V. — l'époque quaternaire
Quand survinrent les grands phénomènes de l'époque quaternaire, l'extension des glaciers, les hauts niveaux des cours d'eau, le creusement des vallées, le Maçonnais avait reçu son relief définitif. Ces phénomènes sont, en effet, en relation étroite avec l'orographie actuelle qui, seule, peut en donner la clef et l'explication.
Du plateau d'arasement post-crétacé , il ne i^este plus que les fragments relevés à des hauteurs variables et inclinés sous des angles diflFérents, par suite du dernier soulèvement. Le mécanisme de ce second soulèvement est en tout point identique au premier dont il n'est, à vrai dire , que la continuation. Les mêmes failles se rouvrirent, compliquées seulement de quelques failles secondaires; l'inclinaison orientale des strates augmenta; des brisures transversales se formèrent. (V. fig. 12, pi. II.)
Désormais, trois petites chaînes parallèles, dirigées du sud au nord suivant les lignes de failles , constituent la région
mâconnaise comprise entre la vallée de la Saône et celle de la grande Grosne. Dans chacune de ces chaînes se reproduit la même série de terrains. Seulement, l'énergie du soulèvement ayant augmenté en allant de Test à Touest, c*est dans la chaîne occidentale que la série des terrains visibles est la plus complète. Il résulte de cette disposition que les couches constituant nos terrains sédimentaires se présentent et affleurent en zones successives de l'est à Touest et en séries parallèles du N. au S. Ainsi , en suivant la route qui va de Saint-Sorlin à Âzé , c'est-à-dire dans la direction du S. au N., on reste à peu près constamment sur le bathonien supérieur, qui forme , avec le callovien et les marnes oxfordiennes, le fond de la vallée où circulera route. Si, au contraire, on cheminait dans une direction perpendiculaire à la route, c'est-à-dire de TE. à l'O., on suivrait, en réalité, le profil de la coupe fig. 12 (pi. II), et Ton passerait sur tous les terrains qui y sont figurés. Cette coupe nous montre dans sa partie la plus simple la disposition géologique du Mâconnaid. On y voit qu'aux couches marneuses et tendres correspondent des sillons plus ou moins profonds, orientés suivant les affleurements des couches qui les engendrent , c'est-à-dire du S. au N. Ces sillons, qui datent peut-être en partie de l'époque de l'arasement post-crétacé, forment actuellement des vallées sèches. Leur thalweg étant à peu près horizontal, on n'y trouve pas de cours d'eau permanents, mais seulement des suintements et des sources qui paraissent et disparaissent ou s'écoulent souterrainement. Les marnes irisées du trias, les marnes du lias, les calcaires tendres du bathonien supérieur et du callovien, les marnes oxfordiennes ont donné naisi^ance à ces sillons que surmontent des escarpements couronnés par le bajocien ou par le corallien, dont la nature plus compacte a mieux résisté à la désagrégation. Le profil de toutes nos collines est à peu près le même : à fouest^
un escarpement formé dans la roche la plus dure, dominant une vallée marneuse ; au sommet , un plateau incliné qui est l'ancienne surface d'arasement ; à Test, une pente douce où viennent affleurer successivement les différentes roches.
Sî les grandes vallées longitudinales sont dépourvues de cours d'eau permanents, il n'en est pas de même des petites vallées transversales dirigées de l'ouest à Test, et dont le thalweg suit, par conséquent, les lignes de plus grande pente, depuis les sommets porphyriques formant le faîte de la plus haute chaîne, à l'occident, jusqu'à la Saônp. Ces brisures étaient la route naturelle ouverte aux eaux qui tombent sur les coteaux du Maçonnais et s'écoulent à la Saône, leur réceptacle commun. Des cours d'eau permanents y ont donc creusé leur lit. Ils reçoivent les sources engendrées par ce que j'ai app^é les vallées sèches et ne suivent qu'exceptionnellement et sur de courts espaces le thalweg de ces vallées longitudinales.
Dès que la contrée eut acquis son relief définitif, les agents naturels commencèrent leur œuvre de désagrégation, de dénudation et d'érosion qui se poursuit encore aujourd'hui. Nous allons étudier ces effets que, pour plus de commodité, je classerai en deux groupes. Dans le premier, je comprendrai les effets résultant de l'action mécanique des cours d'eau et des glaciers, et dans le second, les effets résultant de l'action des agents atmosphériques tels que la pluie, la gelée, etc.