‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 14 sur 38 · SABRE · texte numérisé non relu

SABRE

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5! LES FORÈTS INTÉRIEURES recherchés que fussent les mets, je puis vous assurer que grande fut la satisfaction exprimée par nos différents hôtes. Notre essaim fut fort bien dirigé. Malgré la différence de rangs parmi ceux qui figuraient à cette réunion , la plus grande harmonie ne cessa pas de régner, et la société se retira satisfaite de la besogne et de ja réception.

Le lendemain, j’allai voir le nouvel édifice, mais je fus fort contrariée , car il présentait à peine l’apparence d’une maison ; c'était tout simplement un carré long se composant de bûches couchées l’une sur l’autre avec des jours entre chaque rangée. Les ouvertures pour les portes et les fenêtres n’étaient pas encore pratiquées, ei les solives du toit n'étaient pas disposées. Enfin le tout présentait un aspect étrange, et je m'en revins un peu désappointée , m’étonnant que mon mari füt si satisfait d’une telle besogne. Un ou deux jours après , je retournai vers notre future demeure : les poutres qui devaient recevoir les plafonds étaient posées , et l’on avait coupé dans la charpente les baies pour les portes et les fenêtres ; en sorte que la maison ne ressemblait pas toutà-fait autant à la cage d’un oiseau.

Après qu’on eût posé les lattes au toit , nous fûmes encore arrêtés, parce qu’on ne pouvait avoir des planches d’un lieu plus proche que Peterborough. Or, cette ville se trouve à une grande journée de distance, et on ne peut y arriver que par d’horribles chemins. Il n’était pas alors question de moulin à scie dans le voisinage ; maintenant, on en construit un à peu de distance de nous. Il fallait donc scier à la main toutes les planches de nos parquets, etil se passa quelque temps avant qu’on püt trouver quelqu’un pour ce travail indispensable, et encore l’ouvrier exigea-t-il un prix excessif ; six shellings et demi par jour (1). Les planches furent enfin posées ; mais, comme elles étaient de bois vert, et que dès-lors on ne pouvait les raboter, nous fûmes obligés de nous contenter de leur surface rude et grossière, car on ne pouvait s’en procurer de bois sec. Je commençai à me rappeler l'observation d’un vieux gentleman avec lequel nous avions voyagé depuis Cobourg jusqu’au lac des Riz. Nous nous consolons par l'espérance que l'été prochain tous les bois auront séché, et alors on doit mettre toute la maison sens dessus dessous pour replacer tous les parquets , les joindre et les polir.

Notre seconde mésaventure fut que le mélange de terre et de chaux avec lequel on devait boucher, à l’intérieur et à l’extérieur de la maison , les jours qui existaient entre les bâches, se trouva, en une nuit, gelé et durci comme de la pierre. Juste comme l'ouvrage était presque à moitié fait, la gelée arréta pour le moment nos travaux, parce que le plâtre , ainsi gelé, ne cédait ni au feu ni à l’eau bouillante; l’eau gelait avant d’avoir opéré sur” la masse, et tout allait de mal en pis. Ensuite, l’ouvrier qui taillait l’intérieur des murs pour les unir, se blessa avec sa hache et fut incapable de reprendre son ouvrage pendant quelque temps.

Je n’entre dans ces détails que pour vous montrer les difficultés qui nous accompagnent dans l’accomplissement de nos plans , et cela explique jusqu’à un certain point pourquoi des colons d’un rang fort distingué sont obligés de se contenter de si humbles demeures à leur arrivée dans ce pays. Je pourrais vous conter des exemples de ce genre qui vous étonneraient : après tout, cela sert à nous rendre plus satisfaits que nous ne l'oserions ; car de quoi nous plaindrions nous, lorsque nous voyons peu de gens mieux fournis que nous , et beaucoup qui ne le sont pas de moitié aussi convenablement , et qui cependant sont nos égaux, quelquefois même nos supérieurs par lé rang et la fortune.

Tout homme dans ce pays est son propre vitrier, vous rirez de cela; mais si l’on ne (1) 7 francs 80 centimes par jour,

veut éprouver les inconvénients des vitres cassées, il faut que l’on apprenne à les poser soit-même. Au milieu de'ces forêts, on ne peut avoir facilement des ouvriers quand on en a besoin , et il serait absurde de louer pendant deux jours un homme à un prix élevé pour aller à la ville la plus prochaine et en ramener un vitrier. On achète à très bas prix, dans les magasins , des boîtes de vitres de toutes grandeurs; mon mari s'est amusé à en garnir les fenêtres de la maison avant qu’on les mît en place.

Connaître le maniement des outils du charpentier n’est pas, je vous l’assure”, une science inutile ou méprisable ici. Je recommanderai fortement aux jeunes gens qui viennent habiter le Canada d’acquérir quelques connaissances dans cet art, car leur ignorance sur ce point leur fera souvent éprouver de grands inconvénients.

Je m’amusai beaucoup'un jour d’entendre les remarques faites par une belle dame, qui partageait à regret l’émigration de son mari, officier supérieur de la marine militaire. Comme elle voyait son fils activement occupé à façonner le manche d’une hache avec un morceau de bois d’orme épineux , elle s’écria en s'adressant au père : « Je ne comprends pas que vous permettiez à Georges de se dégrader ainsi.»

Le capitaine levales yeux d’un air surpris : « Se dégrader ! de quelle facon, madame ? mon fils ne jure pas, ne boit point de whiskey , ne dérobe ni ne ment.

— Mais vous lui laissez faire des ouvrages les plus humbles ; n’a-t-il pas l’air en ce moment d’un charpentier en haies? et je suppose que vous le laissez aussi faire le bûcheron ?

— Assurément, cette pile de bois que vous voyez dans la charrette a été coupée par lui, hier, après qu’il a eu quitté ses livres.

— J'aimerais mieux voir mes fils morts, que mauiant ainsi la hache comme de simples manœuvres.

— L'oisiveté est la mère de tous les vices ! dit le capitaine : mon fils ne serait-il pas occupé d’une manière bien plus pernicieuse, s’il vagabondait dans les rues avec de mauvais compagnons.

— Vous conviendrez que ce pays ne peut convenir à des hommes ou à des femmes comme il faut.

— C’est un pays où les gent/emen qui ne veulent point travailler, et qui n’ont pas de quoi vivre , doivent mourir de faim ; répliqua le capitaine brusquement ; et c’est pour cette raison que j’accoutume de bonne heure mes fils à s'occuper utilement et activement.

— Mes fils ne travailleront jamais comme des artisans vulgaires , dit la belle dame avec indignation.

— Alors, madame, ils ne seront propres à rien comme planteurs , et il est malheureux que vous leur ayez fait traverser l'Atlantique.

— Nous avons été forcés de venir ici, nous ne pouvions continuer à vivre dans notre pays comme nous avions fait jusqu'alors, autrement je ne serais jamais venue dans cet horrible pays.

— Puisque vous y êtes, vous feriez sagement de vous conformer aux circonstances. Le Canada n’est point un lieu propre à rétablir la fortune des paresseux. Dans certaines parties du pays , la plupart des objets d’approvisionnement sont aussi chers qu’à Londres; l'habillement y est beaucoup plus coûteux quoique moius bon, et on a fort peu de choix.

— Je voudrais bien savoir, alors, pour qui le Canada est bon? reprit la dame avec COUrTOux.

— C’est un bon pays pour l'artisan honnête et industrieux. C’est un beau pays pour le pauvre ouvrier, qui, après quelques années d’un rude travail peut se reposer dans sa maison rustique, contempler au dehors les terres qui lui appartienneut, et voir ses enfants bien établis et devenus propriétaires indépendants. C’est un grand pays pour le riche spéculateur qui peut appliquer de grosses sommes à l'achat de terres avantageusement situées; car, s’il a quelque jugement, il retirera cent pour cent d'intérêts de son argentau bout de peu d’années. Mais c’est un rude pays pour le pauvre gentleman que ses habitudes ont rendu incapable d’un travail manuel ; il porte avec lui un esprit peu propre à sa situation ; et même :; la nécessité le contraint à user d’activité, son travail est de peu de valeur. Il a une rude lutte à soutenir pour vivre. Les dépenses indispensables pour le salaire des travaux et pour la nourriture sont grandes, et il est obligé d’endurer de nombreuses privations , s’il veut maintenir l'équilibre et ne point faire de dettes. S’il a beaucoup d’enfants , et qu’il les élève sagement de manière à les accoutumer de bonne heure à la vie de colon, il fait très bien pour eux , et ses propres terres en profitent bientôt; mais, s’il est paresseux lui-même, si sa femme est dépensière et d'humeur difficile, et s’ils apprennent à leurs enfants à mépriser le travail, eh bien! madame , ils seront bientôt tous ruinés. Enfin , ce pays est un bon pays pour ceux qui savent s’y faire, mais pour ceux qui ne veulent pas se conformer à la doctrine de la né :sité, ils n’ont rien à faire ici. Il est clair que le Canada ne convient pas à tout le monde.

— Il n’a jamais été convenable pour moi ni pour mes enfants : dit la belle dame d’un air dédaigneux.

—Cela est très vrai, » fut la réponse laconique du mari ; ainsi se termina le dialogue.

Mais tandis que je vous conte ces détails , je me suis bien éloignée de mon premier sujet, et j'ai laissé ma pauvre maison en bois à peine commencée. On m’annonça enfin qu'elle était habitable, et je fus bientôt assaillie de tout le tracas et de la fatigue qui accompagnent un déménagement. Nous reçûmes toute l’assistance nécessaire de la part de S..., qui est toujours prêt à nous venir en aide. Il riait et appelait notre réunion « un essaim changeant ; » je disais moi, que c’était un « essaim fixant ; » et mon maridisait que c’était{un «essaim d'établissement ; » et en effet , nous ne fûmes guère établis ni fixés, tant que cette nouvelle besogne ne fut point terminée. Quel antre de désolation est une petite maison, ou toute maison en de telles circonstances! L’idée du chaos doit avoir été tirée d’un déménagement ou d'un emménagement ; car je suppose que les anciens prenaient aussi leur volée, comme disent les Écossais.

Un grand nombre d'objets précieux en poterie ont péri dans ce court mais rude voyage à travers les bois. Que leurs manes reposent en paix ! J’avais une bonne aide dans ma servante irlandaise , qui eut bientôt allumé d’énormes feux et mis la maison en ordre.

Nous sommes maintenant très convenablement établis, et je vais vous faire la description de notre petite habitation : le plan primitif n’a été exécuté qu’en partie ; on achevera le reste au printemps prochain ou à l'automne, selon que les circonstances Je permettront.

Un joli petit salon avec un cabinet pour les provisions , une cuisine , un office et une chambre à coucher forment le rez-de-chaussée ; il y a un bon premier étage , qui se composera de trois autres chambres à coucher.

I1,me semble que je vous entends vous écrier : «Quelle coquille de noix!» La voilà telle qu'elle est à présent ; mais nous avons l'intention d'y ajouter une belle facade , aussitôt

DU CANADA. d7 que nous pourrons avoir des planches sciées par le moulin ; et cet accroissement nous donnera un autre petit salon, une longue antichambre et une bonne chambre d’amis.

Des fenêtres de derrière la porte vitrée de notre petite salle actuelle, on a une très jolie vue sur les lacs à l'ouest et au sud. Quand la maison sera achevée , nous aurons sur le devant et au sud de la maison un vestibule , qui en été, nous servira souvent de salle extérieure , et où nous pourrons dîner et jouir des agréments de l'air, tout en étant abrités contreles rayons éclatants du soleil. Les habitants du Canada appellent ces vestibules stoups ; peu de maisons rustiques ou régulières en sont dépourvues. Les piliers font u: très joli effet, entourés par la féconde vigne de houblon, à la quelle s’entrelacent une plante grimpante écarlate, et la gloire du matin, nom que les américains donnent aux plus beaux des grands convolvulus; les vestibules ou sfoups sont un grand ornement, parce qu’ils cachent en partie les murs de bois, et empêchent le bâtiment de ressembler à une grange.

Notre parloir ou petit salon est chauffé par un beau poêle à la Franklin , avec une galerie et un garde-cendres en cuivre. Voici les diverses parties de notre ameublement : un sofa en baguettes de cuivre , qui peut servir de lit au besoin, les chaises peintes du Canada , une table de pin noirci, des oiseaux blancs et verts, et une superbe natte indienne qui couvre le plancher. Un côté de la chambue est occupé par nos livres. De grandes cartes et quelques bonnes gravures cachent presque entièrement les murs grossiers, et forment la décoration de notre petite demeure. Notre chambre à coucher est meublée avec la même simplicité. Cependant, nous ne manquons pas de ce qui peutêtre confortable sous notre humble toit ; et quoique tout ne soit pas exactement comme nous pourrions le souhaiter, nous ne pourrions guère avoir mieux dans les circonstances présentes.

J'attends le printemps avec impatience, pour qu’on dispose un jardin sur le devant de la maison , parce que j'ai l’intention de cultiver des fruits et des fleurs du pays; et je suis sûre qu’ils se perfectionneront par la culture. Les fraises, qui croissent naturellement dans nos pâturages, dans nos bois et dans nos clairières, sont de plusieurs espèces et viennent en abondance ; elles font d'excellentes confitures, et je veux en introduire des planches dans mon jardin. Il y a sur notre lac un joli petit îlot boisé , qu’on appelle l'ile des fraises, et un autre qu’on nomme l’île des framboises ; on trouve dans l’un et dans l’autre un grand nombre de fruits de toutes sortes: des raisinets sauvages , des framboises, des fraises, du cassis et des groseilles ; des groseilles sauvages , et une belle plante rampante qui porte des fleurs blanches comme le framboisier ; on y trouve aussi un fruit brun tirant sur le bleu, et d’une acidité assez agréable; par le goût ct par la forme , il ressemble un peu à nos mûres de haies, mais il n’est ‘pas aussi sucré. Les feuilles de cette plante sont d’un vert clair éclatant, et rappelant celles du framboisier 5 elle a, du reste, en ‘plusieurs points, de si frappants rapports avec cet arbuste, quoiqu’elle ne s'élève pas en arbrisseau et on’elle n’ait point d’épines , que je l'ai appelée le framboisier rampant.

Je crois que nos savants botanistes anglais me trouveraient bien présomptuéusede donner ainsi des noms aux fleurs et aux plantes que je rencontre dans ces forêts sauvages : ce que j'ai à dire, c’est que je suis fort aise quand je peux découvrir leurs noms canadiens ou indiens ; mais quand elles n’en ont pas , je me crois bien libre de devenir Jeur marraine , et de leur donner des noms de mon choix.

Parmi nos fruits sauvages, nous avons des prunes, qui, dans certains districts , son

très helles et abondantes; elles font d’admirables confitures, surtout quand on les fait bouillir avec du sirop d'érable, comme les ménagères américaines. Les cerises sauvages et uñe autre espèce de cerises, appelées cerises d’angoisse (ou griottes), à cause de leurs qualités astringentes, les merises à haute et basse tige , les prunelles que les femmes indiennes apportent dans des paniers faits de branches de bouleau : tous ces fruits se trouvent dans les plaines et dans les prairies des Castors. Les merises de buisson sont apportées en grande quantité dans les villes et dans les villages par les Indiens. Elles forment une conserve sèche qu’on sert avec le thé sur la table de presque tous les colons ; mais, pour la finesse du goùt et pour l’apparence, je prefère les merises de haute tige ; on n’en fait pas de cas, à cause des larges graines plates qui empêchent d’en faire des marmelades : cependant la gelée en est délicieuse pour la couleur et le parfum. ;

Le buisson sur lequel croit cette merise ressemble au rosier de Gueldre. Les fleurs sont d’un blanc pur, et retombent en ombrelles lorsqu’elles sont épanouies ; elles ornent délicieusement les bois et les marais ou le bord des lacs. Le fruit ala forme d’un ovale long, de couleur écarlate ; et, lorsque la gelée à passé, dessus il devient demi transparent , et ressemble à des grappes pendantes de raisin rouge.

Je fus tentée dans un bel après-midi, de faire avec mon mari une promenade surla glace ; on m’assura qu’il n’y avait à cela aucun danger. Je dois avouer que pendant le premier demi-mille je me sentis fort timide, surtout aux endroits où la glace était si transparente , qu’on pouvait voir les petits cailloux ou les herbes au fond de l’eau. Quelquefois la glace était épaisse, blanche et tout-à-fait opaque. Comme nous nous tenions à peu de distance du rivage, je fus frappée de l’éclat de quelques magnifiques fruits rouges suspendus aux buissons dépouillés qui s’élevaient sur les rives du lac, et je les reconnus bientôt pour des merises de haute tige. En un instant , mon mari eut ravi aux branches leurs trésors appétissants, et moi, charmée de mon butin, je me rendis en hâte à la maison, où je fis bouillir ce fruit avec un peu de sucre pour le manger avec nos gâteaux à l'heure du thé. Je n'ai jamais rien goûté de plus délicieux ; peutêtre cela me parut ainsi parce que depuis notre départ d'Angleterre , j'avais été entièrement privée de fruits. Nous avions seulement trouvé des conserves à bord et à Peterborough.

Bienlôt après , je fis une autre excursion sur la glace, mais elle n’était pas tout-àfait aussi solide. Nous fimes néanmoins environ trois quarts de mille, nous fûmes rejoints en revenant par S... ; il avait un traîneau à main , c’est une espèce de brouette comme celle des porteurs , mais sans côtés ; et au lieu d’une roue, elle est fixée sur deux roulettes en bois qu’on peut faire glisser sur la neige et sur la glace avec la plus grande

facilité, quelque chargée qu’elle soit. S.. voulut absolument m'y faire prendre place, et me traîner comme une dame Lapone dans un traîneau. Je fus bientôt assise majestueusement , et je me sentis entraîner avec une rapidité qui m’ôtait presque la respiration. Lorsque nous atteignimes le rivage , j'étais brûlante de la tête aux pieds.

Vous aimeriez l'emplacement de notre maison. Elle est située sur le sommet d’une belle plate forme qui descend par une pente douce jusqu’à une centaine de toises du bord de l’eau. Le lac n’a pas tout-à-fait un mille de large. Au sad, nous avons une vue différente, qui sera extrêmement jolie , quand on laura entièrement dégagée ; c'est une belle et tranquille nappe d’enu, semée d'îles charmantes qui s’élèvent de son sein

comme des bosquets de verdure, Au dessous de ces îles est une chute assez haute

d'où les eaux des lacs, resserrées dans un étroit canal entre des lits de pierre calcaire, s’élançent avec une grande impétuosité en écumant et en faisant rejaillir leur écume comme des nuages de poussière.

Pendant l’été, les eaux sont beaucoup plus basses, et l’on peut s’avancer le long des rives, qui sont composées de différentes couches de chaux remplies de débris fossiles d'une date récente. Les coquillages)et les insectes aquatiques déposés par les eaux sur la surface du terrain calcaires, quand elles se retirent, sont semblables aux coquillages et aux insectes incrustés dans les pierres. On m’a dit que le lit d’un des lacs au-dessous de nous ( je ne sais plus lequel) est de pierre calcaire ; que ses différentes couches abondent en magnifiques coquillages de rivière, ainsi que les blocs épars le long des rives. On trouve aussi de ces coquillages en profusion dans le sol des prairies des Castors.

Quand je vois ces choses, et que j'en entends parler , je regrette d’être si ignorante en géologie et en conchiliologie , parce que j'aurais pu me rendre compte de bien des particularités qui ne font qu’éveiller ma curiosité.

Juste au-dessous de la chute d’eau dont je parlais tout-à-l’heure , une arche naturelle, d’un aspèct fort singulier s'ouvre dans le rocher de pierre calcaire , qui à cet endroit s'élève comme un mur à une hauteur de douze à quinze pieds ; ce rocher se compose de larges plaques de pierres grises superposées ; quant à l’arche, elle a dû être primitivement une simple fente que les eaux, pendant les hautes marées, auront élargie et creusée , en se précipitant par l’ouverture qu’elle leur présentait ; des arbres croissent au sommet du rocher. Des sapins , des hemlocks et des cèdres s’y balancent et revétent cette barrière de pierre d’une verdure triste, mais éternelle. Là, aussi la vigne sauvage, le lichen rouge et le sureau-poison croissent en abondance et forment des berceaux fantastiques au-dessus des rocs moussus. À un détour soudain du rivage, nous nous trouvâmes sur une large couche de cette même pierre; elle était toute plate et parfaitement unie , et occupait un espace d’environ cinquante pieds le long du rivage. Entre les fissures de cette couche s’élevaient des buissons de roses et une grande variété de fleur qui avaient poussé durant le printemps et l'été , quand la plage était à sec.’

Cette place sera bientôt disposée pour recevoir un moulin à scier et un moulin à moudre ; ce qui, je le crains, en altérera la beauté naturelle. Je serai, sans doute , la seule personne des environs en qui l’établissement d’une chose si utile et si précieuse, pour cette partie de la province, fera naître quelques regrets.

La première fois que vous m’enverrez un paquet ou une boîte, n’oubliez pas d’y renfermer des graines de fleurs et des noyaux de prunes ordinaires , de prunes de Damas et de prunelles ; joignez-y des pepins des meilleures espèces de pomme de notre verger et de notre jardin, parce que les pommiers peuvent venir ici avec de la graine et donner de très bon fruit sans être greffés ; cependant ceux qui le sont produisent des pommes plus grosses et de meilleur goût. Je vous serais bien reconnaissante de nous envoyer quelques noix de nos magnifiques noyers. Vieux amis ! que de cabrioles nous avons faites dans leurs branches, quand j'étais aussi légère d’esprit et aussi exempte de soucis que l’écureuil perché au-dessus de nous. Assez, assez, direz-vous , moins les femmes raisonnables parlent de folies telles que de grimper sur des noyers , mieux cela vaut. Heureusement, les jeunes filles ne peuvent avoir ici cette tentation, en considérant qu’un écureuil et un ours peuvent seuls grimper aux arbres gigantesques de n0$ forêts. Un matelot même est forcé d’y renoncer.

60 LES ORÈTS INTÉRIEURES

Je désire beaucoup avoir de la semence de nos primevères et de nos violettes des bois. J'ai hâte d’en faire venir dans nos jardins et dans nos prairies. Je vous en prie faites-en récolter pour moi par nos petits paysans.

Mon mari demande une petite provision de graine de luzerne; il croit qu’elle peut être cultivée ici avec avantage.

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