‹ Les formations Tertiaires et Quaternaires des environs de MâconChapitre 8 sur 22 · VII. — VALLÉE DE LA SAONE; LAC BRESSAN · texte numérisé non relu

VII. — VALLÉE DE LA SAONE; LAC BRESSAN

La vallée de la Saône a dû nécessairement régler le creusement des petites vallées latérales. Si, en effet, le thalweg de la Saône a varié en altitude, celui de ses affluents a dû subir, au moins dans leur cours inférieur, des variations correspondantes.

Pendant longtemps, le bassin delà Saône fut occupé par une succession de lacs se déversant les uns dans les autres. A Tépoque miocène, un affaissement du sol y amena la mer molassique. Sa partie méridionale fut convertie en un estuaire ou golfe que des dépôts fluvio-marins comblèrent

peu à peu , en même temps que la mer opérait un mouvement de retrait par suite d'un exhaussement de la contrée. Des formations d'eau douce succédèrent aux dépôts marins pendant les périodes miocène supérieure et pliocène inférieure. Puis le grand refroidissement continental arriva : les alluvions glaciaires d'abord, puis les glaciers eux-mêmes avec leurs produits erratiques envahirent la Bresse et formèrent un puissant barrage entre les montagnes du Bugey et celle» du Lyonnais. Les eaux retenues en aval montèrent à un niveau exceptionnel. C'est alors que le lac bressan eut son ' plus complet développement. Combien de temps cet état de choses dura-t-ilî II serait difficile de le dire. Ce qu'il y a de certain^ c'est que les glaciers se retirèrent ensuite dans les Alpes, que la digue lyonnaise fut rompue et que le lac bressan cessa d'exister. Alors la Saône commença à creuser son lit au milieu des alluvions lacustres. Cette nouvelle période paraît correspondre à un léger soulèvement de la contrée.

Le lacbresscm, — La disposition des dépôts superficiels de la Bresse, la nature des terrains qui les composent, les lambeaux de terrains de transport placardés à d'assez grandes hauteurs sur les coteaux qui limitent la vallée à l'orient comme à l'occident, les moraines glaciaires qui atteignent aux environs de Lyon des altitudes supérieures à 300 mètres indiquent assez que l'existence d'un grand lac bressan quaternaire n'est pas une simple hypothèse*.

Si le lac bressan a réellement existé , il a dû laisser ses traces sur le flanc des collines mâconnaises qui le limitaient à l'ouest. Nos coteaux sont, en eflfet , revêtus d'un manteau de limon argileux qui les couvre jusqu'à une altitude

^ J'emploie la dénomination de lac breàsan pour désigner une grande inonda* tion quaternaire qui couvrit une partie de la Breue, mais qui fut peut-être d« courte durée.

d'environ 270 mètres. Partout où j ai pu étudier des coupes de ce dépôt jusqu'à la roche sous-jacente , j'ai observé qu'il était formé de la manière suivante : à la base, sur la roche encaissante , reposent généralement un cailloutis formé de gros galets de quartzites, degrés, de silex pyromaque, et des zones de gravier et de sable parsemées de grains nombreux de minerai de fer pisolithique. Ces éléments roulés deviennent de moins en moins volumineux à mesure qu'on se rapproche de la surface. Les couches supérieures sont formées d'une argile jaune , fine et homogène^ analogue au lehm et aux dépôts d'inondation moderne. On y voit apparaître encore çà et là des grains d'oxyde de fer.

On peut étudier de bonnes coupes de ce terrain dans tous les chemins creux très-nombreux dans la partie basse des coteaux, et notamment autour de Mâcon.

Sur le point culminant de la route deVinzellesàChânes, au-dessous deChaintré, à la cote d'environ 260 à 270 mètres, s'étale un cailloutis assez puissant où abondent des galets de quartzites, quartz, grès siliceux, roches métamorphiques, etc. , variant de la grosseur d'un grain de blé à celle d'un œuf. Ce caUloutis ofire la plus parfaite analogie avec les graviers de la Saône et parait être en partie d'origine vosgienne. Il repose sur une zode également caillouteuse , mais formée entièrement d'éléments empruntés aux roches locales , avec laquelle il offre le contraste le plus frappant. Cette zone inférieure est un apport venu par la vallée de l'Ârlois.

On observe fréquemment, à la base du coteau, vers les cotes 220-240 mètres , des dépôts de galets qu'il ne faut point confondre avec ceux dont il vient d'être question, ils ont été formés aux dépens de la roche sous-jacente ,8ur laquelle ils reposent encore. On peut observer des amas de cette nature à l'O. de Placé, sur la route de Ghazonx, et à Levigny , contre le flanc d'une colline oxfordienne.

Tandis que les galets d'origine étrangère ont été amenés par des courants, ceux-ci se sont produits sur place , à la manière des galets de plage, sous l'action de la vague et par un mouvement de va-et-vient. Ils forment véritablement le cordon littoral du lac bressan.

Ainsi , deux actions combinées paraissent avoir concouru à la formation des dépots d'alluvion des environs de Mâcon : celle du lac et celle d'un grand courant qui suivait le pied du coteau.

Les alluvions de la Bresse forment, à Test de Mâcon, un plateau incliné en pente douce vers la Saône. Il atteint, aux environs de Bourg, la cote de 270 mètres et descend vers PoUiat à 230 mètres; au Logis-Neuf, à 219 mètres; à la Serve-Gachet, à 216 mètres, puis à 210 mètres. Ce niveau de 210 mètres paraît former une terrasse assez constante. A la cote d'environ 205 mètres, la pente augmente tout à coup, et l'on atteint par un coteau rapide la plaine basse formée par les alluvions modernes de la Saône, nivelées, à la hauteur de Mâcon, à 275 mètres. L'étiage de la rivière est à la cote de 170 mètres.

La Saône quaternaire. — La vallée proprement dite de la Saône actuelle représente vraisemblablement le lit de la . Saône quaternaire qui succéda au lac bressan. Elle forme une dépression dont la largeur moyenne est de 4 à 5,000 mètres aux environs de Mâcon. Si Ton compare ce lit à celui de la Saône actuelle qui est réduit à environ 300 mètres, on se rendra compte de la puissance relative du débit de la rivière aux deux époques.

La présence de galets amenés par les courants à 270 mètres d'altitude au-dessous de Chain tré nous permet de mesurer l'érosion qui s'est produite pour former la vallée actuelle de la Saône. Cette érosion est de 100 mètres puisque la rivière coule maintenant à 170 mètres. Elle a fait dispa-

raitre, entre Crêches et Senozan, tout l'étage bathonien qui formait le flanc du coteau. Il n'en reste que quelques lambeaux. Le callovien a subi également une ablation presque totale. Enfin, l'oxfordien , qui forme sur la rive droite de la Saône un plateau à peu près horizontal, oflre aussi des traces d'érosion profondes.

A la fin de l'époque quaternaire , alors que le débit réduit de la rivière ne suflBsait plus à remplir son vaste chenal, un régime tourbeux, favorisé peut-être aussi par un léger afiTaissement , s'établit daps le fond de la vallée.

Les argiles bleues de la Saône, — J'ai étudié, entre Lyon etChalon, des argiles tantôt grises, tantôt jaunes, passant parfois à de véritables marnes bleuâtres très-tourbeuses, remplies de débris de végétaux, de mollusques et de vertébrés, lesquelles affleurent dans le lit de la Saône partout où elles ne sont pas masquées par TalUivion moderne et paraissent former une nappe à peu près continue. Ces argiles se prolongent dans la Côte-d'Or, le Jura et la Haute-Saône ^

J'ai eu Toccasion de les décrire ailleurs en détail. {^Maçonnais préhistorique , p. 106.) Pour ce qui concerne plus particulièrement la petite région qui nous occupe , je rappellerai qu'on les suit sans interruption depuis le port d'Arciat jusqu'à Fleurville, sur les deux rives de la Saône. Elles sont particulièrement tourbeuses entre le port de Crèches et l'embouchure de la Grosne et renferment à peu près partout des débris de grands arbres parmi lesquels on a signalé le chêne, l'orme, le peuplier, le châtaignier, des graines de diverses espèces de charas. Ces végétaux sont plus ou moins carbonisés. Ils sont l'objet d'une véritable exploitation sur quelques points, notamment à La Truchère. Le chêne est employé dans l'industrie sous le nom de chêne

1 Elles ont élé signalées, pour la première fois, par MM. Faisan et Locard, dans la Monographie du Mont-d*Or lyonnais, en 1866.

noir. Quand on l'a fait sécher à l'ombre pour éviter qu'il se gerce, c'est un beau bois, dur comme Tébène, se travaillant bien, mais qui use rapidement les outils à cause des particules sableuses dont il est pénétré.

En amont du pont de Fleurville *, ) argile est grise , trèslégère et se remplit de débris de petits mollusques , qu'on trouve plus ou moins abondamment à ce niveau , tout le long de la Saône.

Voici la liste de ces mollusques telle que je l'ai publiée dans le M Aeonnais préhistorique^ p. 109 :

Succinea putris (de Blainv.).

Succinea oblonga (Drap.).

Zonites septentrionalis ( Bourguignat ) .

Planorbis contortus ( Muller ) .

— complanatus (Studer).

— vor^ea? (Muller).

— Arcelini ( Bourguignat ) .

— cross eanus (Bourgu.).

— cristatus (Drap.).

Limnœa Hartmanni (Hartmann).

— peregra (Dupuy).

— palustris (Fleming.).

Ancylas lacustris (Muller).

Heliœ tentaculata (Gray).

Amnicola, du groupe de la Confwa.

Valvaid piscinalis (Ferrussac).

— obtusa {Braœà).

— Arcelini (Bourgu.).

— spirorbis (Drap.).

— minî^^a (Drap.).

— planorbulina ( Paladhile ) .

Pifiritina fiuviatilis (Lamark).

i Sur ce point, le dépi^t est assez marneux,

Sphœrium corneum (Scopoli).

Pùidium henslowianum ( Jenyns).

— caser tanvmi (Bourgu.).

— pusillum ( Jenyns ).

— nitidum (Jenyns).

Sur ces 28 espèces, ti*ois seulement, Succineaputris, 5. oblonga et Zonites septentrionalis, sont terrestres. Toutes les autres sont fluvialiles *.

MM. Lortet et Chantre ont reproduit , dans les Archives du Muséum de Lyon (1" vol., 2* liv., p. 63), d'après MM. Terver et Fischer, une liste de mollusques recueillis dans les mêmes argiles bleues. Elle renferme 18 espèces et diffère assez notablement de celle que j ai donnée ci-dessus :

Hélix costata (MuUer) R.

— (Linnée)R.

Valvata piscinalis (Drap.) G.

— cristata (MuUer) G.

Planorbis albus (MuUer) GG.

— m^êdi^5 (Muller) GG.

— corneus (MuUer) G.

Bithynia tentaculata (Leach) GG.

— opercules {L^diCh) GG.

— similis (Drap.) R.

Limnœa trwncatula (MuUer) G.

— ovata (Drap.) G.

— peregra [MmWqv] G.

— stagnalis {lÀnn.) G.

Carynchivmi minimum ( MuUer) R.

Cyclas palustris{DTai^,) R.

Pisidium nitidum (Jenyns) R.

— amnicum (Jenyns) R.

Ancylas lacustris [Maller) R.

1 Je dois ces déterminations à l'obligeance de M. Bourguignat.

Le musée de Lyon possède une série très-remarquable d'ossements de mammifères provenant des marnes ou argiles dé la vallée de la Saône. MM. Lortet et Chantre en ont donné également la liste. {Archives du Muséum de Lyon; t. I, 2Miv.)

Bos primigenius (Bojanusj. — Pont-de-Veyle.

— longifrons [O^Qxi) arrière-molaire. — La Caille.

Equus : tibia. — La Caille.

Elephas primigeniiLS (Blum). — Pont- de- Vaux ; Pontde-Tournus; Ratenelle; La Truchère; Pont-de-Veyle; Saint-Albain.

J ajouterai à cette liste :

Cervus tarandus — La Seille , à La Truchère.

Sus, — Ouroux.

Bos. — Ouroux.

Equus, — Ouroux.

Chèvre ou mouton. — Ouroux.

On conserve au musée de Dijon une riche série de vertébrés extraits des mêmes argiles, à Lamarche-sur-Saône (Côte-d'Or).

M. Legrand de Mercey a découvert, en 1868, un crâne humain dans cette formation marneuse , à La Truchère. {Matériaux d'histoire et d^ archéologie; Chalon-sur-Saône , nM2,p. )88et suiv.).

M. de Ferry y avait recueilli, en 1868, à Ouroux, un fragment de crâne humain, et je possède dans ma collection un pariétal trouvé à Apremont ( Haute-Saône) avec des os A! Elephas primigenius, qui m'a été donné par M. le docteur de Fromentel, de Gray.

Tous les objets provenant de ces dépôts sont fortement colorés en gris bleuâtre. Celte coloration pénètre même assez profondément les fragments de roche et notamment les silex qu'on y trouve ^ assez abondamment. Quelques-uns de ces silex m'ont paruoÉFrir des traces du travail de l'homme.

Par-dessus ces marnes bleues repose invaris^lement un limon jaune argileux, où Ton n observe plus d'autres débris que ceux des animaux de la faune actuelle et des produits divers de l'industrie humaine.

Les marnes bleues représentent donc le' niveau le plus récent de nos formations quaternaires. Elles se produisirent à une époque où la vallée de la Saône formait une plaine basse, couverte de végétation, sillonnée par des canaux d'un faible courant , fréquemment inondée et convertie alors eu une nappe vaseuse où venaient s'enfouir végétaux et animaux surpris par les inondations. Elles correspondent vraisemblablement à un léger affaissement de la contrée. Les conséquences de cet affaissement se font même encore sentir. La rivière, au lieu de creuser la vallée, continue à combler son ancien lit.

Le régime actuel succéda au régime tourbeux lorsque les eaux se furent canalisées, au milieu des alluvions modernes, un nouveau lit en rapport avec leur volume réduit.

Alluvion moderne. — L'alluvion moderne de la Saône consiste généralement en un limon argilo-c^lcaire, brun ou jaune, plus ou moins sableux, faisant avec les acides une assez vive effervescence. Il diffère peu du limon quaternaire. Çà et là ce limon est interrompu par de petites zones de gravier ou de sable qui indiquent des changements de lit de la rivière, ou bien par des couches noires on brunes d'argile tourbeuse formées dans des parties basses et marécageuses. Ces argiles brunes ne produisent généralement aucune effervescence avec les acides. Le calcaire ne s'y trouve plus qu'à l'état de concrétions isolées. On y rencontre aussi de petits rognons de silice également conditionnée, signalés par M. Dufrénoy comme une formation particulière à certaines couches des alluvions modernes de la Saône.

La séparation de l'oxyde de fer s'est produite assez

firéquemment dans les couches inférieures sous la forme de grumeaux disséminés dans la masse de l'argile gui , dans ce cas, se décolore et passe du jaune brun au jaune clair.

Toutes ces modifications sont locales et peu étendues. Plus fréquentes dans les couches inférieures, elles deviennent rares à mesure qu'on se rapproche de la surface. Elles résultent de changements de lits, c'est-à-dire de modifications locale^ dans la direction et l'intensité des courant^, mais nullement de changements dans le régime hydraulique général de la vallée. Si Ton suit les berges sur de longues distances, on est frappé au contraire de la régularité, de l'homogénéité du dépôt limoneux qui recouvre les marnes quaternaires. Les fossiles du limon moderne sont les mêmes du haut en bas. Je ferai remarquer, toutefois, que les hélices terrestres deviennent beaucoup plus abondantes h partir d'un niveau situé à 2 mètres environ au-dessous de la prairie actuelle et que Vhelix pomatia n'apparaît qu'avec les couches où se trouvent des débris gallo-romains, dont le niveau moyen est à un mètre environ au-dessous du sol moderne. Enfin, parmi les acquisitions toutes récentes de la faune fluviatile , je citerai un petit mollusque , la dreissène [Dreissena polymorpha , Van Beneden) acclimaté dans la Saône depuis peu de temps, et dont on ne trouve, par conséquent, la dépouille que dans les alluvions les plus superficielles.

En résumé , je pense qu'on est pleinement autorisé à affirmer que depuis l'époque des marnes bleues, formant la transition entre la période quaternaire et les temps modernes, le régime delà Saône, sa puissance mécanique, la régularité de ses alluvions n'ont subi aucune modification importante, et je conclus que les alluvions modernes du fond de la vallée C4)nstituent une formation régulière et uniformément croissante , sauf quelques perturbations dues à Tinterventioa de

Thomme. Les déboisements et le développement de VagricuUure ont, en effet, sur le régime des rivières, une influence incontestable ; en favorisant l'écoulement des eaux, ils rendent les inondations plus fréquentes et la formation des dépôts d'alluvion plus rapide. Les couches supérieures des alluvions de la Saône, qui correspondent certainement à un plus grand développement agricx)le que les couches inférieures, se seraient donc formées plus rapidement que ces dernières et représenteraient, à épaisseur égale, un temps moins long. Ajoutez à cela que le tassement ^ des couches inférieures doit accentuer encore cette différence.

Les dépôts modernes de la Saône forment une plaine -submersible de trois kilomètres de large en moyenne et dont la surface , qui est actuellement à la cote de 175 mètres à la hauteur de Mâcon, s'élève pirogressivement d'année en année , par suite de Tapport limoneux des eaux d'inondation. La puissance totale des alluvions modernes est actuellement de 5 mètres vers Mâcon.

Les premières stations humaines, correspondant à Téppque dite de la pierre polie, apparaissent à une profondeur moyenne do 2 mètres, en même temps que les Hélix terrestres deviennent plus abondantes. Cette coïncidence ne doit pas être fortuite. Il semble qu^à partir de ce niveau, les conditions d'existence devinrent meilleures sur les bords de la rivière* Des inondations moins fréquentes, une végétation plus abondante , expliqueraient peut-être cet état de choses nouveau. En ce qui concerne l'homme, il n'est pas impossible qu'il y ait, dans nos contrées, comme quelques archéologues le soutiennent, une lacune entre les temps quaternaires et l'époque néolithique, ce qui expliquerait l'absence de traces humaines à la base des alluvions modernes.

Les débris de la faune quaternaire se rencontrent nonseulement dans les marnes grises du fond de la vallée de la Saône, mais aussi dans les dépôts argileux qui forment le revêtement des coteaux et représentent les hauts niveaux de la rivière. Malheureusement, si les trouvailles de ce genre ne sont pas rares, elles passent le plus souvent inaperçues, par suite de l'ignorance ou de l'incurie de ceux qui )esfont.

L'Elephas primigenius a été signalé à Senozan (175 mètres environ J, dans une carrière de sable ; aux Perrières (Flacé-lès-Mâcon) , dans une fente des carrières oxfordiennes de M. de Laubépierre, et dans le limon jaune, à Monplaisir (200 mètres) ; à Mâcon, dans le limon jaune, à la gare du chemin de fer (186 mètres). Le Musée de Mâcon possède une molaire de cet éléphant pêchée dans la Saône au port de By et un grand bois de cerf extrait du limon jaune, rue de Rambuteau , à Mâcon (215 mètres environ ).

Les seuls mollusques que j'ai recueillis dans le limon argileux des coteaux maçonnais sont :

Pupainornata (Drap.),

Succinea oblonga (Drap.),

Hélix hispida (Lin née).

On considère généralement ces espèces comme les fossiles ordinaires du lehm. Mais je dois observer que je lésai recueillis au sud de Saint-Jean-lès- Mâcon , à la cote d'environ 180 mètres, dans un dépôt formé certainement de limon quaternaire, mais d'un limon que je considère comme remanié; en sorte que les espèces terrestres que je viens de citer pourraient bien y avoir été enfouies au moment du remaniement, qui résulte vraisemblablement du simple lavage des pluies. Il est possible qu elles soient, par conséquent, très-modernes. Je crois que beaucoup de soi-disant fossiles du lehm sont dans le même cas. Il est difticile de reconnaître les remaniements dans un terrain non stratifié et aussi homogène.

Terrasses quaternaires, — Les dépôts anciens de la Saône quaternaire paraissent avoir affecté une disposition en terrasses peu apparente en Maçonnais , mais beaucoup plus nette aux environs de Ghalon. Ces terrasses sont trèsruinées, très-dégradées, soit par les eaux, soit par la culture et les travaux de l'homme. Elles manquent tout à fait sur un grand nombre de points; néanmoins, les témoins qui en restent sont suffisants, à ce qu'il m'a semblé, pour les jalonner, en quelque sorte , tout le long de la vallée où j'ai cru reconnaître une succession de terrasses fluviatiles à 5 , . 10, 20, 35-36 et 38-40 mètres ^ Les terrasses à 20 et à. 35-36 mètres sont les plus constantes. On peut les observer entre Fleurville et Mâcon. Sur ce parcours, le chemin de fer suit le pied du talus de la terrasse à 35 mètres , qu'on voit se profiler à l'O. de la voie.

Au-dessus de 40 mètres, on ne trouve plus qu'une série de plateaux plus ou moins bosselés, très-dégradés, représentant plutôt le fond accidenté d'un lac que les terrasses alluviales d'un fleuve. Les dépôts compris entre ce niveau de 40 mètres et la cote 270 mètres re{)résenteraient donc le régime lacustre. On peut, d'ailleurs, se rendre compte, eh étudiant la carte de la région , qu'ils occupent un très-vaste espace.

Si l'invasion , à un certain moment , de la plaine bressanne par une grande nappe d'eau n'est pas douteuse, il ne

^ Là terrasse qu'on observe vers Chalon-sur-Saône, à 208 mètres d'altitude, n'est qu'à 205 mètres à Mâcon. Tandis qu'elle est vers Ghalon à 36 mètres au-dessus de l'étiage de la Saône actuelle, elle est à Mâcon à 35 mètres seulement. Lt terrasse à 210 mètres se trouve vers Chalon à 38 mètres au-dessus de la Saône actuelle ; à Mâcon, elle est à 40 mètres. U n'y a donc pas de parallélisme entre le cours actuel et le cours ancien de la rivière. En d'autres termes, le plan de ses différents lits a varié d'inclinaison. Elle tend actuellement à ramener son lit à la position horizontale. Aussi se trouve-t-elle plus encaissée dans la partie supérieure de son cours que dans la partie inférieure. 11 résulte de ce qui précède que Ton ne peut pas parler d'une façon générale de la terrasse à 5 , k 10 , à 20 ou à 30 mètres , sans tenir compte du point où on l'observe. l\ vaut mieux employer les expressions : première, deuxième ou troi»iène terrasse.

bodrait pas croire que ce lac bressan fût comparable aux lacs bleus et limpides de la Suisse. A en juger par ses épais dépôts limoneux, le lac bressan eut plutôt le caractère d'une yaste inondation d'eaux bourbeuses, résultant soit de la fonte des glaces, soit de pluies torrentielles, etdont la durée ne fut peut-être pas très-longue. On n'y trouve pas d'autres fossiles que les débris de grands vertébrés et quelques mollusques terrestres; rien, en un mot, qui indique un régime lacustre très-prolongé.

Topographie quaternaire. — Pour en finir avec cette question, voici quel est le tracé de la courbe de niveau c(m*e8pondant à la limite supérieure des hautes eaux quaternaires (270 mètres). Passant un peu au-dessous des villages de Viré , Clessé , elle pénètre ensuite dans la vallée de Saint- Mauris, qui formait un grand golfe, passe audessous de Péronne , contourne le bois de l'Atelier qui restait émergé, se dirige sur RizeroUes, Azé, Aisne, Dommange, laisse émergé le sommet 337 et le petit sommet 271 ( Rondaille), contourne les bois de la Roche pour atteindre Satonnay, Verchizeuil, Laize, Charbonnières, Sennecé, d'où elle suit le flanc de la Grisière pour pénétrer dans la vallée de Ghazoux. Elle contourne les sommets de Salornay et entre dans la vallée de la petite Grosne ; passe au-deswus de Chevagny, de Nancelle , de Saint-Sorlin , s'avance jusqu'à la Croix-Blanche, remonte dans la vallée de la Grosne jusqu'au delà de Pierreclos , se dirige ensuite sur Prisse, Davayé, Pouilly, Fuisse, Saint-Léger, Loche, Vinzelles , passe au-dessous de Chaintré et pénètre dans la vallée de l'Arlois jusqu'à Saint- Verand ^

En résumé, la côte mâconnaise, découpée en une infinité

^ Je n*ai pas établi cette courbe théoriquement. Elle est jalonnée tout le long de son parcours par des lambeaux d'alluvions quaternaires qu*il m'a sufB de relier entre eu pour vroïr U figure de l'ancien ritig».

de fjords d'aspect pittoresque et varié , formait deux grands golfes correspondant aux vallées de la Mouge et de laGrosne et un plus petit répondant à celle de PArlois. Les golfes de la Mouge et de laGrosne étaient séparés par un promontoire assez vaste comprenant les bois de la Roche, de Goulaine, de Satonnay, les hauteurs de Blany, de Naisse, les sommets à ro. de Sennecé, ceux d'Hurigny, de Salornayetde Saint- Sorlin. Ce promontoire était relié au massif occidental par une langue de terre entre EscoUes et Igé. Cinq petits îlots émergeaient au milieu des eaux : le bois de l'Atelier, les sommets 327 et 271 , au sud d'Azé; les hauteurs bajociennes , à ro. de Saint-Martin-de-Senozan, et la pointe du mamelon où s'élève le village de (Iharnay.

Vni. -— VALLÉE DE l'aRLOIS.

L' Artois prend sa source au-dessous de la Grange-du-Bois, au milieu des porphyres et des arkoses triasiques , passe à Chasselas, à Leynes, à la Roche ( Saint- Verand ) , où il reçoit le ruisseau de Pruzilly, qui descend d'un cirque porphyrique à pentes rapides, limité par les sommets 752, 733 et 615. De Saint-Verand, l'Artois coule dans la direction de Châaes, où il reçoit to Goitrand, puis se jette dans une brisure transversale des roches jurassiques qui to conduit jusqu'à la Saône.

Entre Chasselas et la Roche, l'Arlois a laissé peu de traces de son état ancien et de ses alluvions quaternaires. Je ne puis citer qu'un conglomérat, formé de graviers et de galets triasiques et porphyriques, empâtés dans un ciment ferrugineux, que j'ai vu retirer des caves des maisons de Leynes (rive gauche), à une altitude de plus de 40 mètres au-dessus du ruisseau actuel.

Glaciers quate'fftaires. — Il n'en est pas de même du

ruisseau de- Pruzilly , affluent principal de TArlois , qui paraît avoir eu à l'époque quateruaii^ une puissance mécanique bien supérieure, à en juger par les matériaux considérables qu'il a entassés le long de son étroite vallée. Ces dépôts consistent en une boue sableuse, argileuse, grisâtre^ mêlée de blocs anguleux ou roulés, détachés des porphyres , du trias ou des roches métamorphiques qui forment les parois de la vallée. Ces blocs sont disposés pêle-mêle, sans ordre ni triage, et offrent la plus parfaite analogie avec le terrain que M. Faisan a signalé comme glaciaire dans les vallées qui découpent le flanc est de la chaîne beaujolaise. {Association française pour V avancement des sciences; congrès de Lyon; comptes rendus, p. 399.) Gomme en Beaujolais, il y manque un des caractères les plus importants du terrain glaciaire, à savoir la présence de raies et de stries. Mais M. Faisan fait observer que, dans les glaciers actuels, lorsqu'ils cheminent au milieu des roches de cristallisation , les éléments des moraines sont rarement striés. C'est le cas aussi bien pour la vallée de Pruzilly que pour celles du Beaujolais. C'est aussi ce qu'on remarque soit dans les moraines des glaciers d'Argentière et du massif cristallin du Mont-Blanc, soit dans les anciennes 'moraines calcaires du Bugey et dans celles des petits glaciers qui entourent le col de la Gemmi. Je dois dire cependant que j'ai recueilli dans le terrain présumé glaciaire de la vallée de Pruzilly, en amont de Saint- Verand, un petit galet en schiste métamorphique parfaitement strié et comparable à un galet strié provenant du terrain glaciaire du fort Montessuy, à Lyon.

On suit les lambeaux du terrain présumé glaciaire en

' remontant la vallée de Pruzilly jusqu'à la cote 370 mètres

environ, où les blocs roulés et anguleux sont empâtés dans

une argile excessivement dure et résistante. Au fond du

cirque porphyrique qui termine la vallée, on ne trouve

qu*un peu de limon sableux et d'énormes blocs de porphyre dont quelques-uns mesurent un mètre cube, entassés pêlemêle et en grand nombre. Ces blocs, descendus des sommets voisins et particulièrement du sommet 733, sont recouverts d'une épaisse couche blanche kaolinique , ce qui indique qu'ils sont depuis longtemps soumis à Taction des agents atmosphériques.

Ce régime boueux ne se prolonge pas plus bas que Saint- Verand, où il cesse à la cote d'environ 270 mètres. A cette cote commence un plateau d'alluvion stratifiée qui s'incline en pente douce Jusqu'au débouché de la vallée de l'Arlois dans la grande vallée de la Saône. Cette alluvion est formée d'un cailloutis parfois très-ferrugineux alternant avec des zo)xes sableuses et argileuses. A la partie inférieure de la vallée, vers la gare de Crèches, par exemple, on peut constater, dans des coupes faites pour l'exploitation du gravier, ^quye des galets calcaires , des silex nectiques et autres maté* riaux provenant des roches jurassiques, se mêlent aux galets et aux blocs roulés d'arkose ou de porphyre des vallée supérieures.

Il existe, à Test de Saint- Amour, un vaste dépôt de ter* rain de transport analc^ue à celui de là vallée de Pruzilly, qui recouvre le sommet 269, au point de partage des vallées de la Mauvaise et de F Artois. II consiste principalement eu blocs anguleux ou roulés d'arkoses triasiques, mêlés de quelques fragments très-réduits de roches métamorphiques et emballée sans triage dans une argile jaunâtre , arétoacée, boueuse. Ces blocs , qui ont dû venir par la vallée 4e la Mauvaise, atteignent un volume supérieur à ceux qui «ont venus par la vallée de Pruzilly. J'en ai mesuré uni cubai^ïMi 1°* X 0.60 X 0.50. Ce terrain ne tarde pas à se confoadi?^ avec l'alluvion de la vallée de la Saône , sur la penite qui regarde cette rivière.

Il résulte de ce qui précède deux faits importants :

1® L'alluvion, les sables et graviers stratifiés s'élèvent à la cote d'environ 270 mètres;

2** Les terrains de transport boueux et supposés glaciaires ne descendent pas au-dessous de cette cote.

Si l'on compare ces résultats avec ce qui se passe dans la Bresse méridionale pour le glacier du Rhône, on sera frappé de l'analogie.

« Ces moraines terminales (du glacier du Rhône) , dit M. Faisan, se maintiennent dans les Dombes à une hauteur moyenne de270 mètres. Au delà de cette zone, le niveau du sol s'abaisse et sa nature se modifie. Il devient perméable et les étangs disparaissent. La boue glaciaire est remplacée par des alluvions , des sables et des graviers. » ( Falsan : Association française pour l'avancement des sciences ; congrès de Lyon, comptes rendus, p. 398.)

Il me semble donc que nous sommes autorisés à admettre comme un fait très-probable que la vallée de la Mauvaise et celle de Pruzilly ont eu leurs glaciers à l'époque du grand refroidissement quaternaire de nos contrées.

L'étude de quelques autres vallées des environs de Mâcoja nous fournit des résultats analogues.

ÏX. — VALLÉE DB LA PETITE GROSNE.

La petite Grosne prend sa source au-dessous de flenvefl;, dans un cirque porphyrique dominé par les sammets 708, 736, 712,733. Le somm0t712 lui est commun avec la vallée de Pruzilly et celle del'Arlois. Vers ce cirqiue converge une frérie de gorges favorables à raccumulation des névés. Ia rivière coule d'abord aujaord, dans la direction de Serrières, oùeUe coupe des affleurements de grès ^triasiqoes, passe au pied du récif ba^oeien sur lequel est consti^ult le ^chàleau de

Pierrecloâ, fait un coude à l'est pour entrer dans une brisure qui la conduit à Prisse. Un nouveau coude la ramène dans la direction de Ja Saône , où elle se jette entre Mâcon et Varennes. Elle reçoit cinq affluents : le File, yenant de Berzé-le-Châtel et Saint-Sorlin ; le ruisseau de Pierreclos ; celui de Vergisson et Darayé ; celui de Ghevagny , et celui qui vient de Fuisse.

Eutre Serrières et Pierreclos, le flanc droit de la vallée est tapissé de terrain de transport analogue à celui que nous avons signalé dans la vallée de Pruzilly : même boue argileuse et sableuse emballant des blocs anguleux ou roulés, disposés sans ordre. Ces blocs proviennent de toutes les roches de la vallée supérieure , porphyres , grès Iriasiques, etc.; mai3 les arkoses du trias, qui affleurent sur Tun et l'autre flanc aux environs de Serrières, dominent dans la proportion des neuf dixièmes. Ce terrain de transport s'élève au-dessous du «ommet 522 jusqu'à Taltitude de 344 mètres, soit à 56 mètres au-dessus delaGrosne. On peut juger par là de l'érosion qui s'est produite sur ce point. Un lambeau de ce terrain est resté placardé sur la roche Bregnat, qui forme un promontoire au confluent de la Grosne et du File, à l'est de Bussières. La roche Bregnat est due à un affleurement de terrain triasique et de roches métamorphiques qui pouvaient aune époque ancienne former barrage et se relier avec l'autre flanc de la vallée. Mais le barrage, constitué en partie par les marnes irisées du trias, a dû être rapidement emporté.

Comme dans la vallée de l'Arlois , ce terrain ne descend pas au-dessous de la cote 270 mètres. A partir de la roche Bregnat, on le voit remplacé par des alluvions stratifiées sableuses ou argileuses, dont les lambeaux subsistent tout le long de la vallée et sur ses deux flancs jusqu'à la Saône. On peut les étudier le long du coteau de Gharnay, au Voi-

sioet, où sont ouvertes de nombreuses carrières de. sable. Elles se mêlent sur ce point avec les apports de la vallée de Chevagny, par où sont arrivés ses débris empruntés aux argiles à silex. De gros blocs de grès et de poudingues siliceux, ayant cette origine , couvrent une partie du plateau supérieur du Voisinet. Quelques-uns de ces blocs mesurent près d'un demi-mètre cube. La nature meuble des argiles à silex explique comment d'aussi gros blocs ont pu en être détachés et roulés jusque-là sans l'intervention des glaces , qui est inadmissible dans la petite vallée de Ghevagny. Il faut néanmoins supposer aux eaux qui les ont amenés une puissance bien supérieure à celle du cours d'eau actuel. Vers Gharnay, on constate une érosion de 45 mètres environ entre les graviers supérieurs qui atteignent la cote de 240 mètres et le lit actuel de la Grosne. On peut observer, sur la colline de Gharnay, vers le col où passe la route de Gluny, un épais dépôt argileux à la cote d'environ 270 mètres.

En suivant la ligne de faîte du promontoire qui , au sud de Charnay, domine le confluent de la Saône et de la Grosne, on voit l'apport des deux rivières se confondre, et l'on constate que leur confluent s'est opéré jadis un peu plus haut en amont et à un niveau beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui.

Les restes de VElephas primigenius sont assez communs dans les sables qui forment ce promontoire. J'ai recueilli plusieurs molaires dans les carrières de sable de la Lie, et les débris d'une tête à peu près entière au Voisinet, à la cote 196, soit à trois mètres seulement au-dessus du cours actuel de la Grosne.

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