‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 61 sur 318 · North. Tr., p. 226 et suiv · texte numérisé non relu

North. Tr., p. 226 et suiv

3. Strehlow, II, p. 71-72. Strehlow cite chez les Loritja et les Arunta

ce qui a dû se passer. Sous rinfluence de causes diverses, par le développement même de la pensée mythologique, le totem collectif et impersonnel s'est effacé devant certains personnages mythiques qui sont passés au premier rang et qui sont devenus eux-mêmes des totems.

Ces différentes irrégularités, si intéressantes qu'elles puissent être par ailleurs, n'ont donc rien qui nous oblige à modifier notre définition du totem. Elles ne constituent pas, comme on l'a cru parfois S autant d'espèces de totems plus ou moins irréductibles les unes aux autres et au totem normal, tel que nous l'avons défini. Ce sont seulement des formes secondaires et parfois aberrantes d'une seule et même notion qui est, et de beaucoup, la plus générale et qu'il y a tout lieu de regarder aussi comme la plus primitive.

Quant à la manière dont s'acquiert le nom totémique, elle intéresse le recrutement et l'organisation du clan plutôt que la religion ; elle ressortit donc à la sociologie de la famille plus qu'à la sociologie religieuse 2. Aussi nous bornerons-nous à indiquer sommairement les principes les plus essentiels qui régissent la matière.

Suivant les tribus, trois règles différentes sont en usage.

Dans un grand nombre, on peut même dire le plus grand

un totem qui rappelle de très près celui du serpent WoUunqua : c'est le totem du serpent mythique d'eau.

1. C'est le cas de Klaatsch, dans son article déjà cité (V. plus haut, p. 130, n. 3).

2. Ainsi que nous l'avons indiqué dans le chapitre précédent, le totémisme intéresse à la fois la question de la religion et la question de la famille, puisque le clan est une famille. Les deux problèmes, dans les sociétés inférieures, sont étroitement solidaires. Mais ils sont tous deux trop complexes pour qu'il ne soit pas indispensable de les traiter séparément. On ne peut, d'ailleurs, comprendre l'organisation familiale primitive avant de connaître les idées religieuses primitives ; car celles-ci servent de principes à celle-là. C'est pourquoi il était nécessaire d'étudier le totémisme comme religion, avant d'étudier le clan totémique comme groupement familial.

nombre de sociétés, l'enfant a pour totem celui de sa mère, par droit de naissance : c'est ce qui arrive chez les Dieri, les Urabunna du centre de l'Australie méridionale ; les Wotjobaluk, les GQurnditch-Mara de Victoria ; les Kamilaroi, les Wiradjuri, les Wonghibon, les Euahlayi de la Nouvelle Galles du, Sud; les Wakelbura, les Pitta-Pitta, les Kurnandaburi du Queensland, pour ne citer que les noms les plus importants. Dans ce cas, comme, en vertu de la règle exogamique, la mère est obligatoirement d'un autre totem que son mari et comme, d'autre part, elle vit dans la localité de ce dernier, les membres d'un même totem sont nécessairement dispersés entre des localités différentes suivant les hasards des mariages qui se contractent. Il en résulte que le groupe totémique manque de base territoriale.

Ailleurs, le totem se transmet en ligne paternelle. Cette fois, l'enfant restant auprès de son père, le groupe local est essentiellement formé de gens qui appartiennent au même totem ; seules, les femmes mariées y représentent des totems étrangers. Autrement dit, chaque localité a son totem particulier. Jusqu'à des temps récents, ce mode d'organisation n'avait été rencontré, en Australie, que dans des tribus où le totémisme est en voie de décadence, par exemple chez les Narrinyeri, où le totem n'a presque plus de caractère religieux '■. On était donc fondé à croire qu'il y avait un rapport étroit entre le système totémique et la filiation en ligne utérine. Mais Spencer et Gillen ont observé, dans la partie septentrionale du centre australien, tout un groupe de tribus où la religion totémique est encore pratiquée et où pourtant la transmission du totem se fait en ligne paternelle : ce sont les Warramunga, les Gnanji, les Umbaia, les Binbinga, les Mara et les Anula ^

1. V. Taplin, The Narrinyeri Tribe, in Gurr, II, p. 244-245; Howitt, Nat. Tr., p. 131.

2. North. Tr., p. 163, 169, 170, 172. Il y a toutefois lieu de noter que. dans toutes ces tribus, sauf les Mara et les Anula, la transmission du

Enfin, une troisième combinaison est celle que l'on observe chez les Aruuta et les Loritja. Ici, le totem de l'enfant n'est nécessairement ni celui de sa mère ni celui de j son père ; c'est celui de l'ancêtre mythique qui, par des I procédés que les observateurs nous rapportent de manières différentes S est venu féconder mystiquement la mère au moment de la conception. Une technique déterminée permet de reconnaître quel est cet ancêtre et à quel groupe totémique il appartient". Mais, comme c'est le hasard qui fait que tel ancêtre s'est trouvé à proximité de la mère plutôt que tel autre, le totem de l'enfant se trouve finalement dépendre de circonstances fortuites ^

En dehors et au-dessus des totems de clans, il y a les totems de phratries qui, sans différer en nature des premiers, demandent pourtant à eu être distingués. / On appelle phratrie un groupe de clans qui sont unis [ entre eux par des liens particuliers de fraternité. Normalement, une tribu australienne est divisée en deux phratries entre lesquelles sont répartis les différents clans. Il y a, sans doute, des sociétés où cette organisation a disparu ; mais tout fait croire qu'elle a été générale. En tout cas, il

totem en ligne paternelle ne serait que le fait le plus général, mais comporterait des exceptions.

1. Suivant Spencer et Gillen (Nat. Tr., p. 123 et suiv.), l'âme de l'ancêtre se réincarnei'ait dans le corps de la mère et deviendrait l'âme de l'enfant; suivant Strehlow (II, p. SI et suiv.) la conception, tout en étant l'œuvre de l'ancêtre, n'impliquerait pas une réincarnation ; mais, dans l'une et l'autre interprétation, le totem propre de l'enl'ant ne dépend pas nécessairement de celui de ses parents.

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