‹ Les formes de l'aire de projection du cœur pathologiqueChapitre 5 sur 18 · INSUFFISANCE DES PROCÉDÉS CLINIQUES · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DES PROCÉDÉS CLINIQUES

pour apprécier les dimensions du cœur

Lorsque le clinicien examine un cœur parmi les différentes notions qu'il cherche à préciser, l'hypertrophie et la dilatation de l'organe occupent une place principale. Le volume du cœur lui indiquera, plus sûrement que toute autre donnée, à quelle phase de son évolution se trouve le malade qu'il étudie. Il ne lui suffît pas, en effet, de dépister telle ou telle lésion valvulaire, il lui importe de pouvoir établir un traitement rationnel et le pronostic. Or, le volume du muscle cardiaque est un élément de tout premier ordre pour résoudre ces problèmes.

Parmi les nombreux procédés d'investigation destinés à déterminer le volume du cœur, les plus employés sont l'inspection, la palpaiion, la percussion. Mais tous ceux qui ont voulu étudier avec un certain esprit

critique ces méthodes savent combien leurs résultats sont douteux et variables. Ceux-ci varient avec chaque observateur et chaque malade pour de très nombreuses raisons. Il nous est facile de passer en revue ces modes d'exploration et de déterminer les points faibles de chacun.

L'inspection. — Chez un sujet maigre la simple vue du thorax pourra nous donner des renseignements très précieux. Mais chez un malade obèse, chez une femme à glandes mammaires bien développées il n'en sera pas de même. Dans certains cas, ce mode d'exploration pourra être complètement négatif.

Dans les cas favorables, en bonne lumière, à jour frisant on verra très facilement le choc de la pointe. L'observateur pourra se rendre compte de la force ou de la faiblesse de ce choc. Le point de la paroi thoraracique vers lequel se produit ce phénomène est très important à connaître car il renseigne, dans une certaine mesure, sur le déplacement du cœur ou sur son hypertrophie. Dans d'autres cas, la région précordiale présentera une voussure généralisée ou localisée, animée parfois de battements. Enfin on pourra noter, au niveau de la pointe, un retrait de la paroi correspondant à la systole venlriculaire. Tous ces renseignements sont infiniment précieux lorsqu'ils sont visibles sur un malade, mais on ne peut pas compter sur eux dans tous les cas, car il suffît de peu de chose pour les empêcher de se produire. L'abaissement du choc de la pointe dans les cinquième, sixième et septième espace intercostal, et sa progression vers l'aisselle, en dehors de la ligne mamelonnaire, indique évidemment une

hypertrophie du cœur. Malheureusement ce signe est trop incertain ; nous devons donc chercher un facteur plus constant et plus sûr.

La palpHtion. — Gomme pour l'inspection et pour les mêmes raisons, nons pouvons dire que bien souvent la palpation ne nous donnera aucun renseignement utile. C'est donc encore un procédé incertain. Combien de fois n'avons-nous pas palpé un thorax sans recueillir le moindre signe ! Même dans les circonstances favorables d'exploration il est bien difficile d'interpréter certain résultat. Ce procédé permet évidemment de fixer avec précision et de bien localiser le choc de la pointe vu à l'inspection. Mais lorsqu'il se produira un soulèvement très large de la paroi, comme dans le choc en dôme du professeur Bard, l'équation personnelle de l'observateur jouera un rôle considérable dans l'appréciation du volume de l'organe. A ce point de vue, il est extrêmement intéressant de lire les discussions provoquées à la Société médicale des Hôpitaux de Lyon en 1902 et de voir combien les avis étaient partagés. Enfin, une autre considération intéressante à placer ici. c'est que la pointe perçue par le soulèvement de la paroi thoracique ne répond pas toujours à la pointe vraie du cœur. Les recherches de Grognard ' montrent que bien souvent la partie du cœur qui soulève la paroi répond à une région située en haut et en dedans de la pointe, sur le bord gauche du cœur.

La percussion. — A première vue, il semble que ce

1 Le cœur à l'état normal, p. 5i, Lyon. Rey. ioo3.

mode d'exploration donnerait des résultats très précis pour l'appréciation du volume du cœur. Voilà en effet un organe musculaire, plein de sang, mat par conséquent, suspendu entre les poumons remplis d'air, très sonores. Il est difficile de rêver de meilleurs conditions pour permettre à la percussion de donner des renseignements précis. Malheureusement toute une série de conditions viennent compliquer le problème.

Lorsque nous percutons le thorax, il se produit un bruit résultant de la vibration de la paroi et de l'air contenu dans le poumon. Or il est facile de comprendre que toute une série de circonstances peuvent modifier cette boîte de résonance. L'inspiration, l'expiration, Tétat des plèvres, celui du poumon vont influencer le son produit. Il faut tenir compte également de la tension ou du relâchement du diaphragme de la réplétion ou de la vacuité de l'estomac. Enfin l'interposition d'une lame pulmonaire entre le cœur et la paroi vient encore fausser les données de la percussion. Le clinicien ne peut donc pas compter davantage sur ce procédé que sur les autres pour affirmer les dimensions du cœur. Dans un certain nombre de cas, il sera dans l'impossibilité même d'apprécier vaguement le degré d'hypertrophie II lui restera alors à recourir à là radioscopie orthogonale dont nous allons exposer la méthode et les résultats dans les pages suivantes.

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