‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 141 sur 322 · Boas, The Kwakiutl, p · texte numérisé non relu

Boas, The Kwakiutl, p

3. Swanton, Social Condition, Beliet's a. Linguistic Relationship of the Tlingit Indians, XXV Ith Rep., 1905, p. 451, n. 3.

4. Swanton, Contributions to the Ethnology of the Haida, p. 14. Cf. Social Condition, etc., p. 479.

5. Dans certaines sociétés mélanésiennes (Iles Banks, Nouvelles Hébrides du Nord), on retrouve les deux phratries exogamiques qui caractérisent l'organisation australienne (Codrington, The Melanesians, p. 23 et suiv.). A Florida, il existe, sous le nom de butose de véritables totems (ibid., p. 31). On trouvera une intéressante discussion sur ce point dans A. Lang, Social Origins, p. 176 et suiv. Cf. sur le même sujet, et dans le même sens, W. H. R. Rivers, Totemism in Polynesia and Melanesia, in J.A.I., XXXIX, p. 156 et suiv.

en profiter soi-même, soit pour en faire profiter autrui1. » N'est-ce pas la notion même de force anonyme et diffuse dont nous découvrions tout à l'heure le germe dans le totémisme australien ? C'est la même impersonnalité ; car, dit Codrington, il faut se garder d'y voir une sorte d'être suprême ; une telle idée « est absolument étrangère » à la pensée mélanésienne. C'est la même ubiquité : le mana n'est situé nulle part d'une manière définie et il est partout. Toutes les formes de la vie, toutes les efficacités de l'action soit des hommes soit des êtres vivants soit des simples minéraux sont attribuées à son influence2.

Il n'y a donc aucune témérité à prêter aux sociétés australiennes une idée comme celle que nous avons dégagée de l'analyse des croyances totémiques, puisque nous la retrouvons, mais portée à un plus haut degré d'abstraction et de généralité, à la base de religions qui plongent par leurs racines dans le système australien et- qui en portent visiblement la marque. I^es deux conceptions sont manifestement parentes ; elles ne diffèrent qu'en degrés. Tandis que le mana est diffus dans tout l'univers, ce que nous avons appelé le dieu, ou pour parler plus exactement, le principe totémique, est localisé dans un cercle, très étendu sans doute, mais cependant plus limité, d'êtres et de choses d'espèces différentes. C'est du mana, mais un peu plus spécialisé, bien que cette spécialisation ne soit, en somme, que très relative.

Il y a d'ailleurs le cas où ce rapport de parenté est rendu tout particulièrement apparent. Chez les Omaha, il existe des totems de toutes sortes, individuels et collectifs3 ; or les uns et les autres ne sont que des formes particulières du wakan. « I,a foi de l'Indien dans l'efficacité du

1. The Melanesians, p. 118, n. 1. Parkinson, Dressig Jahre in der Siidsee, p. 178, 392, 394, etc.

2. On trouvera une analyse de cette notion dans Hubert et Mauss, Théorie générale de la Magie, in Année socioL, VII, p. 108.

3. Il y a non seulement des totems de clans, mais aussi de confréries (A. Fletcher, Smiths. Rep., 1897, p. 581 et suiv.).

totem, dit Miss Fletcher, reposait sur sa conception de la nature et de la vie. Cette conception était complexe et enveloppait deux idées essentielles. La première, c'est que toutes les choses, soit animées, soit inanimées, sont pénétrées par un commun principe de vie ; la seconde, c'est que cette vie est continue1. » Or ce commun principe de vie, c'est le wakan. Le totem est le moyen par lequel l'individu est mis en rapports avec cette source d'énergie ; si le totem a des pouvoirs, c'est qu'il incarne du wakan. Si l'homme qui a violé les interdits qui protègent son totem est frappé par la maladie ou par la mort, c'est que la force mystérieuse à laquelle il est ainsi venu se heurter, le wakan, réagit contre lui avec une intensité proportionnelle au choc subi2. Inversement, de même que le totem est du wakan, le wakan, à son tour, rappelle parfois, par la manière dont il est conçu, ses origines totémiques. Say dit en effet que, chez les Dakota, le « wahconda » se manifeste sous les espèces tantôt d'un ours gris, tantôt d'un bison, d'un castor ou de quelque autre animal3. Sans doute, la formule ne saurait être acceptée sans réserve. Le wakan répugne à toute personnification et, par conséquent, il est peu probable qu'il ait jamais été pensé dans sa généralité abstraite à l'aide de symboles aussi définis. Mais la remarque de Say s'applique vraisemblablement aux formes particulières qu'il prend en se spécialisant dans la réalité concrète de la vie. Or, si vraiment il y eut un temps où ces spécialisations du wakan témoignaient d'une affinité aussi marquée pour la forme animale, ce serait une preuve de plus des liens étroits qui unissent cette notion aux croyances totémiques4.

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