu près au courant de ce qu'on sait actuellement et de susciter des recherches ou des observations qui viennent combler cette lacune dans nos connaissances.

Il semble qu'il y ait tout d'abord avantage à se placer dans le cas le plus simple ; donc nous ne nous occuperons pas de l'influence des forêts sur les nappes souterraines ou les sources en montagne. C'est cependant là où elles abondent à cause du plus grand nombre de lignes d'aflleurement des zones imperméables sur une petite sur-

face, grâce aux accidents du relief, à cause de la plus forte inclinaison des couches, à cause des précipitations atmosphériques plus abondantes, etc.

Mais, en raison même de la pente généralement forte des couches, les eaux souterraines coulent sur leur lit imperméable avec une assez grande vitesse et, à moins qu'on n'ait à comparer deux bassins voisins, Tun boisé, l'autre nu, il est difficile de dégager l'action de la forêt.

C'est dans les régions de plaines qu'il convient d'étudier d'abord cette influence.

Sous ce rapport, il serait diflîcile de trouver un meilleur champ d'études que les immenses sleppes de la Russie méridionale. On se fera une idée de la platitude du relief des vastes bassins du Dniepr, du Don ou de la Volga, où ont lieu les recherches hydrologiques russes, en considérant que le point culminant des hauteurs de Valdaï d'où sortent les plus grands fleuves de la Russie d'Europe n'est qu'à 351 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Ces steppes, au milieu desquelles coulent les larges fleuves du Dniepr, du Don, de la Volga, donnent l'illusion d'une vaste mer et les difierences de niveau n'atteignent pas 200 mètres.

Une autre circonstance heureuse pour l'étude du phénomène est que, dans toute cette zone où ont porté les recherches hydrologiques, le climat est très sec ; la pluie ou la neige qui tombe dans une année n'y forme pas une couche de plus de 40 centimètres; c'est, avec la zone des steppes désertes ponto-caspiennes où la hauteur de pluie tombe à moins de 20 centimètres, la région la plus sèche de la Russie. Les forêts y ont été introduites par l'homme; elles y prospèrent, mais n'y rencontrent que la dose minima d'humidité nécessaire à leur existence ; la zone contiguë qui borde la mer Caspienne et ne reçoit pas plus de 20 centimètres d'eaux météoriques, est trop sèche pour que les forêts puissent y vivre. Dans ces conditions, les modifications des nappes d'eau souterraines s'apprécient évidemment avec plus de facilité que dans les sols gorgés d'eau.

L'expédition dirigée par M. Ototzky fit ses observations et ses sondages dans les gouvernements de Voronej, Kherson et Saratov,

c*est-à-dire dans la région méridionale du tchernozem qui occupe, comme on sail, la plus grande partie de la moitié sud de la Russie.

Le sol de la forêt Chipoff (gouvernement .de Voronej) est formé de couches d'argile et de sable reposant sur la craie. Les sables s'y trouvent à 3 niveaux correspondant à autant de nappes aquifères ; mais, tandis que l'eau affleure dans les puits ou sondages de la steppe à 3, 4 ou 5 mètres au-dessous de la surface, dès (ju'on entre en foret il faut creuser à 15 mètres pour la rencontrer ; encore ne la trouvct-on pas toujours.

Donc la forêt a fait baisser le niveau de la nappe souterraine d'une dizaine de métrés environ.

C'est là un résultat imprévu : on savait bien, par de nombreux dosages, que les couches profondes des sols forestiers sont en été plus sèches que les couches de même niveau dans les sols nus ; mais on n'aurait jamais cru que l'assèchement provoqué par la transpiration des peuplements forestiers pût se faire sentir à de telles profondeurs.

Dans la forêt Noire (gouvernement de Kherson) la sonde a traversé des épaisseurs très variables de lôss reposant sur de l'argile noire à la surface de laquelle se trouve le premier niveau d'eau, le moins abondant ; au-dessous de cette argile noire, viennent des sables argileux ou ferrugineux ou ligniteux ayant pour substratum le granit gneissique. Sur ce granit est la deuxième nappe d'eau, beaucoup plus importante que la première. Ici, les faits constatés sont encore plus surprenants que dans la forêt Chipoff, parce qu'ils montrent l'influence de la forêt même quand le niveau supérieur des eaux phréatiques est éloigné de la surface de plus de 10 mètres. Sous la forêt, le plan d'eau se trouve à 4 ou 5 mètres plus bas que sous la steppe ou sous les champs.

Les mesures ont été prises pendant la saison de végétation, du 1" juin au 1" septembre ; c'est l'époque à laquelle l'influence asséchante de la forêt est à son apogée. 11 est regrettable qu'elles n'aient pas été reprises une seconde fois, au mois de mars, par exemple, quand le sol forestier a son maximum d'approvisionnement en eau ; mais, écrit M. Ototzky, d'après des observations non encore publiées faites dans le gouvernement d'Iekaterinoslav, à aucun moment, les

eaux phréatiques ne s'élèvent plus haut sous la forêt que sous la steppe.

On avait déjà constaté sur d'autres points un abaissement sensible de la nappe d'eau des pluies à la suite de plantations, par exemple au couvent de Saint-Paul-aux-Trois-Fontaiiies, daps la campagne de Rome ; mais il s'agit ici d'eucalyptus, c'est-à-dire d'arbres à feuilles persi3lantes et à transpiration très intense et non de forêts de chênes comme celles où ont eu lieu les recherches russes ; de plus, la nappe d'eau n'était qu'à 50 centimètres au-dessous de la surface.

A ne considérer que l'assèchement superficiel, les exemples abondent, en France et en Algérie, des heureux effets produits à cet égard, soit par les eucalyptus, soit même par d'autres arbres à feuilles persistantes, tels que les pins, beaucoup moins bien doués cependant que les eucalyptus sous le rapport de la transpiration. En dehors du fait si souvent cité du dessèchement des lettes des dunes de Gascogne par les pins maritimes, je ne mentionnerai que celui qui a été si bien étudié et décrit par M. d'Arbois de Jubainville*, parce qu'il vient à l'appui des constatations de M. Otolzky, en montrant que l'assèchement produit par des plantations de pins sylvestres dans une forêt de plaine du nord de la France a pu abaisser assez la nappe d'eau souterraine pour amener le tarissement de plusieurs sources^ Il est vrai qu'il est question ici de résineux qui laissent arriver au sol moins de pltiie que les arbres à feuilles caduques; mais, en revanche, ils sont considérés comme évaporant beaucoup moins, ce qui établit une sorte de compensation, et, en fait, on ne voit pas nettement pourquoi et comment les deux sortes de forêts agiraient, comme on l'a soutenu, d'une manière si différente, les feuillues augmentant et régularisant les sources d'après l'opinion généralement adoptée, les résineuses les diminuant et même les tarissant.

Peut-être, les résultats obtenus depuis 1867, dans les diverses stations de météorologie forestière, nous fourniront-ils une explication satisfaisante de ces faits contradictoires. La science peut-elle nous dire aujourd'hui si deux régions de plaines voisines et de structure

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