‹ Les formes de l'aire de projection du cœur pathologiqueChapitre 4 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il faut remonter loin dans le passé des sciences physiques pour trouver les premiers dispositifs qui, dans la suite après de nombreuses modifications, amenèrent Roentgen à découvrir les radiations portant aujourd'hui son nom.

Vers le milieu du xvnie siècle un physicien français, l'abbé Xollet, pensa le premier à faire jaillir une étincelle électrique à travers un œuf en verre dans lequel le vide était progressivement obtenu. Cet observateur constata qu'une des premières modifications apparentes de cette étincelle était sa transformation en aigrettes chevelues Puis, lorsque le vide était poussé plus loin, ces aigrettes à leur tour disparaissaient pour donner place à une lueur violette au niveau de chaque électrode.

Un siècle plus tard, en 1842, Faraday et Abria constatèrent que la lueur s'étendait du pôle positif jusqu'à une certaine distance du pôle négatif. En avant de celui-ci ils virent une bande obscure. Puis Abria prouva dans la suite que la lueur était composée par une série alternante de bandes claires et de bandes obscures. (ieissler inventa les tubes bien connus qui montrent le

phénomène sous une physionomie frappante. Parallèlement à ces découvertes, Davy indiqua que la décharge électrique, sous forme d'arc, est sensible à Faction de l'aimant. De la Rive trouva que le même phénomène se produit dans les gaz raréfiés.

En 1880, Grookes reprend les expériences de ses prédécesseurs en amenant le vide à 1 / 1 .000.000 d'atmosphère. Au fur et à mesure que la tension du gaz baissait, la bande obscure signalée par Faraday au voisinage du pôle négatif augmentait progressivement et il arrivait un moment où la lumière n'était plus le fait de la lueur de la décharge, mais celui de la phosphorescence des parois de l'ampoule. Les rayons cathodiques étaient ainsi découverts.

En 189/^ Lénard trouva que ces rayons cathodiques traversaient une mince plaque d'aluminium, qu'ils étaient susceptibles d'impressionner une plaque photographique ou encore de rendre phosphorescents certains corps. Grâce à la première de ces découvertes, les rayons cathodiques purent sortir de l'ampoule par une fenêtre constituée d'une mince lame d'aluminium, on constata alors que ce faisceau n'était pas homogène : sous l'influence d'un aimant, une partie des radiations était déviée, l'autre nullement influencée. Cette seconde portion était constituée par les radiations que Roentgen devait découvrir un peu plus tard.

Dans le mois de décembre i8o,5, pendant des expériences sur les rayons cathodiques, l'illustre physicien de Wurtzbourg avait enfermé une ampoule dépourvue de fenêtre métallique dans une boîte de carton. Sur sa table d'expérience se trouvait un écran au platino-

cyanure de baryum. Etant à l'obscurité, celui-ci devint lumineux ; interposant la main entre l'ampoule et l'écran, l'expérimentateur vit le squelette de ses doigts. Les rayons X étaient découverts.

Si les sciences chimiques et biologiques avec les découvertes de Pasteur ont fait avancer à pas de géant les sciences du diagnostic et de la thérapeutique des maladies infectieuses, il faut reconnaître que les sciences physiques par la découverte de Roentgen ont révolutionné à leur tour les sciences médicales. Quoi de plus merveilleux que cet agent d'investigation et de traitement !

Agents de thérapeutique, les rayons X se sont attaqués aux maladies les plus redoutables, au cancer et à la tuberculose cutanée. En quelques minutes, les tissus lésés se réparent et se cicatrisent. Mais la découverte de Roentgen est encore trop récente pour qu'elle ait dit son dernier mot.

Agents de diagnostic, les rayons X permettent en quelques secondes de reconnaître les fractures les plus insidieuses, de fixer la position d'un corps étranger avec une telle précision que le bistouri de l'opérateur sera conduit droit au but. Enfin l'observateur pourra examiner à l'aise les moindres détails du fonctionnement des organes thoraciques, noter leurs plus faibles modifications anatomiques.

Je ne sais l'impression qu'ont éprouvé les radiologues qui pour la première fois examinèrent un thorax à l'écran; mais je puis le dire, c'est avec un profond étonnement que je vis l'ombre d'un cœur battre et que je pus suivre les phases de ses mouvements. Quel spec-

tacle merveilleux pour celui qui cherche à pénétrer les mystères de noire création et à en découvrir les lois ! Mais, dans le domaine de la radiologie, il faut reconnaître peut-êlre plus qu'ailleurs notre ignorance. Gomme le mirage du désert, au fur et à mesure que nous croyons approcher d'une conclusion définitive, nous voyons le but s'éloigner, les données du problème s'élargir et la solution se perdre à nouveau dans les lointains de l'avenir. Il semble que le Créateur ait voulu nous réserver de marcher toujours de surprises en surprises, de découvertes en découvertes tout en nous laissant comprendre qu'il y aurait des limites à nos investigations et des bornes à notre inlassable curiosité. Mais le peu que nous entrevoyons suffît pour nous donner les plus belles et les plus pures jouissances intellectuelles.

Pendant la dernière année de nos études médicales nous nous sommes donné tout entier à la radiologie et nous avons particulièrement étudié les formes de l'aire de projection du cœur. Notre travail est très incomplet, mais nous nous proposons dans la suite de reprendre l'étude de cette question qui n'est qu'à ses débuis. Le temps ne nous a pas permis pour le moment de la pousser plus loin.

Nous sommes heureux de profiter de la circonstance pour adresser nos remerciements les meilleurs à tous les maîtres qui ont bien voulu s'intéresser à nous et nous apprendre à connaître les sciences qui faisaient l'objet de leurs études.

M. Destot nous a reçu dans son laboratoire avec une extrême bienveillance. Il nous a mis au courant

de ses recherches personnelles en nous permettant de travailler avec lui. Nous garderons un souvenir charmant de cette année d'études. Nous le prions d'accepter nos remerciements empressés et de croire à toute notre reconnaissance.

M. Mollard, médecin des hôpitaux, M. Devic professeur agrégé et M. Chatin, professeur agrégé, nous ont permis bien souvent, durant cette année, d'examiner leurs malades et de nous servir des observations de leurs services. Nous les remercions de l'obligeance qu'ils ont mis à nous aider dans cette étude.

Enfin, il nous reste un dernier devoir de gratitude à remplir. Le Dr P. Gonnet, s'il ne nous a pas aidé directement pour la réalisation de ce travail, nous a cependant rendu un service immense lorsque, brusquement séparé par une mort soudaine de notre appui le plus sûr en ce monde, il a bien voulu nous recevoir comme un fîls dans son milieu de famille. Il nous a aidé de ses meilleurs et de ses plus affectueux conseils. C'est à lui que nous devons d'avoir abordé l'étude de la radiologie. Qu'il veuille bien recevoir nos remerciements les meilleurs et le témoignage de notre plus vive reconnaissance.

Fabien Akcelin.

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