V. The Science of Thought, p
PRINCIPALES CONCEPTIONS DE LA RELIGION BLÉiMKNTAlRI<: 107
peut manquer de lui faiFevioleBeeen quelque mesure et de la déformer. C'est une déformation de ce genre qui aurait fait le caractère singulier des représentations religieuses.
Penser, en effet, c'est ordonner Bios idées; c'est, par cooiséquent, classer. Penser le feu, par exemple, c'est le ranger dans telle ou telle catégorie de choses, de manière à pouvoir dire qu'il est ceci ou cela, ceci et non cela. Mais, d'en autre côté, classer, c'est nommer ; car une idée générale n'a d'existence et de réalité que dans et par le mot qui l'exprime et qui fait, seul, son individu'alité. Aussi la langue d'un peuple *-fc-elle toujours une influience sur la façon dont sont classées dans les esprits et, par conséquent, pensées les choses nouvelles qu'il apprend à connaître ; car elles sont tenues de s'adapter aux cadres préexistants. Pour cette raison, la langue que parlaient les hommes, quand ils entreprirent de se faire une représentation élaborée de l'univers, marqua le système d'idées qui prit alors naissance d'une empreinte ineffaçable.
Nous ne sommes pas sans savoir quelque chose de cette langue, au moins pour ce qui regarde les peuples indoeuropéens. Si lointaine qu'elle soit, il en reste, dans nos langues actuelles, des souvenirs qui moxt^ permettent de nous représenter ce qu'elle était : ce sont les racines. Ces mots-souches, d'où dérivent les autres vocables que nous employons et qui se retrouvent à la base de tous les idiomes indo-européens, sont considérés par Max Miiîïer comme autant d'échos de la langue que parlaient les peuples correspondants avant leur séparation, c'esl-à-dire au moment où se constitua cette religio»n de la nature qu'il s'agit précisément d'expliquer. Or les racines présentent deux caractères remarquables qui, sans doute, n'ont encore été bien observés que dansce groupe partieutiêr de langues, mais que notre auteur croit également vérifiables dans les autres familles linguistiques ^