‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 231 sur 318 · North. Tr., p · texte numérisé non relu

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crées au deuil et à la pénitence, et pendant lesquelles il n'est pas moins obligatoire. Mais c'est que le travail est la forme éminente de l'activité profane : il n'a d'autre but apparent que de subvenir aux nécessités temporelles de la vie; il ne nous met en rapport qu'avec des choses vulgaires. Au contraire, aux jours de fête, la vie religieuse atteint à un degré d'exceptionnelle intensité. Le contraste entre ces deux sortes d'existence est donc, à ce moment, particulièrement marqué; par suite, elles ne peuvent voisiner. L'homme ne peut approcher intimement de son dieu, quand il porte encore sur lui les marques de sa vie profane ; inversement, il ne peut retourner à ses occupations usuelles alors que le rite vient de le sanctifier. Le chômage rituel n'est donc qu'un cas particulier de l'incompatibilité générale qui sépare le sacré du profane; c'est le résultat d'un interdit. Il ne saurait être question d'énumérer ici toutes les espèces d'interdits qui sont observés, même dans les seules religions australiennes. Comme la notion du sacré sur laquelle il repose, le système des interdits s'étend aux relations les plus diverses ; on l'utilise même délibérément pour des fins utilitaires'. Mais, si complexe qu'il puisse être, il

1. Parce qu'il y a, à lintérieur de chaque homme, un principe sacré, l'âme, l'individu s'est trouvé, dès l'origine, entouré d'interdits, première forme des interdits moraux qui isolent et protègent aujourd'hui la personne humaine. C'est ainsi que le corps de sa victime est coniidéré comme dangereux pour le meurtrier (Spencer et Gillen, A'af. Tr., p. 492) et lui est interdit. Or, les interdits qui ont cette origine sont souvent utilisés par les individus comme un moyen de retirer certaines choses de l'usage commun et d'établir sur elles un droit de propriété. « Un homme sort-il du camp en y laissant des armes, des aliments, etc., dit Roth à propos des tribus de la Rivière Palmer (Queensland duNoi-d)? S'il urine à proximité des objets qu'il a ainsi laissés derrière lui, ils deviennent tami (équivalent du mot tabou) et il peut être assuré de les retrouver intacts à. son retour. » {^orth Queensland Ethnography, in Records of the Australian Muséum, Vol. VIT, n» 2, p. 73). C'est que l'urine, comme le sang, est censée contenir quelque chose de la force sacrée qui est personnelle à l'individu. Elle tient donc les étrangers à distance. La parole, pour les mêmes raisons, peut également servir de véhicule à ces mêmes influences ; c'est pourquoi il est possible d'interdire l'accès d'un objet par simple déclaration verbale. Ce pouvoir de créer des interdits est, d'ailleurs, variable suivant les individus ; il est d'autant plus grand qu'ils ont un cajactère plus sacré. Les hommes en

vient fmalement aboutir à deux interdictions fondamentales qui le résument et qui le dominent.

En premier lieu, la vie religieuse et la vie profane ne peuvent coexister dans un même espace. Pour que la première puisse se développer, il faut donc lui aménager un emplacement spécial d'où la seconde soit exclue. De là vient l'institution des temples et des sanctuaires : ce sont des portions d'espace qui sont affectées aux choses et aux êtres sacrés et qui leur servent d'habitats; car ils ne peuvent s'établir sur le sol qu'à condition de se l'approprier totalement dans un rayon déterminé. Ces sortes d'arrangements sont tellement indispensables à toute vie religieuse que les religions même les plus inférieures ne peuvent s'en passer. L'ertnatulunga, cet endroit où sont déposés les churinga/estun véritable sanctuaire. Aussi est-il interdit aux non-initiés de s'en approcher. Il est même défendu de s'y livrer à une occupation profane, quelle qu'elle soit. Nous verrons dans la suite qu'il existe d'autres lieux saints où se célèbrent d'importantes cérémonies ^

De même, la vie religieuse et la vie profane ne peuvent coexister dans les mêmes unités de temps. Il est donc nécessaire d'assigner à la première des jours ou des périodes déterminés d'où toutes les occupations profanes soient retirées. C'est ainsi qu'ont pris naissance les fêtes. Il n'est pas de religion ni, par conséquent, de société qui n'ait connu et pratiqué cette division du temps en deux parties tranchées qui alternent l'une avec l'autre suivant une loi variable avec les peuples et les civilisations ; c'est même très probablement, comme nous l'avons dit, la nécessité de cette alternance qui a amené les hommes à introduire, dans la continuité et l'homogénéité de la durée, des distinc-

ont presque le privilège à l'exclusion des femmes (Roth cite un seul cas de tabou imposé par les femmes) ; il est à son maximum chez les chefs, les anciens, qui s'en servent pour monopoliser les choses qui leur conviennent (Roth, Ibid., p. 77). C'est ainsi que l'interdit religieux devient droit de propriété et règlement administratif. 1. V. plus bas, même livre, ch. ii.

tions et des différenciations qu'elle ne comporte pas naturellement ^ Sans doute, il est à peu près impossible que la viereligieuse arrive jamais à se concentrer hermétiquement dans les milieux spatiaux et temporels qui lui sont ainsi attribués ; il est inévitable qu'il en filtre quelque peu au dehors. Ily a toujours des choses sacrées en dehors des sanctuaires ; il y a des rites qui peuvent être célébrés les jours ouvrables. Mais ce sont des choses sacrées de rang secondaire et des rites de moindre importance. La concentration reste la caractéristique dominante de cette organi sation. Même elle est généralement complète pour tout ce qui concerne le culte public, qui ne peut se célébrer qu'en commun. Le culte privé, individuel, est le seul qui vienne se mêler d'assez près à la vie temporelle. Aussi le contraste entre ces deux phases successives de la vie humaine atteint-il son maximum d'intensité dans les sociétés inférieures, telles que sont les tribus australiennes ; car c'est là que le culte individuel est le plus rudimentaire ^

Jusqu'à présent, le culte négatif ne s'est présenté à nous que comme un système d'abstentions. Il semble donc ne pouvoir servir qu'à inhiber l'activité, non à la stimuler et à la tonifier. Et cependant, par un contre-coup inattendu de cet effet inhibitif, il se trouve exercer, sur la nature religieuse et morale de l'individu, une action positive de la plus haute importance.

En effet, en raison de la barrière qui sépare le sacré du profane, l'homme ne peut entrer en rapports intimes avec les choses sacrées qu'à condition de se dépouiller de ce qu'il y a de profane en lui. Il ne peut vivre d'une vie religieuse

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