XI. — PETITES VALLÉES SECONDAIRES
Tels sont les phénomènes d'érosion et de transport qu^on peut observer dans les vallées principales des environs de Mâcon. Il s'est passé des effets analogues dans les petites
Tâllées secondaires, dont les flancs sont également placardés de terrain de transport et qui ont donné naissance, à leur débouché dans des vallées plus larges, à de petits cônes de déjection où le volume et la nature des matériaux sont en rapport avec la constitution géologique et Timportance de la vallée qui les a produits. Ainsi les ruisseaux de Saint- Sorlin, d'Igé, de Vergisson ont laissé sur les flancs de leurs vallées des dépôts caillouteux témoignant d'érosions puissantes qui atteignent jusqu'à 60 mètres (ruisseau d'Igé). Mais le faible volume des matériaux de transport de ces petites vallées n'exige pas intervention d'autres agents que des cours d'eau de médiocre énergie.
On peut constater sur certains points des érosions relativement considérables qui n'ont été produites que par les eaux pluviales. Voici, par exempte, ce qu'on observe à Fuisse : le village est, comme on le sait, au fond d'un cirque qui n'a d'écoulement que par une étroite vallée ouverte au nord, par où s'échappent les eaux d'une source abondante. Ce cirque est fermé à l'est par des schistes noirs du terrain carbonifère; au sud et à l'ouest, par le bathonien. Or, on trouve des débris des schistes, que leur couleur permet de reconnaître facilement^ semés sur les pentes du bathonien formant le coteau opposé à leur gisement naturel jusqu'à plus de 40 mètres au-dessus du fond du vallon. Ils n'ont pu être amenés là qu'à une époque où la vallée était de 40 mètres moins creusée, et il n'y a que les eaux pluviales, ou la source qu'elles engendrent, qui aient pu opérer cette érosion.
Les cônes^ de déjection qui se trouvent à l'issue de nos petites vallées calcaires au-dessus de la cote 270 mètres consistent généralement en une argile jaune ferrugineuse emballant, sans aucune stratiflcation apparente, des matériaiut siliceux plus ou moins roulés, chailles jurassi(][ues, grès
triasiques, porphyres, silex pyromaques. Les chailles jurassiques y dominent notablement. C'est ce qu'on observe à l'entrée de la vallée de Solutré, par exemple, où il n'y a plus de ruisseau permanent, et de celle de Vergisson. Les déjections de la vallée de Vergisson recouvrent le coteau sur lequel est bâtie l'église de Dâvayé. Celles de la vallée de Solutré forment le mamelon des Bruyères, entre Pouilly et Davayé.
Il est à remarquer que ces petits cônes de terrain détritique se confondent à la cote 270 mètres environ avec les alluvions stratifiées. Aussi je les considère comme synchroniques des déjections boueuses , présumées glaciaires , dont j'ai parlé antérieurement. C'est le produit d'un lavage énergique de tout ce qui encombrait les plateaux supérieurs, et notamment de l'argite à chailles. L'ablation à peu près complète des éléments calcaires est un des traits caractéristiques de cette formation, qu'il faut classer parmi ce qu'il y a déplus ancien dans l'époquequaternaire, puisqu'elle occupe partout les plus hauts niveaux.
Xn. — PHÉNOMÈNES RÉSULTANT DE l' ACTION DES AGENTS ATMOSPHÉRIQUES.
Tous les points que leur position ou leur altitude mettait à l'abri des cours d'eau ou des glaciers , n'en ont pas moins été attaqués avec énergie par les agents atmosphériques qui exercent à la fois une action chimique de décomposition et de dissolution sur les roches et une action mécanique de lavage et de charriage sur les résidus de cette décomposition.
On sait avec quelle facilité les porphyres et les granités, en apparence si durs , se désagrègent par suite de la décomposition des feldspath. Ces terrains ont subi partout où ils se montrent une destruction superficielle dont les résidus
couvrent le flanc des vallées sous la forme de fragments anguleux revêtus d'une couche blanchâtre plus ou moins épaisse , due à un commencement de décomposition kaolinique,* emballés dans une boue sableuse grisâtre. Ce terrain forme sur tous les coteaux porphyriques de la chaîne occidentale un revêtement détritique peu favorable à la culture. Il engendre des sources nombreuses, mais peu importantes, qui tarissent facilement pendant les sécheresses.
Les terrains carbonifères, quand ils se présentent sous la forme de schistes ou de grès, se fendent et se désagrègent avec la plus grande facilité. On en voit un exemple dans la colline qui sépare Fuisse de Loche , où les schistes désagrégés forment le sol d'excellentes vignes en pleine prospérité. Le sol arénacé provenant des grès est beaucoup moins fertile. Gàetlà, des zones plus dures, métamorphisées au contact de porphyres éruptifs qui ont traversé ces terrains, ont résisté à l'action des agents atmosphériques et forment saillie au milieu des terrains désagrégés.
Les grès du trias offrent, suivant leur degré de compacité, une résistance inégale à la désagrégation. La route neuve tendant de Vergisson à Pierreclos coupe en tranchée, au bois du Rosier, de grands amas détritiques de plusieurs mètres d'épaisseur, formés aux dépens de cette roche. C'est un sable blanchâtre parsemé de veinules et de grumeaux ferrugineux, renfermant çà et là quelques fragments anguleux de roche non décomposée. La puissance de ce dépôt est telle sur ce point qu'il me paraît difficile de l'attribuer aux seules actions atmosphériques. Je croirais plus volontiers qu'il résulte en majeure partie d'une trituration de la roche qui s'est peut-être eflectuée auïnoment de l'arasement postcrétacé.
Les roches calcaires sont dissoutes. La chaux est entraînée. Il ne reste sur place qu'un résidu argilo-siliceux plus ou
moins ocreux qui forme le limon rouge des plateaux. La présence du fer dans les roches aide puissamment à leur décomposition. Nos roches bajociennes, si ferrugineuses, en sont un exemple. Au bout de peu de temps , on voit les couches fossilifères exposées, par suite des travaux agricoles, à l'action directe des agents atmosphériques, se corroder, et les fossiles plus résistants , parfois siliceux^ former saillie à la surface ou se dégager complètement du ciment calcaire.
V argile à chailles. — Quand la roche calcaire est trèspure, ces effets de dissolution sont peu apparents, parce qu'il y a peu de résidu. Quand , au contraire , elle renferme de nombreux éléments siliceux , le phénomène devient trèssensible. A Fuisse, par exemple, Tétage bathonien, qui forme tous les coteaux à l'ouest, du village , est criblé de rognons siliceux et de spongiaires silicifiés. Il en est résulté un terrain détritique énorme, qui, dans certains endroits, atteint trois ou quatre mètres d'épaisseur. Sur les points où des coupes permettent de voir la disposition du sous-sol, on peut juger de la décomposition progressive subie par la roche à mesure qu elle se rapproche de la surface. Ce sont d'abord des amas de silex complètement lavés par la pluie ; puis des bancs de silex encore en place dans l'argile qui les enveloppe. Au-dessous apparaissent des fragments calcaires à demi rongés, et enfin la roche compacte succède aux bancs désagrégés.
Nous assistons là à la formation de l'argile à chailles qui, reprise par les eaux pluviales, a été semée et traînée au loin sur les pentes. Ce manteau argileux se trahit de loin par la végétation spéciale qu'il favorise. Grâce à lui, le châtaignier et la bruyère ( callv/na vulgaris) prospèrent sur les coteaux jurassiques de Fuisse.
Ces effetsde décomposition des roches se poursuivent encore de nos jours ; néanmoins on ne saurait douter qu'ils eurent à
une certûne époque une bien plus grande aôtivité. On Voit, par exemple, des roches trouées, perforées^ cannelées parles eaux dissolvantes , se couvrir aujourd'hui de lichens , ce qui indique bien que le phénomène d'érosion est interrompu. Il n'est pas étonnant que Tépoque glaciaire, plus humide et plus froide que la nôtre ,- où les eaux plus abondantes tenaient en dissolution une plus grande quantité de gast et en particulier d'acide carbonique, ait favorisé l'énergie des actions dissolvantes.
On peut observer, au sommet dés roches de Solutré et dé Vergisson, des crevasses ayant l'aspect de véritables puits , dont les parois sont profondément striées par des cannelures très-régulières, formant des gorges arrondies et séparées par des arêtes, saillantes , comme on le voit dans la figure 3, pi. m.
Ces cannelures ne peuvent être attribuées qu'au passage d'eaux dissolvantes à une époque où les roches avaient déjà pris leur position actuelle , c'est-à-dire postérieurement au dernier soulèvement. Mais la crevasse existait antérieurement. En efiFet, celle que je figure offre ce détail particulièrement intéressant que, formée dans le calcaire à polypiers, elle est en partie comblée par un bloc de fuller's qui n'a pu y .tomber qu'à l'époque de l'arasement des plateaux. Le fuller's n'existe actuellement en place que beaucoup plus bas sur la pente de la montagne.
La formation d'argile à chaillès jurassiques offre la plus grande analogie avec celle d'argile à silex, ce qui ne doit pas surprendre , puisqu'elles sont l'une et l'autre le résidu d'une décomposition sur place de roches calcaires à éléments siliceux. Elles offrent la même disposition incohérente des matériaux qui les composent, la même absence de stratification. J'ai relevé une coupe prise dans Târgile à c^ailles au-Klessous de Saint^^Amour, où l'on voit que les chailléé
ajociennes sont semées à travers Targile par veines irréguères et interrompues, absolument comme les siJex pyrolaques à travers J'argile à silex. (Voir fig. 4 , pi. III.)
C'est principalement à l'époque des hauts niveaux quaîrnaires que l'argile à chailles eut à subir de grandes léviations et fut traînée sur les pentes et dans le fond des allées. Nous la voyons constituer presque entièrement les ônes de déjection formés au débouché des petites vallées irassiques, et j'ai démontré précédemment que ces cônes de éjection, stratifiés à 270 mètres, correspondent aux haiits i veaux du lac bressan et à l'époque glaciaire par conséquen t.
Eboulisdes pentes. — Les abruptes des roches jurassiques nt engendré , par leur désagrégation séculaire , des éboulis arfois considérables qui s'étalent en talus à leur base. Je itérai en particulier les grands éboulis développés en éventail ,u pied des roches de Solutré et de Vergisson , où le terrain létritique atteint sur certains points 8 à 10 mètres d'épaiseur.
Les pluies ont fait subir à ces amas détritiques une lévijation dont Tefifet a été de dénuder complètement leur partie lupérieure, où l'on ne trouve plus que des amas de pierres èches et des blocs anguleux, et d'étaler à la base du talus les nappes d'argile plus ou moins arénacée qu'il ne faut )as confondre avec les limons argileux déposés par les cours Teau.
Ces talus d'éboulement sont toujours formés de fragments le roche anguleux. Ils sont constitués par des couches successives qui se recouvrent suivant la direction des pentes. Il n'est pas rare d'y trouver des débris d'ossements d'animaux jui tous appartiennent à la faune quaternaire, en Maçonnais lu moins.
L' éboulis de Solutré. — J'ai publié, en collaboration avec M. l'abbé Ducrost , le résultat de nos fouilles dans le talus
d'éboulement de Solutré. {Matériaux pottr l'histoire de î homme; 2* série, t. VII , p. 496.) Nous y avons trouvé les éléments d'une stratigraphie fort intéressante. Cinq zones distinctes y sont superposées.
Première zone. — Dès la base de Téboulis, sur les marnes du lias supérieur, apparaissent des ossements et des silex taillés, accumulés sur certains points où ils forment de véritables kjœkken-mosddings, dont la faune est représentée par les espèces suivantes :
Elephas primigeniiAS ,
Felis spelœa ,
Felis lynœ ,
Vrsu^ spelœ^us,
Vrsibs arctos ,
Hysma spelœa,
Canis lupus,
Canis vulpes ,
Mustela putoriv^ ,
Mêles taxu^ ,
Arctomys primigenia ,
Cervus tarandits ,
Cervihs canadensis ,
Antilope saïga,
Bas primigenius ,
Equus oaballus,
Lepuê Umidum ,
Quelques os d'oiseaux ( échassiers , rapaces , etc.).
Le renne et le cheval se trouvent communément à travers le terrain détritique rougeâtre de cette zone inférieure. Tous les os sont brisés, mêlés pêle-mêle, souvent brûlés. Les silex taillés consistent en éclats innombrables, en lames, en couteaux, en grattoirs de tous les types connus, en racloirs courbes du type connnua au Moustier, en hachettes
amygdaloïdès taillées sur les deui faces, reproduisant gtos^ sièrement le type de Saint- Acheul , en pointes taillées sur une seule face comme au Moustier, en percuteurs, nuclei , etc. On y trouve quelques os travaillés ayant dû servir d'outils ou d'ornements. Cette zone inférieure parait avoir subi d'abondantes lévigations; elle a été étalée au loin sur la pente, et les restes de foyer ne présentent pas l'aspect récent et la disposition homogène des foyers de la zone supé* rieure dont nous parlerons plus loin.
Deuxième zone. Elle est formée par ces accumulations si étonnantes d'ossements de chevaux , où l'on compte les individus par centaine de mille, que nous avons depuis longtemps désignées sous le nom de magma de cheval. Le cheval y règne presque exclusivement ; mais on y trouve exceptionnellement le renne et Téléphant. Tous les os sont mêlés dans le plus complet désordre et fréquemment brûlés. Les silex taillés y sont rares ; mais on y trouve de trèsbelles lames et des types hachettiformes analogues à ceux de la couche inférieure.
Troisième zone. — Cette zone est presque stérile. Cependant, on y voit encore quelques rares débris d'ossements et de silex du type de la couche inférieure.
Quatrième zone. — Elle débute par les foyers de Tâge du renne proprement dit, avec débris de cuisine et d'habitation très-abondants où dominent le renne et le cheval. Sa faune se compose des espèces que voici :
Elephas primigenius ,
Cervus tarandtcs,
Cerviùs cahadensis ,
Bos primigenius ,
Equus cabMus ,
VrsiAS arctos,
Canis lu^us,
Canis vulpes^
Lepus timidum ,
Oiseaux indéterminés.
Tous ces ossements sont mêlés dans le plus grand désordre, brisés et fréquemment brûlés.
On voit apparaître à ce niveau ces belles pointes de lances et de flèches si finement taillées et si caractéristiques, connues sous le nom de type solutréen ; une immense quantité de lames, de grattoirs, de nuclei, de percuteurs , etc.; de nombreux outils en os ; des essais rudimentaires de sculpture et enfin des sépultures humaines établies dans ou sous les foyers.
Cinquième zone. — A la partie supérieure de l'éboulis cesse toute stratification. Tous les âges se confondent dans les couches superficielles : hachettes en pierre polie; flèches à ailerons en silex ; objets en fer et en bronze ; débris de poterie; sépultures néolithiques, gallo-romaines ou burgondes, etc., s'y trouvent rnêléb.
De cet ensemble de faits, nous tirons les conclusions qui suivent :
1® L'éboulis s'est entièrement formé pendant Tépoque quaternaire ;
2® La formation de Féboulis a été vraisemblablement assez longue, puisque trois phases successives très-distinctes, correspondant à des variations sensibles de la faune locale, s'y sont succédé au même point ; ^
3^ Les grands carnassiers des couches inférieures ne se trouvent plus dans les foyers de Fâge du renne ;
4® L'apport détritique des temps modernes est à peu près nul. •
J ajouterai que l'éboulis de Solutré est cerlainement postérieur à la formation de l'argile à chailles , puisqu'il n*a pas Bubi les actions chimiques dissolvantes qui ont engendré cette
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formation ; de plus , il est postérieur à la période de creusement des vallées, car il s'étale jusqu'au fond de la petite vallée de Solutré. Enfin , ses couches inférieures paraissent avoir subi des lévigations particulièrement intenses , ce qui les rapprocherait de l'époque des phénomènes pluviaires et de la grande extension des cours d'eau.
Effets de lévigation. — La lévigation des plaies a produit sur les terrains faciles à détremper et peu compactes, comme les marnes du trias y du lias , les zones supérieures du bathonien ou les marnes oxfordiennes , des efiets d'érosion qu'on ne saurait contester. Les grandes vallées longitudinales, que j'ai appelé des vallées sèches, sont dans ce cas ; comme il ne s'y trouve ni cours d'eau permanents ni amas de terrain de transport indiquant le passage d'anciens courants , on ne peut attribuer leur érosion qu'aux agents atmosphériques ; tout en admettant, cependant, que, dès l'époque de l'arasement des plateaux, un commencement d'érosion de ces vallées a pu se produire déjà dans le fond des mers.
Les couches supérieures du bathonien, formées d'alternances de zones marneuses et de bancs de rocher compactes, ont donné lieu, sous l'action des pluies, à des glissements nombreux, dont on peut voir des exemples assez remarquables dans la vallée de Chaïoux (Hurigny). Dans un de ces glissements, entre deux zones bathoniennes déplacées, j'ai recueilli, sur la roule tendant de Chazoux à Chevagny, une dent de ruminant paraissant appartenir au genre Bos^ ce qui indique bien que le glissement est récent et vraisemblablement quaternaire.
Un glissement classique, cité dans plusieurs ouvrages spéciaux et dans des géographies de la France, est celui qui s'est produit à Solutré au siècle dernier. Les marnes du lias supérieur j détrempées par des pluies abondantes, se mirent
en mouvement dans la direction du village qu'elles mena-* Gèrent d'entraîner avec elles ou d'enfouir. Quelques maisons furent enterrées jusqu'au toit. Les effets de cet événement sont encore très-visibles.
Les argiles à silex ont été profondément atteintes par les lévigations séculaires dont nous venons de parler. Elles ont été détrempées , entraînées et répandues souvent assez loin de leur gisement primitif. Aussi trouve-t-on assez fréquem* ment ces argiles remaniées sur des terrains avec lesquels elles n'ont aucune relation stratigraphique. Il ne faudrait pas les confondre avec les argiles en place qui ne reposent, avons-nous dit, que sur le corallien ou le calcaire à ptérocères.
Il résulte de ce lavage qu'elles présentent souvent à leur partie supérieure une couche stratifiée suivant l'inclinaison des pentes, qui n'est qu'un remaniement bien postérieur à leur formation. Nous savons, en effet, que Targile non remaniée n'est jamais stratifiée.
Parfois, comme dans les bois de La Salle, au N. de CharboAnières, où elles descendent à une altitude très-basse, les argiles à silex ont été atteintes par les eaux quaternaires.
Dans ce cas, elles offrent des traces de stratification bien évidentes à leur partie supérieure.
Ces couches stratifiées quaternaires renferment sur certains points des produits de l'industrie humaine , consistant en silex taillés. M. de Ferry a signalé, dans le Maçonnais préhistorique, p. 6 et 7, plusieurs gisements de cette nature. Ces produits industriels datent les couches où ils se trouvent comme de véritables fossiles.
Les fragments de silex qui roulent à la surface du sol, dégagés de leur gangue argileuse , subissent une altération très-rapide. Ils se couvrent d'une patine blanche , qui n'est qu'une transformation moléculaire de la silice et perdent de
leur densité et de leur dureté. Quelques-uns de ces silex, exposés depuis longtemps à l'influence des agents atmosphériques, sont entièrement transformés en silice pulvérulente. Plus le silox est transparent et limpide , plus il s'altère. Enfoui dans un terrain calcaire, il n^est pas à l'abri de l'altération. Dans les terrains siliceux, il y est beaucoup moins exposé ou n'en subit môme absolument aucune. (Voir ci-dessus, p. 21.)
Xni. — REMPLISSAGE DES FENTES DE ROCHER.
Un certain nombre de fentes de rocher ont restitué des débris d'animaux quaternaires qui y avaient été enfouis. Explorées jusqu'au fond , elles n'ont fourni que des espèces quaternaires. Elles n'étaient donc pas ouvertes à l'époque tertiaire, car le remplissage aurait commencé dès cette époque et nous en trouverions la trace. Il faut admettre de toute nécessité que ces fentes se sont produites dès le début de l'époque quaternaire ou tout à» fait à la fin de l'époque précédente. Je les considère comme le résultat des grands ébranlements qui donnèrent au pays son relief définitif. Nous nous trouvons ainsi amenés à supposer que la dernière phase de soulèvement en Maçonnais est beaucoup pluit récente qu'on ne l'avait pensé généralement. J'ai dit précé* demment qu'un remplissage de fente de rocher pliocène, à Chaintré, me paraissait avoir été porté au-dessus de son niveau primitif. Notre dernier soulèvement serait donc postpliocène , et voisin de l'époque quaternaire , puisque le* fentes et les fissures qu'il a déterminées sont remplies par des débiis quaternaires. J'ajouterai que les espèces qi^i constituent ces remplissages appartiennent à la faune qua^-* . ternaire la plus ancienne.
A la (Jr^nge-Murger (SolutFé), une crevasse du lias à gryphées, vidée par le sieur Lassara, contenail les débris d'un éléphant ( E, antiqwus) dont une dent a été donnée au Muséum de Lyon par M. l'abbé Ducrost. Le remplissage était formé par une argile ferrugiîieuse empâtant des blocs de grès anguleux. C^est à tort que j'ai attribué, dans le Maçonnais préhistorique (p. 114) , le remplissage de cette crevasse aux hautes eaux quaternaires *. Je n'avais pas encore déterminé à cette époque la limite des alluvions quaternaires qui ne dépassent pas, comme on l'a vu précédemment, la cote 270 mètres. La crevasse de la Grange-Murger est à plus de 400 ^lètres d altitude; par conséquent, les eaux du lac bressan ne Tout jamais atteinte. Peut-être les glaciers qui couvraient non loin de laies sommets de la Grange-du-Bois ne sont-ils pas étrangers à son remplissage ; l'action glaciaire . expliquerait mieux que celle des eaux la présence de fragments de grès anguleux à travers l'argile 2.
J'ai exploré dans les carrières bajociennes. d'Appugny (Saint-Sorlin), à plus de 300 mètres d'altitude, une crevasse dont le remplissage , contenant des ossements d'animaux quaternaires , était formé d'une argile jaune mêlée de nombreux grains de fer pisolithiques et de fragments roulés de chaiHes jurassiques et de grès triasiques. C'est donc up terrain de transport qui n'a pu être amené là qu'avant le creusement des vallées, car actuellement la crevasse occupe un point culminant où les eaux n'arrivent plus. Ce terrain de transport , vu l'altitude du lieu, ne peut être q^e le produit du lavage des sommets supérieurs par les paux pluviales. La crevasse était béante quand le remplissage a
^ G*est également par erreur que j'avais attribué à XE» primigenius les 0^ments qu'on y a retrouvés.
s Cependant la présence de VB. antiquus pourrait indiquer une époque antérieure à la phase glaciaire.
commencé. Ce remplissage est quaternaire , donc la formation de la crevasse n'est pas beaucoup antérieure à l'époque quaternaire, ce qui confirme ma théorie d'un soulèvement récent.
La faune recueillie dans cette crevasse est la suivante :
Elephasprimigenius? lamelle d'ivoire.
Hyxna spelœay une dent.
Rhinocéros tichorhinus , molaires.
Cervus tarandtoSy \xnméiaLia,vse.
C'est une faune relativement ancienne. Dans Téboulis de Solutré, nous ne trouvons plus le rhinocéros. Le remplissage des crevasses des hauts niveaux représente toujours une faune quaternaire très-ancienne , ce qui s'explique par l'âge et l'origine que j'attribue à ces crevasses.
Je citerai, pour mémoire, une fente de rocher, à Leynes, et des fissures des carrières de Charnay, qui ont fourni également des espèces quaternaires dont je n'ai pu me procurer la liste.
irv. — GROTTES.
Une seule grotte a été fouillée fructueusement en Mâcon* nais. C'est la grotte de Vergisson, explorée par M. de Ferry et décrite par lui dans le Maçonnais préhistorique^ p. 3 1 .
Avec des silex taillés , appartenant aux types hachettiformes les plus primitifs et deux fragments de poterie (?), cette grotte, située à plus de 300 mètres d'altitude, a restitué les espèces que voici :
Eléphant,
Cheval,
Grand bœuf,
Renne,
Ours des cavernes ,
Tigre des cavernes ,
Hyène ,
Loup,
Renard,
Tortue?
Tétras?